L’ABC de la dette des pays du Sud

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L’ABC de la dette des pays du Sud en 11 videos

20 août par Olivier Bonfond, Eric Toussaint

En 11 petites vidéos, Olivier Bonfond et Eric Toussaint répondent à une série de questions afin de donner une vision d’ensemble sur la problématique de la dette publique des pays du Sud

NB : Ces vidéos ont été réalisées dans le cadre de la formation infocycle de la CTB http://www.btcctb.org/fr/infocycle-…

Video 1 : Introduction

Video 2 : Un autre monde est possible !

Video 3 : Quel autre monde voulons-nous ?

Video 4 : D’où vient la dette ?

Video 5 : La crise de la dette et la gestion de la crise

Video 6 : Quelle situation après 25 ans d’ajustement structurel ?

Video 7 : Quel est le discours officiel sur la dette ?

Video 8 : Quels sont les arguments en faveur de l’annulation de la dette du Tiers-Monde ?

Video 9 : Quelles sont les initiatives alternatives et récentes pour résoudre le problème de la dette ?

Video 10 : Annuler la dette pour garantir les droits humains

Video 11 : Conclusion

Source

Tunisie : Lettre envoyée aux Ministres belges

8 août par Renaud Vivien

Lettre au Vice-Premier ministre et Ministre des Finances , M. Steven Vanackere, au Vice-Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères, M. Didier Reynders et au Ministre de la Coopération au développement, M. Paul Magnette, au sujet du paiement de la dette tunisienne

Il y a un an le peuple tunisien chassait le dictateur Ben Ali et exigeait la justice sociale. Mais en 2012, la situation économique et sociale peine à s’améliorer du fait notamment de la dette colossale héritée de ce dictateur. En effet, la majorité des ressources financières du pays est actuellement allouée en priorité au remboursement des dettes. A titre de comparaison, le budget consacré au remboursement de la dette publique tunisienne représente 8 fois le budget des affaires sociales, 8 fois celui du développement régional, 3 fois celui de la santé et presque 6 fois celui de l’emploi. La dette de la Tunisie à l’égard de la Belgique s’élevait au 30 juin 2011 à 28 millions d’euros.

Face à cette situation, il est urgent de suspendre le remboursement de cette dette et de faciliter la réalisation d’un audit. En effet, le Président tunisien Moncef Marzouki s’est publiquement prononcé pour un audit de la dette tunisienne |1|. Le 20 Juillet dernier, une proposition de loi pour un audit de la dette tunisienne a même été déposée par une députée de l’Assemblée nationale constituante.

L’audit permettra notamment de comprendre les circonstances entourant la conclusion de ces prêts, leur utilisation, d’identifier les responsabilités et déterminer la part odieuse et illégitime |2|

D’autres arguments plaident en ce sens :

La société civile tunisienne à travers l’association RAID (membre des réseaux internationaux CADTM et ATTAC) a lancé une campagne au lendemain de la chute de Ben Ali pour exiger la suspension, l’audit et l’annulation de la part odieuse de la dette afin de satisfaire aux besoins essentiels de la population.

En Europe, un appel lancé en 2011 par le CADTM et les euro-députées Marie Christine Vergiat et Gabi Zimmer en faveur d’un moratoire et d’un audit des créances envers la Tunisie a été signé par plus de 120 parlementaires en Europe |3|.

Deux résolutions parlementaires ont également été adoptées en 2011 reprenant les mots d’ordre de la campagne tunisienne : moratoire et audit indépendant de la dette tunisienne. La première résolution a été prise par l’Assemblée Parlementaire Paritaire ACP-UE en mai 2011 |4| et la seconde adoptée en juillet 2011 par le Sénat belge |5|.

Rappelons également que le texte de l’accord de gouvernement Di Rupo précise que « le Gouvernement réalisera l’audit des dettes et annulera en priorité les dettes contractées au détriment des populations ».

Enfin, le 10 mai 2012, le Parlement européen adoptait une résolution sur la stratégie de l’UE en matière de commerce et d’investissements pour le sud de la Méditerranée après les révolutions du Printemps arabe qui « juge odieuse la dette publique extérieure des pays d’Afrique du Nord et du Proche-Orient sachant qu’elle a été accumulée par les régimes dictatoriaux, par le biais principalement de l’enrichissement personnel des élites politiques et économiques et de l’achat d’armes, utilisées souvent contre leurs propres populations |6| ».

