La négrophobie arabe (et le reste) comme impuissance indigène

Par Houria Bouteldja

« Des perdants. Mon optimisme ne renaitra que sur le socle de cette vérité ultime. Nous sommes des perdants. Ce sera mon point de départ sinon rien. »

C’est cette phrase, perdue quelque part dans mon livre, qui me revient quand, perplexe, je médite sur la surmédiatisation des insultes négrophobes proférées par un Maghrébin à Cergy et la puissante émotion qu’elle a provoquée. C’est cette même phrase qui avait traversé mon esprit au moment de l’affaire « Bouhlel », du nom de cet Algérien qui avait défrayé la chronique en avril dernier au Maroc et suscité un émoi national en insultant les Marocains.

Ce ne sont pas tant les formes de racismes intercommunautaires (certes non résolues mais reconnues et traitées par le mouvement décolonial) ou le mépris (qu’on peut aussi appeler racisme) des « blanchis » à l’égard de leurs « frères » restés dans le Sud qui m’intéressent ici, mais la parfaite similitude des deux situations et ce qu’elle dit de l’état de décomposition de la conscience politique des indigènes, tant du Sud que du Nord et du pourrissement idéologique généralisé. Je m’explique.

Les faits d’abord.

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La politique migratoire européenne et le régime marocain sont tous les deux responsables du drame de Ceuta

25 mai 2021 par le Secrétariat international partagé (CADTM Belgique & ATTAC CADTM Maroc) du CADTM INTERNATIONAL

(CC – Flickr – webbetravel)

Depuis le lundi 17 mai, plus de 8000 personnes migrantes ont franchi la frontière qui sépare le Maroc de l’enclave espagnole de Ceuta et près de la moitié ont déjà été refoulée dans le chaos. Sur fond de crise diplomatique, cette nouvelle tragédie est le symbole de la violence d’un système de dépendances néocoloniales imposé par les puissances européennes avec la connivence de ceux qui gouvernent au Maroc.

  Sommaire
  • Répression militaire contre une jeunesse instrumentalisée
  • Les faux semblant des politiques européennes : l’externalisation de l’asile et l’immigration à (…)
  • Une pression migratoire aggravée par une crise économique et sociale
  • Alternatives proposées par le CADTM

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Colloque à l’UMons sur « Colonisation, décolonisation : des mémoires multiples et plurielles ».

Le discours de BP au colloque à Mons :

Bonjour. Nous remercions le Mons Memorial Museum et l’UMONS pour l’organisation de ce colloque et pour l’invitation.

Ce colloque nous permet de prendre connaissance de beaucoup de recherches et de travaux sur la « mémoire coloniale », le « patrimoine », la « Culture », etc.

Malgré l’intérêt indéniable de telles recherches, ce sont les conséquences actuelles et matérielles de la colonialité du pouvoir et du savoir (le folklore étant inclus dans le savoir) sur la vie des personnes Noires et afro-descendantes qui nous préoccupent. Nous n’avons rien contre un travail intellectuel sérieux. C’est même l’une des bases de nos argumentations dans notre lutte contre la domination raciale.

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Un nouveau Bandung pour affronter la crise actuelle

Ce texte a été initialement publié dans le bulletin de recherche du ASN de décembre 2020/janvier 2021, que vous pouvez retrouver ici.

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La neutralité n’existe pas, il s’agit de la subjectivité blanche.

Contre la suprématie blanche, « La dignité ou la mort »

Je pose donc mon cadre d’énonciation. Je ne suis pas blanche, je suis algérienne avec le privilège acquis par la violence coloniale, d’avoir un passeport français. Je n’ai pas fait de grandes études. Déjà au lycée je désertais. J’ai osé m’immerger à 35 ans « dans la gueule du loup » pensant avoir les reins assez solides.

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Sur le roman palestinien

A propos de Bashir Abu-Manneh, The Palestinian Novel. From 1948 to the Present, Cambridge University Press, Cambridge, 2016.

« Consciemment ou inconsciemment, j’ai considéré le moi et le milieu où il évolue comme deux éléments interchangeables, l’un étant le reflet de l’autre, voire sa matérialisation symbolique. C’est que le temps a effectué son lent travail de sape : ce milieu où j’ai vécu, je ne veux pas le perdre complètement, et, pour ce faire, je tente de l’emprisonner dans le filet des mots. »

Jabra Ibrahim Jabra, Le Premier Puits.

