« Plus jamais ça » – Autour des actualités d’un cri

Les discours qui, en Europe, soutiennent la guerre totale menée actuellement par l’État d’Israël contre le peuple palestinien se réclament inlassablement des leçons du passé, de la mémoire de la Shoah, du cri «plus jamais ça». Cet article analyse les dynamiques à l’œuvre dans cette capture guerrière de la mémoire de la Shoah, en particulier à partir du cas de l’Allemagne. Il demande comment ne pas abandonner le cri «plus jamais ça» à ceux qui en font un cri de guerre, et cherche à penser sa reprise depuis les nœuds indénouables qui lient l’Europe à Israël et à la Palestine.

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War Against The Fleas par Mumia Abu-Jamal

Par Mumia Abu-Jamal 11/1/23

Peut-être l’homme d’État le plus respecté d’Israël, l’ancien diplomate Abba Eban, a dit un jour : « Personne ne rend service à Israël en proclamant son droit à exister. » C’était alors, en 1981. Nous vivons aujourd’hui une nouvelle ère, une nouvelle ère. Une époque de basculement d’Israël vers l’extrême droite. Nous sommes à nouveau en période de guerre, mais dire qu’il s’agit d’une guerre du Hamas contre Israël est quelque peu fallacieux.

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Enrique Dussel In Memoriam

Bruxelles Panthères exprime sa profonde tristesse en ce jour. La pensée décoloniale pleure la perte d’un intellectuel majeur, un des grands esprits qui a tant contribué à son développement. Nous apprenons avec émotion le décès d’Enrique Dussel, l’un des fondateurs éminents de la Philosophie de la Libération. Il est unanimement reconnu comme l’un des pionniers de cette école de pensée, qui a placé au centre de ses réflexions les périphéries du monde et les peuples opprimés.

En ces moments douloureux, Bruxelles Panthères tient à présenter ses plus sincères condoléances à la famille et aux proches d’Enrique Dussel, ainsi qu’à l’ensemble de la communauté décoloniale qui perd en lui une figure d’exception.

En cette triste période, nous publions ci-dessous un entretien avec Enrique Dussel. Cette échange a été recueillis par Luis Martínez.

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Le Hamas une organisation terroriste ? Voici ce que dit le droit

Par Christophe Oberlin

Pour les historiens la Palestine existe depuis plus de 3000 ans, pour les juristes l’Etat moderne de Palestine depuis un siècle. Avec des frontières reconnues, un système judiciaire propre, des passeports palestiniens, des timbres et une monnaie palestinienne. Un Etat de Palestine qui passait des accords internationaux avec les pays environnants, y compris la puissance mandataire le Royaume-Uni.

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Un symposium de trois jours a exploré l’histoire et la portée de l’incarcération de masse aux Etats-Unis

A l’occasion de l’inauguration de l’exposition des archives de MUMIA qu’elle a acquises, la célèbre université de Brown a organisé un symposium sur l’incarcération de masse aux Etats-Unis avec notamment la participation de la célèbre militante universitaire Angela Davis, de Johanna Fernandez (professeure d’histoire américaine au Baruch College de New York et porte-parole de Mumia) et de Nicole Gonzalez Van Cleve (professeure agrégée de sociologie à Brown).

MUMIA fut un intervenant surprise par téléphone depuis la prison de Mahanoy.

La collection de ses écrits et d’autres documents met en lumière l’impact de la prison sur les personnes incarcérées et leurs proches.

Quelques 5,4 millions de personnes vivent sous la surveillance du système pénal aux Etats-Unis, dont 1,8 million se trouvent en prison et le reste vit en liberté conditionnelle, d’après le Bureau des statistiques de la justice. Le taux d’incarcération place les Etats-Unis au premier rang mondial. Il est environ cinq fois supérieur à celui de la France et de l’Italie, et huit fois à celui de l’Allemagne, d’après la base de données World Prison Brief. La population carcérale est dominée par les minorités ethniques, les pauvres, les immigrés et les toxicomanes.

