Tribune de soutien à Abdel

Abdel, poursuivi pour son soutien à la résistance palestinienne

Participant le 4 novembre 2023 à Montpellier à une manifestation organisée en soutien à la lutte du peuple palestinien, victime de bombardements génocidaires par l’État israélien, Abdel, militant de longue date de la lutte contre le racisme et le colonialisme, est invité à s’exprimer.

Dans une longue prise de parole, il rappela le contexte historique dans lequel s’inscrit la séquence actuelle (les affres du colonialisme israélien, les tonnes de bombes déversées sur Gaza depuis des décennies, les milliers d’enfants tués) et souligna que la lutte du peuple palestinien est semblable à celle de tout peuple colonisé contre son oppresseur, à l’instar des amérindiens aux Amériques, de l’ANC en Afrique du Sud, des Viêt-Cong au Vietnam et du FLN en Algérie. Il dénonça également la montée de l’antisémitisme, alimentée par la confusion entretenue entre « juifs » et « sionistes ».

Il fit alors part de son soutien à la résistance armée du peuple palestinien contre l’occupation israélienne. Les tentatives de règlement pacifique de la situation ont en effet toujours échoué, qu’il s’agisse des accords d’Oslo de 1993, qui n’ont jamais abouti, ou encore des Grandes Marches du retour de 2018, réprimées dans le sang par l’armée d’occupation. Et le droit international reconnaît la légitimité de la lutte des peuples pour leur indépendance, tout comme celle de leur libération de la domination coloniale et de l’occupation étrangère par tous moyens, y compris la lutte armée.

C’est pourquoi, lors de sa prise de parole, Abdel a qualifié l’événement du 7 octobre 2023 d’« acte héroïque ». Non pas dans le nombre de morts palestiniens et israéliens qui en a malheureusement découlé. Mais dans la réussite des habitants de Gaza à avoir déjoué le dispositif militaire du blocus, en perçant le mur qui les maintenait en cage depuis seize ans.

C’est pour ces mots, isolés de son argumentaire, qu’Abdel est aujourd’hui poursuivi devant la justice pour « apologie du terrorisme ». Il risque 5 ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende, en sus de l’infamie attachée à une telle qualification.

Ces poursuites sont purement scandaleuses et doivent être dénoncées. Elles ont été diligentées sous la pression du préfet de l’Hérault, d’élus PS et LR, en passant par la Licra. Assimiler l’événement du 7 octobre 2023 à un acte de terrorisme, comme ceux qui ont ensanglanté la France en 2015, est une faute politique majeure. Car c’est faire fi de l’entreprise d’épuration ethnique propre au colonialisme de peuplement en cours en Palestine, et c’est aussi condamner tout acte de résistance armée par les peuples du Sud, au mépris des principes les mieux établis du droit international.

Avec ces poursuites, la France, en tant qu’(ex)-puissance coloniale, refuse toujours de reconnaître la légitimité de la résistance armée face au colonialisme. Elle réprime donc sur son propre territoire toute forme de soutien aux luttes de libération nationale des peuples du Sud, assimilé à de l’apologie du terrorisme.

C’est à ce titre que le Nouveau Parti Anticapitaliste est lui aussi poursuivi du même chef d’incrimination, pour avoir exprimé son soutien à tous les moyens de lutte choisis par les palestiniens. De même que Danièle Obono, députée LFI, qui a qualifié le Hamas de mouvement de résistance.

Pourtant, c’est dans la fin de la colonisation que se trouve le salut et la concorde entre les peuples, l’arrêt de la guerre et des morts de part et d’autre. C’est précisément pour la fin de l’effusion de sang généralisée qu’Abdel a manifesté son soutien à la résistance palestinienne.

Nous invitons tous les militants et sympathisants de la cause palestinienne à soutenir Abdel lors de son procès, qui aura lieu le 8 février 2024 à 14h00 au tribunal judiciaire de Montpellier.

