Mort de Mawda : la contre-enquête de Michel Bouffioux

Dans la nuit du mercredi 16 au jeudi 17 mai 2018, sur une autoroute belge, près de Mons, un policier tirait un coup de feu en direction d’une camionnette transportant des migrants. Mawda, une petite fille de 2 ans, touchée en pleine tête, était tuée. Enquête sur les zones d’ombres d’une « opération Médusa », une chasse aux « illégaux » qui a mal tourné.

 

Le jeudi 17 mai 2018, à 2 h 02, un agent de la WPR (Wegpolitie – Police de la route) de Mons pressa sur la détente de son Luger 9mm de marque Smith & Wesson. Quelques instants plus tard, une petite fille agonisait sur le bitume froid d’une aire de parking, près du village de Maisières. Mawda a été atteinte en pleine tête : la balle est entrée près de la narine droite et elle est ressortie dans la région occipitale du crâne.

Cette enfant avait deux ans. Elle se trouvait dans l’espace de chargement d’une camionnette Peugeot Boxer de couleur blanche avec ses parents, son frère, son oncle et une vingtaine d’autres personnes : des femmes et des hommes, des adultes et des mineurs d’âges (cinq au total) en quête d’un avenir.

Des migrants afghans et des Irakiens sur le chemin de l’exil. Désireux de « passer » en Grande-Bretagne. Ils étaient montés à bord de cette camionnette le mercredi soir à Dunkerke. Prix du passage : 3000 livres par adulte, 2000 par enfant, payables en cas d’arrivée à bon port. Leur chauffeur ? Un homme de 25 ans de nationalité irakienne. Dans l’espoir de déjouer les contrôles policiers, les itinéraires qui conduisent vers le Royaume-Uni connaissent d’étonnants détours. Ils passent notamment par le sud de la Belgique. C’est ainsi que l’utilitaire se retrouva dans le Namurois et qu’il fit une halte sur un parking l’E42, à Hulplanche (La Bruyère).

Il y a eu d’autres opérations Médusa

© Ronald Dersin

Le jeudi 17 mai à 1 h 24, alors qu’elle était garée entre deux camions, la camionnette fut repérée par des agents de la police de la route (WPR) de Namur. Ce n’est pas un hasard si ces policiers patrouillaient sur l’aire de stationnement : « Nous étions prévus pour une mission spécifique de contrôle des migrants, l’opération « Médusa ». Notre mission est de nous rendre sur les parkings d’autoroute en vue d’interpeller des migrants », a témoigné un de ces agents dans le cadre de l’enquête judiciaire en cours. Un policier a aussi décrit l’activité de cette soirée en ces termes : « surveillance des parkings, dans le cadre de la problématique des migrants ».

Un inspecteur a enfin indiqué qu’il y a eu d’autres « opérations Médusa » avant celle-ci. Cette nuit-là, trois voitures de police, soit six agents – de la WPR Namur, la police de la route, mais aussi du CIK, le corps d’intervention de la police fédérale qui soutient les polices locales dans le cadre de « missions proactives et réactives de maintien de l’ordre » – participaient à cette « mission spécifique de contrôle des migrants ».

« Médusa » : le nom de « l’opération » interpelle. A-t-il été choisi par un officier de police cultivé mais cynique se référant au Radeau de La Méduse de Théodore Géricault, un tableau qui évoque le terrible sort des naufragés français qui périrent au large des côtes Mauritanienne en 1816 ? Cette œuvre célèbre renvoie en effet de manière saisissante à des images d’aujourd’hui, à celles de ces migrants qui tentent de traverser la Méditerrané sur des embarcations de fortune. La référence est-elle plus militaire et plus actuelle ? Une opération « Médusa » visant à éliminer des talibans fut menée par les Forces armées canadiennes et l’Armée nationale afghane en septembre 2006 dans la vallée de l’Arghandab. Il se peut aussi que la dénomination de cette « mission spécifique de contrôle des migrants » ne réfère à rien, qu’elle soit le fruit d’une certaine banalité administrative.

Notre enquête raconte une autre histoire. Celle d’un tir policier qui n’aurait jamais dû se produire mais aussi celle des réactions institutionnelles chaotiques et problématiques qui s’en suivirent.

Au-delà de son nom, c’est la description de l’opération qui interpelle : « Notre mission est de nous rendre sur les parkings d’autoroute en vue d’interpeller des migrants. ». Après l’éclatement de l’affaire « Mawda », le récit de cette mission qui a mal tourné connu une évolution sémantique : il ne fut plus question d’« interpellations de migrants » mais de « lutte contre les passeurs » qui organisent le « trafic des êtres humains ». On insista aussi sur la problématique des vols cargo. Cela changeait évidemment la perspective. Il est tellement plus noble de traquer de dangereux criminels que d’intercepter des familles en détresse sur les routes de l’exil.

L’ex-chef d’orchestre de la police belge, le ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA), inventa même le refrain d’une chanson rédemptrice. Car il fallait bien trouver une posture après qu’une « opération Médusa » se soit terminée par la mort d’une petite fille. Cette ritournelle d’un goût douteux fut chantée en chœur par tellement de monde. Nous l’avons tous entendue, elle ne parle pas d’un tir policier. Elle dit seulement : « Mawda fut la victime des passeurs ». Ignoble – le mot est pesé -, Bart De Wever proposa un couplet supplémentaire qui fut certainement entonné par les sympathisants d’extrême-droite de « Schild en Vrienden » : « Même si la mort d’un enfant est tragique, il faut oser parler de la responsabilité des parents (de Mawda) ».

Notre enquête raconte une autre histoire : celle d’un tir policier qui n’aurait jamais dû se produire mais aussi celle des réactions institutionnelles chaotiques et problématiques qui s’en suivirent. C’est un long et minutieux travail. D’autres volets de cette investigation sont publiés dans l’édition papier de Paris Match Belgique de ce 20 décembre et sur Parismatch.be.

 

© Ronald Dersin

Pure fiction policière

Notre but est d’inciter à ce que toute la vérité soit recherchée sur les circonstances de la mort d’un enfant et de rappeler à des fonctionnaires que les valeurs de l’Etat de droit sont largement supérieures à celles qui fondent l’esprit de corps. Cette préoccupation est d’ailleurs partagée dans les milieux policiers et judiciaires au sein desquels nous avons pu constater que bien des personnes ont été choquées par un certain nombre d’énormités qui ont pu être racontées à propos de l’affaire Mawda.

En effet, des mots inappropriés ont été utilisés au lendemain de cette tragédie. Des mots propagés dans l’opinion avec beaucoup de légèreté par des représentants de l’autorité judiciaire et des policiers (anonymes, comme il se doit). Des mots médiatisés. A cette époque où les « fake news » se propagent si rapidement sur les réseaux sociaux, ces mots ont laissé leur empreinte sur des esprits peu critiques. En quelque sorte, ils ont fait leur œuvre.

On se souvient, entre autres choses, de cette histoire fausse et parfaitement abjecte de « l’enfant-bélier » : on nous a dit que Mawda avait été tuée par les migrants eux-mêmes ! Un quotidien à grand tirage a écrit : « D’après plusieurs sources, l’enfant aurait même servi de bélier pour briser la vitre arrière de la camionnette (…) Elle est décédée de ses blessures ». Cette thèse absurde qui présentait les migrants comme de véritables monstres tout en écartant une mort par balle à la suite d’un tir policier, n’a cependant pas été inventée par des journalistes. Il s’agit d’une pure fiction policière. Nous la déconstruirons dans un article qui sera publié vendredi.

