Entretien avec Houria Bouteldja : “La décolonisation du monde est devant nous et les forces à combattre sont colossales”

Houria Bouteldja a accepté un entretien ( pour « Du Racisme Social en Europe – et par extension dans le monde. » ). Vous trouvez ci-dessous questions et réponses. Elle est une référence constante et du monde décolonial et de tout un arc extrémiste, dont les membres actifs la détestent. Parce qu’elle est la Lénine des Décoloniaux. Ce qui est impressionnant, c’est que, face à leur rage, et ce n’est même pas une métaphore, tant certains ont la bave aux lèvres quand ils l’évoquent, elle reste calme, froide – clinique et pas clanique. La concernant, il faut faire un choix : ou faire comme l’ex-chroniqueur de BFMTV, Thomas Guénolé, qui, dans l’émission “Ce soir ou jamais”, a fait référence à son livre “Les blancs, les juifs et nous”, soit, sans en comprendre le sens, soit en citant des extraits de manière tronquée, ou, au contraire, la lire et l’écouter, ce qui garantit de se vacciner contre les interprétations/réductions, frelatées, stupides ou dégueulasses. C’est l’une des raisons de cet entretien : inciter, chacune, chacun, à avoir un accès direct, personnel, par la lecture ou l’audition, sans le filtre d’un média explicitement (ou non) réactionnaire. Dont nous sommes bombardés, pollués. Remerciements à Houria pour avoir pris le temps de cet entretien.

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La matrice coloniale de la frontière maroco-espagnole : Ceuta & Melilla

Massacre raciste à la frontière de Melilla

par Elsa Tyszler

Le 24 juin 2022, des ressortissant·e·s d’Afrique centrale, de l’Ouest et de l’Est ont tenté de franchir les barrières de l’enclave espagnole de Melilla[1]. La violence de la répression opérée par les garde-frontières espagnols et marocains en charge d’empêcher ces entrées a provoqué la mort d’au moins 37 personnes et plus de 300 blessés[2]

Ce massacre est une nouvelle manifestation de la guerre qui est menée aux migrant·e·s racisé·e·s noir·e·s depuis trois décennies aux frontières maroco-espagnoles, où l’Europe – et en particulier ici l’Espagne – délègue aux autorités marocaines la fonction de repousser les personnes cherchant à migrer et accorde pour cette défense de la frontière européenne un véritable permis de tuer. 

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Les massacres racistes et l’impunité doivent cesser aux frontières maroco-espagnoles !

Un nouveau charnier aux barrières-frontières de Melilla :

les massacres racistes et l’impunité doivent cesser aux frontières maroco-espagnoles !

Communiqué Migreurop

Le 22 juin 2022, la Commission européenne se félicitait des progrès réalisés autour du Pacte sur l’asile et la migration, nouvel instrument sécuritaire, et les États membres de l’Union européenne (UE) se mettaient d’accord sur l’importance des camps et du tri expéditif à toutes les frontières [1]. Deux jours plus tard, un nouveau massacre raciste, d’une ampleur sans précédent, a eu lieu à la frontière maroco-espagnole, une étape supplémentaire dans la guerre aux migrant·e·s menée depuis des décennies par l’UE, ses États membres et ses partenaires.

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Pourquoi le Sud global post-colonial est-il source d’immigration et de réfugiés ?

Aussi bien dans le passé comme actuellement, les gens migrent à la recherche d’opportunités économiques, de moyens de subsistance et de sécurité pour eux-mêmes et leur famille. La recherche d’opportunités économiques loin de chez soi est le principal moteur de l’immigration et des déplacements d’une partie du monde à l’autre. Les immigrants vers l’Europe et les États-Unis cherchent des opportunités économiques loin de chez eux en raison de l’effondrement et de la fragmentation totale des économies post-coloniales du Sud et de l’effondrement des ordres politiques et sociaux qui ont conduit à l’insécurité. La raison de ce phénomène est une question essentielle qui n’est pas souvent posée ou à laquelle on ne répond pas.

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Entretien avec Louisa Yousfi autour de Rester barbare.

Louisa Yousfi : « Plus je me gavais de culture légitime, plus je ressentais une impuissance à écrire » (Rester Barbare)

Entretiens Johan Faerber    

Autant le dire tout de suite : avec Rester barbare, Louisa Yousfi livre un texte important. Essai littéraire, manifeste politique du décolonial, force de l’écriture devant un monde qui s’effondre, réflexion sur l’intégration et l’assimilation, Rester barbare sonde l’irréductible d’une parole que l’Occident voudrait faire taire. De Mohammed Dib à PNL, de la littérature au rap, Louisa Yousfi pose la barbarie comme puissance esthétique et politique positive contre la rhétorique macroniste, lepéniste et zemmouriste de l’ensauvagement. Une nouvelle voie se dessine pour qui écrit : elle est ici. Autant de nouvelles perspectives sur lesquelles Diacritik a souhaité interroger avec Louisa Yousfi le temps d’un grand entretien.

