Conquérir le désert

Conquérir le désert

De l’actualité du colonialisme

Par Guillermo Kozlowski

Merci beaucoup à Paola Stévenne pour son regard sur ce texte et tant d’autres.

 

Pourquoi insister ? Le colonialisme semble une vieille question. On ne voit plus ces fanatiques, sanguinaires, ignares et ridicules conquistadores espagnols se promener avec leur croix et leurs épées. Les pays du tiers-monde sont indépendants. Ne restons pas esclaves du passé alors, vivons dans le présent, regardons le futur…

Déjà au XIXème siècle la colonisation commence à se présenter elle-même comme l’instant pendant lequel a lieu une rupture. Elle prétend être le point d’inflexion entre l’épuisement d’un monde archaïque et le début du monde moderne, se défend de plus en plus d’être une modalité du pouvoir ; c’est peut-être pour cela qu’elle semble toujours une problématique du passé, un débat déjà clos. C’est peut-être pour cela aussi qu’il faut aller chercher la présence du colonialisme dans une image paradoxale. Non pas les images dépassées de l’évangélisation forcée du XVIème siècle, ou de la lourde administration coloniale du XIXème, mais la « conquête du désert » qu’il n’a cessé de revendiquer à partir du dernier quart du XIXème siècle. Une image qui encore aujourd’hui, peut-être plus qu’à ses débuts, sert de modèle pour la politique « d’aménagement » des territoires et de « gestion » des populations.

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Viol : les racines du mal

J’espère mettre en lumière la terreur du banal et du quotidien plutôt qu’exploiter le spectacle choquant. Ce qui me concerne ici est la diffusion de la terreur et de la violence perpétuée dans les rubriques du plaisir, du paternalisme et de la propriété. (Saidiya V. Hartman, Scenes of Subjection: Terror, Slavery and Self-Making in Nineteenth-Century America

Race and American Culture, 1997)

Le viol a été au-devant de l’actualité pendant plusieurs mois, conduisant la France à faire évoluer ses standards en matière de licite et d’illicite. La campagne #MeToo a provoqué une onde de libération de la parole si massive qu’elle a fait craindre à Emmanuel Macron que la France bascule dans une culture de la délation[i]. Une affaire cependant cristallise l’attention. Et certains, forts de ce qu’ils viennent d’apprendre sur la question du viol, cèdent à la tentation de nous éduquer, nous, sujets postcoloniaux, sur ce qu’est ce crime et sur la manière dont il devrait être pris en charge politiquement. Une mise au point s’impose.

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L’ego conquiro comme fondement de la subjectivité moderne

L’ego conquiro comme fondement de la subjectivité moderne

par Luis Martínez Andrade[1]

Chercheur postdoctoral au Collège d’études mondiales, Paris.

Avant 1492, l’Europe n’avait pas une conscience de supériorité (matérielle et ontologique) vis-à-vis des autres peuples (tels que le monde musulman ou ottoman, par exemple). C’est avec l’ouverture vers l’Atlantique et la « découverte » du Nouveau Monde que les Européens commencent à construire une nouvelle ontologie dans laquelle les indigènes seront cantonnés dans la position du non-être. Ainsi, la subjectivité moderne occidentale est bâtie sur un rapport de domination/exploitation relié à une altérité niée : celle de l’indigène.

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Une seule solution, la régularisation de tous les sans-papiers.

« Dans le mouvement migratoire que nous vivons depuis 2015, c’est dans les villes et au niveau des villes que se pose la question de l’accueil ou du non-accueil. Mais qui est « la ville » ? Est-ce la mairie ? Les habitants ? »
Entre accueil et rejet : Ce que les villes font aux migrants Le passager clandestin / Bibliothèque des frontières, Lyon 2018

 

Un élan de solidarité sans précédent a vu le jour au Parc Maximilien où l’aide humanitaire et le respect de la dignité humaine semble être les lignes directrices du mouvement.

Chaque soir, ce sont des centaines d’exilés qui attendent Gare du Nord à Bruxelles qu’un des nombreux « chauffeurs » les conduisent dans une des nombreuses familles d’« hébergeurs » à Bruxelles ou ailleurs. Se met ainsi en place une longue chaîne de solidarité citoyenne qui force l’admiration.

Ces exilés ont traversé déserts, mers, frontières, camps… Ils ont été déshumanisés, maltraités, parfois même torturés. Ils sont sur la route depuis plusieurs années.

Certains sont partis enfants et certains le sont encore…

En arrivant dans des familles d’hébergement, pour la plupart, c’est la première fois depuis trop longtemps qu’ils peuvent tout simplement dormir en se sentant en sécurité.

Toutes ces familles qui accueillent ces personnes exilées, manifestent de la solidarité envers elles et semblent vouloir construire le monde de demain.