« A toute allure », vraiment ?

On a pu lire que, lors de la poursuite, des migrants s’étaient servis d’un enfant comme « bouclier humain » : « La scène est glaçante : des occupants menacent de lancer l’enfant sur les équipes de police.» « Nous avions peur qu’ils lancent l’enfant par la fenêtre », ont effectivement témoigné certains policiers qui participèrent à la poursuite. Ils ont même expliqué que deux enfants furent successivement « exhibés ».

Question de perception ? Ali Shamden, le père de la petite Mawda nous raconte une autre histoire : « Pendant la poursuite, des gens criaient au chauffeur de s’arrêter. Une famille qui se trouvait à l’arrière du véhicule a paniqué. Un homme a brisé la vitre et il a montré son enfant aux policiers. Il s’agissait de passer un message : attention, il y a des enfants à bord, ne prenez pas le risque de tuer des gens. »

©Ronald Dersin

De fait, quand les policiers de la WPR Namur ont découvert la présence d’un enfant à bord, ils ont décidé de suivre l’utilitaire Peugeot de plus loin.

On nous a parlé d’une course-poursuite menée « en pleine nuit, à toute allure sur l’autoroute », renvoyant à un certain imaginaire collectif, à une représentation déformée de la réalité liée à des œuvres de fiction : quel film policier ne comporte-t-il pas sa scène de poursuite endiablée durant laquelle des héros sans peur fleurtent avec la mort pour rattraper des bandits ? « Le chauffeur de la fourgonnette a pris des risques inconsidérés pour échapper aux forces de l’ordre. Il risque gros (…) Il a utilisé la camionnette comme une arme », a-t-on pu lire.

« A toute allure », vraiment ? L’utilitaire était en surcharge – près de 30 personnes à bord – et d’emblée les agents qui se trouvaient à ses trousses purent constater que les fuyards étaient dans l’impossibilité de semer leurs véhicules de police bien plus rapides. Une inspectrice qui participa à la poursuite a déclaré avoir fait le constat suivant dès le tout début de la prise en chasse : « la camionnette ne sait rouler à plus de 100 km/h, le véhicule est chargé à bloc. »

A entendre le récit judiciaire qui a été fait de cette affaire, on se serait cru dans « Fast and furious » avec des pneus qui crissent et des truands venus d’ailleurs. En vérité, le scenario de cette course-poursuite un peu lente ne conviendrait même pas une série policière à faible budget. La camionnette des migrants n’était pas un bolide équipé de mitrailleuses mais un utilitaire qui ne parvenait pas à accélérer. Il n’y avait pas d’hommes armés parmi les fuyards, pas de gros bras équipés de « kalash » qui voulaient buter des policiers.

Les seules « armes » utilisées à un moment de la poursuite furent des effets personnels jetés par une vitre arrière, par exemple une paire de chaussures ou un sac de couchage, pour tenter, piètrement, désespérément, de ralentir les poursuivants. Roulant à une distance de sécurité largement suffisante, les policiers parvinrent à échapper à ces « mines » placées sur leur route.

Aveuglement collectif

Cela s’est passé sur la E42, près de chez nous. Pas à Hollywood. D’ailleurs la Belgique n’est pas le Far West : il n’y avait aucune raison de tirer sur cette camionnette en mouvement, chargée de nombreuses personnes. Mais dans une sorte d’aveuglement collectif, le fait est passé comme une lettre à la poste : de victime d’une présumée bavure policière, Mawda s’est transformée en victime « de l’inconscience de passeurs sans scrupules ».

 

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L’éditorialiste d’un quotidien populaire, inspiré par un certain discours judiciaire mais aussi par l’esprit d’un temps qui rappelle des années sombres, gonflé à bloc, voire en colère, en appela même une réaction politique pour éradiquer « une situation dangereuse et explosive » : « Les policiers en appellent clairement à des mesures fortes. Sans ça, nos aires d’autoroutes risquent rapidement de devenir des zones de non-droit. Une petite fille de 2 ans en est devenue le triste symbole. »

En filigrane, cette enquête interroge évidemment le climat sociétal et politique. C’est dans une société où certains esprits sont chauffés à blanc contre les étrangers « illégaux » par des discours populistes qui exhalent une odeur rance, ce remugle nauséabond des années ’30, que l’affaire Mawda s’est passée… Et qu’elle a pu passer sans véritable débat public.

Mort de Mawda : « Je lui avais dit de ne pas tirer »

Dans la nuit du mercredi 16 au jeudi 17 mai 2018, sur une autoroute belge, un policier tirait un coup de feu en direction d’une camionnette transportant des migrants. Mawda, 2 ans, touchée en pleine tête, était tuée. | © BELGA PHOTO THIERRY ROGE

 

Le policier qui a tiré affirme qu’il ne savait pas qu’il y avait des migrants à bord de la camionnette mais il est contredit par son équipier. On « nous avait signalé qu’il y avait une camionnette d’illégaux prise en chasse par des collègues et qu’il fallait faire attention parce qu’il y avait des illégaux dans l’espace de chargement.», a-t-il déclaré dans le cadre de l’instruction en cours.

 

Le policier qui a fait feu en direction de la camionnette affirme que son tir fut « accidentel », qu’il rata le pneu qu’il visait « pour provoquer une crevaison lente » parce qu’au moment d’appuyer sur la détente, l’utilitaire s’était subitement déporté sur la gauche : « Pour éviter la camionnette, mon collègue donne un coup de volant et à ce moment le coup part. » Face au Comité P, son équipier a épousé la thèse du tir accidentel : « Je suis convaincu que le tir est parti sans qu’il le veuille. »

Toutefois, ce n’est pas tout à fait le sens des mots qu’il utilisa la nuit du drame, vers 2 h 25, lorsqu’il téléphona à C., un officier de garde du WPR Hainaut, afin de l’informer du coup de feu tiré par son collègue ; Il avait alors affirmé : « Je lui avais dit de ne pas tirer. »

De plus, les paroles de l’équipier-conducteur ont fluctué sur la question du coup de volant qui aurait eu une influence sur la trajectoire du tir. Dans une déclaration, il a confirmé cette thèse. Dans une autre, il l’a contredite en ces termes : « Je ne sais pas dire si la camionnette avait déjà commencé sa manœuvre vers la gauche au moment du tir. » On notera aussi que pour tirer avec un Smith & Wesson, il faut préalablement « chambrer » la première cartouche qui se trouve dans le chargeur et que cette action d’« armer » le pistolet ne peut en aucun cas être accidentelle : elle nécessite que le tireur mobilise ses deux mains pour actionner les pièces mobiles de l’arme.

