la Belgique est à la traîne sur la restitution des trésors coloniaux

Aujourd’hui nous avons tenté de publier une carte blanche intitulée « la Belgique est à la traîne sur la restitution des trésors coloniaux ». Le Soir a décidé de la reprendre mais au final William Bourton l’a complètement noyée dans une page du Soir + qui s’intitule : « Faut-il restituer les objets sacrés du Congo aux Congolais ? ». Art du camouflage et de la dispersion, finalement cette publication ressemble étrangement au processus de modernisation du musée de Tervuren lui-même : un gigantesque foutoir de positions pseudo-scientifiques, une façon de dissimuler la colonialité du savoir-pouvoir au sein d’un discours qui prend les allure du post-colonial. Il faut lire six paragraphes dont on imagine qu’ils ont été écrit par William Bourton, sans que cela soit explicite, pour que la parole nous soit enfin donnée. Et en six paragraphe, on a déjà le vertige. D’emblée, notre parole se trouve déformée : nous, les signataires de la carte blanche, nous serions les « représentants de la société congolaise » et en face de nous, il y aurait Bruxelles qui serait « pas totalement fermée à l’idée (de la restitution), même si celle-ci soulève nombre d’objections. » Très vite Bourton se permet de reprendre, sans le vérifier, l’argument répété ad nauseam par le Musée selon lequel « nombre de pièces rendues au Zaïre à l’époque de Mobutu se sont volatilisées » (« on sait par exemple »). Ainsi, d’emblée, avant même que le débat ne commence à s’ouvrir, il tente de le refermer. C’est incroyable cette puissance spectrale de Tervuren et de sa propagande sur la conscience de journalistes dont on imagine qu’ils ne travaillent par pour le Musée.

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« Nouveaux dispositifs de contrôle, répressions et résistances »

Cette intervention a eu lieu durant une conférence de « Tribute to Semira Adamu »(1), dans le panel : « Nouveaux dispositifs de contrôle, répressions et résistances »

 

Je Remercie les organisateurs pour leur immense travail et pour leur invitation. Et j’ai une pensée pour Semira, Ali et toutes les autres victimes du racisme.

Je vais commencer par vous exposer l’analyse qui fondent l’existence et les actions de Bruxelles Panthères. J’évoquerai ensuite les formes de luttes que nous utilisons.

Ce que je vais dire ici – qu’est-ce que l’antiracisme politique ? –  est issu de notre expérience propre, de celle de notre réseau et dans ce cas-ci, de l’étude de trois auteurs en particulier. Je vais donc brièvement les citer, leurs pensées étant à la base de cette analyse :

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Semira Adamu : « Ils ont tué une femme, pas son combat ! »

Semira Adamu était une jeune femme nigériane ; elle militait depuis l’intérieur d’un centre fermé en Belgique, où sont retenues les personnes « sans-papiers ». Ce 22 septembre 2018 marque les 20 ans, jour pour jour, de sa mort, tuée par l’escorte de gendarmes en charge de son expulsion. Il y a peu, une autre réfugiée décédait des mains des forces de l’ordre belges : Mawda, une fille de 2 ans tombée d’une balle dans la tête. Le gouvernement belge vient à nouveau d’autoriser l’enfermement d’enfants et la Coordination Semira Adamu 2018 clame dans la capitale de l’Union européenne : « Ils ont tué une femme, pas son combat ! » Nous rencontrons Cataline, anciennement membre du Collectif contre les expulsions ; elle nous fait le récit du combat et de la mort de Semira Adamu qui bouleversa la Belgique.


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Rémanences de la colonalité au cœur des processus de restitution des « restes humains »

Des Héréros et Namas à Lusinga (Allemagne-Namibie, Belgique-Congo)

La restitution des « restes humains » et des biens culturels pillés durant la période coloniale s’inscrit dans le cadre des « dettes morales et matérielles dues aux peuples africains » (Proclamation d’Abuja, 1993), c’est-à-dire dans le cadre d’une politique de la réparation. En effet, les revendications de restitution formulent un tort subi par la colonisation qui « (…) se manifeste douloureusement dans les vies mises à mal des Africains d’aujourd’hui (…), dans les économies mises à mal du monde africain » (Proclamation d’Abuja). Dès lors, la question de la restitution des biens spoliés, des trésors traditionnels et des « restes humains » est inséparable de la question du versement intégral d’indemnités sous la forme de transfert de capitaux et d’annulation de dettes.
La restitution d’ossements de Héréros et de Namas de l’Allemange à la Namibie si elle offre un précédant qui pourrait faire jurisprudence – au vu du statut quo ante tel qu’il se pose en Belgique (cf. article de Michel Bouffioux) – pose le problème de la désarticulation des enjeux de restitution et de réparation. Les ossements avaient été envoyés en Allemagne pour des expériences scientifiques à caractère racial, après le génocide de dizaines de milliers d’Héréros et Namas au début du XXe siècle. La plupart des dépouilles provenaient de la collection anthropologique de la clinique universitaire berlinoise de la Charité.