Dans ces conditions, la Belgique doit prendre ses responsabilités et décider de :

- ne plus exiger le remboursement de ses créances auprès des autorités tunisiennes et refuser le paiement de la dette tunisienne à son égard le temps qu’un audit soit réalisé ;

- faciliter un audit de cette dette en mettant à disposition des instances tunisiennes tout document utile à sa réalisation.

- annuler, sur base des conclusions de l’audit, les créances odieuses et illégitimes détenues envers la Tunisie à l’instar de la Norvège. C’est tout à fait possible, en effet, la Norvège a montré la voie à suivre en 2006 en annulant unilatéralement et sans conditions ses créances illégitimes sur cinq pays.

- intensifier, au sein des forums internationaux, son action diplomatique en vue de l’annulation des dettes publiques extérieures considérées comme « odieuses » détenues par les institutions multilatérales à l’encontre de la Tunisie.

- ne pas prendre de mesures de rétorsion contre l’État tunisien au cas où il prendrait des mesures unilatérales sur sa dette ;

- ne pas prendre part à des programmes d’échange de dettes. En effet, ces échanges risquent de porter sur des dettes odieuses qui devraient donc être annulées sans condition. Il ne faudrait pas qu’un pays créancier renonce à recouvrer une dette en échange de l’engagement du pays endetté à rediriger le montant de la dette vers des projets d’investissements conclus avec le pays prêteur. Le risque encouru serait que ces investissements servent avant tout les intérêts de l’État prêteur et ne cadrent pas avec les plans de développement de l’État endetté. Il est donc de la plus grande importance que l’annulation des dettes tunisiennes se fasse sans conditions et que toute négociation avec les créanciers soit réalisée dans la plus grande transparence afin que l’attention soit portée aux besoins du développement.

Dans l’attente de votre réponse, veuillez recevoir l’expression de nos salutations distinguées.

Signatures :

Renaud Vivien
Juriste au CADTM Belgique
Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde
http://cadtm.org
GSM : +32 (0)/497 04 79 99
E-mail : Ecrire à Renaud, dans le domaine : cadtm.org

Antonio Gambini
Chargé de recherche et plaidoyer financement du développement
CNCD-11.11.11
http://www.cncd.be
Quai du Commerce 9
1000 Bruxelles
Tél : +32 (0) 2 613 30 31
Fax : +32 (0) 2 250 12 63
GSM : +32 (0) 479 48 28 78
E-mail : Ecrire à Antonio Gambini, dans le domaine : cncd.be

Notes

|1| http://www.lapresse.tn/28062012/519…

|2| Sur la dette odieuse et illégitime :
Dette illégitime : l’actualité de la dette odieuse. Position du CADTM

|3| Appel des parlementaires européens et nationaux : Pour un audit des créances européennes à l’égard de la Tunisie

|4| http://www.europarl.europa.eu/intco…011_lome/pdf/adopted_ap101.111_fr_collated.pdf

|5| http://www.senate.be/www/?MIval=/pu…

|6| http://www.europarl.europa.eu/sides…

Source

  

Appel à une mobilisation internationale contre la dette en hommage à Thomas Sankara

12 avril

Le 15 Octobre 1987, le président Thomas SANKARA perdait la vie, à la suite d’un coup d’État, après quatre années passées à la tête du Burkina Faso. Au cours de cette période Thomas SANKARA a lutté pour la dignité de son peuple et pour un nouvel élan de libération du continent africain avec une nouvelle génération de chefs d’Etat, au service de leurs peuples, capables de tenir tête aux puissances impérialistes. Il ne fait aucun doute que Thomas SANKARA a été assassiné pour avoir lutté contre le néocolonialisme et en particulier contre l’esclavagisme moderne de la dette.

Pionnier en la matière, Thomas SANKARA dénonça devant tous les chefs d’États africains réunis au sommet de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine) en juillet 1987 le « système dette » mis en place par les puissances occidentales avec la complicité de certains dirigeants du Sud pour confisquer la souveraineté des peuples.

Ce nouveau système d’oppression des peuples africains, latino-américains et asiatiques était notamment basé sur l’imposition des plans d’ajustement structurel (PAS) mis en place par les Institutions de Bretton Woods (FMI et Banque mondiale) avec l’appui des anciennes métropoles et au profit des multinationales du Nord. Sachant que les grands créanciers internationaux s’attaqueraient à sa vie en réponse à cet ultime combat, Thomas SANKARA lança un appel pour la création d’un front uni contre la dette. Son appel ne fut malheureusement pas suivi à l’époque.