« Il fallait faire attention parce qu’il y avait des illégaux dans l’espace de chargement à l’arrière »

BELGA PHOTO OPHELIE DELAROUZEE

Fin mai 2018, Me Laurent Kennes publiait un communiqué pour donner la version de l’auteur du coup de feu, son client. L’avocat insistait avec force sur un élément moral ; le policier n’aurait appris la présence de migrants dans la camionnette qu’après l’intervention, ce qui peut laisser sous-entendre qu’il n’aurait même pas envisagé de tirer s’il avait été complètement informé du contexte de l’intervention : « Il était passager d’un véhicule de police à proximité de Saint-Ghislain. Son collègue et lui ont été informés d’une course-poursuite sur l’autoroute en direction de la France. Ils n’ont pas pu obtenir d’informations sur les motifs de l’intervention policière en cours (…) Rien ne lui a laissé penser que plusieurs personnes étaient réfugiées dans cette camionnette destinée au transport de marchandises et non de personnes. »

Dans le cadre de l’enquête en cours, l’auteur du tir s’est exprimé dans le même sens. Il a expliqué qu’au moment de presser sur la détente, il pensait avoir eu affaire à des bandits agissant dans le cadre d’un « vol cargo » : « Les seuls contacts que nous avons eus avec le CIC (NDLR : le dispatching radio, celui du Hainaut en l’occurrence) sont pour nous dire où est la camionnette et sa progression. Je n’ai aucun élément qui me fait penser qu’il peut s’agir de migrants. Pour moi, ce sont des voleurs. La camionnette n’a de fenêtres qu’au niveau avant et sur les deux portes arrière. Les côtés sont en tôle et on ne voit donc pas ce qu’il y a dedans. Au cours des mouvements de dépassement du véhicule, j’ai cru apercevoir une personne, un homme, mais rien d’autre. »

Toutefois, cette version des faits a été contredite par son équipier dès le premier jour de l’enquête du Comité P : « Le CIC nous avait signalé qu’il y avait une camionnette d’illégaux prise en chasse par des collègues et qu’il fallait faire attention parce qu’il y avait des illégaux dans l’espace de chargement à l’arrière. (…) Ma radio était mise à fond, donc on entendait bien ce qui se disait. C’est au moment où on apprend qu’il y a des illégaux dans l’espace de chargement que je dis à mon collègue que l’on ne prendra pas de risque car on avait un nouveau véhicule (sic). Il suffit d’écouter les communications avec le CIC. »

« Moins on en sait, mieux c’est… »

©Ronald Dersin

L’auteur du coup de feu savait-il ou ne savait-il pas qu’il y avait des migrants dans la camionnette ? Comme l’a suggéré l’équipier du tireur, les enregistrements des conversations radio échangées avant et pendant l’intervention entre la voiture de la WPR Mons et le CIC Hainaut sont d’une importance capitale… Mais ce dossier Mawda contient beaucoup de bizarreries et de petits « couacs » : ces enregistrements n’existent pas !

Lorsque le Comité P voulut en prendre connaissance, il lui fut répondu que, c’est bien malheureux, le CIC Hainaut n’avait pu procéder à ces enregistrements en raison d’un « problème technique ». Par contre, le Comité P a, reçu d’autres enregistrements radio, ceux échangés entre le CIC Namur et les véhicules de la WPR Namur.

Ce que le dispatcher du CIC Hainaut a donné comme information à la voiture WPR Mons avant et pendant la poursuite n’a donc pas été enregistré. Cependant, la voix de ce dispatcher apparaît dans une conversation téléphonique enregistrée après le tir, à 3 h 29 précisément. A ce moment, le policier tireur se trouve sur le parking de Maisières où la camionnette s’était immobilisée après son coup de feu.

Quelques minutes auparavant, avec son équipier – la scène est tout de même incroyable –, il a eu le loisir de faire le tour de la camionnette, en d’autres termes de la scène de crime, constatant que son tir n’avait pas atteint le pneu du véhicule, pas plus d’ailleurs que la portière. Le dispatcher lui demande si son tir a quelque chose à voir avec la mort de l’enfant. Le policier répond : « Ben je ne pense pas, non… Moi j’ai tiré en direction des roues, je ne pense pas. »

Il continue ensuite à s’épancher mais le dispatcher l’interrompt. Il dit au tireur : « On est enregistrés… moins on en sait, mieux c’est. »

Mort de Mawda : « Il n’y a pas eu d’injonctions, je suis catégorique »

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Le policier qui a tiré ne se trouvait pas à Sambreville. Il intervient bien plus loin et bien plus tard : en région montoise. | © Ronald Dersin

 

L’intervention fatale s’est déroulée sur 3 kilomètres entre Obourg et l’aire de repos de Maisières sur la E42-E19. Elle a duré deux ou trois minutes, peut-être moins encore. Sans aucune nécessité, un barrage était prévu…

On nous a dit tant de choses sur l’affaire Mawda. Il y a eu tellement de confusion. Lors d’une conférence de presse, le 22 mai 2018, un journaliste demanda au procureur du Roi de Mons, Christian Henry : « Est-ce qu’un policier a le droit de tirer ainsi sur un véhicule ? » En guise de réponse, le magistrat lui raconta toute la course-poursuite en insistant sur son moment le plus spectaculaire : la « fausse sortie » de Sambreville.

De quoi s’agit-il ? La camionnette est repérée à 1 h 24 sur le parking de Hulplanche par une voiture de la WPR Namur. Les policiers constatent que le véhicule porte de fausses plaques d’immatriculation. Ils demandent une équipe en renfort pour procéder à un contrôle. En attendant, ils se mettent à distance. Dès ce moment, ils ont conscience que « cela bouge à l’arrière » de l’utilitaire.

À 1h30, le Peugeot Boxer quitte le parking en « démarrant doucement ». La voiture de police se contente de le suivre « discrètement ». Poursuivis et poursuivants roulent alors à du 90 km/heure sur l’autoroute. Quand les renforts arrivent, les policiers décident de forcer la camionnette à emprunter la sortie 14, Sambreville.

À quelques centaines de mètres de cette sortie, lorsque les feux bleus s’allument, il est environ 1 h 40. Une voiture de police vient se placer devant l’utilitaire et lui ordonne de quitter l’autoroute, une autre reste derrière sur sa gauche. Le chauffeur fait mine d’emprunter la sortie mais, in extremis, remet les gaz et repart sur l’autoroute. A cause de cette manoeuvre subite, l’un des deux véhicules de police le poursuivant a un léger accrochage avec un véhicule immatriculé en France. Il continue sa route sans dégâts importants.

Cet épisode de Sambreville, le plus spectaculaire de la poursuite, est donc celui que le procureur du Roi raconta au journaliste qui l’interpellait sur l’opportunité du tir policier. Et le magistrat conclut par ces mots : « Ce n’était donc pas une interpellation simple et facile pour les policiers. Donc, après avoir subi tout ce stress… » Sauf que le policier qui a tiré ne se trouvait pas à Sambreville !

Il intervient bien plus loin et bien plus tard : en région montoise, vers 2 heures, dans les deux ou trois dernières minutes de la poursuite. Il n’avait donc pas accumulé « tout ce stress » lié à une longue poursuite. Par contre, l’enquête a établi que, cette nuit-là, l’auteur du coup de feu et son équipier s’étaient déjà livrés à une autre « chasse aux illégaux », qui n’avait pas débouché sur les arrestations auxquelles ils avaient espéré procéder.

La fuite de la camionnette était parfaitement vaine

Dans les instants qui précédent le tir du policier, la camionnette poursuivie roule entre Obourg et Maisières sur l’autoroute qui mène vers la France. Il n’y a plus deux mais quatre véhicules de police qui la suivent. Ceux-ci préservent une « distance de sécurité » parce que tous les agents sont conscients que l’utilitaire transporte de nombreuses personnes, dont des enfants.

