La paix règne

Violence et politique aujourd’hui

« Ce qui nous semble surtout étrange, dans la ferme décision de substituer l’action parlementaire à tout emploi de la violence populaire, c’est l’idée qu’une révolution peut être faite arbitrairement.»  Rosa Luxemburg, « L’expérience belge », 1913.

D’un point de vue politique évoquer la violence fonctionne comme un acte magique. Là où le pouvoir aperçoit de la violence, il peut tracer un périmètre de sécurité à l’intérieur duquel tout lui est permis pour y mettre fin, pour garantir notre sécurité, pour éliminer la menace, y compris une violence extrême. Tout individu ou groupe, accusé de violence, quelles que soient les circonstances, devient d’un seul coup illégitime dans l’ensemble de ses actes, passés, présents et à venir.

Il serait peut-être intéressant de regarder les ficelles de cet étrange tour de passe-passe, dont les premières apparitions remontent peut-être au XVIème siècle, lors de la colonisation de l’Amérique.

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Marcher sur un fil et ne jamais tomber : stratégie pour un féminisme décolonial

Ce texte est une version enrichie de l’intervention tenue oralement au Bandung du Nord, le 6 mai 2018 à la Bourse du Travail de Saint-Denis et à Penser l’émancipation, le 14 septembre 2017.

Bonjour à toutes et à tous,

Avant toute chose, je voudrais exprimer ici l’honneur qui est le mien de participer à un événement politique d’une telle envergure.

Je voudrais également préciser que je n’interviens pas ici en tant qu’individu ni même simplement en tant que femme, mais en tant que membre d’une organisation politique décoloniale qui développe depuis plus d’une décennie une réflexion théorique et stratégique soutenue par un projet politique clairement identifié. Cette organisation, c’est le Parti des Indigènes de la République. Je précise, enfin, que la durée de mon intervention étant très limitée, je vais devoir grassement résumer et peut-être appauvrir un peu la complexité de ce que voudrais défendre ici. Il y a quelques mois, c’est ici, sur cette même estrade que j’ai été invitée à intervenir dans une plénière intitulée « Féminisme et Révolutions » dans le cadre du colloque Penser l’émancipation.

Lors de cette séance, certains s’en souviendront sans doute, j’ai commencé par cette déclaration un tantinet insolente : « je ne suis pas féministe. »

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Le Président Vénézuelien Maduro a annoncé la création de l’Institut National pour la Décolonisation.

Maduro con Ramón Grosfoguel y Enrique Dussel. Foto: Prensa Presidencial

A l’occasion d’une rencontre avec des intellectuels de différents pays qui participaient à la IIIème Ecole de Pensée Critique Décoloniale ouverte au public vénézuélien, le Président vénézuélien Maduro a approuvé la proposition présentée par Enrique Dussel et Ramon Grosfoguel de créer un Institut pour la Décolonisation, qui combattra la formation européo-centrée qui prévaut toujours à l’intérieur de nombreux programmes éducatifs. Le Ministre du Pouvoir Populaire pour la Culture, Ernesto Villegas, a été désigné pour parachever sa création avec le collectif des intellectuels.

La rencontre entre le Chef de l’État et les intellectuels a eu lieu au palais présidentiel de Miraflores à Caracas, et a été retransmise par la chaîne publique de télévision. Les penseurs visitaient le Vénézuela à l’occasion de  la Troisième Ecole de Pensée Critique Décoloniale : Etat et Processus Constituants, qui se déroulait à la Bibliothèque Nationale du Vénézuela entre le 22 et le 26 octobre.

« Ce furent des journées de débat et de réflexion extrêmement intéressantes, pertinentes, profondes et absolument libres » a expliqué le Ministre de la Culture Ernesto Villegas.  « Le gouvernement bolivarien, à travers ses distinctes institutions, leur a donné tout son soutien, mais cela ne s’est nullement traduit en restriction ou limitation, de manière à ce que l’évènement soit un plan pour le débat critique et autocritique des grandes affaires de l’humanité, particulièrement depuis la perspective de la décolonisation ».

