Débat « Rendre au Congo ce qui est au Congo » – Ne parlons pas de race.

Débat « Rendre au Congo ce qui est au Congo » – Ne parlons pas de race.

Tout d’abord, je ne souhaite pas ici « cracher dans la soupe » et nous remercions RTL de nous avoir invité et donné la parole, que je n’ai finalement reçue qu’une seule fois très brièvement.

Je vais donc répondre ici aux arguments des défenseurs du statu quo. Je précise, s’il est nécessaire, que je ne m’adresse pas ici aux personnes elles-mêmes, je ne les connais pas. Cependant j’ai bien entendu leurs positions, qui sont qu’ils l’admettent ou pas idéologiques et politiques.

Dire que j’avais l’impression d’avoir Christophe Colomb en face de moi n’était pas qu’un bon mot. En effet, les arguments avancés par messieurs Giltay, Volper et Debie sont affublés d’un paternalisme auquel nous, les Noirs, Arabes, Musulmans, devons faire face à chaque fois que nous avons l’outrecuidance de réclamer le respect de notre mémoire et de notre dignité. Je ne vais pas reprendre tous les arguments. Ils sont largement diffusés dans la presse et ont encore été remis sur la table dans l’émission.

Je ne vais pas répondre non plus aux propos de Christophe Giltay que je soupçonne de mettre de côté la casquette de journaliste qu’il porte en semaine pour la remplacer par celle de polémiste le dimanche.

En revanche, voici ce que j’aurais souhaité répondre à nos deux interlocuteurs militants du statu quo et qui refusent qu’on aborde le problème sous l’angle de la hiérarchisation raciale.

Manu Scordia http://manu-scordia.blogspot.com/

Monsieur Volper, avec tout le poids et la légitimité qui sont attribués à un scientifique, tente de nous convaincre que Lusinga et Storms, c’est pareil, des « enfants du 19ème siècle ». M. Volper prétend aussi que l’enquête de Michel Bouffioux (1), journaliste à Paris-Match, ne nous aurait rien appris sur l’histoire de ces crânes, fœtus et autres parties de corps de congolais qui sont conservés au Musée de Tervuren, à l’ULB et à Institut National de Sciences Naturelles de Belgique. Lui il savait déjà.

Ce que j’aurais souhaité répondre à M. Volper c’est d’abord que je trouve très étonnant qu’un anthropologue et historien de l’art de son expérience et de sa stature décrète a priori l’infaisabilité d’une recherche sérieuse sur les « enfants du 19ème siècle ». Des recherches sur cette période, sur ses acteurs et sur les processus de prédation du reste du monde par l’occident qui l’ont traversée, il y en a pléthore. Et rien ne nous empêche d’en produire d’autres. Si ce n’est pas de l’activisme pour qu’on ne produise pas recherches sur ces sujets, je me demande bien ce que c’est.

Je pense que de manière pour le moins maladroite, voire insultante, M. Volper défend son capital économique (ses tartines) et c’est normal, nous le faisons tous, il défend aussi son capital symbolique (prestige social) dont dépend sans doute en grande partie son capital social (réseau de relations) au risque de ne se retrouver qu’avec son immense capital culturel. Oui, c’est du Bourdieu, afin de rester compréhensible. Et ce faisant, d’un côté, en bon patriote il protège aussi le prestige et la richesse matérielle (€€€) de la Belgique et de l’autre, en universaliste éclairé, il protège le patrimoine qui est fantasmagoriquement attribué à l’humanité et dont en réalité seule une portion minime de celle-ci peut vraiment jouir.

 

Manu Scordia http://manu-scordia.blogspot.com/

Maître Debie, à côté des termes nauséabonds qu’il a choisis d’employer (« art nègre », « ces gens », etc.) et de son ton condescendant (« nous avons sauvé ces objets et nous les avons élevés au rang d’art ») essaie de justifier le maintien du recel des objets volés en Afrique par un pseudo positivisme juridique qu’il étale dans tous les articles (Monsieur écrit entre autres dans « Tribal Art Magazine ») que j’ai pu lire de lui à ce sujet : à l’époque c’était permis par la loi. On a déjà entendu cet argument en d’autres temps et en d’autres lieux.

De quelles lois s’agit-il ? Qui les a écrites ? Est-il qu’un normal qu’un traité signé à Berlin par quelques pays européens ait force de loi en Afrique ? Si vous posez ces questions alors vous racialiser la question ! Et ça, on l’a vu, ça ne va pas !

Je pense que tout cet enfumage juridico-paternaliste masque mal le rôle que joue en réalité M. Debie : celui d’un activiste politique militant pour la protection des intérêts des marchands d’art (d’autres receleurs) et de son propre business. Dans un milieu aussi peu transparent que celui-là on doit souvent avoir besoin d’un bon avocat.

 

Pour finir, je souhaite rappeler que Bruxelles Panthères soutient les exigences contenues dans la carte blanche publiée dans Le Soir le 25 septembre (2).

Loin des considérations juridico-artistiques entendues aujourd’hui chez les défenseurs du statu quo, nous maintenons que la restitution, d’une manière ou d’une autre, de tous les biens retenus en otage en Belgique à leurs ayants droit est une condition sine qua non du respect que nous exigeons pour la dignité des peuples que notre pays a massacrés et spoliés et pour leurs descendants. Autrement il faudra assumer la seule vraie raison, indicible pour nos contradicteurs, pour laquelle ils croient avoir le droit de garder ces biens : une intime conviction de la supériorité occidentale, autrement dit, la suprématie blanche.

Mouhad Reghif

Porte-parole de Bruxelles Panthères

Mouhad Reghif
Membre de Bruxelles Panthères

 

 

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