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Extrait du livre  » COMME UN GOÛT DE RÉVOLUTION  »  Autobiographie d’ Elaine Brown ( Black Panther ) 

Nous avons le plaisir de publier en exclusivité un extrait du livre  » COMME UN GOÛT DE RÉVOLUTION  »  Autobiographie d’ Elaine Brown ( Black Panther )

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse. 

PRÉSENTATION

Enfant des ghettos de Philadelphie, adolescente noire dans un monde violent, militante révolutionnaire, chanteuse, cheffe du Black Panther Party : dans ce récit captivant, Elaine Brown revient sur sa vie, ses engagements, ses déchirements.
Née en 1943, Elaine Brown s’engage en politique progressivement, puis, en avril 1968, après l’assassinat de Martin Luther King, rejoint le Black Panther Party, créé deux ans plus tôt à Oakland. Chanteuse, elle enregistre deux albums pour le parti. En 1971, elle entre au comité central et en devient le ministre de l’information. Elle accepte la direction du Black Panther Party en 1974, quand Huey P. Newton part en exil à Cuba.
Cette plongée vibrante dans le parcours et l’expérience d’Elaine Brown ne passe sous silence ni ses erreurs, ni ses trahisons à ses propres engagements, ni les errements de cette formidable aventure collective, qui demeure un grand moment de l’histoire des mouvements de libération. Avec ce récit, Elaine Brown nous invite à repenser l’émancipation, la révolution, l’intime et le politique.

Autobiographie d’une Black Panther
Collection : « Avant-première »
Auteur-e : Elaine Brown
Parution : mai 2022
Pages : 496
Format : 150 x 210
ISBN : 978-2-84950-959-3

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Hommage à un exilé identifié.

On les appelle « haraga » littéralement ceux qui brûlent, parce qu’une fois l’autre rive atteinte ils brûlent leurs documents d’identité au sens propre comme au sens figuré. Ils doivent se détacher de ce qui pourrait les renvoyer d’où ils viennent.
A partir de maintenant ils utiliseront des alias, des pseudos et déjà le processus d’invisibilisation se met en marche.

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ACCUSÉ DE TERRORISME : LE PÉCHÉ DU MUSULMAN MILITANT

Nordine Saïdi, militant décolonial et fondateur de Bruxelles Panthères, a grandi à Bruxelles dans le quartier populaire de Cureghem [1]

[1] Quartier populaire de…

. À travers son enfance et son parcours politique apparaissent les ciblages et criminalisations qui visent les populations d’origines non-blanches. Désormais, on l’accuse de terrorisme pour ses actions politiques. Nordine Saïdi comparaissait le 2 décembre 2021 devant le tribunal correctionnel de Bruxelles pour avoir demandé au bourgmestre de Lessine de retirer « la sortie des nègres » de la Ducasse de Culant, considéré jusque dans un rapport de l’UNESCO [2]

[2] Le Soir, « L’Unesco met en garde contre le “Sauvage” de…

comme folklore raciste. Comme il y a parfois des victoires, elles valent la peine d’être relayées : Nordine Saïdi a été acquitté le 6 janvier 2022. [3]

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A propos de la « Journée internationale de lutte contre les violences policières »

« AVEC NOUS OU RIEN

Nous, Noirs, Arabes, Rroms, Musulmans, issus de l’immigration postcoloniale, identifiés comme des non-blancs, sommes les cibles prioritaires d’un racisme structurel qui, depuis plusieurs décennies, poursuit sa marche funeste en se déployant à tous les niveaux de la société. Le constat est sans appel : nous sommes de plus en plus exposés aux violences et aux crimes policiers, aux discriminations systémiques, aux humiliations et à une précarisation généralisée. À l’origine du traitement différencié réservé à nous « citoyens de seconde zone », au mieux, « citoyens refoulés », au pire, se développe et s’affirme un véritable « racisme d’État » qui s’exprime sous diverses formes.

Des formes de racisme d’Etat comme lorsque les binationaux ne bénéficient même plus des protections formelles de la Belgique lorsqu’ils se trouvent dans le pays de leur autre nationalité, ou plus subtilement lorsque Noirs, Rroms, Arabes et Musulmans sont transformés en purs objets silencieux des politiques publiques qui les concernent.

Des formes structurelles qui, s’appuyant sur ces logiques d’Etat, imprègnent la société belge dans son entièreté, jusqu’aux mouvements politiques prétendant parler en notre nom mais nous renvoyant à un supposé « communautarisme » dès que nous déployons nos propres modes d’organisation. » Collectif Rosa Parks Belgique (2018).

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