Commémoration des anciens combattants de la Force Publique du Congo.

2019 marque les 70 ans du début de la deuxième guerre mondiale mais également les 100 ans du Traité de Versailles.
Bakushinta et ses différents partenaires vous convient le lundi 11 novembre à la Cérémonie d’hommage aux anciens combattants de la Force Publique du Congo qui se tiendra de 14h à 16h sur le Square Riga

Adresse
Croisement Avenue Huart Hamoir et Eugène Demolder.
Tram 55, arrêt Helmet ; tram 93, arrêt Gare de Schaerbeek

Contact
bakushinta@gmail.com

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Racisme et culture : les caricatures antisémites du carnaval d’Alost

Un éventuel retrait de l’accréditation UNESCO du carnaval d’Alost sera examiné par le Comité du patrimoine immatériel qui se réunit du 3 au 14 décembre en Colombie. Il reviendra aux 24 membres du Comité intergouvernemental, organe souverain en la matière, d’examiner le cas du carnaval d’Alost dans le contexte du suivi des éléments inscrits, ce qui inclut la possibilité de retirer des éléments des listes de la Convention. Dans sa réponse à la lettre rédigée par les Bruxelles Panthères, le sous-directeur général pour la culture de l’UNESCO, Ernesto Ottone R., rappelle que tant le Carnaval d’Alost que la Ducasse de Ath doivent se conformer aux principes fondamentaux de la Convention de 2003 et en particulier à son article 2, selon lequel « seul sera pris en considération le patrimoine culturel immatériel conforme aux instruments internationaux existants relatifs aux droits de l’homme, ainsi qu’à l’exigence du respect mutuel entre communautés, groupes et individus ». C’est d’ailleurs au nom de cette exigence qu’en mars 2019 les États membres réunis lors du Bureau du Comité du patrimoine immatériel ont condamné « toutes les formes de racisme, d’antisémitisme, d’islamophobie et de xénophobie » et ont inscrit l’examen du « carnaval d’Alost » à l’ordre du jour provisoire de la quatorzième session du Comité du patrimoine immatériel. Donc ce que dit le sous-directeur général pour la culture, au nom de la Directrice-générale de l’UNESCO, c’est qu’en mars 2019 se sont les signalements des caricatures antisémites du carnaval d’Alost qui ont contraint les Etats membres à affirmer une condamnation forte de toutes les formes de racisme. Difficile de dire plus clairement que la Belgique est clairement dans le viseur de l’UNESCO. C’est ce qui explique que le bourgmestre d’Alost ainsi que l’ambassadeur belge auprès de l’ONU pour l’éducation, la science et la culture ont été convoqué pour s’expliquer.

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Mawda, Médusa : une nouvelle politique de la race

« Les personnes en séjour illégal constituant une menace pour la sécurité nationale (sic) seront recherchées en priorité et renvoyées au plus vite vers leur pays d’origine. L’arrivée massive de demandeurs d’asile a créé le besoin d’entreprendre une action visant à maintenir un contrôle maximal sur cet afflux. L’action Médusa a été mise sur pied dans cette optique-là. » (cf. « note de politique générale » présentée au parlement par le gouvernement le 3 novembre 2015)

Le cadre opérationnel Médusa mit en place par le gouvernement Michel (et encore récemment défendu par Pieter De Crem) considère les (trans)migrants comme une « menace à la sécurité nationale ». Le « Plan Médusa 2 » a été lancé en octobre 2017 en prévision de la fermeture du camp de migrants de Calais et visait à refouler les migrants à la frontière franco-belge qui tentaient de passer par la Flandre. Depuis ce cadre opérationnel s’est étendu aux autoroutes vers la France ainsi qu’aux gares. Notamment en conférant des missions spéciales à la police des autoroutes et du rail. Aujourd’hui ce dispositif de traques aux migrants vient se brancher sur un screening des demandes d’asile par la sûreté de l’État sensé identifier les « menaces potentielles pour l’ordre public ».

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Un dialogue critique sur la colonisation est-il possible avec la nouvelle génération d’historiens belges ?

