Meurtre de Lamine Bangoura : la matrice négrophobe de la violence policière.

Par Comité de soutien Lamine Bangoura

Le fantasme de l’expulsion d’un corps noir menaçant.

Victime d’un acharnement policier hors-norme, Lamine Moïse Bangoura est mort des mains de la police de Roulers le 07 mai 2018. Les faits doivent être rappelés ; non pas pour justifier l’injustifiable mais parce qu’il convient dorénavant de comprendre les mécaniques négrophobes conduisant aux décharges de violence meurtrière qui se sont abattues sur Lamine. Lorsque la police se rend chez Lamine Bangoura, il s’agit de l’expulser de son appartement en raison d’un impayé locatif de 1.500 euros. Ils viennent exécuter un jugement. Si au début de l’opération, ils ne sont que deux agents de quartier accompagnés du huissier et du serrurier, le nombre de policiers pour évacuer Lamine Bangoura de son appartement va rapidement s’élever à huit. Une première disproportion de l’arsenal policier est en train de se construire dès ce premier moment : qu’est-ce qui justifie cette démonstration de force ?  Huit policiers pour un seul homme qui ne présente aucun danger sérieux pour l’intégrité physique des personnes en présence. Dès ce moment, il est clair que la mission d’évacuation de départ se transforme en tout autre chose. Face aux corps noirs dont chacun des gestes est interprété comme une menace, il s’agit, non plus d’une action formelle (accompagner un huissier), mais d’opérations d’intimidation et d’humiliation s’imposant dans la situation à renfort d’uniformes.

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Lamine Bangoura : les errements négrophobes du Soir

Il aura fallu plus de deux ans et demi au journal Le Soir pour traiter de l’affaire Lamine Bangoura ! Bien après les journalistes néerlandophones du Krant Van West Vlanderen (KW) et du Morgen[1], (Laurens Kindt, Douglas De Coninck, Samira Atillah, Sam Feys, Hans Verbeke) ; et, selon le temps journalistique, une éternité (plus de 6 mois) après la prise de parole du père de Lamine, Jean-Pierre Bangoura, lors de la manifestation BLM du 7 juin 2020 à Bruxelles ; aux côtés, déjà, du footballeur Pelé Mboyo et d’autres acteurs culturels et militants.

Ce jour-là, parmi les 15.000 personnes présentes, celles et ceux qui écoutaient les nombreuses prises de paroles ont vécu comme une évidence qu’il fallait « faire quelque chose ». A la place d’un compte-rendu de ces déclarations, le traitement journalistique majoritaire se contentera d’une description indifférenciée d’un « sentiment de discrimination » vécu par « des Noirs ». Soit.

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Reconstitution : Justice Pour Lamine Bangoura

« Il fait semblant d’être mort » a dit un agent de police

Ce texte est une reconstruction des deniers instants de Lamine Bangoura (Samira Atillah et Douglas De Coninck) – De Morgen, 31/10/2020

Lamine Bangoura jeune d’origine guinéenne, 27 ans, fait une carrière professionnelle de footballeur au club Brugge. C’est lui et Shannon Eeckhout qui font les buts du club de Brugge, ce qui fait de Lamine une star locale du football. Il vit à Roelers, une petite ville flamande qui est longtemps restée très fermée sur elle-même. L’installation à Roelers, ces dernières années, de familles et de personnes d’origine étrangère correspond à une percée fulgurante de l’extrême droite (le Vlaams Belang, en 2019, y est représenté à 23,9% et la N-VA à 21,8%). Du côté de Lamine, son statut de petite star s’accompagne d’épisodes de discrimination : il semblerait d’ailleurs que l’un des policiers présents au domicile de Lamine le jour où on lui ôte la vie est un policer avec lequel Lamine avait déjà rencontré des ennuis dans le passé ; des ennuis survenus à la suite d’une altercation causée par le refus de laisser entrer Lamine dans une discothèque. Le 07 mai 2018, Lamine Bangoura reçoit une visite domiciliaire destinée à l’expulser de son appartement en raison d’un retard de paiement (1.600 euros). La brutalité exercée par les policiers, ce jour-là, l’entraineront jusqu’à la mort.

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