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La radicalité politique du Théâtre de l’opprimé

Le théâtre de l’opprimé, plus souvent pensé sous la forme du théâtre-forum, est devenu l’un des passages obligés des mouvements sociaux, et même, au-delà, des happening soi-disant participatifs sous l’égide des entreprises ou des subventions publiques. À l’opposé de ses objectifs initiaux, nés du théâtre populaire brésilien et de ses apories, le théâtre de l’opprimé a été éreinté par des formes qui tiennent davantage de la communion (militante) ou du travail social. Dans cet article polémique, Sophie Coudray retrace la généalogie du théâtre de l’opprimé et relativise la place qu’a fini par y prendre le « forum », ces représentations publiques où les spectateurs sont invités à intervenir dans une scène d’oppression jouée par les acteurs. La poétique de l’opprimé est en grande partie hostile à la forme spectaculaire ; c’est une poétique de l’atelier, de l’expérimentation, du processus plutôt que du produit achevé, exposable, commercialisable. Boal propose une méthode générale de transmission des techniques théâtrales à l’usage des subalternes, pour se réapproprier le temps de la pensée et l’espace d’expression des corps. Là réside toute la radicalité de ce théâtre : refuser le spectacle pour s’exercer à la politique.

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La lutte contre le terrorisme et la fabrique de populations indéfendables.

 par Chedia Leroij

Dans Se défendre. Une Philosophie de la violence, Elsa Dorlin ouvre son histoire des éthiques martiales avec le récit du passage à tabac de Rodney King par des policiers en mars 1991. Rodney King, jeune chauffeur de taxi afro-américain est arrêté sur une autoroute de Los Angeles pour excès de vitesse. Il est « tasé » par les policiers alors qu’il est à terre, frappé à coup de matraque lorsqu’il essaie de se relever pour se protéger, laissé inconscient, ligoté au sol, crâne et mâchoire fracturées en plusieurs endroits, visage en partie lacéré, cheville cassée…  une vidéo amateur de la scène provoque un scandale dans le monde entier. Un an plus tard,  l’acquittement des policiers déclenche six jours d’émeutes à Los Angeles.

Par ce prologue Dorlin nous invite à une réflexion sur les conditions qui ont rendu possible pour les policiers de plaider, avec succès, la légitime défense. Par quels processus historiques et sociaux le champ de visibilité nord-américain, ce que les américains perçoivent de la réalité, en est arrivé à être « racialement saturé » ? Comment s’est construite cette « paranoïa blanche” vis-à-vis du corps des Africains Américains perçus spontanément comme un corps agresseur? Et surtout, si cette perception de la violence policière qui inverse les responsabilités entre agresseurs et agressé s’ancre dans un cadre d’intelligibilité produit de l’histoire, quelles sont aujourd’hui les  techniques de pouvoir  matérielles et discursives qui actualisent ce cadre?[1]

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Fanon Hier, Aujourd’hui

VENDREDI 7/09/2018 à 19h30

Projection du film « Fanon hier, aujourd’hui » au cinéma l’Aventure à Bruxelles, en présence du réalisateur Hassan Mezine (https://www.facebook.com/hassan.macmez si vous voulez suivre son travail ou l’inviter)

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Black marxism : pour une politique de l’inimaginable

Par Minkah Makalani

La politique a été communément définie comme un « art du possible ». Or il se trouve que c’est principalement notre imaginaire qui est à même de circonscrire le champ du possible. Dès lors, comment surmonter l’épuisement et l’écrasement de nos imaginations, à l’heure où il est plus facile de se figurer la fin de l’humanité que la fin du capitalisme ? Dans ce texte éclairant, Minkah Makalani propose un repérage des idées majeures du Black marxism en remarquant que cette tradition a ceci d’unique qu’elle a pour horizon un avenir « inimaginable ». En prenant pour témoin Frantz Fanon, C.L.R. James et Amilcar Cabral, Makalani montre qu’il est possible d’intervenir en conjoncture en repoussant les limites de l’imaginaire politique. En d’autres termes, Makalani esquisse un tableau de la tradition noire radicale comme une invention de l’inconnu, comme un art de l’impossible.

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Chronologie de la révolte des Indiens d’Amérique

Les Indiens d’Amérique (nord, sud et centre) ont subi un véritable génocide mais ils ne se sont pas laissés faire… Ils ont été tués, violés, brûlés, torturés, exploités, massacrés par « les plus grandes civilisations » occidentales : espagnols, portugais, hollandais, anglais, français, américains pour permettre le lancement du monde capitaliste qui est né dans un grand bain … Lire la suiteChronologie de la révolte des Indiens d’Amérique

Répétition et révolution : Marx chez les Jacobins noirs

La formule de Marx selon laquelle l’histoire se répète toujours deux fois : la première comme tragédie, la deuxième comme farce, est bien connue. Issue du 18 Brumaire de Louis Bonaparte, elle interroge les décalages entre les intentions et la compréhension des acteurs historiques, tournées vers le passé, et la réalité des processus dans lesquels ils se trouvent embarqués. Si ce décalage revêt souvent un caractère tragique, les subalternes étant les victimes d’une épreuve de force rencontrée dans leur lutte face à laquelle ils se trouvent désarmés, cette distorsion temporelle n’est pas non plus sans avoir ses effets comiques en ce qu’elle révèle aussi l’impréparation des dominants. Dans ce texte lumineux, Matthieu Renault ajoute à ces analyses célèbres une distorsion géopolitique : l’impact inaperçu des décalages entre la métropole et les colonies dans ces pages du 18 Brumaire. Ce faisant, Renault propose un réexamen inédit d’enjeux propres à Marx, qu’on croyait largement balisés, autour de Napoléon III, Bolivar et l’un des monarques régnant sur la jeune nation haïtienne, Soulouque. Reprenant des thèmes rencontrés dans CLR James et ses Jacobins noirs, il démontre une centralité des luttes anticoloniales dans l’émergence de la modernité européenne.

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