Mawda ou l’art de l’enfumage

C’ est fou comme les séries policières peuvent nous influencer. Elles nous feraient croire, par exemple, que lorsqu’un enfant reçoit une balle dans le visage, cela se voit tout de suite. Et que si, en plus, il est mort, le médecin légiste n’a pas besoin d’une autopsie pour faire le lien entre les deux. On a tout faux. Apparemment, c’est très compliqué d’essayer de comprendre pourquoi, comment la petite Mawda est morte dans la nuit de mercredi à jeudi lors d’une course poursuite entre une camionnette remplie de migrants et 15 voitures de police lancées à ses trousses. Tellement compliqué que d’heure en heure, les versions changent du tout au tout. C’est normal, dit le Procureur du Roi de Tournai, « il  faisait noir » au moment des faits.  Noir comme lorsqu’on enfume l’opinion publique car, avec la mort de Mawda, c’est bien à une remarquable opération d’enfumage médiatique que l’on assiste.

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Des arbres abattus le long de la E313 « pour empêcher les migrants de se cacher »

Des arbres abattus le long de la E313 « pour empêcher les migrants de se cacher »

25 avril 2018 | Auteur : Joyce Azar | Temps de lecture : 1 minute

Stupéfaction générale sur Twitter: alors qu’un internaute se plaignait de l’abattage d’arbres le long de l’autoroute, et ce, en pleine saison de reproduction des oiseaux, l’Agence flamande des routes et du trafic (AWV) a justifié la mesure, en indiquant qu’il s’agissait d’une demande de la police et du gouverneur, « pour que les transmigrants ne puissent pas se cacher ». La méthode, aussi surprenante soit-elle, n’est en fait pas neuve. Elle avait déjà été appliquée en Wallonie, au niveau de Bierges.

 

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Coordination Semira Adamu 2018

Le 22 septembre 1998, lors d’une sixième tentative d’expulsion, Semira Adamu a été tuée, étouffée à l’aide d’un coussin par des gendarmes qui agissaient conformément aux techniques d’expulsion définies par l’État.

Demandeuse d’asile déboutée, Semira avait vingt ans. Depuis le centre 127 bis où elle était enfermée, Semira jouait le rôle de lanceuse d’alerte pour le Collectif contre les expulsions : elle témoignait du fonctionnement de ces prisons et informait des dates d’expulsions de ses codétenu.e.s.

Semira incarnait, à sa manière, la lutte des femmes pour leur dignité et la résistance aux politiques d’asile et de migration inhumaines. L’État s’est appliqué à la faire taire.

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APPEL AU RASSEMBLEMENT JUSTICE POUR MOAD

Ce vendredi 4 mai aura lieu à la séance du matin le procès en appel du policier condamné le 19 décembre 2016 pour les violences commises sur Moad en 2013.
Le flic condamné a fait appel de la décision du juge.
Ce n’est pas fini pour Moad et sa famille, soyons donc nombreux à continuer à les soutenir!

Rappel des faits:

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Bandung du Nord : vers une Internationale décoloniale. Entretien avec Sandew Hira

Sandew Hira est le coordinateur du réseau décolonial international (DIN) et le directeur de l’International Institute for Scientific Research (IISR) de La Haye (Pays-Bas). L’IISR est une organisation membre du DIN, qui s’attache à mener des recherches autour de la décolonisation de l’esprit. Sandew Hira dirige avec Stephen Small et Arzu Merali une collection de livres chez Amrit Publishers : « Decolonizing the Mind ».

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1955-2018 : D’un Bandung à l’autre l’urgence de faire front.

Avec Angela Davis, Aminata Traoré, Fred Hampton Jr, Mountadhar Al Zaidi et Elie Domota, sous le parrainage de Mumia Abu Jamal et Léonard Peltier, une conférence internationale, dite Bandung du Nord, accueillera des délégations d’activistes issus des immigrations postcoloniales de tous les pays occidentaux, du 4 au 6 mai, à la Bourse du Travail de Saint-Denis.

