Violence policière raciste au Portugal

Violence policière raciste au Portugal

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Violence policière raciste au Portugal – 8 Février 2015
Le 5 Février 2015, en début d’après-midi – selon les informations relayées par l’observatoire du contrôle et de la répression(1) au Portugal, par le site internet esquerda.net(2) et par plusieurs reportages(3) – une patrouille spéciale (SIR – Serviço de Intervenção Rápida) de la police de Alfragide (PSP – Polícia de Segurança Pública) fit une patrouille de routine dans le quartier de Cova da Moura à Lisbonne, patrouille qui engendra l’arrestation d’une personne. Bien que la personne en question n’ait présenté aucune résistance, celle-ci fut agressée par la police alors qu’elle était tenue au sol par les policiers. Un grand nombre de témoins étaient présents sur les lieux et protestèrent avec indignation contre le comportement des agents de police. Pourtant, la police continua à menacer violemment les résidents et les passants et à les persécuter avec leurs matraques et en tirant des balles en caoutchouc. Une femme accrochant son linge au balcon a été touché par trois balles en caoutchouc et a due être hospitalisée, information confirmée par Zulmira Coelho qui travaille dans une association locale. Suite à ces événements, plusieurs résidents du quartier (certains étant impliqués dans l’association de jeunesse « Moinho da Juventude »), se sentant concernés par l’intervention agressive des autorités et le non respect des droits de cette communauté, allèrent se renseigner au poste de police d’Alfragide quant à la détention et tentèrent de porter plainte contre les agents de police pour leur comportement. Une fois au poste, cinq résidents du quartier furent arrêtés et battus par plusieurs agents. Parmi eux, Flávio Almada (plus connu sous son nom de scène Lbc Soldjah), membre du réseau européen Decoloniality Europe. Étant donné la brutalité de la police, les détenus furent transportés, sous escorte policière, à l’hôpital Amadora-Sintra, afin d’y recevoir une assistance médicale, comme l’a confirmé un porte parole de l’Institut national des médecins urgentistes (INEM – Instituto Nacional de EMERGENCIA Médica) à l’agence de presse Lusa. Les détenus portaient clairement des séquelles physiques dues à l’agression physique, l’un d’eux avait une grave blessure à la jambe à cause d’une balle en caoutchouc tirée par la police. Par la suite, ils furent replacés en garde à vue en attendant d’être présentés à un juge. L’audience était prévue pour le vendredi 6 Février, au palais de justice d’Amadora ; mais le procureur refusa de les entendre et l’audience n’eue lieu que le jour suivant, samedi, au palais de justice de Sintra. Le ministère public réclama que les cinq détenus restent gardés à vue, les accusant de résistance et de coercition sur un officier(4). Dans l’après-midi, les détenus furent libérés et soumis à des mesures de surveillance, à savoir la déclaration d’identité et de résidence (TIR – Termo de Identidade e Residência). Jusqu’à présent, même après les demandes des médias, ni les représentants des autorités de police, ni du ministère de l’Intérieur (AMI – Ministério da Administração Interna) n’ont publié de déclaration officielle concernant les accusations de brutalités policières. Bien que les médias aient couvert ces événements, certains articles de presse soutiennent clairement la version de la police. Ainsi, la situation fut décrite comme une « tentative d’invasion du poste de police »(5) – renforçant ainsi la criminalisation de la jeunesse noire – par le porte-parole de la police municipale de Lisbonne (CoMetLis – Policia Matropolitana de Lisboa), Hugo Abreu, passant sous silence le fait que les détenus aient été agressé physiquement par les agents de police et aient dû être hospitalisés(6). Néanmoins, il ne s’agit pas simplement de contester et les faits et les événements entourant ce cas particulier. Mais plutôt ce que l’analyse des médias révèle, en présentant sans cesse ces événements comme « juste un épisode de plus de jeunes marginaux violents » contre la police et/ou les autorités. Ces événements doivent donc être analysés à la lumière du contexte de criminalisation et de surveillance dont est victime la jeunesse noire, issue des « quartiers difficiles » durant les dernières décennies, de même que le déni systématique du racisme institutionnel par les autorités de l’État et des organismes publics au Portugal. Ce déni s’est notamment illustré par le refus de l’État portugais de publier des données sur les discriminations ethno-raciales, ou de prendre des mesures en vue de mettre sur pieds un organe de contrôle indépendant sur l’égalité raciale. Ce qui est une demande primordiale par les mouvements populaires et anti-racistes. Afin de contester les récits et les pratiques officielles, plusieurs initiatives pour dénoncer la brutalité policière contre les Noirs furent mises en place par des mouvement comme Plataforma Gueto (notamment concernant le cas des jeunes Kuku1, 14 ans, et Musso2, 15 ans, tous deux tués par la police) et par des association anti-raciste comme par exemple SOS Racismo (voir les articles de Mamadou Ba3). Le travail entrepris par ces militants politiques et intellectuels comportait également la création d’une base de donnée concernant les jeunes tués par des policiers, qui révélèrent que, de 2000 à 2010, environ 40 jeunes personnes furent tuées dans des circonstances similaires au Portugal, principalement dans la région de Lisbonne ; dont plus d’un tiers étaient noirs (un chiffre considérable si l’on prend en compte la totalité de la population). Pourtant, il n’y eu aucune condamnation de policiers pour l’un de ces meurtres et une seule affaire a franchi le seuil d’une cours de justice. On ne peut donc pas lire les événements récents comme des cas isolés dans le contexte européen. Ils sont plutôt révélateurs du climat de criminalisation et de profilage racial de la jeunesse noire qui règne actuellement en Europe, comme des politiques de surveillance et de contrôle des frontières. Nous appelons donc tous les frères et sœurs en Europe à diffuser l’information de cette attaque policière au Portugal et à manifester leur solidarité envers les initiatives prises pour combattre le racisme institutionalisé.

1- Voir : « Uma “invasão a esquadra” inventada – Relatos da Cova da Moura e de Alfragide », https://observatoriodocontroloerepressao.wordpress.com/…/r…/

2- Voir : « Moradores da Cova da Moura agredidos violentamente na esquadra da PSP de Alfragide », http://www.esquerda.net/…/moradores-da-cova-da-moura-…/35703

3- Voir : « Mulher atingida por disparos da PSP na Cova da Moura », http://www.publico.pt/…/mulher-atingida-por-disparos-da-psp… ainsi que : « Cinco dos acusados de invadirem esquadra da PSP receberam assistência hospitalar », http://rr.sapo.pt/informacao_detalhe.aspx?fid=25&did=177435

4- Voir : « Libertados os cinco jovens detidos após incidentes na Cova da Moura », http://www.publico.pt/…/libertados-os-cinco-jovens-detidos-…

5- Voir : « Cinco dos acusados de invadirem esquadra da PSP receberam assistência hospitalar », http://rr.sapo.pt/informacao_detalhe.aspx?fid=25&did=177435

6- Voir : « Moradores da Cova da Moura agredidos violentamente na esquadra da PSP de Alfragide », http://www.esquerda.net/…/moradores-da-cova-da-moura-…/35703

7- Voir : http://brutalidadepolicial.blogspot.pt/…/plataforma-gueto.h…

8- Voir : https://plataformagueto.wordpress.com/…/violencia-policial…/

9- Voir : « Estigma social e racismo institucional cercam Bairro de Casal de Mira », http://www.esquerda.net/…/estigma-social-e-racismo-in…/24174 et « Mais uma vez a PSP abusou da violência », http://www.esquerda.net/…/mais-uma-vez-psp-abusou-da-…/35704

Traduit par Sélim Nadi pour le PIR

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