Une histoire en images de la solidarité entre noirs et Palestiniens

Depuis les années 1960, noirs et Palestiniens ont fait cause commune en s’opposant à l’impérialisme et au racisme.

Salam Awad, 18 octobre 2021

La solidarité entre noirs et Palestiniens était une composante remarquable du mouvement Black Lives Matter (BLM) apparu en 2014. L’intersection de l’activisme noir et de l’activisme palestinien n’est pas un phénomène nouveau, bien sûr, mais plutôt la réapparition d’une alliance historique enracinée dans le combat mondial contre le racisme et l’impérialisme.

Sur la photo ci-dessus, on peut voir Malcolm X en compagnie de dirigeants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), en 1964. L’illustration est reprise sur la couverture du livre d’Alex Lubin, Geographies of Liberation: The Making of an Afro Arab political Imaginary (Géographies de la libération : La création d’un imaginaire politique afro-arabe), qui explore les intersections et influences des luttes des noirs et des Palestiniens. Lubin dit que la relations entre ces luttes n’étaient pas limitées par les identités nationales et raciales. (Photo : UNC Press)

 

Malcolm X fut l’une des voix les plus importantes de la lutte des noirs aux États-Unis et qu’il était devenu l’un de ses révolutionnaires les plus emblématiques. On en sait beaucoup sur son voyage en Arabie saoudite dans le but d’accomplir un pèlerinage mais, outre le fait d’avoir visité La Mecque, Malcolm X s’est également rendu en Palestine à plusieurs reprises.

Lors de son dernier voyage en Palestine, en 1964, le dirigeant nationaliste noir visita la bande de Gaza et y rencontra le poète palestinien Haroun Hashim Rashid. Durant son séjour dans l’enclave, Malcolm X fit une tournée des camps de réfugiés, des hôpitaux et il put témoigner de la situation précaire des Palestiniens déportés par Israël. Cette rencontre le poussa à adresser à The Egyptian Gazette une lettre intitulée On Zionist Logic (Sur la logique sioniste), dans laquelle il affirmait son ferme soutien à la lutte palestinienne et assimilait le sionisme au colonialisme, pressant en outre les dirigeants africains à soutenir la quête de liberté des Palestiniens.

Dans son plaidoyer, Malcolm X associait l’internationalisme et la cause palestinienne et cela créa un héritage de solidarité qui allait influencer les révolutionnaires noirs et palestiniens à venir. (The Black Panther, 1969)

 

En 1967, le Comité de coordination non violente des étudiants (SNCC) diffusa un bulletin d’info intitulé Third World Roundup: The Palestinian Problem : Test Your Knowledge (Rassemblement du tiers-monde – Le problème palestinien : Testez vos connaissances), dans lequel il répertoriait 32 affirmations factuelles sur l’histoire du colonialisme en Palestine et sur l’impact de l’agression israélienne contre les Palestiniens au cours de la guerre arabo-israélienne de 1967 (guerre des Six-Jours).

Ethel Minor, qui avait travaillé avec Malcolm X avant son assassinat en 1965, rédigea l’article pour le SNCC et il devint un document influent qui non seulement proposait une contre-perspective au discours des médias traditionnels sur le problème Israël-Palestine, mais servit également de base à la lutte commune qui associait l’activisme noir aux États-Unis à la Palestine. (Archives SNCC)

 

En 1969, l’Algérie accueillit le premier Festival culturel panafricain. La nation nord-africaine nouvellement indépendante devint un phare de la liberté pour la lutte révolutionnaire et Alger fut surnommée la capitale du tiers-monde.

Au Festival culturel panafricain assistèrent des centaines de délégués de 31 pays africains indépendants, ainsi que des représentants de divers mouvements de libération africains. Parmi ces derniers figuraient les Palestiniens, qui avaient également été invités à assister à l’événement dans l’esprit de la solidarité anti-impérialiste. Le festival fut essentiel pour forger les luttes de l’Afrique et de la Palestine et en faire au niveau mondial un mouvement uni contre l’impérialisme. 

L’une des plus célèbres images de l’événement est une photographie d’Eldridge Cleaver et de membres du Black Panther Party en compagnie de membres de l’OLP dans leur bureau principal en Algérie. Au cours du festival, Cleaver passa beaucoup de temps avec les délégués de l’OLP et The New York Times affirma qu’il aurait dit :

« Nous reconnaissons que le peuple juif a souffert, mais cette souffrance ne devrait pas être utilisée pour justifier les souffrances des Arabes aujourd’hui. »

(La citation apparaît dans l’ouvrage d’Elaine Mokhtefi, Algiers, Third World Capital (Alger, capitale du tiers-monde) et l’illustration est censée représenter le Festival culturel panafricain)

 