Un dialogue critique sur la colonisation est-il possible avec la nouvelle génération d’historiens belges ?

Martin Vander Elst·Samedi 9 mars 2019

“The great force of history comes from the fact that we carry it within us, are unconsciously controlled by it in many ways, and history is literally present in all that we do… And it is with great pain and terror that one begins to assess the history that has placed one where one is, and formed one’s point of view”

– James Baldwin Collectif

La carte blanche publiée dans Le Soir ( lire ci dessous )  par Amandine Lauro (chercheuse qualifiée FRS-FNRS à l’ULB) et Benoît Henriet (professeur assistant à la VUB) permet d’instruire un certain nombre de controverses qui jusque-là étaient demeurées figées sans autres réponses que la continuation de la propagande coloniale. Cette carte blanche aura le mérite de présenter à l’opinion publique une nouvelle génération d’historiens plus engagés dans leurs pratiques et plus conscients des enjeux contemporains. Une position qui aura au moins le mérite de ne pas clore le débat, de permettre que s’élaborent des controverses qui fassent droit à une complexité vécue et pas à une pseudo-complexité agitée pour faire taire les souffrances et les continuités. Je me propose ici d’essayer l’exercice d’un dialogue critique.

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Destituer la position du conservateur-propriétaire pour participer au processus de restitution

Réponses non publiées dans Imagine (mars-avril 2019)

J’ai été interviewé par la revue Imagine qui voulait traiter de la question de la restitution des biens mal acquis. On m’a posé trois questions auxquels j’ai pris le temps de répondre de façon exhaustive. Au final le texte « la délicate question des restes humains » ne gardait que deux vagues citations de moi dans un texte totalement décousu qui ne posait à aucun moment la question des massacres et des crimes coloniaux dans le cadre desquels des chefs traditionnels ont été tué, décapité et dont le pouvoir a été profané au profit de l’établissement de l’hégémonie belge sur le Congo. J’ai donc pris la peine d’apporter des commentaires et des corrections au texte, on m’a tout simplement rétorqué qu’on avait retiré mes citations.

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Nous exigeons un moratoire sur l’exposition des objets dont on sait qu’ils ont été obtenus par le vol, le pillage, la conversion forcée, la menace ou l’extorsion.

Bravo à Mireille-Tsheusi Robert et Anne Wetsi Mpoma pour leurs interventions déterminantes lors du débat sur les ondes de la RTBF : Débats premières. On sent clairement que les arguments s’affutent et que le débat devient public. A un mois de la réouverture du Musée de Tervuren, il était temps que les prises de paroles sortent du huit clos des groupes internes du musée en charge de la rénovation. Le débat commence à prendre et on sent clairement une panique monter du côté du personnel du Musée. Mr Verbergt finit le débat en invitant tout le monde pour la réouverture en disant : « j’aurais préféré avoir cette discussion un mois après la réouverture ». Clairement, le directeur en charge des relations avec les publics craint que l’image lisse de la « rénovation » avec laquelle le discours marketing du musée entend attirer à lui de nouveaux publics ne soit brisée. Il ne faudrait surtout pas gâcher la fête. Nous sommes redevables à BAMKO-CRAN ASBL qui s’est approprié le débat sur la restitution et à Mireille qui a réussi à faire bouger les lignes et à recomposer le champ des positions autour de la « modernisation » du musée colonial. Et si on peut d’avantage parler de « modernisation » des infrastructures que de « décolonisation » de l’institution c’est d’abord parce que ¾ du budget alloué a été affecté à la rénovation des bâtiments.