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Vidéo de la rencontre autour de Histoire des révoltes panafricaines de C.L.R. James avec Selim Nadi

Lundi 29 octobre @ 19 h 00 min21 h 00 min

Le Steki

4-6 rue Defnet Bruxelles, 1060 Belgique + Google Map
 
Ce petit livre de C. L. R. James, dont la première édition est parue en 1938, la même année que Les Jacobins noirs, propose une histoire mondiale de la résistance des Noirs, de Saint-Domingue aux colonies africaines, en passant par les États-Unis et d’autres îles des Antilles. Révoltes d’esclaves, émeutes, grèves, mouvements millénaristes ou antiracistes : rompant avec le cliché de populations subissant passivement leur exploitation, James souligne la diversité des rébellions, leur constance et leur place centrale dans le monde moderne.

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Dans l’incandescence des luttes, Fanon brûlant d’actualité

Dans Fanon, hier et aujourd’hui, le documentaire de Hassan Mezine, le réalisateur réussit à faire sortir Franz Fanon du musée et des cérémonies de commémoration creuses pour le restituer aux hommes et aux femmes en quête d’émancipation.
2018-10-10
Marwan Andalousi

Journaliste Algérien

Le documentaire Fanon, hier et aujourd’hui, réalisé par Hassan Mezine, est une stimulante contribution à la résurrection cinématographique d’un immense combattant pour la liberté des peuples. Un Moudjahid de la pensée en action que les idéologues dogmatiques ont largement ignoré et que les propagandistes de droite n’ont eu de cesse de diaboliser. Frantz Fanon, figure emblématique des luttes anticoloniales, celui-là même que les universités néocoloniales éludent entre silence aigre et embaumement perfide, réapparait dans ce film dans toute sa pertinence politique, dans toute son urgence. Le fils de la Martinique et l’Algérien, l’internationaliste Fanon revient parmi nous comme dans un songe pour rappeler que l’aliénation est l’instrument le plus redoutable de la domination, que la colonialité est une continuité criminelle et que la dignité est inséparable de la liberté.

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À propos de la restitution des artefacts africains conservés dans les musées d’Occident

Historien

La question de la restitution de l’art africain pillé par les occidentaux fait l’objet de débats dont les termes doivent être clarifiés. Car les œuvres d’art africaines n’ont pas qu’une valeur matérielle, mais également cosmologique : elles transcendent la distinction entre objet et sujet, elles traduisent une volonté de s’insérer dans le monde dans le but d’y participer et de le prolonger, plutôt que de le dominer et de l’assujettir. La restitution ne saurait donc être simplement matérielle : comment pallier l’appauvrissement symbolique entrainé par les pillages ? Cela est-il seulement remédiable ?

Aujourd’hui, la question de savoir s’il faut ou non restituer à leurs ayant-droits les artefacts africains conservés dans les musées d’Occident se pose avec acuité. Très peu, cependant, se préoccupent de comprendre ce qui aura justifié, à l’origine, la migration de ces objets en Europe. Davantage encore, nombreux sont ceux et celles qui ne savent ni quelle est leur valeur esthétique réelle, encore moins de quoi ils furent le signifiant dans la conscience européenne. Il importe, dans ces conditions, de revenir à l’essentiel. Posons-donc les questions de la manière la plus claire possible.

 

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« L’assassinat de Semira Adamu au prisme de l’intersectionnalité ».

Bonsoir à toutes et tous,

Je remercie les organisateurs pour cette invitation.

Je vais tenter de replacer la question de l’assassinat de Semira Adamu et plus globalement la question des politiques migratoires dans une perspective décoloniale. Il ne s’agit bien évidemment pas de livrer ici une réflexion exhaustive et aboutie, chose qui me serait impossible étant donné le temps qui m’est imparti. Il est plutôt question pour moi d’esquisser un cadre de réflexion et de lutte qui inscrit les politiques migratoires et leur dimension répressive dans le temps long des rapports globaux de domination et d’exploitation du Nord à l’égard du Sud ainsi que des processus de déshumanisation qui sous-tendent ces rapports.