Cette affiche encensant le mouvement Fatah et l’unité afro-palestinienne a été réalisée en arabe, en français et en anglais par le photographe français Guy Le Querrec et elle fait partie d’une série qui promeut le Festival culturel panafricain. (Guy Le Querrec)

 

En 1969, le bulletin d’info des Black Panthers publia le discours prononcé par la délégation de l’OLP lors du Festival culturel panafricain. L’OLP proclama avec audace que l’Afrique n’était pas qu’un continent, mais aussi une cause, et prétendit avec passion que l’Afrique était le centre de toutes les forces du monde qui se dressaient contre le colonialisme, le racisme et l’impérialisme. S’adressant à la foule, l’OLP déclara que, bien qu’en tant que Palestiniens ils ne fussent pas africains, leurs luttes et leur quête de liberté les faisaient appartenir à la cause africaine. (The Black Panther)

 

La solidarité entre noirs et Palestiniens continua de se développer tout au long des années 1970 et 1980 et fut souvent mentionnée par le biais du Service d’information intercommunautaire des Black Panthers. De 1969 à 1980, le bulletin servit de plate-forme aux Palestiniens et parla régulièrement de la situation en Palestine.  Dans cette illustration, le Black Panther Party (BPP) rend hommage aux « héroïques Palestiniennes » pour leurs contributions à leur lutte révolutionnaire. (The Black Panther, 1977)

 

Le Service d’information intercommunautaire des Black Panthers publiait de longs rapports très documentés sur la situation en Palestine. Le document ci-dessus, publié en 1977, discute de la répression que doivent affronter les Palestiniens en Cisjordanie.  Les reportages du BPP sur la Palestine jetaient la lumière sur la situation précaire des Palestiniens et reliait également la lutte des Palestiniens à celle des noirs pour leur liberté aux États-Unis. (The Black Panther, 1977)

 

Les révolutionnaires palestiniens et africains furent reliés par de nombreux médias différents, à partir des années 1960. La littérature et la poésie de cette période illustrent de puissants sentiments de solidarité.

Une personnalité importante est Samih al-Qasim (photographié ci-dessus en 2007, et non en 2017 comme le prétend la version anglaise du présent article, NdT), un poète et révolutionnaire palestinien renommé. Son activisme lui valut de se retrouver en prison en Israël à plusieurs reprises et nombre de ses œuvres ont été rédigées en prison. Sa poésie est empreinte de nuances nationalistes et de messages anti-impérialistes, et exprime la question de la solidarité avec les autres combattants de l’anti-impérialisme. Dans son poème Patrice Lumumba, Qasim évoque la tragédie du dirigeant congolais, un solide pilier de l’anti-impérialisme assassiné avec l’aide de la CIA. Pour Qasim, Lumumba est « l’aigle de l’Afrique ».

Le poète palestinien écrivit également Le continent inconnuqui représente la solidarité avec les Afro-Américains combattant le racisme systémique qui règne aux États-Unis. Le poète était très populaire parmi ses compagnons révolutionnaires et un exemplaire de la poésie de Qasim fut découvert dans la bibliothèque de la cellule de prison du célèbre dirigeant des Black Panthers, George Jackson. (Creative Commons)

 

Le plus grand boxeur de la planète et champion de la lutte des noirs, Muhammad Ali, tendit lui aussi une main solidaire aux Palestiniens. Photographié ici en 1974, Ali visita un camp de réfugiés palestiniens dans le Sud-Liban. Le boxeur, qui s’était converti à l’islam en 1964, fut un critique catégorique de l’impérialisme américain et il exprima sa ferme solidarité avec les Palestiniens et la poursuite de leur combat pour leur libération. (Creative Commons)

 

Le bulletin des Black Panthers publia la photo ci-dessus sur la couverture de son numéro de juillet 1980. Elle montre le cofondateur des Black Panthers Huey P Newton rencontrant Yasser Arafat, président de l’OLP, au Liban, cette même année. Le BPP et l’OLP avaient établi des contacts et des réseaux de solidarité depuis 1969. (The Black Panther, 1980)

 

En 2016, la ville sud-africaine de Johannesburg fit le don d’une statue de 6 mètres de haut de Nelson Mandela à la ville palestinienne occupée de Ramallah. Le premier président de l’Afrique du Sud d’après l’apartheid fut également l’un des plus chauds partisans de la libération palestinienne en politique internationale. Cette affiche, dessinée en 2016 par l’artiste palestinien Hafez Omar, témoigne du statut du respect dont bénéficie Mandela de la part des Palestiniens et sa statue fait office de symbole de la solidarité entre les Africains et les Palestiniens. (Hafez Omar)

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Publié le 18 octobre 2021 sur Middle East Eye
Traduction : Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine

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