© Ronald Dersin

Le véhicule en fuite est dans l’impossibilité de rouler très vite : cela, tout le monde le sait aussi. Un « barrage en profondeur » a été demandé par radio par l’inspecteur principal qui dirige la poursuite. Sa requête a été relayée par un dispatcher radio du CIC Hainaut et a été entendue par la police française, qui est en train d’installer des herses à la frontière. Les conversations radio font aussi état de la mise en place d’un autre barrage à Saint-Ghislain.

Enfin, des équipes de police locale ont été sollicitées pour surveiller les sorties de l’autoroute. En d’autres termes, la fuite de la camionnette est parfaitement vaine, la situation est sous contrôle. Un agent l’a déclaré : « L’inspecteur principal (qui dirigeait la poursuite) avait demandé aux équipes de ne rien tenter car un enfant se trouvait à bord du véhicule. »

« Il sort son arme. Il la chambre tout en pointant la camionnette. Je me demande ce qu’il fait »

Alors que le « convoi » arrive à hauteur d’Obourg, le renfort d’un véhicule de police appartenant à la WPR Mons aurait dû sécuriser un peu plus la situation. Mais c’est l’inverse qui se passe. A bord de la voiture « montoise » se trouvent deux policiers. Prévenus par radio, ils se sont postés en stand-by sur la bande d’arrêt d’urgence. Leur intervention est beaucoup plus nerveuse que celle de leurs collègues de Namur. Elle est aussi extrêmement brève. L’auteur du tir en a convenu : « Tout a été très vite. Entre Obourg et le parking de Maisières, il y a trois kilomètres. »

Il a aussi précisé que lors de l’intervention, la camionnette roulait à 90 km/h, tandis que son équipier parle de 60 à 70 km/h… À ces vitesses, on parcourt trois kilomètres en deux ou trois minutes.

Comment se déroule cette intervention de la WPR Mons ? Si l’on se base sur les témoignages des policiers impliqués, tout se serait donc passé dans une séquence de 120 à 180 secondes : le véhicule de la WPR Mons monte sur l’autoroute, il se place devant la camionnette pour la forcer à ralentir. Le policier-conducteur ouvre sa vitre et montre son pistolet. Il a déclaré : « Mon arme n’était pas chambrée. En pressant sur la détente, aucun projectile ne pouvait partir. Je l’ai simplement exhibée pour bien montrer au chauffeur que j’étais déterminé à ne pas le laisser passer. » Cet avertissement est sans effet. La camionnette ne freine pas. Elle fait mine de vouloir percuter le véhicule de police lorsque celui-ci ralentit devant lui. Le véhicule de police se déporte et la camionnette se retrouve de nouveau en tête de poursuite sur la bande du milieu.

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Déterminés à vouloir stopper immédiatement les fuyards alors qu’il n’y a aucune nécessité de le faire avec une telle urgence, les policiers de la WPR Mons viennent se replacer sur la gauche de la camionnette. Les deux véhicules roulent en parallèle pendant un instant. L’agent se trouvant sur le siège passager entre en action à ce moment-là, comme en a témoigné son équipier : « Mon collègue baisse sa vitre et au moment où la camionnette est à notre hauteur et proche de nous dépasser, il sort son arme. Il la chambre tout en pointant la camionnette. Je me demande ce qu’il fait car il ne menace pas le chauffeur, il vise la portière. Tenir son arme dans cette direction-là n’intimidait pas le conducteur. La camionnette continue à me dépasser. L’accélération se fait de manière assez lente vu le poids du véhicule. Il était à fond sur l’accélérateur. »

Interrogé par le Comité P, le policier qui a tiré a affirmé qu’il n’a pas tout de suite « armé » son pistolet, qu’il aurait préalablement « crié des injonctions au conducteur pour qu’il s’arrête ». Mais son équipier l’a contredit : « Il n’y a pas eu d’injonctions, je suis catégorique. » Le coup de feu est tiré à 2 h 02’ 53”. Très vite, c’est-à-dire à 2 h 03’ 17”, la camionnette sort en direction du parking de Maisières : fin de la séquence de 120 à 180 secondes.

Si l’on dispose d’un minutage aussi précis, c’est grâce aux enregistrements des communications radio échangées entre le dispatching du CIC Namur et les quatre voitures de police « namuroises » qui se trouvaient derrière la camionnette. Lorsque la détonation se fait entendre, un dispatcher demande : « C’était, quoi cela ? » Une voiture de la WPR Namur lui répond : « Il y a la vitre droite qui a pété. Ils ont pété la vitre droite ». Le dispatcher relance : « Vous êtes certains que c’est la vitre qui a pété ? Ce n’est pas un coup de feu qui a été tiré ? » À 2h03’10”, depuis l’une des voitures de la WPR Namur, un agent lui répond : « Je ne peux pas te le confirmer, hein, mais j’ai vu que cela a explosé, en effet. »

L’intervention fatale dura 120 à 180 secondes… Aurait-t-elle été plus courte encore ? En tenant compte de l’heure du tir et des témoignages des policiers, le véhicule de la WPR Mons a dû entrer en action à hauteur de Obourg à 2 heures, voire à 2 h 01. Toutefois, dans les conversations radio enregistrées, il n’apparaît qu’à 2 h 02’ 19”, lorsqu’un inspecteur principal de la WPR Namur annonce : « On va arriver à l’aire de Bois du Gard et j’ai une Volvo du WPR Hainaut qui est là. »

Trente-quatre secondes plus tard, on entend la détonation. Au petit matin du 17 mai, cet inspecteur principal namurois a déclaré ne pas se souvenir de l’endroit précis où apparut le véhicule « montois », ce qui n’aide pas dans l’évaluation de la durée de son intervention. Il fit aussi ce récit : « L’équipe de la WPR Mons s’est placée devant la camionnette pour tenter de la ralentir. Le conducteur de la camionnette n’a pas ralenti et esquivait à chaque fois dans le but de passer devant. La camionnette a tenté à maintes reprises cette manoeuvre pour ne pas ralentir. »

« À maintes reprises », en 120 ou 180 secondes ? Ou moins ? On comprend l’importance de procéder à une reconstitution. Le témoignage du chauffeur de la camionnette serait lui aussi très intéressant, mais l’Irakien de 25 ans a été relâché au début de l’enquête, faute d’avoir été identifié dans le délai de garde à vue. Il est actuellement détenu en Grande-Bretagne et, malheureusement, des « sources » ont déjà indiqué à certains journaux qu’il était « peu coopérant ».

Mort de Mawda : l’enfant-bélier, une pure fiction policière

Mawda a été tué par un tir policier mais la première hypothèse d’enquête retenue racontait une toute autre histoire… | © ©Ronald Dersin

Mawda a été victime d’un tir policier mais la première hypothèse d’enquête retenue par la police racontait une toute autre histoire : celle d’un enfant tué par les migrants qui s’étaient servis de sa tête comme « bélier » pour casser une vitre de la camionnette. Déconstruction d’une pure fiction policière.