C’est par la destruction de la maison de l’écrivain palestinien Jabra Ibrahim Jabra que Bashir Abu-Manneh débute son exploration de la littérature palestinienne post-1948. En 2010, dans le quartier Mansour de Bagdad, la maison où a vécu Jabra jusqu’à sa mort, en 1994, a été soufflée par une explosion. Comme l’écrit Abu-Manneh, la famille de Jabra avait pris soin de conserver cette maison dans l’espoir que son contenu soit, un jour, rendu accessible au public. Avec cette destruction, ce sont des centaines de lettres d’écrivains et artistes majeurs du monde arabe, des peintures d’artistes irakiens tels Jewad Salim ou encore Shâker Hasan, des milliers de livres et de manuscrits ainsi que des travaux de Jabra non publiés, tout comme des enregistrements de ses cours et conférences, qui ont été perdus. Bashir Abu-Manneh va même jusqu’à parler de la perte du répertoire culturel d’une seconde renaissance arabe.

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Les afro-descendants belges et la question de la reconnaissance

PeoPL - LAURA NSENGIYUMVA

Par Aymar Bisoka N.

Les manifestations antiracistes à la suite de la mort de George Floyd, tué fin mai 2020 par des policiers blancs aux États-Unis, ont apporté un souffle nouveau à la lutte contre le racisme et contre l’exclusion que subissent encore les Noirs à travers le monde.

En Belgique, si les premières actions ont consisté à prendre pour cible, à vandaliser ou encore à déboulonner les statues de Léopold II, ancien roi des Belges, c’est parce que, pour les manifestants, la question noire dans ce pays nécessite à la fois un retour sur l’histoire coloniale belge en Afrique des Grands Lacs et ses divers héritages contemporains.

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L’absence et ses masques.

PeoPL - LAURA NSENGIYUMVA
Par Aymar N. Bisoka, Prof. d’anthropologie décoloniale, Université de Mons.

L’absence et ses masques. Les commissions parlementaires belges sur la colonisation et le problème de dignité.

« Les masques ne sont pas les pièces les plus emblématiques de ce musée. Les belges les ont presque tous pillés durant la colonisation pour orner leurs musées. Voilà pourquoi nos musées sont presque vides […]. Ce qui nous reste de grandiose se trouve dehors dans le jardin. Il s’agit de gigantesques fresques qui représentent des esclaves noirs en train de construire une voie ferrée sous la surveillance des colons blancs. On y voit aussi d’imposantes statues de bronze de Stanley et de Léopold II, ces deux blancs par lesquels le malheur a commencé ».

Voilà comment Justin introduit souvent, de manière quasi-machinale mais toujours solennellement, la visite du minuscule musée du Mont Ngaliema à Kinshasa. Au fur et à mesure qu’on avance pour admirer la cinquantaine d’œuvres d’art reparties dans les deux pièces exiguës qui composent le musée, on se heurte effectivement à un contraste. D’abord l’absence et le vide créés par la violence coloniale. Il n’y a pas grand-chose dans le musée. Selon Justin, il faut aller au musée de Tervuren à Bruxelles pour avoir accès aux masques. Ensuite, la violence qu’expriment ces fresques et ces statuts qui surplombent le jardin. Elles sont si impressionnantes qu’on pourrait croire qu’elles avaient été conçues pour cacher l’absence de masques congolais que déplore Justin.

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HUIT THÈSES SUR L’IMPÉRIALISME AMÉRICAIN ET LES LUTTES ANTI-IMPÉRIALISTES AU 21ÈME SIÈCLE, PAR RAMON GROSFOGUEL

Ce texte a été prononcé par le professeur Ramón Grosfoguel lors du cycle international « Notre Amérique dans les plans de l’impérialisme », lors de la réunion « Regards depuis l’Amérique du Nord » le 25 août 2020. Sociologue formé à l’Université de Puerto Rico et à la Temple University de Pennsylvanie (avec un Post-Doctorat, à la Maison des Sciences de l‘Homme, Centre Fernand Braudel, Paris) Ramon Grosfoguel est internationalement reconnu pour son travail sur la décolonisation du savoir et du pouvoir ainsi que pour son travail sur les migrations internationales et la politico-économie du système mondial. Il a été chercheur associé à la Maison des Sciences de l’Homme à Paris pendant de nombreuses années et enseigne actuellement à l’Université de Berkeley, où il travaille au sein de l’équipe de chercheurs « Modernité/colonialité ».

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