Vingt cinq ans plus tard, alors que le système dette continue de confisquer la souveraineté populaire et d’appauvrir la très grande majorité de la population africaine, les peuples du Nord sont eux aussi victimes d’une crise de la dette sans précédent. L’éclatement de la bulle spéculative immobilière et le sauvetage des banques par les États, sans consultation populaire – qui a encore aggravé le poids de la dette publique dont une large partie est illégitime – donnent raison à Thomas SANKARA qui dénonçait déjà l’économie « CASINO ».

Loin des flash et des caméras de télévision, la finance s’est résolument liguée contre les peuples ces trente dernières années faisant des millions de morts. Autrefois réservées aux pays du Sud, les conditionnalités et les mesures d’austérité ont fini par gagner le Nord, plongeant les peuples dans un désarroi de plus en plus grand. La situation actuelle en Grèce, au Portugal ou encore en Irlande où le FMI intervient directement dans les affaires internes des États, aux cotés de l’Union européenne et de la Banque centrale européenne (BCE), ne sont pas sans rappeler la situation des pays du Sud au début des années 80.

Depuis trente ans les peuples au Sud ne cessent de se battre contre le diktat des créanciers et en particulier du FMI et de la Banque mondiale, deux institutions anti-démocratiques à la solde des marchés financiers, des grandes banques privées et des multinationales à l’origine de la crise financière actuelle.

Dans un monde en crises et face aux nombreuses attaques contre les peuples via les politiques d’austérité imposées à l’échelle mondiale, l’heure est venue pour les peuples du monde entier, au Sud comme au Nord, de répondre à l’appel de Thomas SANKARA en constituant un front uni contre la dette.

En réponse à l’appel de Thomas SANKARA et en hommage à sa lutte pionnière, nous, organisations et mouvements sociaux du Burkina Faso, organisations et mouvements sociaux d’Afrique, à la suite de l’appel de Niono du 2 novembre 2011, appelons à une rencontre internationale et à un dialogue Sud-Nord sur la dette, à Ouagadougou au Burkina Faso du 13 et 16 octobre 2012 et à une cérémonie à la mémoire de Thomas SANKARA le 15 octobre 2012.

Pour signer cet appel envoyer un mail à : hommage2012sankara@yahoo.fr

Signataires :

1-CADTM AFRIQUE,
2-ATTAC Burkina Faso,
3-ATTAC Togo
4-CADTM Belgique
5-ATTAC/CADTM Maroc,
6-FNDP Côte d’ivoire,
7-CADTM Lubumbashi – RDC,
8-RPC Mauritanie,
9-RNDD Niger
10-UFDH/CADTM Mbujimayi,
11-RAID Tunisie,
12- APASH/CADTM – Brazzaville (Congo)
13-Ecologistas en Acción(España),
14-Observatoria de la Deuda en la Globalización (España),
15-Patas Arriba (Valencia, España),
16- CADTM France
17-Red ¿Quién debe a Quién ? (España),
18-Plataforma Auditoria Ciudadana de la Deuda, No debemos, no
pagamos(España),
19-Nova – centre per a la innovacio Social (Catalunya- España),
20-ONG Africando (Gran Canaria – España)

Source


Discours de THOMAS SANKARA a ADDIS ADEBA par romsiten

Un front uni contre la dette

15 octobre 2011 par Thomas Sankara

A l’heure où les indignés se multiplient de par le monde,
A l’heure où les peuples au Nord et au Sud ont réellement compris l’effet néfaste de la finance contre les peuples
Voici venu l’heure de répondre à l’appel de Thomas SANKARA pour
UN FRONT UNI CONTRE LA DETTE

29 juillet 1987, Thomas Sankara assiste à Addis-Abeba aux travaux de la vingt-cinquième Conférence au sommet des pays membres de l’OUA. Il y délivre le discours ci-après.
Le président de séance était Kennetg Kaunda de Zambie.

 

Monsieur le président,
Messieurs les chefs des délégations,

Je voudrais qu’à cet instant nous puissions parler de cette autre question qui nous tiraille : la question de la dette, la question de la situation économique de l’Afrique. Autant que la paix, elle est une condition importante de notre survie. Et c’est pourquoi j’ai cru devoir vous imposer quelques minutes supplémentaires pour que nous en parlions. Le Burkina Faso voudrait dire tout d’abord sa crainte. La crainte que nous avons c’est que les réunions de l’OUA se succèdent, se ressemblent mais qu’il y ait de moins en moins d’intéressement à ce que nous faisons.

