Les pentes glissantes de la guerre

Par Déborah Brosteaux

Le constat n’est pas récent, mais le 24 février 2022 lui a don­né une tour­nure nou­velle : nous ne vivons pas la guerre, mais nous ne sommes pas en paix. L’invasion de l’Ukraine par la Rus­sie a déclen­ché, ici à l’Ouest de l’Europe, un intense enche­vê­tre­ment d’affects : choc et sidé­ra­tion face à une guerre qui éclate sur le conti­nent euro­péen ; peur devant la pos­si­bi­li­té d’une esca­lade ; sen­ti­ments de soli­da­ri­té envers les Ukrai­niens ; angoisse sourde sus­ci­tée par la réap­pa­ri­tion de la menace d’une guerre nucléaire sur notre scène géo­po­li­tique. Aux pre­mières semaines de la guerre, une grande exci­ta­tion était éga­le­ment pal­pable, une atmo­sphère de sur­vol­tage, ryth­mée par l’emballement média­tique et les appels poli­tiques à la mobi­li­sa­tion. Dans le même temps, nous n’en demeu­rons pas moins à une cer­taine dis­tance de la guerre, phy­si­que­ment et affec­ti­ve­ment, à l’abri de ses vio­lences, et priant pour le rester.

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