Premiers signataires :

-Pierre Stambul, UJFP (Marseille)

-Jacqueline Charretier, LDH (Uzes)

-Geneviève Foulde, NPA34

-Nacira Guénif, sociologue, Professeure à l’Université (Paris 8)

-Auspitz Georges, membre de la coordination de l’UJFP

-François Burgat

-François Tollot, président de l’AFPS 61 et ancien élu communiste

-CA de l’AFPS de Clermont-Ferrand (AFPS 63)

-Nicole Ziani, AFPS (Nîme)

-Omar Alsoumi, Urgence Palestine

-Youssef Boussoumah, militant Décolonial et spécialiste de la question palestinienne

-José Louis Moragues, BDS FRANCE (Montpellier)

-Amal Bentounsi

-Geneviève Rail, Institut Simone-De Beauvoir (CANADA)

-Dominique Natanson, militant juif antiraciste, UJFP

-Mehdi Meftah, PIR

-Didier Lestrade, journaliste, écrivain

-Claude Smith UJFP (Nîmes)

-Janine Robert, AFPS 34 (Montpellier)

-Jean-Guy Greilsamer, militant juif antisioniste à (Paris)

-Raphaël Confiant, écrivain (Martinique)

-Daniel Levyne, UJFP (Bretagne)

-Nordine Saidi, militant Décolonial membre de Bruxelles Panthères

-Ariella Aïsha Azoulay, Brown University

-André Rosevègue, UJFP (Bordeaux)

-Alain Brossat, philosophe

-Stéphane Delorme, UJFP (Île-de-France)

-Miriam Delorme, UJFP (Île-de-France)

-Laurent De Wangen, enseignant, AFPS (Paris)

-Catherine Samary, membre de l’UJFP

-Saad Jouini, rédac chef Decolonial News & militant Anti-racisme Politique

-Danièle Laurier

-Akil Ghalawinji

-Sarah Brochart, UJFP

-Sonia Fayman, UJFP

-Josette Soudan

-Ali El Baz, militant de l’immigration

-Jacqui Shykoff, UJFP (Paris)

-Rahouadj Zina

-Chris Den Hond, journaliste

-Akil Ghalawinji

-Marie-France Cohen-Solal, AFPS Paris-Sud – UJFP (Ile-de-France)

-Roland Veuillet, Gillet jaune (Nîmes)

-Abdel Radja

-Colombier Anne Marie, AFPS (Alberville)

-Marie Gérôme

-Marc Thomas, Président de l’AFPS centre (Bretagne)

-Claude Dubois, militant anti-raciste et soutien aux migrant-es

-Mohsen Chouaikhia

-Milady Renoir, Artiste, anti impérialiste

-Marie Gérôme

-Sylvie Lesur, AFPS centre (Bretagne)

-Gérard Couchoud, Militant

-Aziza Chilard

-Lise Van Laeken (Bruxelles)

-François-Xavier Gilles

-Danièle Laurier

-Sabrina Waz, militante

-Manuel Roque, BDS FRANCE (Montpellier)

-Florence Carducci

-Jamila Ben Abderrhamane

-Christophe Perrin

-Gérard Desmarest

-Françoise Bouvier

Pierre-YvesTHOMAS, Conseiller municipal PCF (Carhaix-Plougue)

Pour signer la tribune, merci de faire la demande à l’adresse suivante : comite.soutien.abdel@gmail.com

Qui fait vraiment l’apologie du terrorisme ?

« Apologie de terrorisme ». Cette accusation fait généralement l’effet d’un couperet. Elle jette l’opprobre sur celui qu’elle vise, le disqualifie d’office, ne laisse quasiment aucun espace pour la réflexion ou la discussion. Faisons le test.

Comment réagiriez-vous si je vous disais que moi, Abdel, franco-algérien, suis poursuivi pour ce motif ? Pour avoir fait « l’apologie d’un acte de terrorisme » ? Pour la plupart d’entre vous, la suspicion serait d’emblée de mise. Elle s’exprimerait sans doute d’autant plus facilement que je suis un homme maghrébin, musulman, militant décolonial ; en somme, l’archétype du coupable.

Qu’ai-je donc bien pu dire pour me retrouver taxé d’apologiste du terrorisme ?

Les propos qui me sont reprochés ont été prononcés le 4 novembre 2023 lors d’une manifestation de soutien au peuple palestinien. Devant la petite foule qui s’était rassemblée pour écouter les discours de fin de parcours, j’ai qualifié l’offensive du 7 octobre 2023 d’« acte héroïque ». J’ai, évidemment, dit bien d’autres choses…mais sur les 7 minutes qu’a duré mon intervention, mes détracteurs n’ont retenu que ça. C’est ce bout de phrase qui me vaut d’être, aujourd’hui, poursuivi par la justice.

