Lettre de Mujica à Fidel

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Lettre de Mujica à Fidel

Publié le 28 Novembre 2016

Cher Fidel :

On m’a avisé récemment, la nouvelle a été dévastatrice. Je n’arrête pas de t’imaginer toi, étendu dans le simple lit en bois qui est devenu ton dernier refuge. Et je suis ici, assis à l’entrée de la ferme en pensant à ce que je dirai au monde et comment je cacherai ces larmes, bien que diront quelques publicistes que ce serait mieux que cela se voit car c’est ainsi que se construisent les légendes.

Les légendes ne peuvent pas se construire, tu en es une, forgée avec le même coup de mitraille et du drapeau ondoyant dans le campement, là dans la sierra, sans que cela importe si c’est une forêt ou une pampa, la bataille fait mal aux entrailles de celle que nous appellons notre terre, ce morceau de géographie que nous pouvons parcourir mais qui nous parcourt, nous.

Et je pense que j’ai eu de la chance parce que je suis arrivé à la chaise vieux et le visage bon ne m’a jamais quitté, malgré la retraite et la torture; les critiques ont été moindres, je n’ai pas eu à affronter la rigueur du scrutin public auquel tu as fait face avec cette taille de géant avec laquelle tu as donné un exemple au monde et je n’ai pas été forcé à me débattre entre des patriotes et des traîtres, personne ne m’a traité de tyran. Mais cette chance peut être aussi comprise différemment.

Le monde que j’ai affronté c’est celui des cartes de crédit et des vies consommées dans une lutte pour laquelle il n’y a pas de groupe de guérilleros possible, tous m’écoutent avec attention, sourient, applaudissent et continuent d’essayer de remplir leurs vies vides avec les choses qu’ils consomment, à crédit, mais inévitablement. Toi, il  te reste Cuba qui suivra là-bas sans l’analphabétisme, avec le meilleur système de santé publique, avec la meilleure éducation du continent et moi encore ici, dans la bataille, non pour la vie, mais contre l’oubli, plongé dans une lutte qui n’a pas de sens parce que le Sud se convertit à plus de Sud chaque jour, les monstres insistent sur leur avancée et maintenant nous accaparent par tous les flancs.

La brève illusion du continent bolivarien  recommence à se dissiper, avec le départ d’Hugo, la sortie infâme de Dilma et de Cristina, mon assignation à résidence à un siège du parlement et à l’orphelinat dans lequel tu nous laisses, sûrement bientôt le non sens d’un monde qui n’apprend pas de son histoire nous dévorera à nouveau.

Les ombres nous guettent et pour aujourd’hui, cher ami, tu es parti et nous n’aurons pas, au moins dans ce cycle, de ces bavardages interminables qu’insufflaient l’amour et la victoire, dont je sortais rajeuni, sentant que l’on pouvait affronter la plus redoutable des gargouilles ou croiser l’abîme d’une seule impulsion, la tristesse est inévitable.

Mais : qu’est-ce que tu dirais ? “Il devient fou, être triste, qu’est-ce cela donne de plus ?

On est seulement fait de chair et de peau, ne fais pas le mort toi qui continue la lutte et qui est la plus parlante, et je dis à mon esprit délirant  » Il ne parlait pas ainsi, il n’était pas irrévérencieux », mieux vaut penser que tu aurais dit quelque chose de plus brillant, et non les contes de ce vieux fou qui se fait applaudir par des multitudes mais qui n’a pas pu bouger son peuple comme toi. Où de l’orient a surgit une bataille finale ? Difficile, mais non impossible….pendant ce temps, toi, en cette étoile de la Caraïbe, un clin d’oeil et un Hasta la victoria…..siempre !

El pepe

Traduction carolita d’un article de Désinformémonos du 27 novembre 2016

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