Mawda fut atteinte en pleine tête. La balle est entrée près de la narine droite et elle est ressortie dans la région occipitale du crâne. Sur le visage de la victime, le projectile a provoqué une plaie de 3,5 sur 2 cm et un orifice de 1,1 cm. A l’arrière du crâne, il a causé une autre plaie d’une taille 2 cm sur 1,2 cm et il a créé un orifice 0,8 cm. Quelques jours après le meurtre, le procureur général de Mons, Ignacio de la Serna nous fit part de ce que l’on pouvait déduire de l’observation de telles blessures. Alors qu’il avait consulté le rapport d’autopsie ce magistrat expérimenté nous dit : « A l’œil nu, je dis bien à l’œil nu, on voit que c’est une balle… ».

En octobre dernier, lors d’un débat public sur l’affaire Mawda qui se tint à l’U-Mons, Selma Benkhelifa, l’avocate des parents de la victime, tint aussi des propos très clairs sur l’évidente origine de telles blessures : « J’ai vu des photos dans le dossier, c’est extrêmement pénible… Il ne faut pas être médecin pour dire que la petite a été tuée d’une balle dans la tête ».

A 2 h 02, la nuit de faits, la maman de la petite Mawda comprit immédiatement que sa fille avait été atteinte par la balle que venait de tirer un policier. En juin dernier, nous lui demandions : « Avez-vous fait le lien entre le tir que vous aviez entendu et la blessure qui était apparue sur le visage de votre enfant ? » Désignant le côté droit du visage, elle nous avait répondu sans la moindre hésitation : « Oui. Mawda avait une blessure ouverte près du nez qui n’était pas présente avant le tir et elle perdait beaucoup de sang. ».

Au lendemain de la tragédie, il ne fut cependant pas question d’une blessure par balle visible « à l’œil nu » et encore moins d’une présumée bavure policière. On suggéra que Mawda avait été tuée par les migrants eux-mêmes ! Un quotidien avança que « d’après plusieurs sources, l’enfant aurait servi de bélier pour briser la vitre arrière de la camionnette (…) Elle est décédée de ses blessures ». Voici la genèse de cette thèse absurde qui présentait les migrants comme de véritables monstres tout en écartant une mort par balle à la suite d’un tir policier ; une « fake news » qui n’a pas été inventée par des journalistes.

« On brise des fenêtres avec la tête d’une enfant… »

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Ronald Dersin

Ce « modus-operandi » fut en réalité la seule hypothèse d’enquête proposée aux autorités judiciaires par l’officier de police judiciaire de la zone de Mons-Quévy qui, peu après le tir policier, vers 2 h 15, arriva sur le parking de Maisières afin d’y recueillir les premiers éléments d’enquête. Après avoir passé une bonne partie de la nuit au contact de plusieurs agents impliqués dans la course-poursuite, Henri (prénom fictif) rédigea un « procès-verbal initial » qui disait : « Selon les informations recueillies et nos constatations, les faits se seraient déroulés comme suit : on transporte des personnes en situation illégale dans une camionnette. On est pris en chasse par la police car on tente de se soustraire au contrôle. Au cours de la poursuite (…) on brise des fenêtres avec la tête d’une enfant et on fait mine de la jeter vers les véhicules de police. Les coups occasionnés à l’enfant (sic) entraînent un traumatisme crânien et le décès de l’enfant. (…)»

Cette version policière de base du meurtre de Mawda laisse sans voix. Il faut la relire deux fois pour être certain qu’elle nous dit bien ce qu’elle dit : la petite fille est morte d’un traumatisme crânien causé par l’utilisation de sa tête comme bélier pour casser la vitre arrière d’une camionnette. Dans quel but ? Menacer de la jeter sous les roues des policiers. Qui a commis un tel acte ? Ce n’est pas précisé mais ce procès-verbal initial ne conduisait pas vers trente-six hypothèses : soit c’était les parents de Mawda eux-mêmes, soit il s’agissait de tierces personnes telles que d’autres migrants qui se trouvaient à bord de la camionnette…

Aucun témoignage

A-t-on pu vraiment croire de telles foutaises ? Les deux scenarios apparaissent tellement farfelus : quels sont les parents qui vont ainsi massacrer leur enfant ? Quels sont les parents (dans la deuxième hypothèse) qui vont laisser martyriser leur petite fille sans intervenir pour la défendre et sans rien dénoncer au moment où la police arrête la camionnette ? C’est pourtant cette pure fiction que suggérait la pièce fondatrice de l’enquête policière qui qualifiait l’affaire de « meurtre sans autre précision » et proposait aux autorités judiciaires une liste de 27 « suspects » n’incluant que les seuls migrants qui se trouvaient à bord de l’utilitaire, en ce compris les parents de Mawda.

Notre contre-enquête révèle que cette thèse de l’enfant-bélier ne reposait sur aucun témoignage : au petit matin du 17 mai 2018, tous les policiers qui furent témoins du bris de la vitre arrière de la camionnette lors de la poursuite ont été interrogés par leurs collèges de la zone Mons-Quévy : pas un seul n’a déclaré avoir vu un migrant casser la vitre arrière du véhicule avec la tête d’un enfant. Le témoignage le plus précis de l’un des agents disait ceci : « Sans savoir vous donner l’heure, je constate qu’une personne se trouvant à l’arrière de la camionnette casse la vitre gauche à l’aide d’un pied-de-biche. » Nous posons dès lors cette question : comment un pied de biche s’est-il transformé en tête d’enfant ?

« Aucune trace de coupure de verre, ni de coups n’est visible sur le visage de l’enfant »

©Ronald Dersin

Dans cette affaire qui a connu beaucoup de « bizarreries », il y eut cependant des policiers consciencieux. Il en va ainsi de Patrick (prénom fictif)., un officier de la police judiciaire de Mons-Tournai qui, aux alentours de 8 heures du matin, le 17 mai, eut la présence d’esprit d’aller examiner le corps de la petite Mawda qui reposait dans la morgue de l’hôpital de Jolimont à La Louvière. Cet homme savait à ce moment que l’enquête se dirigeait vers la thèse du traumatisme crânien alors qu’il y avait eu un tir policier. Mais il voulait s’assurer qu’on ne s’égarait pas. Et ce qu’il constata alors qu’il était accompagné de deux policiers scientifiques, le mis fort mal à l’aise.

Dans son rapport, Patrick nota : « aucune trace de coupure de verre, ni de coups n’est visible sur le visage de l’enfant.» Ce constat ne collait pas du tout avec cette histoire d’enfant mort des suites d’un traumatisme crânien après qu’on lui fracassa la tête contre une vitre du véhicule. L’enquêteur relevait que « par contre, une perforation « en étoile » de petite dimension est bien visible, à proximité du nez. (…) » Ce constat renvoyait d’évidence à une blessure par balle. Et l’enquêteur avisé finissait son rapport par cette réflexion : « Des questions se sont alors posées à nous et à nos collègues quant à l’origine de cette perforation.»

