Transmodernité, pensée frontalière et colonialité globale
- Par Ramón Grosfoguel
Est-il possible de produire une politique radicale anti-systémique qui aille au-delà des « politiques de l’identité » ? Est-il possible d’articuler un cosmopolitisme critique qui aille au-delà des discours nationalistes et colonialistes ? Pouvons-nous dépasser la dichotomie classique entre les paradigmes de l’économie politique et ceux des cultural studies ? Comment dépasser la modernité eurocentrée sans abandonner les éléments émancipateurs de cette modernité, comme le font les fondamentalistes eurocentriques « premier-mondistes » et les fondamentalistes eurocentriques « tiers-mondistes ». Ce travail entend suggérer qu’une perspective épistémique fondée sur une géopolitique de la connaissance « autre », à partir de la différence coloniale, devrait pouvoir contribuer à ce débat. Elle permet d’aller au-delà des dichotomies et oppositions binaires précitées et de redéfinir / décoloniser la manière dont nous concevons généralement le capitalisme dans le système-monde. Elle met en outre en discussion les alternatives politiques et épistémiques que constituent la transmodernité (Dussel 2001), la pensée-frontalière (Mignolo 2000) et la socialisation du pouvoir (Quijano 2000) comme de possibles sorties de l’impasse et du cauchemar auxquels nous ont menés les utopies eurocentriques de droite et de gauche.