Ces questions prennent place dans le contexte d’une société post-coloniale qui est toujours en prise avec le système-monde. Dans cette perspective, il est certains événements qui jettent une lumière crue sur nos sociétés modernes libérales qui, à première vue, ont l’air d’être pacifiées mais en réalité sont profondément violentes. Le drame de l’assassinat de Semira Adamu fait assurément partie de ces événements tant cette mort et le procès qui s’en est suivi ont mis à nu la froide mécanique du pouvoir, la force et la brutalité dont il est capable pour justifier et perpétuer une situation d’injustice et de domination, ainsi que la discordance manifeste qui existe entre les valeurs humanistes censées régir nos sociétés et l’épreuve de la réalité qui est une négation de ces principes.

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la Belgique est à la traîne sur la restitution des trésors coloniaux

Aujourd’hui nous avons tenté de publier une carte blanche intitulée « la Belgique est à la traîne sur la restitution des trésors coloniaux ». Le Soir a décidé de la reprendre mais au final William Bourton l’a complètement noyée dans une page du Soir + qui s’intitule : « Faut-il restituer les objets sacrés du Congo aux Congolais ? ». Art du camouflage et de la dispersion, finalement cette publication ressemble étrangement au processus de modernisation du musée de Tervuren lui-même : un gigantesque foutoir de positions pseudo-scientifiques, une façon de dissimuler la colonialité du savoir-pouvoir au sein d’un discours qui prend les allure du post-colonial. Il faut lire six paragraphes dont on imagine qu’ils ont été écrit par William Bourton, sans que cela soit explicite, pour que la parole nous soit enfin donnée. Et en six paragraphe, on a déjà le vertige. D’emblée, notre parole se trouve déformée : nous, les signataires de la carte blanche, nous serions les « représentants de la société congolaise » et en face de nous, il y aurait Bruxelles qui serait « pas totalement fermée à l’idée (de la restitution), même si celle-ci soulève nombre d’objections. » Très vite Bourton se permet de reprendre, sans le vérifier, l’argument répété ad nauseam par le Musée selon lequel « nombre de pièces rendues au Zaïre à l’époque de Mobutu se sont volatilisées » (« on sait par exemple »). Ainsi, d’emblée, avant même que le débat ne commence à s’ouvrir, il tente de le refermer. C’est incroyable cette puissance spectrale de Tervuren et de sa propagande sur la conscience de journalistes dont on imagine qu’ils ne travaillent par pour le Musée.

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« Nouveaux dispositifs de contrôle, répressions et résistances »

Cette intervention a eu lieu durant une conférence de « Tribute to Semira Adamu »(1), dans le panel : « Nouveaux dispositifs de contrôle, répressions et résistances »

 

Je Remercie les organisateurs pour leur immense travail et pour leur invitation. Et j’ai une pensée pour Semira, Ali et toutes les autres victimes du racisme.

Je vais commencer par vous exposer l’analyse qui fondent l’existence et les actions de Bruxelles Panthères. J’évoquerai ensuite les formes de luttes que nous utilisons.

Ce que je vais dire ici – qu’est-ce que l’antiracisme politique ? –  est issu de notre expérience propre, de celle de notre réseau et dans ce cas-ci, de l’étude de trois auteurs en particulier. Je vais donc brièvement les citer, leurs pensées étant à la base de cette analyse :

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Semira Adamu : « Ils ont tué une femme, pas son combat ! »

Semira Adamu était une jeune femme nigériane ; elle militait depuis l’intérieur d’un centre fermé en Belgique, où sont retenues les personnes « sans-papiers ». Ce 22 septembre 2018 marque les 20 ans, jour pour jour, de sa mort, tuée par l’escorte de gendarmes en charge de son expulsion. Il y a peu, une autre réfugiée décédait des mains des forces de l’ordre belges : Mawda, une fille de 2 ans tombée d’une balle dans la tête. Le gouvernement belge vient à nouveau d’autoriser l’enfermement d’enfants et la Coordination Semira Adamu 2018 clame dans la capitale de l’Union européenne : « Ils ont tué une femme, pas son combat ! » Nous rencontrons Cataline, anciennement membre du Collectif contre les expulsions ; elle nous fait le récit du combat et de la mort de Semira Adamu qui bouleversa la Belgique.


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