Au regard de ce nous déclara plus tard le procureur général de Mons à propos de la blessure par balle visible « à l’œil nu », on s’imagine bien les questions que se posèrent ces enquêteurs. Ce matin-là, vers 8 heures, dans cette morgue de Jolimont, Lucien (prénom fictif), un policier du labo de police scientifique, nota lui aussi des constatations par écrit : « Nous constatons la présence d’une perforation du côté droit du visage de l’enfant et plus exactement entre sa pommette droite et sa narine droite. En illuminant à l’aide de notre lampe de poche celle-ci, nous nous rendons compte que la perforation n’est pas superficielle mais assez profonde. »

« On peut déjà exclure une blessure par balle qui viendrait des policiers »

Le 17 mai, Patrick, l’officier de garde de la PJF de Tournai, termina son service à 10 h 33 du matin par un entretien téléphonique avec à la juge d’instruction montoise Pamela Lonfils qui venait d’être saisie du dossier Mawda. Dans un procès-verbal, Patrick prit soin de mentionner l’existence de cette conversation qu’il eut avec la magistrate alors qu’il rentrait de la morgue de Jolimont. Peut-on imaginer que ses « questions » sur « l’origine de cette perforation » ne furent pas abordées à ce moment-là ? Peut-on imaginer que l’on n’ait pas discuté dès cet instant du fait que la thèse du traumatisme crânien ne collait pas avec les constatations faites à Jolimont ?

La question n’est pas dénuée d’intérêt alors que, durant toute la journée du 17 mai, sans jamais se démentir ce jour-là, le parquet de Mons communiqua avec force, via son magistrat de presse Frédéric Bariseau : « On peut déjà exclure une blessure par balle qui viendrait des policiers ». Etonnante aussi cette « réunion de travail » qui rassembla les enquêteurs et la juge d’instruction, le 17 mai à 16 h 30 dans les locaux de la PJF Mons. Y participaient les deux membres du labo qui s’étaient posés des « questions » en observant le corps de Mawda vers 8 heures du matin à la morgue de Jolimont. Mais le compte-rendu de cette réunion de travail ne pipe mot de leurs « questions » alors qu’il mentionne que « les policiers du WPR Hainaut, dont un a tiré, n’ont pas été entendus ». La priorité du moment fut définie en ces termes : « entendre toutes les personnes privées de liberté », autrement dit les migrants.

Le comité P interviendra 18 heures après les faits

Le 17 mai, à 18 heures, commença l’autopsie du corps de la petite Mawda. Cet examen dura deux heures mais bien avant qu’il ne soit terminé, c’est-à-dire à 18 h 30, la juge d’instruction qui y assistait prit son téléphone pour avertir Gabriel (prénom fictif)., un inspecteur de la PJF Mons qui était alors le chef d’enquête. Elle venait de constater, cette fois de ses yeux, l’évidence d’une blessure par balle qui ne collait pas avec la thèse du traumatisme crânien. Elle dit alors à l’enquêteur : « l’examen externe du corps de la victime tend à démontrer que la cause de la mort serait un tir par arme à feu ».

A 20 heures, en sortant de l’autopsie, la préoccupation de la magistrate fut donc de saisir des faits le Comité P, un organe de contrôle qui dépend du parlement et qui est habilité à enquêter de manière indépendante sur des faits qui mettent en cause des policiers. C’est ainsi que le comité P fut chargé d’enquêter sur l’affaire Mawda, le 17 mai à 20 heures 07, soit 18 heures après les faits. Sa première mission fut de chercher où se trouvait l’arme du meurtre pour la confier au laboratoire de police scientifique car celle-ci, ayant été saisie une première fois dans la nuit du drame, avait déjà été restituée sur ordre du parquet du Mons. Le Smith & Wesson fut retrouvé le 18 mai au matin dans le coffre individuel du policier qui avait tiré. A 8 h 55, ce policier fut privé de liberté sur ordre de la juge d’instruction et, dans l’après-midi de ce second jour d’enquête, il fut enfin l’objet d’un premier interrogatoire.

Pré-autopsie téléphonique

©Ronald Dersin

La thèse du traumatisme crânien ne fut donc pas sans conséquences dans cette enquête. Mais que dire des dégâts qu’elle a provoqué dans la perception de ce dossier par l’opinion publique. Au matin du 18 mai, un grand quotidien populaire s’inspirant de la communication du parquet de Mons complémentée de « sources » évidemment policières, titrait « Horreur sur la E 42 » et nous racontait l’histoire de l’enfant bélier et de « Mawda, victime de passeurs sans scrupules »

Dans la journée du 18 mai, le magistrat Bariseau revint devant la presse pour expliquer la communication erronée du jour précédent et donner une nouvelle version des faits. A cette occasion, le parquet se défaussa sur le médecin-urgentiste qui était intervenu sur le parking de Maisières la nuit du drame : « Il faisait noir, le nombre de personnes intervenues sur place a peut-être altéré le jugement. La première information qui nous est parvenue émanait en fait du service d’urgence qui était intervenu sur place et qui avait parlé au début d’un traumatisme crânien. On s’est basé sur un rapport d’un service d’urgence qui a fait ces constatations. »

Notre contre-enquête démontre qu’il s’agit-là d’une version déformée de la réalité. A 3 h 06 du matin, le 17 mai, Patrick, l’officier de garde de la PJF Tournai, venant d’être informé qu’un policier avait tiré dans le cadre de l’affaire Mawda, avait eu comme réflexe d’avertir le Comité P. Mais un agent de cet organe de contrôle lui répondit qu’il ne pouvait intervenir que sur saisine de l’autorité judiciaire. L’enquêteur appela donc le magistrat de garde du parquet. Cette nuit-là, il s’agissait de Pierre Marleghem. Plutôt que de saisir le Comité P, ce substitut du procureur du Roi préconisa un devoir d’enquête préalable : faire appeler le médecin légiste David (prénom fictif). pour lui demander « de se rendre au chevet de l’enfant pour afin de déterminer s’il y a trace ou non de blessure par balle ».

Ainsi le parquet de Mons inventa le concept de « pré-autopsie téléphonique ». Joint par téléphone à 4 h 10 par la PJF, le médecin-légiste David annonça qu’il donnerait une réponse dans la demi-heure. Comment ? En passant un coup de fil à un confrère, le médecin-urgentiste qui était intervenu sur le parking pour prendre en charge le corps de la petite Mawda. Le résultat de cette autopsie téléphonique fut communiqué à l’officier Patrick dès 4 h 45 : « l’implication d’un projectile d’arme à feu peut être écartée dans le cadre du décès de l’enfant ».

A 5 heures du matin, Patrick sur le parking de Maisières où la camionnette s’était immobilisée après la course poursuite. Il communiqua le diagnostic de la « pré-autopsie téléphonique » à Henri, l’officier de police judiciaire qui se trouvait là depuis 2 h 15, celui qui allait bientôt rédiger le PV initial cité au début de ce texte. On croit entendre dans le lointain, un grand ouf de soulagement. Mawda n’était pas morte par balle. Mais bon sang, il fallait bien qu’elle soit morte de quelque chose ! Un traumatisme crânien ? Oui mais comment a-t-il été provoqué ? Ainsi naquit l’hypothèse de l’enfant-bélier. Sans autre élément pour la fonder que cette « autopsie téléphonique » qui donnait une mauvaise information.

Un second tir imaginaire

Quelques minutes avant de se lancer dans l’écriture de cette fiction, Henri, le policier qui imagina l’histoire de l’enfant-bélier, travaillait sur une autre hypothèse écartant, elle aussi, l’évidence d’une mort provoquée par un tir policier. Il s’en était confié à 3 heure du matin à Patrick, l’officier de garde de la PJF Tournai qui l’a consignée par écrit : « Il vient d’apprendre qu’un intervenant policier de la WPR aurait utilisé son arme de service durant la poursuite. Un voire deux coups de feu auraient été tiré, venant pour l’un d’un policier, l’autre d’origine inconnue. Une supposition est émise à ce stade qu’un coup de feu pourrait provenir d’un des occupants de la camionnette poursuivie.»

