« Émotions, gestes et images »  « Emociones, gestos e imágenes »

En ce funeste mois de mai, alors que les peuples de Palestine et de Colombie étaient massacrés pour la énième fois, deux images ont fait le tour du monde. Le premier était celui de Marino Hinestroza, milieu de terrain du club brésilien Palmeiras, tenant un T-shirt avec l’inscription : « SOS Colombie » en référence au silence honteux des institutions internationales face à la répression sanglante subie sur le sol colombien. Produit de l’académie de jeunesse América de Cali, Hinestroza, de haute taille et au regard défiant, était à l’époque une métaphore de la longue résistance du peuple afro-colombien. La deuxième image était celle de Riyad Mahrez brandissant le drapeau palestinien pour célébrer le titre de la Premier League. Capitaine de l’équipe nationale algérienne, le geste de Mahrez a concentré en cet instant l’admiration que la lutte anticoloniale du peuple palestinien a éveillée – et continue d’éveiller. Les deux images sont porteuses d’expressions collectives d’émotions.

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Colloque à l’UMons sur « Colonisation, décolonisation : des mémoires multiples et plurielles ».

Le discours de BP au colloque à Mons :

Bonjour. Nous remercions le Mons Memorial Museum et l’UMONS pour l’organisation de ce colloque et pour l’invitation.

Ce colloque nous permet de prendre connaissance de beaucoup de recherches et de travaux sur la « mémoire coloniale », le « patrimoine », la « Culture », etc.

Malgré l’intérêt indéniable de telles recherches, ce sont les conséquences actuelles et matérielles de la colonialité du pouvoir et du savoir (le folklore étant inclus dans le savoir) sur la vie des personnes Noires et afro-descendantes qui nous préoccupent. Nous n’avons rien contre un travail intellectuel sérieux. C’est même l’une des bases de nos argumentations dans notre lutte contre la domination raciale.

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LES ZAPATISTES NAVIGUENT VERS L’EUROPE

Le Soir (Bruxelles, 7 mai) – Bernard Duterme, coordinateur du livre collectif Zapatisme : la rébellion qui dure, commente la prochaine « invasion » du continent européen par les surprenants rebelles du Chiapas, à l’heure de la ratification d’un nouvel accord de dérégulation des investissements et des échanges commerciaux entre l’Europe et le Mexique.

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Un nouveau Bandung pour affronter la crise actuelle

Ce texte a été initialement publié dans le bulletin de recherche du ASN de décembre 2020/janvier 2021, que vous pouvez retrouver ici.

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Bonnes feuilles : Contre-histoire des États-Unis (La culture de la conquête)

Nous publions, avec l’aimable autorisation des éditions Wildproject, le chapitre 2, « La culture de la conquête », du livre de Roxanne Dunbar-Ortiz, Contre-histoire des États-Unis (Wildproject éditions, coll. « Le monde qui vient », 2018), traduit par Pascal Ménoret. Vous pouvez retrouver toutes les informations sur ce livre ici. La préface de Pascal Ménoret est à lire ici.

La culture de la conquête

La découverte des contrées aurifères et argentifères de l’Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l’Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d’accumulation primitive qui signalent l’ère capitaliste à son aurore.

Karl Marx[1]

Comment tout commença

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Maradona, un dribble contre le purisme intersectionnel

Traduction du texte de Jose Romero-Losacco faite par Libra Sphera

Maradona, un dribble contre le purisme intersectionnel
Je n’aime pas me joindre aux épitaphes publiques, celles qui abondent sur les réseaux sociaux lorsqu’une célébrité décède. J’aimerais penser que ce refus, dans mon cas, est fondé sur la compréhension que la mort et le deuil ne sont pas une question publique, mais une question communautaire, car la mort est également l’une des questions communes, et qui n’échappe pas non plus à la privatisation aux mains de l’industrie funéraire. Cependant, la mort récente de Maradona m’a pris par surprise, non pas à cause de sa mort elle-même, mais parce qu’elle a signifié une révélation des profondes contradictions non assumées par les purismes de ce qui me semble déjà être une sorte de post-modernisme intersectionnel protégé par une rhétorique antiraciste et décoloniale.
Si la mort de Maradona attire mon attention, c’est en raison de ce qu’elle nous montre, je me demande donc pourquoi elle suscite tant de débats, pourquoi il est détestée par certains et idolâtrée par d’autres. Ma première réponse à cette question est inévitablement liée au fait que Maradona était une imposture de gauche, un dribble tant pour ceux qui exercent avec fétichisme le pouvoir que pour ceux qui critiquent avec purisme l’ exercice de ce pouvoir. Je parlerai de ce dernier, les autres nous les connaissons déjà.

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POUVONS-NOUS ÊTRE FÉMINISTES ET AIMER MARADONA ?

Mercredi 25 novembre mourait Diego Maradona, légende du football mondial à laquelle des millions de personnes se sont identifiées tout au long de sa vie, des faubourgs de Buenos Aires aux quartiers populaires de l’Italie méridionale. Nous avions rendu hommage à celui qui, animé par une impérissable loyauté de classe, n’a cessé de prendre position pour la justice sociale et la défense des peuples opprimés par l’impérialisme.

Certains débats ont émergé ces derniers jours visant à confronter aux célébrations endeuillées du footballeur la réalité de son machisme, ainsi que les accusations de violences conjugales émises à son encontre.

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DIEGO L’ANTI-IMPÉRIALISTE

« S’il n’avait pas été footballeur, il serait devenu révolutionnaire »

Emir Kusturica

« Ils défendent tous les États-Unis, moi c’est Cuba »

Diego Maradona

Diego Armando Maradona est décédé un 25 novembre, quatre ans jour pour jour après Fidel Castro, dont il s’était fait tatouer l’effigie sur son mollet gauche et qu’il considérait comme son « second père ». Champion du monde avec l’Argentine en 1986, Maradona a marqué l’histoire de son sport, dont il restera l’une des plus légendaires incarnations.

Mais lui qui avait grandi à Villa Fiorito, bidonville surpeuplé et insalubre dans la banlieue sud de Buenos Aires, qui dès son plus jeune âge choisit Boca Juniors, le club populaire de la capitale argentine, contre son rival des quartiers riches River Plate, n’a jamais oublié ses origines prolétaires. Et s’il est un fil rouge qui traverse les différentes étapes de sa vie, de la gloire footballistique aux déboires judiciaires en passant par sa dépendance à la cocaïne, c’est bien une sensibilité anti-impérialiste dont il ne s’est jamais caché.

Un match résume à lui seul la carrière de Maradona. Les images de sa performance lors du quart de finale de la coupe du monde 1986 au Mexique entre l’Argentine et l’Angleterre, ponctuée par deux buts d’anthologie, resteront gravées dans la mémoire de tous les amoureux du ballon rond.

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