Hommage à Clément. Sa mort : une conséquence du racisme d’état

Hommage à Clément. Sa mort : une conséquence du racisme d’état

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Hommage à Clément. Sa mort : une conséquence du racisme d’état

Ce tout jeune militant n’a pas été assassiné que par l’extrême droite.
Il a également été tué par le racisme d’état qui encourage les meurtriers à se lâcher. D’abord sur les immigrés, enfants d’immigrés, ou identifiés comme tels. Puis, comme à chaque fois, dans toutes les époques où les états encouragent le racisme, la violence s’étend. La « bête immonde » comme on aime tant à l’appeler, ne se féconde pas toute seule. Elle est nourrie, autorisée, encouragée par non seulement des discours mais aussi des pratiques racistes issus des pouvoirs en place, qui se servent du racisme par opportunité, notamment en temps d’austérité et de pillage en règle des peuples, mais qui révèlent aussi combien l’Europe n’a rien réglé de sa profonde maladie coloniale.
Va en paix, petit martyr. Retrouve les tiens : ceux qu’on encourage l’extrême droite, les chiens du colonialisme, à abattre.
Rien n’est à retirer du drame vécu par le jeune Clément et ses proches.
Mais comment ne pas être surpris par la lumière qu’accordent à cette mort les médias ?
Tant mieux. Certes. Mais pourquoi lorsque la liste immense de bavures, d’agressions et de crimes racistes, ne cesse de s’allonger, y-a-t-il à peine une évocation, ou rien ?
La réponse est ignoble : l’assassinat d’un Européen est un événement. L’assassinat d’un immigré, d’un indigène, n’est que le quotidien.
L’attitude des médias ne dit rien d’autre. Et c’est ce quotidien que combattait notamment ce jeune militant ; et c’est ce quotidien qui l’a tué.
Affirmer cela n’enlève en rien la douleur, le respect et la tristesse qu’inspire le meurtre de ce jeune, presque encore enfant.
Au contraire, Clément a pu mourir à cause justement d’un contexte où la mort d’un immigré, de dix, de cent immigrés, n’est pas un événement et n’est pas ressentie comme telle. C’est de ce contexte là que sort la confiance des nervis néo nazis, sans laquelle ils n’oseraient tuer.
Et la réponse est-elle dans l’interdiction des groupuscules ? Elle est dans l’interdiction du colonialisme et du racialisme. Mais le colonialisme, ça ne s’interdit pas par la loi, ça se soigne. Il faut d’abord le reconnaître.

Jérémie Piolat est philosophe. Il est l’auteur de plusieurs films documentaires.

 

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Ils ont tué l’un des nôtres. Lettre à Clément Méric.

Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place.
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Ils ont tué l’un des nôtres. Lettre à Clément Méric.
jeudi 6 juin 2013, 16:07

Clément,

Lorsque j’ai appris, hier soir, la nouvelle, j’ai cru tout d’abord que je te connaissais. Ce n’était pas le cas. Je t’ai pris pour un autre.

Mais plus j’y réfléchis, et plus je me dis que oui, je te connaissais. Même si nous ne nous sommes jamais rencontrés. Même si, jusqu’à hier soir, j’ignorais ton existence. Oui, je te connais. Tu es mon camarade. Tu es notre camarade.

Et ils t’ont tué. Ils ont tué l’un des nôtres.

À la télé, en ce moment, ils parlent d’ « altercation ». De « rixe ». De « face-à-face entre extrême-droite et extrême-gauche ». À vomir.

Ils disent qu’il ne faut pas tout mélanger. Qu’il faut éviter les amalgames. Que c’est tragique, mais qu’il ne faut pas vouloir tout interpréter, tout analyser, tout généraliser. Alors c’est comme ça, ils parlent de « bagarre ». À vomir.

18 ans. C’est ton âge. On ne doit pas mourir à 18 ans.

1995. C’est ton année de naissance. C’est aussi l’année où des fachos ont noyé Brahim Bouarram, lors du défilé annuel du FN.

Chaque 1er mai, depuis 18 ans, on se souvient de la mort de Brahim. Chaque 5 juin, désormais, on se souviendra de ta mort, Clément.

On se souviendra, comme le 1er mai, que l’extrême-droite tue. On se souviendra, comme le 1er mai, que le fascisme n’est pas mort. Que le ventre est toujours fécond. On s’en souviendra.

Mais on ne se contentera pas de ça. Et on n’attendra pas le 5 juin.