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L’avenir de la Nakba

Par Joseph Massad

La conquête sioniste de la Palestine, qui a commencé de façon aléatoire au début des années 1880 et s’est intensifiée après le tournant du siècle pour atteindre son apogée lors de l’invasion et de l’occupation du pays par les Britanniques, avant la fin de la première guerre mondiale, a été le moment inaugural de ce qui allait être connu sous le nom de Nakba – la Catastrophe.
Tandis que le terme « Nakba » était utilisé par l’intellectuel syrien Constantine Zureik pout décrire ce qui arrivait aux Palestiniens en août 1948 (quand il écrivit et publia son classique Ma’na al-Nakba – Le sens de la Nakba), d’autres emploient des mots comme karitha (désastre), tel l’officier militaire jordanien et gouverneur de Jérusalem Est Abdoulah al-Tall dans son livre de 1959 Karithat Filastin (Le désastre de la Palestine) ou ma’saa (tragédie) comme le fit l’intellectuel nationaliste anticolonial palestinien Mouhammad Izzat Darwaza dans son livre de 1959 Ma’sat Filastin (La tragédie de la Palestine).
« Nakba » devint néanmoins la référence la plus adéquate et la plus utilisée pour décrire les douleurs que les Palestiniens ont endurées. Dans son immense historiographie qui comporte de nombreux volumes sur les événements de 1947-1952, publiée pour la première fois en 1956, le journaliste anticolonial palestinien Arid al-Arif, qui fut plus tard maire de Jérusalem Est, a insisté sur le recours à ce terme dans son titre.
Al-Arif commence en s’interrogeant : « Comment puis-je appeler cela autrement qu’une catastrophe ? Parce que nous avons été « catastrophisés », nous les Arabes en général et les Palestiniens en particulier… notre patrie nous a été volée, nous avons été chassés de nos foyers et nous avons perdu un nombre énorme de nos enfants et de nos aimés ; et en plus de tout cela, notre dignité a été frappée au cœur ».

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Coordination Semira Adamu 2018

Le 22 septembre 1998, lors d’une sixième tentative d’expulsion, Semira Adamu a été tuée, étouffée à l’aide d’un coussin par des gendarmes qui agissaient conformément aux techniques d’expulsion définies par l’État.

Demandeuse d’asile déboutée, Semira avait vingt ans. Depuis le centre 127 bis où elle était enfermée, Semira jouait le rôle de lanceuse d’alerte pour le Collectif contre les expulsions : elle témoignait du fonctionnement de ces prisons et informait des dates d’expulsions de ses codétenu.e.s.

Semira incarnait, à sa manière, la lutte des femmes pour leur dignité et la résistance aux politiques d’asile et de migration inhumaines. L’État s’est appliqué à la faire taire.

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Lusinga ou notre responsabilité décoloniale ( Vidéo )

 Vidéo de la Rencontre avec le journaliste Michel Bouffioux,

En compagnie de l’historien de l’Art et Commissaire d’expositions, Toma Luntumbue, du journaliste Olivier Mukuna et du représentant du MRAX, John’s Mbulula.

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Politique des parias. Sur la racialisation de la classe ouvrière anglaise

Depuis l’étude magistrale d’E.P. Thompson sur la formation de la classe ouvrière anglaise, on ne peut plus faire une histoire marxiste du prolétariat sans comprendre les étapes qui l’ont mené à sa propre formation culturelle, politique, communautaire. La racialisation de la classe ouvrière est longtemps restée l’un des points aveugles d’une telle approche – un aspect pourtant essentiel de la « formation de classe ». Dans son livre sur le racisme, les classes et les « parias racialisés », Satnam Virdee tente de combler cette lacune en reconstruisant le fil perdu de la race et de l’antiracisme dans la formation des classes ouvrières. Il s’avère que, de l’antisémitisme d’hier à l’islamophobie d’aujourd’hui, les parias racialisés au sein du prolétariat sont appelés à jouer un rôle déterminant dans la mise au jour et la lutte contre le racisme inscrit au sein du mouvement ouvrier.

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Bandung du Nord : vers une Internationale décoloniale. Entretien avec Sandew Hira

Sandew Hira est le coordinateur du réseau décolonial international (DIN) et le directeur de l’International Institute for Scientific Research (IISR) de La Haye (Pays-Bas). L’IISR est une organisation membre du DIN, qui s’attache à mener des recherches autour de la décolonisation de l’esprit. Sandew Hira dirige avec Stephen Small et Arzu Merali une collection de livres chez Amrit Publishers : « Decolonizing the Mind ».

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Dans son dernier discours, Malcolm X évoque l’esprit de Bandung.

Ce discours a été prononcé par Malcolm X, à l’église Méthodiste de Corn Hill Rochester à New York, le 16 février 1965. Malcolm X / El-Hajj Malek El-Shabazz  fut assassiné dans la quartier de Harlem le 21 février 1965, cinq jours plus tard.

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