Une thèse stupéfiante car, à aucun moment dans ce dossier, il n’y eut le moindre témoin pour affirmer qu’un deuxième coup de feu fut tiré, aucune arme n’a jamais été trouvée dans la camionnette et au moment où cette hypothèse fut émise (3 heures du matin), tous les migrants avaient déjà fait l’objet d’une fouille de sécurité pour être embarqués à bord des véhicules de police qui devaient les conduire au cachot.

L’histoire du second tir imaginaire fut donc remplacée par celle de l’enfant-bélier mais elle connut une seconde vie très brève lors la conférence de presse « rectificative » du parquet de Mons, le 18 mai. Ce jour-là, alors que l’auteur du seul et unique coup de feu était clairement identifié et que le juge d’instruction avait ordonné sa privation de liberté (qui fut très brève), le magistrat de presse Bariseau déclarait encore : « On n’exclut pas que la balle pourrait venir de l’arme d’un policier. L’enquête devra déterminer s’il y a eu d’autres coups de feu. De quel policier il s’agit, si c’est un policier. Ou alors d’une personne qui était présente dans la camionnette. Il faudra entendre toutes les personnes intervenues. Les policiers mais aussi les migrants qui se trouvaient dans la camionnette. »

Le 22 mai, lors d’un nouveau point presse, la vérité sera enfin exprimée de manière pleine et entière par le procureur général de Mons, Ignacio de La Serna : « Le résultat de l’autopsie est clair : le décès de l’enfant est bien dû à un tir policier ».

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Mort de Mawda : 5 heures sur un parking

Ce n’est que 40 minutes après le tir policier que le parquet fut informé de l’interception de la camionnette dans laquelle se trouvait la petite Mawda. | © DR

Ce n’est que 40 minutes après le tir policier que le parquet fut informé de l’interception de la camionnette. Et lors de cette première communication de la police vers les autorités judiciaires, il ne fut pas question d’un coup de feu. 5ème volet de notre contre-enquête.

« On va arriver à l’aire de Bois du Gard et j’ai une Volvo du WPR Hainaut qui est là », lance le conducteur d’une voiture de la WPR Namur engagée dans la course-poursuite. Il est alors 2 H 02 19. 34 secondes plus tard, à 2 H02 53, une détonation se fait entendre. Sur les ondes radio, un dispatcher demande : « C’était quoi cela ? » Une voiture de la WPR (Wegpolitie-Police de la route) Namur lui répond : « Il y a la vitre droite qui a pété. Ils ont pété la vitre droite. » Le dispatcher relance : « Vous êtes certains que c’est la vitre qui a pété ? Ce n’est pas un coup de feu qui a été tiré ? » A 2H 03, depuis l’une des voitures de la WPR Namur, un agent lui répond : « Je ne peux pas te le confirmer hein, mais j’ai vu que cela a explosé en effet. »

4 voitures de police « namuroises » suivent la camionnette depuis plusieurs kilomètres. A la gauche de l’utilitaire Peugeot où sont entassés les migrants roule un véhicule de la WPR Mons d’où le coup de feu est parti. C’est le dernier renfort à avoir rejoint la poursuite, à hauteur de Obourg, vers 2 heures ; ce véhicule « montois » n’est pas en relation radio avec les autres poursuivants. On a vu par ailleurs que la question de savoir si les policiers de la WPR Mons étaient au courant de la présence de migrants dans la camionnette a fait l’objet de déclarations contradictoires.

Il est probable que les 8 policiers « namurois » ont entendu ces échanges radios où l’on demandait : « Ce n’est pas un coup de feu qui a été tiré ? ». En outre, tous les poursuivants ont perçu un « bruit » lors du tir. L’un d’eux a déclaré : « J’entends un bruit sourd et ensuite je vois la vitre avant droite explosée. » Un autre a été encore plus explicite : « J’entends un bruit sourd et je me retourne vers mon collègue et je lui dis : « On nous tire dessus ». Un autre encore a déclaré : « Je reconnais la détonation d’un tir à feu. Je suis certain du bruit. ».

24 secondes après le tir, la camionnette quitte l’autoroute. A 2 H 03 17, un agent de la WPR Namur rend compte de ce moment par radio : « Il sort dans les camions, il sort dans les camions ». L’utilitaire finit sa course au ralenti sur l’aire du parking du Bois du Gard à Maisières. La voiture de la WPR Mons depuis laquelle le coup de feu est parti poursuit brièvement sa route jusqu’à la sortie de l’aire. Dès 2 H 04, un appel aux services d’urgence (SMUR) est passé. Les voitures de police entourent le véhicule. Les personnes qui y étaient entassées en sortent. Parmi elles, un homme crie, paniqué, en état de choc : le père de Mawda tient sa fille dans ses bras, la tête de l’enfant est ensanglantée, le corps est inanimé.

Il hurle : « Please ambulance, Please ambulance ». C’est le père de la petite Mawda. On le maîtrise, on lui prend l’enfant et un policier lui fait un massage cardiaque. Pendant ce temps, les autres migrants sont placés sous bonne garde. On les fait s’asseoir sur le bitume. Parmi les exilés personne n’est armé. Le tir entendu ne venait donc pas de l’intérieur du véhicule.

Tout se passe comme s’il n’y avait jamais eu de tir !

©Ronald Dersin / Photo du papa de Mawda

Un tir à 2 h 02 53. Un enfant qui sort la camionnette, la tête en sang, porteur d’une blessure avec perforation sur le visage deux minutes plus tard. Quelle est la première hypothèse qui vient à l’esprit ? Poser la question, c’est y répondre. Sauf que, cette nuit-là sur ce parking, si on en croit leurs témoignages et en tenant compte qu’ils n’ont pas été questionnés précisément sur ce point, personne parmi les policiers présents ne formule l’hypothèse qu’il puisse y avoir un lien entre cet enfant blessé et le tir dont il était question quelques instants plus tôt. Pendant de nombreuses minutes, tout se passe comme s’il n’y avait jamais eu du tir !

Enfin pas tout à fait… L’auteur du coup de feu et son coéquipier réagissent assez vite. L’un de ces deux-là a expliqué : « Quand on entend l’appel à la radio qui dit « enfant blessé, il faut une ambulance », nous nous rendons là ou la camionnette a arrêté sa course. » En présence de leurs collègues, qui sont peut-être trop occupés, pour remarquer ce drôle de manège, ils observent la camionnette de tout près, à la recherche d’un impact de balle. Dit autrement, ils se promènent sur la scène de crime pendant le chaos qui précède la mise en place d’une zone d’exclusion judiciaire.

La scène est choquante : Mawda est en train de mourir, les migrants sont maintenus assis et sous bonne garde, tandis l’auteur présumé du meurtre et son équipier, se livrent à cette inspection. L’équipier du tireur déclarera : « On constate que le pneu n’a rien. On ne voit aucun impact dans la portière, ni dans le pare choc. » Quelques instants plus tard, le conducteur du véhicule de la WPR Mons retourne un seconde fois près de la camionnette.