Dès ce soir, dans toute la France, il y aura des rassemblements. On occupera la rue. Pour dire, pour leur dire à ces nazillons, que la rue n’est pas à eux. Qu’elle ne l’a jamais été, et qu’elle ne le sera jamais.

Mais on ne se contentera pas de ça. On ne peut pas. On ne doit pas. Clément, ta mort nous dit beaucoup de choses. Et il s’agit de les prendre au sérieux.

Ta mort nous dit que les fachos sont en confiance en ce moment. Qu’ils pensent que tout leur est permis. Que le climat leur est favorable. Que leurs idées ont le vent en poupe.

Pas étonnant, dans un pays dans lequel des centaines de milliers de gens manifestent contre l’égalité des droits.

Pas étonnant, dans un pays dans lequel l’État traque les sans-papiers, les Rroms, expulse à tour de bras et couvre systématiquement les violences policières.

Pas étonnant, dans un pays dans lequel se multiplient les agressions contre les musulmans, tandis qu’éditorialistes et responsables politiques débattent poliment de savoir si l’islam est compatible avec « nos valeurs ».

Pas étonnant, dans un pays dans lequel le principal débat qui agite la droite, c’est de savoir quand et comment elle va s’allier avec l’extrême-droite, dont elle a depuis longtemps repris la plupart des idées.

Pas étonnant, dans un pays dans lequel la gauche gouvernementale a depuis longtemps renoncé à s’attaquer aux sources du mal et préfère « briser des tabous » pendant que d’autres rigolent en brisant des vies.

Alors ils sont tous là. Ils dénoncent. Ils sont horrifiés par ta mort. Ils disent qu’ils vont traquer et punir les coupables. Tant mieux. C’est bien le moins qu’ils puissent faire.

Mais une fois l’émotion surmontée, une fois l’emballement médiatique passé, ils retourneront à leurs petites affaires. Petites affaires qui permettent à l’extrême-droite, à mesure que la crise s’approfondit et qu’ils mènent la guerre aux pauvres, de continuer à distiller son poison mortel.

Font-ils semblant de ne pas voir que l’un des principaux effets de la crise, qui n’en est qu’à ses débuts, c’est de renforcer les logiques identitaires, chauvines, racistes, xénophobes ? Font-ils semblant de ne pas voir que partout en Europe, des courants et des discours politiques que l’on croyait appartenir au passé refont surface, se développent, s’organisent ? Font-ils semblant de ne pas voir que les néo-nazis sont aux portes du pouvoir en Grèce, grâce aux politiques d’austérité ? Font-ils semblant de ne pas voir que ta mort n’est pas un incident isolé, mais un signe des temps, annonciateur de l’orage qui gronde ?

Ils voient, mais ne veulent pas voir. Ils savent, mais ne veulent pas savoir. Ils n’ont rien retenu de l’histoire. Ils sont tellement aveuglés par leur fidélité au système qui les nourrit qu’ils sont prêts à tout pour le sauver, même à laisser la porte ouverte aux fascistes, qui ne veulent pas détruire ce système mais le réorganiser par la force.

Clément, tu étais un militant antifa, mais aussi un militant syndical. Tu étais de ceux qui ont compris que la lutte contre la gangrène fasciste passait par un combat quotidien, pieds à pieds, contre leurs idées et leurs activités, mais aussi par le combat pour une réelle transformation sociale, pour un autre monde, débarrassé des oppressions et de l’exploitation.

Clément, on se souviendra de ça aussi.

On ne va pas seulement pleurer, même si des fois, comme lorsque j’ai vu tout à l’heure ton année de naissance, ça fait du bien.

On va pleurer, mais on ne va pas en rester là.

Ils ne passeront pas.

Et tous ceux qui s’émeuvent aujourd’hui de ta mort alors qu’ils n’ont rien fait, bien au contraire, pour l’empêcher, devront, tôt ou tard, choisir leur camp.

Clément, je ne te connaissais pas, mais tu étais l’un des nôtres.

Ils ont tué l’un des nôtres.

Il n’y aura ni pardon, ni oubli.

Clément, la lutte continuera, avec et sans toi.

Adieu camarade.

Julien Salingue

Doctorant en science politique à l’Université Paris 8, ancien enseignant à l’Université d’Auvergne et à Paris 8, mes recherches portent sur le mouvement national palestinien et sur les dynamiques politiques, sociales et économiques en Palestine.

http://www.juliensalingue.fr/

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