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A propos de la maltraitance des personnes âgées en prison

Article signé Mumia pour Prison Radio

Tout récemment, au plus fort de la crise dévastatrice du Covid-19, une agence américaine de soins de santé a annoncé une série de projets et de programmes conçus pour soulager la souffrance humaine et plaider en faveur de l’abolition des systèmes d’incarcération de masse. L’American Public Health Association, connue sous le nom d’APHA, observant le nombre effroyable de décès dans les prisons, est déterminée à ce que l’âge de l’abolition soit arrivé et a appelé à la libération des personnes âgées encore incarcérées.

L’un des aléas de l’incarcération de masse est l’explosion du nombre de personnes âgées dans la population carcérale. Aujourd’hui, des hommes septuagénaires et octogénaires roulent en fauteuil, marchent avec des déambulateurs ou même se promènent à l’aide de cannes. Ils ont une foule de problèmes de santé : diabète très répandu, attaques cardiaques, cancers …

Souffrant déjà de l’isolement, de douleurs articulaires et de fragilités naturelles de la vieillesse, l’APHA a avancé l’idée novatrice que les personnes âgées dans les prisons sont victimes « d’abus et de maltraitance ». En conséquence, l’APHA a exhorté leur libération de toutes les prisons d’État, de Comté, fédérales et territoriales.

Septembre 2023

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“Marxisme noir” de Cedric Robinson, ou la généalogie de la conscience révolutionnaire africaine

Marxisme Noir, du théoricien politique africain-américain Cedric Robinson, est disponible en français. Paru pour la première fois il y a une quarantaine d’années, ce livre-somme est un classique de la théorie critique de la fin du siècle. Démesurément ambitieux, il offre à la fois une histoire longue de l’éveil du racisme européen moderne et, comme en vis-à-vis, une genèse de l’activisme et de la pensée révolutionnaires noires.
Si l’ouvrage, épais et dense, au style allusif et labyrinthique, fascine depuis longtemps étudiants et jeunes chercheurs aux États-Unis ou en Grande Bretagne, c’est en partie du fait des malentendus et des querelles d’interprétation qu’il rend possible. Son titre lui-même n’est pas sans embarras. Le marxisme noir dont il sera question n’est en effet pas à proprement parler l’objet du livre, mais plutôt l’annonce d’un paradoxe.

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LUTTES ANTICOLONIALES : HIER ET AUJOURD’HUI

Objet d’instrumentalisations, soumis à une mémoire désaccordée, l’anticolonialisme connut son point d’incandescence au mitan du siècle dernier. S’il croise les théories décoloniales et anti-impérialistes, c’est à partir d’un autre ancrage dans l’histoire et dans l’espace social, qui invite à se décentrer de l’État-nation et du narratif identitaire. Son actualité tient à l’inachèvement de la décolonisation et à la pertinence des espoirs qu’il nourrit.

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FRANTZ FANON ET AMILCAR CABRAL : ANTICOLONIALISME ET RECODIFICATION DÉCOLONIALE

Frédéric Thomas

« Tout le reste est littérature et mystification »

Les théories décoloniales prétendent dépasser l’anticolonialisme. Mais, plutôt que d’un dépassement, il s’agit d’un recodage de pensées – dont celles de Frantz Fanon et d’Amilcar Cabral – autrement plus complexes, radicales et actuelles.

Les pensées décoloniales ont le vent en poupe en Europe ces dernières années. Il n’est pas toujours aisé d’en discuter les enjeux, tant ces pensées sont plurielles, parfois divergentes, et participent d’un champ intellectuel très large. Mais nous voudrions interroger ici, de façon ponctuelle, la question de leur filiation avec l’anticolonialisme, autour plus précisément de la question de la culture. Et le faire en confrontant certaines affirmations du rapport Décoloniser la coopération au développement par les marges, commandé par la coopération belge [1], avec les écrits d’Amilcar Cabral (1924-1973) et de Frantz Fanon (1925-1961).

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