1955. En présence de Nasser, Soekarno, Zhu Enlai, Nehru, N’Krumah…, 29 pays d’Afrique et d’Asie tiennent la première conférence internationale des pays nouvellement décolonisés. Auto-baptisé « non-aligné », « ce tiers-monde ignoré, exploité, méprisé » veut peser dans les affaires du monde. Au-delà du bilan contestable et contesté de leur évolution, ces pays ont inauguré, dans l’après-guerre, un moment fondateur : celui d’un Sud qui s’organise contre le colonialisme, pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes contre l’impérialisme, en dehors de l’affrontement bloc contre bloc (Etats-Unis/Urss) qui domine cette période.

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L’Algérie face aux tortionnaires français par Frantz Fanon

Texte de Frantz Fanon publié dans El Moudjahid, N° 10, septembre 1957

La Révolution algérienne, par l’inspiration profondément humaine qui l’anime et son culte passionné de la liberté, procède depuis trois ans à la destruction méthodique d’un certain nombre de mystifications.

Certes, la Révolution algérienne restitue ses droits à l’existence nationale. Certes, elle témoigne de la volonté du peuple. Mais l’intérêt et la valeur de notre Révolution résident dans le message dont elle est porteuse.

Les pratiques authentiquement monstrueuses qui sont apparues depuis le 1er novembre 1954 étonnent surtout par leur généralisation… En réalité, l’attitude des troupes françaises en Algérie se situe dans une structure de domination policière, de racisme systématique, de déshumanisation poursuivie de façon rationnelle. La torture est inhérente à l’ensemble colonialiste.

La Révolution algérienne, en se proposant la libération du territoire national, vise, et la mort de cet ensemble, et l’élaboration d’une société nouvelle. L’indépendance de l’Algérie n’est pas seulement fin du colonialisme mais disparition, dans cette partie du monde, d’un germe de gangrène et d’une source d’épidémie.

La libération du territoire national algérien est une défaite pour le racisme et l’exploitation de l’homme ; elle inaugure le règne inconditionnel de la Justice.

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Rencontre avec Norman Ajari, « Dignité et mort sociale noires. Du navire négrier à Damso ».

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Utopies de la libération : Houria Bouteldja à propos du féminisme, de l’antisémitisme, et des politiques de décolonisation

Utopies de la libération : Houria Bouteldja à propos du féminisme, de l’antisémitisme, et des politiques de décolonisation

De Ben Ratskoff

Le 5 avril 2018

En mai 1943, l’écrivaine surréaliste noire et militante Suzanne Césaire a demandé des rations de papier au gouvernement de Vichy, en temps de guerre, administrant la Martinique. Elle avait besoin de ce papier pour imprimer le prochain numéro de Tropiques, un journal consacré à l’intersection du Surréalisme et des politiques anticolonialistes dans les Caraïbes. Le gouvernement a refusé sa demande. Dans une vertigineuse démonstration de double discours, les collaborateurs du régime Nazi ont affirmé que le journal de Césaire était trop raciste et sectaire, dans son engagement assumé pour la négritude, et dans sa révolte littéraire contre la civilisation française. Il est à la fois troublant et éclairant de trouver un discours quasi-identique entourant la publication récente d’Houria Bouteldja, Les blancs, les juifs et nous : vers une politique de l’amour révolutionnaire. A la sortie du livre en France en 2016, un véritable lynchage s’est produit dans les médias. La pensée unique des intellectuels Français, de droite comme de gauche, s’est précipitée pour discipliner cette femme Arabe qui avait osé démystifier le conte de fée que la France se raconte à elle-même. De bien laids qualificatifs lui ont été attribués : Bouteldja était donc une raciste antiraciste ! Une néo-nazie ! Une homophobe ! Pas grand-chose n’a changé depuis la requête de Césaire pour les rations de papier en Martinique.

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Martin Luther King, héros tragique

L’unanimisme autour de la célébration de la mort du leader noir revient à l’ensevelir une seconde fois. Lui, qui à la fin de sa vie, dénonçait un système économique injuste et pas seulement un Sud ségrégationniste.

Par Sylvie Laurent, américaniste, chercheure associée à Harvard et Stanford, professeure à Sciences-Po

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