Monsieur le président,
Combien sont-ils les chefs d’Etat qui sont ici présents alors qu’ils ont dûment appelé à venir parler de l’Afrique en Afrique ? Monsieur le président : Combien de chefs d’Etats sont prêt à bondir à Paris, à Londres, à Washington lorsque là-bas on les appelle en réunion mais ne peuvent pas venir en réunion ici à Addis-Abeba en Afrique ? Ceci est très important.[Applaudissements] Je sais que certains ont des raisons valables de ne pas venir. C’est pourquoi je voudrais proposer, Monsieur le président, que nous établissions un barème de sanctions pour les chefs d’Etats qui ne répondent pas présents à l’appel. Faisons en sorte que par un ensemble de points de bonne conduite, ceux qui viennent régulièrement, comme nous par exemple, [Rires] puissent être soutenus dans certains de leurs efforts. Exemple : les projets que nous soumettons à la Banque africaine de développement (BAD) doivent être affectés d’un coefficient d’africanité.[Applaudissements] Les moins africains seront pénalisés. Comme cela tout le monde viendra aux réunions.

Je voudrais vous dire, Monsieur le président, que la question de la dette est une question que nous ne saurions occulter. Vous-même vous en savez quelque chose dans votre pays où vous avez dû prendre des décisions courageuses, téméraires même. Des décisions qui ne semblent pas du tout être en rapport avec votre âge et vos cheveux blancs. [Rires] Son Excellence le président Habib Bourguiba, qui n’a pas pu venir, mais qui nous a fait délivrer un important message, donnait cet autre exemple à l’Afrique, lorsque en Tunisie, pour des raisons économiques, sociales et politiques, il a dû lui aussi prendre des décisions courageuses. Mais, Monsieur le président, allons-nous continuer à laisser les chefs d’Etats chercher individuellement des solutions au problème de la dette avec le risque de créer chez eux des conflits sociaux qui pourraient mettre en péril leurs stabilités et même la construction de l’unité africaine ? Ces exemples que j’ai cités, il y en a bien d’autres, méritent que les sommets de l’OUA apportent une réponse sécurisante à chacun de nous quant à la question de la dette. Nous estimons que la dette s’analyse d’abord de par son origine. Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme. Ceux qui se sont transformés en « assistants techniques ». En fait, nous devrions dire en assassins technique. Et ce sont eux qui nous ont proposé des sources de financement, des « bailleurs de fonds ». Un terme que l’on emploie chaque jour comme s’il y avait des hommes dont le « bâillement » suffirait à créer le développement chez d’autres. Ces bailleurs de fonds nous ont été conseillés, recommandés. On nous a présenté des dossiers et des montages financiers alléchants. Nous nous sommes endettés pour cinquante ans, soixante ans et même plus. C’est-à-dire que l’on nous à amenés à compromettre nos peuples pendant cinquante ans et plus.

La dette sous sa forme actuelle, est une reconquête savamment organisée de l’Afrique, pour que sa croissance et son développement obéissent à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangers. Faisant en sorte que chacun de nous devienne l’esclave financier, c’est-à-dire l’esclave tout court, de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la fourberie de placer des fonds chez nous avec l’obligation de rembourser. On nous dit de rembourser la dette. Ce n’est pas une question morale. Ce n’est point une question de ce prétendu honneur que de rembourser ou de ne pas rembourser.

