{"id":6248,"date":"2025-03-08T16:40:05","date_gmt":"2025-03-08T15:40:05","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=6248"},"modified":"2025-03-06T16:49:59","modified_gmt":"2025-03-06T15:49:59","slug":"la-contribution-de-lafrique-a-leconomie-et-aux-croyances-de-leurope-du-capitalisme-primitif","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=6248","title":{"rendered":"La contribution de l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019\u00e9conomie et aux croyances de l\u2019Europe du capitalisme primitif"},"content":{"rendered":"<p><em>Nous publions ici un extrait, issu du chapitre 3, de la traduction fran\u00e7aise du livre de Walter Rodney,\u00a0<\/em><a href=\"https:\/\/editions-b42.com\/produit\/comment-leurope-sous-developpa-lafrique\/\">Comment l\u2019Europe sous-d\u00e9veloppa l\u2019Afrique<\/a><em>, qui vient de para\u00eetre aux \u00e9ditions B42. Dans cet ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence dans le monde anglophone, paru originellement en 1972 (<\/em><a href=\"https:\/\/www.versobooks.com\/en-gb\/products\/788-how-europe-underdeveloped-africa?srsltid=AfmBOooTAXqYnnzUQ31pFCt-i3zk1_oW2_DtPvnuRacKVBmgGn-ZfYgY\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><em>Verso a fait para\u00eetre une r\u00e9\u00e9dition en 2018<\/em><\/a><em>, avec une pr\u00e9face d\u2019Angela Davis reprise dans cette \u00e9dition fran\u00e7aise), l\u2019auteur, historien et militant guyanien, d\u00e9veloppe une analyse marxiste visant \u00e0 d\u00e9montrer que l\u2019appauvrissement de l\u2019Afrique est le r\u00e9sultat direct de l\u2019exploitation et de la domination de ce continent par les puissances coloniales europ\u00e9ennes.<\/em><\/p>\n<p><em>En retour, il montre comment l\u2019Afrique a contribu\u00e9, dans des proportions largement sous-estim\u00e9es, au d\u00e9veloppement de l\u2019Europe. Fort de cette d\u00e9monstration, W.\u00a0Rodney \u00e9voque certains mod\u00e8les politiques qui permettraient une justice sociale sur le continent africain. