« Noiraud »… Non Non Non

« Noiraud »… Non Non Non

Chaque année en période de carnaval, les membres de l’asbl « l’Œuvre Royale des Berceaux Princesse Paola – Conservatoire Africain », appelés « les Noirauds » investissent le centre de Bruxelles, le visage peint en noir et les lèvres rougies, vêtus d’un costume bariolé et de fraises. Ils réalisent une quête notamment dans les restaurants à des fins caritatives.

Raciste, pensez-vous ? Discriminatoire ? Offensant ? Dépassé ?

Bien sûr que non, nous informe la Ville de Bruxelles. C’est tout bonnement « une initiative bien sympathique dont il faut expliquer [les] origines pour éviter qu’elle ne soit tout simplement mal comprise ! »[1] .

Expliquons donc les origines des Noirauds, de leur visage peint et de leur costume. Fondée en 1876, l’association choisit, selon ses propres mots, un costume censé imiter la manière dont « l’imagination populaire se représente les notables africains» et un maquillage à double fonction : « se faire remarquer dans la bonne humeur » tout en « sauvegardant l’anonymat des collecteurs »[2]. Ce choix est évidemment absolument inséparable de la colonisation belge qui démarre la même année avec la fondation de l’Association Internationale Africaine par le roi Léopold II. Pourtant, le terme « colonisation » n’apparaît à aucun moment dans le discours de l’asbl ou de la Ville de Bruxelles. Au contraire, on nous parle d’ « exploration »[3] et de « découverte »[4].

Les Noirauds reconnaissent ainsi que leur peau temporairement noire et leur costume les rend invisibles tout en les excluant momentanément du corps citoyen, dans un contexte national qui refuse de reconnaître son passé colonial. Ce costume n’est pas neutre. Il met en scène de manière grotesque un fantasme colonial du XIX°siècle sous couvert de bonne humeur et d’action caritative. Si l’asbl a aujourd’hui dans son intitulé « Conservatoire Africain », c’est tout simplement que cette quête publique annuelle est accompagnée d’une « joyeuse fanfare »[5]. Cette appellation décrédibilise totalement les cultures africaines dans leur diversité et leur valeur culturelle et humaine. La musique africaine, ce n’est pas de la culture, rions-en !

Se teindre le visage en noir n’est pas un choix neutre non plus. Communément appelé « Blackface » (« visage noir »), ce maquillage a une histoire ancrée elle-aussi dans la colonisation et le racisme. Cette pratique, qui se développe en Europe et aux Etats-Unis en parallèle des différentes vagues de colonisation dès le XV° siècle, se généralise au XIX° siècle. Elle consiste à produire une représentation caricaturale d’une personne noire notamment en se peignant le visage et les lèvres et en se munissant d’une perruque frisée. Une pratique qui n’est pas l’exclusivité des Noirauds en Belgique mais qui se retrouve également dans les rues et les écoles belges en décembre, avec la figure du Père Fouettard lors de la Saint-Nicolas.

Des Noir.e.s belges et/ou vivant en Belgique ont depuis des années fait savoir que cette pratique est blessante et contribue à leur oppression dans leurs sociétés respectives – sans compter les voix innombrables qui se sont ajoutées aux leurs des Etats-Unis, des Pays-Bas[6], de France, du Royaume-Uni et de nombreux autres pays européens. Des voix noir.e.s se sont déjà exprimées sur la question de l’usage du « Blackface » en Belgique, y compris par les Noirauds, y compris sur les réseaux sociaux[7][8][9]. Elles ont été (rarement) relayées par divers médias belges, comme ELLE Belgique[10]. Mais pourtant, la pratique reste défendue par de nombreux hommes et femmes politiques belges – et les Noirauds marcheront bien cette année encore dans le centre de Bruxelles dans quelques jours.

Ce costume et le narratif qui est entretenu par l’asbl et soutenu par les institutions belges et bruxelloises, n’ont plus lieu d’être en 2016. La destination des fonds récoltés par l’asbl – des actions organisées à destination des enfants, notamment défavorisés – est continuellement mentionnée afin de justifier la marche en costume des Noirauds. L’instrumentalisation des enfants joue ainsi un rôle central dans le discours des Noirauds, qui parlent au nom de ces enfants afin de faire valoir leur propre nature « charitable ». Nous ne questionnons pas la volonté de l’asbl de mener une action caritative auprès de l’enfance en Belgique, mais le contexte dans lequel cette aide s’ancre et la perpétuation de stéréotypes racistes et coloniaux à laquelle ses membres participent. La fin ne justifie pas les moyens lorsque ceux-ci blessent et excluent une partie de la population bruxelloise, et surtout de nombreux enfants que l’asbl prétend aider.

En 2015, la participation de Didier Reynders, Ministre belge des Affaires Etrangères[11], à la sortie des Noirauds a attiré l’attention de la presse belge, européenne et internationale[12][13][14]. Mais cette année encore, l’asbl maintient son costume et ne compte rien changer.

La marche des Noirauds n’est plus acceptable en 2016. Elle perpétue des stéréotypes colonialistes et racistes et marginalise les populations noir.e.s belges et/ou qui vivent en Belgique. La Constitution belge garantit pourtant le droit à la non-discrimination[15] : où sera ce principe dans quelques jours lorsque des hommes blancs feront la quête dans le centre de Bruxelles avec le visage barbouillé de noir ?

 

Azira’s Way (Laboratoire et boîte de production pour la nouvelle maison culturelle de demain)

Fat Positivity Belgium (Groupe féministe et queer d’activisme gros)

rebel.lieus (Espaces publics sûrs, égaux, accessibles pour tou.te.s.)

FEL (Feministe et Gauge)

Bruxelles Panthères  ( Mouvement Décolonial )

[1]Ville de Bruxelles https://www.bruxelles.be/artdet.cfm/5277

[2]Site des Noirauds : http://www.berceaux-wiegjesppaola.be/historique.html

[3]Ville de Bruxelles https://www.bruxelles.be/artdet.cfm/5277

[4]Site des Noirauds : http://www.berceaux-wiegjesppaola.be/historique.html

[5]Site des Noirauds : http://www.berceaux-wiegjesppaola.be/historique.html

[6] http://stopblackface.com/category/stopblackface/

[7] https://equimauves.wordpress.com/2015/03/15/on-sait-et-cest-tres-bien/

[8] https://www.youtube.com/watch?v=qIJG1SFf46w

[9] https://twitter.com/hashtag/Blackface?src=hash

[10] http://www.elle.be/fr/76311-se-deguiser-en-noir-oui-cest-raciste.html

[11] http://www.didierreynders.be/2015/03/16/jai-defile-avec-les-noirauds-dans-les-rues-de-bruxelles/

[12] https://www.youtube.com/watch?v=0hlW8ay-T9c

[13] http://www.theguardian.com/world/2015/mar/19/belgian-foreign-minister-criticised-for-blackening-face-in-charity-event

[14] https://www.washingtonpost.com/news/worldviews/wp/2015/03/20/belgiums-foreign-minister-still-thinks-its-okay-to-dress-up-in-blackface/

[15] Article 11 de la Constitution belge

 

Elk jaar tijdens de carnavalsperiode doorkruisen de leden van de vzw “Conservatoire Africain – Koninklijk Werk Wiegjes Prinses Paola”, ook de “Noirauds” genoemd, het centrum van Brussel. Met een zwart geschminkt gelaat en rode lippen, gekleed in een bont kostuum met witte kraag zamelen de Noirauds geld in voor goede doeleinden bij Brusselse restaurants.

 

Racistisch, denkt u? Discriminerend? Offensief? Voorbijgestreefd?

“Zeker niet”, zo informeert de stad Brussel ons. Het is gewoon “een sympathiek initiatief dat een woordje uitleg verdient omdat het anders misschien een beetje verkeerd begrepen wordt!”[1]

Dus laten we de oorsprong van de Noirauds, hun zwart geschminkte gelaat en bijhorende tooi even uitleggen. Opgericht in 1876, kiest de organisatie, voor een kostuum die, in hun eigen woorden, de manier waarop “het volk zich de Afrikaanse edellieden inbeeldt” nabootst. Bij het kostuum hoort ook schmink die zogenaamd, een dubbele functie heeft, nl, : “zich op een vrolijke manier te laten opmerken” en “de anonimiteit van de inzamelaars te bewaren”[2]. De kostuum-keuze van de Noirauds is onafscheidelijk verbonden aan de Belgische kolonisatie, die in hetzelfde jaar nog in gang werd gezet door de ‘Internationale Afrikaanse Vereniging’ van koning Leopold II. Echter, de term “kolonisatie” verschijnt op geen enkel moment in het discours van de vzw of van de Stad Brussel. Integendeel, men spreekt over “verkenning”[3] en “ontdekking”[4].

De Noirauds erkennen zo dat hun tijdelijk zwart geschminkte gelaat en kostuum hen temporeel onzichtbaar maken en hen aldus kortstondig even uit de burgerstand zet. In een nationale context die weigert haar koloniaal verleden te erkennen, is deze applicatie niet neutraal. Onder het mom van vrolijkheid en het goede doel houdt men op groteske wijze een 19de eeuws koloniaal fantasme in stand. Als de vzw zich vandaag “Conservatoire Africain” noemt, is het simpelweg omdat de jaarlijkse inzameling vergezeld wordt door een “vrolijke fanfare”[5].  Deze benaming ondermijnt compleet de verschillende, Afrikaanse culturen in hun diversiteit en hun culturele en menselijke waarde.