Monsieur le président,
Nous avons écouté et applaudi le premier ministre de Norvège lorsqu’elle est intervenue ici même. Elle a dit, elle qui est européenne, que toute la dette ne peut pas être remboursée. Je voudrais simplement la compléter et dire que la dette ne peut pas être remboursée. La dette ne peut pas être remboursée parce que d’abord si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre, si nous payons, c’est nous qui allons mourir. Soyons-en sûrs également. Ceux qui nous ont conduits à l’endettement ont joué comme au casino. Tant qu’ils gagnaient, il n’y avait point de débat. Maintenant qu’ils perdent au jeu, ils nous exigent le remboursement. Et on parle de crise. Non, Monsieur le président, ils ont joué, ils ont perdu, c’est la règle du jeu. Et la vie continue.[Applaudissements] Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous n’avons pas de quoi payer. Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous ne sommes pas responsables de la dette. Nous ne pouvons pas payer la dette parce qu’au contraire les autres nous doivent ce que les plus grandes richesses ne pourront jamais payer, c’est-à-dire la dette de sang. C’est notre sang qui a été versé. On parle du Plan Marshall qui a refait l’Europe économique. Mais l’on ne parle pas du Plan africain qui a permis à l’Europe de faire face aux hordes hitlériennes lorsque leurs économies étaient menacées, leurs stabilités étaient menacées. Qui a sauvé l’Europe ? C’est l’Afrique. On en parle très peu. On parle si peu que nous ne pouvons, nous, être complices de ce silence ingrat. Si les autres ne peuvent pas chanter nos louanges, nous avons au moins le devoir de dire que nos pères furent courageux et que nos anciens combattants ont sauvé l’Europe et finalement ont permis au monde de se débarrasser du nazisme. La dette, c’est aussi la conséquence des affrontements. Lorsqu’on nous parle de crise économique, on oublie de nous dire que la crise n’est pas venue de façon subite. La crise existe de tout temps et elle ira en s’aggravant chaque fois que les masses populaires seront de plus en plus conscientes de leurs droits face aux exploiteurs. Il y a crise aujourd’hui parce que les masses refusent que les richesses soient concentrées entre les mains de quelques individus. Il y a crise parce que quelques individus déposent dans des banques à l’étranger des sommes colossales qui suffiraient à développer l’Afrique. Il y a crise parce que face à ces richesses individuelles que l’on peut nommer, les masses populaires refusent de vivre dans les ghettos et les bas-quartiers.

Il y a crise parce que les peuples partout refusent d’être dans Soweto face à Johannesburg. Il y a donc lutte et l’exacerbation de cette lutte amène les tenants du pouvoirs financier à s’inquiéter. On nous demande aujourd’hui d’être complices de la recherche d’un équilibre. Equilibre en faveur des tenants du pouvoir financier. Equilibre au détriment de nos masses populaires. Non ! Nous ne pouvons pas être complices. Non ; nous ne pouvons pas accompagner ceux qui sucent le sang de nos peuples et qui vivent de la sueur de nos peuples. Nous ne pouvons pas les accompagner dans leurs démarches assassines.

Monsieur le président,
Nous entendons parler de clubs – club de Rome, club de Paris, club de Partout. Nous entendons parler du Groupe des Cinq, des Sept, du Groupe des Dix, peut être du Groupe des Cent. Que sais-je encore ? Il est normal que nous ayons aussi notre club et notre groupe. Faisons en sorte que dès aujourd’hui Addis-Abeba devienne également le siège, le centre d’où partira le souffle nouveau du Club d’Addis-Abeba contre la dette. Ce n’est que de cette façon que nous pourrons dire aujourd’hui, qu’en refusant de payer, nous ne venons pas dans une démarche belliqueuse mais au contraire dans une démarche fraternelle pour dire ce qui est. Du reste les masses populaires en Europe ne sont pas opposées aux masses populaire en Afrique. Ceux qui veulent exploiter l’Afrique sont les mêmes qui exploitent l’Europe. Nous avons un ennemi commun. Donc notre club parti d’Addis-Abeba devra également dire aux uns et aux autres que la dette ne saura être payée. Quand nous disons que la dette ne saura être payée ce n’est point que nous sommes contre la morale, la dignité, le respect de la parole. Nous estimons que nous n’avons pas la même morale que les autres. La Bible, le Coran, ne peuvent pas servir de la même manière celui qui exploite le peuple et celui qui est exploité. Il faudra qu’il y ait deux éditions de la Bible et deux éditions du Coran. [Applaudissements] Nous ne pouvons pas accepter leur morale. Nous ne pouvons pas accepter que l’on nous parle de dignité. Nous ne pouvons pas accepter que l’on nous parle du mérite de ceux qui paient et de perte de confiance vis-à-vis de ceux qui ne paieraient pas. Nous devons au contraire dire que c’est normal aujourd’hui que l’on préfère reconnaître que les plus grands voleurs sont les plus riches. Un pauvre quand il vole ne commet qu’un larcin, une peccadille tout juste pour survivre et par nécessité. Les riches, ce sont eux qui volent le fisc, les douanes. Ce sont eux qui exploitent le peuple.