Cette-fois il est seul : « Je constate que la vitre-conducteur est brisée. Je passe ma tête par la vitre et je vois du sang sur le tableau de bord et je vois la vitre « passager » brisée aussi. ». Sa réaction donne à penser qu’il fait le lien avec le tir de son collègue. A 2 h 25 – 23 minutes après le tir- il appelle Clément (prénom fictif)., un officier de garde de la WPR Hainaut pour l’informer qu’il y a eu un coup de feu. Dans cette conversation, il a cette phrase : « Je lui avais dit de ne pas tirer ».

Pendant près d’une demi-heure, le corps de Mawda reste allongé sur le bitume. Cet enfant a reçu une balle en pleine tête. Sur le visage de la victime, le projectile a provoqué une plaie de 3,5 sur 2 cm et un orifice de 1,1 cm. Dans la région occipitale du crâne, il a causé une autre plaie d’une taille 2 cm sur 1,2 cm et il a créé un orifice 0,8 cm. Il ressort des témoignages des policiers présents sur place que, pendant ces longues minutes d’attente des secours, il n’y a toujours personne qui fait l’hypothèse que l’enfant ait pu être atteint par une balle alors que la question d’un tir à arme à feu avait été posée en fin de poursuite.

« Il aurait tiré un seul coup dont le lieu d’impact est actuellement inconnu »

©Ronald Dersin

A 2 h 32, la victime est emmenée par le service d’urgence, sans que les parents ne puissent l’accompagner. C’est à peu près le moment où le coéquipier du tireur va trouver Dan (prénom fictif), l’inspecteur principal de la WPR Namur qui avait dirigé la course-poursuite afin de lui parler du tir de son collègue. A 2 H41, Dan converse par téléphone avec Clément, l’officier de garde de la WPR Hainaut qui avait lui aussi été averti du tir policier à 2 H 25.

A 2 H 43, Henri (prénom fictif) un officier de la police judiciaire de Mons présent à Maisières depuis 2 h 15 – passe enfin un premier coup fil au parquet du Mons pour avertir le magistrat de garde de l’arrestation des migrants et de la mort d’un enfant. Dans ce premier compte-rendu à l’autorité judiciaire, 41 minutes après le coup de feu, il n’est pas fait mention de l’occurrence d’un tir policier. Henri reçoit l’ordre du magistrat Pierre Marleghem de prévenir Patrick (prénom fictif), un officier de garde de la PJF Tournai. A 2 H 44, Henri s’y emploie : dans cet échange, il n’est toujours pas question d’un tir policier.

A 2 H 50, les migrants arrêtés sont invités à monter à bord des véhicules de police pour être conduits au « cachot ». Ils font alors l’objet d’une fouille de sécurité qui confirme, si besoin est, que personne n’est armé. Au même moment, Henri, l’officier de la police judiciaire de Mons, rappelle le parquet. Il informe le magistrat de garde du fait que Dan, l’inspecteur principal de la WPR Namur « vient d’apprendre qu’un policier a tiré, avec l’aide de son arme de service, en direction du véhicule Peugeot Boxer » Le policier-tireur est clairement identifié. Henri précise au magistrat : « Il aurait tiré un seul coup dont le lieu d’impact est actuellement inconnu ».

10 minutes plus tard, l’hypothèse d’enquête évolue de manière stupéfiante. Il est 3 heures : Henri rappelle Patrick, l’officier de garde de la PJF Tournai pour l’informer à son tour du tir policier. Mais il ne lui parle pas d’un seul coup de feu comme il l’avait fait avec le magistrat. Il est alors question de deux coups de feu ! Patrick note ce que lui dit son collègue : « Il vient d’apprendre qu’un intervenant policier de la WPR aurait utilisé son arme de service durant la poursuite. Un, voire deux coups de feu auraient été tiré, venant pour l’un d’un policier, l’autre d’origine inconnue. Une supposition est émise à ce stade qu’un coup de feu pourrait provenir d’un des occupants de la camionnette poursuivie ». Hypothèse inouïe : personne n’était armé à bord de la camionnette et aucun témoin n’a jamais parlé de deux coups de feu dans cette affaire.

De toute évidence Patrick est un excellent policier. Lorsqu’il apprend qu’il y a eu un tir de l’un de ses collègues, son sang ne fait qu’un tour. Il décide immédiatement de plusieurs mesures importantes : il faut saisir l’arme du policier qui a tiré, il faut faire venir la police scientifique et, enfin, créer une zone d’exclusion judiciaire. Il prévient un supérieur de la situation. On lui conseille d’appeler le Comité P, un organe de contrôle indépendant compétent pour enquêter sur ce type d’affaire pouvant mettre en cause des policiers.

Lorsque Patrick le fait, à 3 h 06, on lui dit que pour pouvoir intervenir, le Comité P doit être saisi par les autorités judiciaires. Nouveau coup de fil de Patrick, cette-fois au parquet. Plutôt que de saisir le Comité P, le magistrat Pierre Marleghem pense avoir une meilleure idée. Il ordonne un devoir préalable : faire appeler le médecin légiste David (prénom fictif) pour le prier « de se rendre au chevet de l’enfant afin de déterminer s’il y a trace ou non de blessure par balle ».

A 4 h 10, Patrick parvient à joindre David qui lui promet une réponse dans la demi-heure. Comment ? En donnant un coup de fil au médecin-urgentiste était intervenu sur le parking. Le résultat de cette autopsie téléphonique arrive dès 4 h 45 : « l’implication d’un projectile d’arme à feu peut être écartée dans le cadre du décès de l’enfant »

Problème : comment la victime a-t-elle été tuée?

BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

A 5 h, Patrick arrive, porteur de cette nouvelle, sur le parking de Maisières : pas de mort par balle, l’enfant est décédé des suites d’un traumatisme crânien. Dès lors, l’hypothèse du deuxième coup de feu provenant peut-être de l’intérieur de la camionnette est totalement abandonnée. Elle n’apparaîtra pas du tout de le PV initial rédigé par Henri. Reste un problème : comment la victime a-t-elle été tuée ? Henri se charge de proposer une explication : apparaît alors la thèse de l’enfant-bélier : la victime a été tuée par les migrants eux-mêmes qui se sont servis de sa tête comme bélier pour fracturer des vitres de la camionnette pendant la course-poursuite.

C’est aussi à 5 heures du matin que « compte tenu des circonstances difficiles de cette intervention », l’auteur du coup de feu et son équipier sont autorisés à quitter les lieux. A ce moment, ces deux hommes n’ont fait l’objet d’aucun interrogatoire circonstancié et couché sur procès-verbal. Durant les 3 heures où ils sont restés sur le parking, ils ont cependant pu se balader sur la scène de crime et parler avec des collègues. Ils rentrent dans leur unité pour boire un café. Vers 7 heures du matin, le tireur est informé par son chef de poste qu’il n’y aura pas de poursuite, qu’il peut rentrer chez lui. Il reçoit aussi comme conseil de rédiger un procès-verbal pour rébellion armée contre lui.

A 7 h 16, le parquet décide que l’arme peut être restituée. Dix minutes plus tard, la camionnette est évacuée de l’aire de stationnement de Maisières par un dépanneur. A ce moment, le soleil s’est levé depuis plus d’une heure déjà, le corps de la victime repose dans une morgue à La Louvière.

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