Het gelaat zwart schminken is tevens geen neutrale keuze. Het gebruik van “blackface”(“zwart gezicht”) heeft een diepgewortelde geschiedenis in kolonisatie en racisme. Deze praktijk ontstond gelijktijdig in Europa en in de Verenigde Staten na de verschillende kolonisatiegolven van de 15de eeuw, en werd algemeen verspreid in de 19de eeuw. Bij het gebruik van “blackface” wordt er een karikatuur geschetst van een zwarte persoon, voornamelijk door het gezicht en de lippen te schminken en een pruik van kroeshaar te dragen. Het is niet enkel de Noirauds die zich beroepen op deze praktijk, “blackface” keert ook terug in ons straatbeeld en in onze scholen, tijdens de Sinterklaasperiode in december, met de figuur van Zwarte Piet.

Zwarte Belgen en/of zwarte personen wonend te België hekelen al jaren deze praktijk die kwetsend is en bijdraagt aan de onderdrukking van hun respectievelijke gemeenschappen – zonder dan nog maar te spreken over de ontelbare stemmen die we horen uit de Verenigde Staten, Nederland [6], Frankrijk, Verenigd Koninkrijk en vele, andere Europese landen.

Personen van kleur spraken zich ontstellend uit over de Noirauds en het gebruik van “blackface” in België, onder andere via de sociale media [7][8][9]. Deze kritiek werd opgepikt door de Belgische media, en zelfs door ELLE België [10]. Niettemin wordt “blackface” nog steeds verdedigd door talrijke Belgische politici en de Noirauds zullen ook dit jaar, in de komende dagen (10-11-12-13 maart) in Brussel hun acties organiseren.

Het kostuum en bijhorend discours van de Noirauds, dat in stand gehouden wordt door deze vzw en zelfs ondersteund wordt door Belgische en Brusselse instellingen, horen niet meer thuis in 2016. De bestemming van de ingezamelde fondsen door de vzw – nl, kinderen in nood – wordt constant aangehaald om de opzet van de Noirauds te verantwoorden. De instrumentalisatie van kinderen speelt hierbij een centrale rol, terwijl de kinderen voor wie de acties bestemd zijn het woord wordt ontnomen, maken de Noirauds van de gelegenheid gebruik om het “liefdadige” karakter van hun werk te benadrukken.

Wij stellen het vrijwillige liefdadigheidswerk van deze vzw voor Belgische kinderen niet in vraag, maar wel de context waarin hun acties geworteld zijn en de instandhouding van racistische en koloniale stereotypen waaraan de leden deelnemen. Het doel heiligt niet de middelen zeker als deze een deel van de Belgische bevolking kwetsen en uitsluiten, en daarbij horen ook talrijke kinderen van kleur die de vzw beweert te willen helpen.

In 2015 werd Didier Reynders, Belgisch minister van Buitenlandse zaken [11], bekritiseerd in zowel de Belgische, Europese als internationale pers [12][13][14] omwille van zijn deelname aan de inzamelacties van de Noirauds.  Desondanks houdt de vzw in 2016 voet bij stuk en verandert hun kostuum en hun gebruik van “blackface” niet.

De inzameltocht van de Noirauds is niet langer aanvaardbaar in 2016. Het bestendigt koloniale en racistische stijlfiguren en marginaliseert zwarte personen in België. De Belgische Grondwet en de antidisciminatiewet garandeert nochtans het recht op niet-discriminatie [15]: hoe wordt deze wet in acht gehouden wanneer witte personen over enkele dagen Brussel doorkruisen met een zwart geschminkt gelaat?

Azira’s Way (Artistiek productiehuis en proeftuin voor het nieuwe cultuurhuis van morgen)

Fat Positivity Belgium (Feministische en queer groep voor fat activisme)

rebel.lieus (Veilige, gelijke, toegankelijke publieke ruimtes voor iedereen.)

FEL (Feministisch en Links).

Bruxelles Panthères (Dekoloniale beweging)

[1]Stad Brussel : https://www.brussel.be/artdet.cfm?id=5277&

[2]Website van de Noirauds : http://www.berceaux-wiegjesppaola.be/historique.html

[3]Stad Brussel : https://www.bruxelles.be/artdet.cfm/5277

[4]Website van de Noirauds : http://www.berceaux-wiegjesppaola.be/historique.html

[5]Website van de Noirauds : http://www.berceaux-wiegjesppaola.be/historique.html

[6] http://stopblackface.com/category/stopblackface/

[7] https://equimauves.wordpress.com/2015/03/15/on-sait-et-cest-tres-bien/

[8] https://www.youtube.com/watch?v=qIJG1SFf46w

[9] https://twitter.com/hashtag/Blackface?src=hash

[10] http://www.elle.be/fr/76311-se-deguiser-en-noir-oui-cest-raciste.html

[11] http://www.didierreynders.be/2015/03/16/jai-defile-avec-les-noirauds-dans-les-rues-de-bruxelles/

[12] https://www.youtube.com/watch?v=0hlW8ay-T9c

[13] http://www.theguardian.com/world/2015/mar/19/belgian-foreign-minister-criticised-for-blackening-face-in-charity-event

[14] https://www.washingtonpost.com/news/worldviews/wp/2015/03/20/belgiums-foreign-minister-still-thinks-its-okay-to-dress-up-in-blackface/

[15] Artikel 11 van de Belgische Grondwet

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