Monsieur le président,
Ma proposition ne vise pas simplement à provoquer ou à faire du spectacle. Je voudrais dire ce que chacun de nous pense et souhaite. Qui, ici, ne souhaite pas que la dette soit purement et simplement effacée ? Celui qui ne le souhaite pas peut sortir, prendre l’avion et aller tout de suite à la Banque mondiale payer. [Applaudissements] Je ne voudrais pas que l’on prenne la proposition du Burkina Faso comme celle qui viendrait de la part de jeunes sans maturité, sans expérience. Je ne voudrais pas non plus que l’on pense qu’il n’y a que les révolutionnaires à parler de cette façon. Je voudrais que l’on admette que c’est simplement l’objectivité et l’obligation. Je peux citer dans les exemples de ceux qui ont dit de ne pas payer la dette, des révolutionnaires comme des non-révolutionnaires, des jeunes comme des vieux. Je citerai par exemple : Fidel Castro, il a déjà dit de ne pas payer. Il n’a pas mon âge même s’il est révolutionnaire. Egalement François Mitterrand a dit que les pays africains ne peuvent pas payer, que les pauvres ne peuvent pas payer. Je citerai Madame le premier ministre de Norvège. Je ne connais pas son âge et je m’en voudrai de le lui demander.[Rires et applaudissements] Je voudrais citer également le président Félix Houphouet-Boigny. Il n’a pas mon âge. Cependant il a déclaré officiellement et publiquement qu’au moins pour ce qui concerne son pays, la dette ne pourra être payée. Or, la Côte d’Ivoire est classée parmi les pays les plus aisés d’Afrique. Au moins d’Afrique francophone. C’est pourquoi, d’ailleurs, il est normal qu’elle paie plus sa contribution ici.[Applaudissements]

Monsieur le président,
Ce n’est donc pas de la provocation. Je voudrais que très sagement vous nous offriez des solutions. Je voudrais que notre conférence adopte la nécessité de dire clairement que nous ne pouvons pas payer le dette. Non pas dans un esprit belliqueux, belliciste. Ceci, pour éviter que nous allions individuellement nous faire assassiner. Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence ! Par contre, avec le soutien de tous, dont j’ai grand besoin, [Applaudissements] avec le soutien de tous, nous pourrons éviter de payer. Et en évitant de payer nous pourrons consacrer nos maigres ressources à notre développement. Et je voudrais terminer en disant que nous pouvons rassurer les pays auxquels nous disons que nous n’allons pas payer la dette, que ce qui sera économisé n’ira pas dans les dépenses de prestige. Nous n’en voulons plus. Ce qui sera économisé ira dans le développement. En particulier nous éviterons d’aller nous endetter pour nous armer car un pays africain qui achète des armes ne peut l’avoir fait que contre un Africain. Ce n’est pas contre un Européen, ce n’est pas contre un pays asiatique. Par conséquent nous devons également dans la lancée de la résolution de la question de la dette trouver une solution au problème de l’armement. Je suis militaire et je porte une arme. Mais Monsieur le président, je voudrais que nous nous désarmions. Parce que moi je porte l’unique arme que je possède. D’autres ont camouflé les armes qu’ils ont.[Rires et applaudissement]

Alors, chers frères, avec le soutien de tous, nous pourrons faire la paix chez nous. Nous pourrons également utiliser ses immenses potentialité pour développer l’Afrique parce que notre sol et notre sous-sol sont riches. Nous avons suffisamment de quoi faire et nous avons un marché immense, très vaste du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Nous avons suffisamment de capacité intellectuelle pour créer ou tout au moins prendre la technologie et la science partout où nous pouvons les trouver.

Monsieur le président,
Faisons en sorte que nous mettions au point ce Front uni d’Addis-Abeba contre la dette. Faisons en sorte que ce soit à partir d’Addis-Abeba que nous décidions de limiter la course aux armements entre pays faibles et pauvres. Les gourdins et les coutelas que nous achetons sont inutiles. Faisons en sorte également que le marché africain soit le marché des Africains. Produire en Afrique, transformer en Afrique et consommer en Afrique. Produisons ce dont nous avons besoin et consommons ce que nous produisons au lieu de l’importer. Le Burkina Faso est venu vous exposer ici la cotonnade, produite au Burkina Faso, tissée au Burkina Faso, cousue au Burkina Faso pour habiller les Burkinabés. Ma délégation et moi-même, nous sommes habillés par nos tisserands, nos paysans. Il n’y a pas un seul fil qui vienne d’Europe ou d’Amérique.[Applaudissements] Je ne fais pas un défilé de mode mais je voudrais simplement dire que nous devons accepter de vivre africain. C’est la seule façon de vivre libre et de vivre digne. Je vous remercie, Monsieur le président.

La patrie ou la mort, nous vaincrons ! [longs applaudissements]

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