Sorti de son contexte discursif et historique, l’usage du terme « héroïque » peut choquer ; je le conçois. Si l’on estime, en effet, que soutenir le droit à la résistance revient nécessairement à se réjouir des morts et du sang versé, alors oui, mon propos est inacceptable. Si l’on considère que cette Histoire a débuté il y a quelques mois avec l’attaque de la résistance palestinienne, alors oui, mon propos est inacceptable. Si l’on omet les 75 années de spoliation, d’oppression et de destruction qui l’ont précédée, alors oui, mon propos est inacceptable. Si l’on refuse de reconnaître qu’il y a d’un côté un oppresseur, l’occupant israélien, force coloniale sur-armée, dotée de moyens et de soutiens colossaux, et de l’autre côté, un opprimé, le peuple de Palestine, disloqué, asphyxié, tentant de résister avec les moyens du bord, alors oui, mon propos est inacceptable. Si l’on ne rappelle pas que les palestiniens ont épuisé toutes les voies de recours, tenté tous les processus de paix, et que c’est l’oppresseur qui a nourri la radicalisation politique, alors oui, mon propos est inacceptable. Lors de mon intervention, j’avais d’ailleurs cité la célèbre phrase de Yasser Arafat, « je suis venu avec dans une main un rameau d’olivier et dans l’autre un fusil. Ne laissez pas tomber le rameau d’olivier », prononcée devant l’Assemblée générale des Nations Unies en novembre 1974. Si l’on n’évoque pas, enfin, les 17 années de blocus infligées à Gaza, cette prison à ciel ouvert, où toutes les circulations, à la fois celles des personnes et des biens, sont soumises au rationnement et au contrôle colonial, alors oui, mon propos est inacceptable.

Si l’on s’attache, en revanche, au contexte historique et politique, aux faits, et même au droit international, alors mon propos s’éclaircit. Lorsque j’évoque un « acte héroïque », j’ai notamment en tête cette photo, désormais célèbre, de palestiniens fêtant la destruction d’une partie de l’immense mur de barbelé assiégeant et séparant Gaza du reste de la Palestine, du reste du monde. Les cœurs justes, amoureux de la vie et de la liberté, n’ont pu rester impassibles face à la charge, puissante et symbolique, de ces images. C’est de cela dont je parlais : de ces petites victoires arrachées à l’une des plus grandes puissances militaires de notre planète, de la joie du petit-dominé qui déjoue l’effroyable système sécuritaire du grand-dominant. Évidemment, le constat ne peut être qu’amer et extrêmement douloureux quand on pense aux morts, à tous les morts, ceux des premiers jours d’octobre 2023, ceux qui les ont précédés et ceux qui ont été emportés par les violences génocidaires qui ont suivi. À l’heure où j’écris ces lignes, on compte plus de 30 000 palestiniens tués par l’armée d’occupation israélienne depuis le 7 octobre.

Ces violences-là, celles des forces coloniales israéliennes, ne sont pas qualifiées de terroristes, malgré l’ampleur des dégâts qu’elles engendrent, la terreur qu’elles sèment et les innombrables victimes qu’elles entraînent dans leur sillage. Dans les batailles, inégales, opposant colons et colonisés, on réserve systématiquement cette appellation au peuple qui résiste contre son oppression : les premières Nations qui ont combattu les colons européens seraient aujourd’hui considérés comme des terroristes, tout comme l’ont été les Sud-Africains et les Algériens qui les ont combattus après eux. Et si les opprimés sont des terroristes, leurs soutiens se rendent inévitablement coupables de complicité et d’« apologie du terrorisme ». La boucle disqualifiante est bouclée.

C’est le sens du procès qui m’est fait. Un procès politique. Les poursuites judiciaires engagées contre moi, après des saisines de plusieurs responsables politiques allant du Parti Socialiste à l’extrême-droite, s’inscrivent dans un contexte de criminalisation du soutien aux luttes palestiniennes. Ces derniers mois, nous sommes nombreux à avoir été verbalisés, menacés, intimidés, réprimés et sanctionnés pour avoir critiqué le colonialisme israélien, dénoncé les complicités occidentales, et affirmé notre solidarité avec le peuple de Palestine. Cette répression ne sévit pas seulement en France. Elle s’attaque à toutes les résistances antisionistes, des États-Unis à l’Allemagne, en passant par le Royaume-Uni. L’objectif est simple : les puissances impérialistes veulent graver dans le marbre leur réécriture de l’Histoire et briser les solidarités.

Ne les laissons pas faire. Il est de notre devoir de tenir la ligne et de ne pas céder à la pression et aux répressions. Nous pouvons, pour cela, nous inspirer de la résilience et de la résistance palestinienne qui, pareilles à un phare, indiquent aux peuples en lutte la voie vers la libération et l’autodétermination. À nous d’en être dignes en ne lui tournant jamais le dos.

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Abdel-Palestine

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