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la Belgique est à la traîne sur la restitution des trésors coloniaux

Aujourd’hui nous avons tenté de publier une carte blanche intitulée « la Belgique est à la traîne sur la restitution des trésors coloniaux ». Le Soir a décidé de la reprendre mais au final William Bourton l’a complètement noyée dans une page du Soir + qui s’intitule : « Faut-il restituer les objets sacrés du Congo aux Congolais ? ». Art du camouflage et de la dispersion, finalement cette publication ressemble étrangement au processus de modernisation du musée de Tervuren lui-même : un gigantesque foutoir de positions pseudo-scientifiques, une façon de dissimuler la colonialité du savoir-pouvoir au sein d’un discours qui prend les allure du post-colonial. Il faut lire six paragraphes dont on imagine qu’ils ont été écrit par William Bourton, sans que cela soit explicite, pour que la parole nous soit enfin donnée. Et en six paragraphe, on a déjà le vertige. D’emblée, notre parole se trouve déformée : nous, les signataires de la carte blanche, nous serions les « représentants de la société congolaise » et en face de nous, il y aurait Bruxelles qui serait « pas totalement fermée à l’idée (de la restitution), même si celle-ci soulève nombre d’objections. » Très vite Bourton se permet de reprendre, sans le vérifier, l’argument répété ad nauseam par le Musée selon lequel « nombre de pièces rendues au Zaïre à l’époque de Mobutu se sont volatilisées » (« on sait par exemple »). Ainsi, d’emblée, avant même que le débat ne commence à s’ouvrir, il tente de le refermer. C’est incroyable cette puissance spectrale de Tervuren et de sa propagande sur la conscience de journalistes dont on imagine qu’ils ne travaillent par pour le Musée.

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Rémanences de la colonalité au cœur des processus de restitution des « restes humains »

Des Héréros et Namas à Lusinga (Allemagne-Namibie, Belgique-Congo)

La restitution des « restes humains » et des biens culturels pillés durant la période coloniale s’inscrit dans le cadre des « dettes morales et matérielles dues aux peuples africains » (Proclamation d’Abuja, 1993), c’est-à-dire dans le cadre d’une politique de la réparation. En effet, les revendications de restitution formulent un tort subi par la colonisation qui « (…) se manifeste douloureusement dans les vies mises à mal des Africains d’aujourd’hui (…), dans les économies mises à mal du monde africain » (Proclamation d’Abuja). Dès lors, la question de la restitution des biens spoliés, des trésors traditionnels et des « restes humains » est inséparable de la question du versement intégral d’indemnités sous la forme de transfert de capitaux et d’annulation de dettes.
La restitution d’ossements de Héréros et de Namas de l’Allemange à la Namibie si elle offre un précédant qui pourrait faire jurisprudence – au vu du statut quo ante tel qu’il se pose en Belgique (cf. article de Michel Bouffioux) – pose le problème de la désarticulation des enjeux de restitution et de réparation. Les ossements avaient été envoyés en Allemagne pour des expériences scientifiques à caractère racial, après le génocide de dizaines de milliers d’Héréros et Namas au début du XXe siècle. La plupart des dépouilles provenaient de la collection anthropologique de la clinique universitaire berlinoise de la Charité.

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Bruxelles, ville impériale : désenvouter l’espace public

 

Le cas du parc Duden / parc de Forest

Martin Vander Elst.

Samedi 13 Janvier 2018

Un buste de Léopold II qui se trouvait dans le parc Duden à Forest a été déboulonné dans la nuit de mercredi 10 à jeudi 11 janvier par un collectif anti-colonial. Il faut dire que les statues de Léopold II représentent un des points de cristallisation des enjeux mémoriels sur le passé colonial de la Belgique (Ceuppens, « Les monuments publics coloniaux, lieux de mémoires contestés », 2008). En effet, les massacres commis sous le règne de Léopold II par l’intermédiaire des forces de l’Association Internationale Africaine puis par celles de l’État Indépendant du Congo constituent la face la plus obscure de la colonisation belge au Congo. À Bruxelles, plus particulièrement, bien des noms de rues, de places ou de boulevards sont consacrés à des agents de Léopold II au Congo qui sont connus pour leurs crimes contre l’humanité. Qu’autant de monuments soient consacrés à la gloire des soldats et des militaires indique à quel niveau de profondeur gît, dans notre inconscient collectif, mais aussi dans l’espace public, l’accoutumance aux massacres (Mbembe, « Que faire des statues et monuments coloniaux ? », 2006).

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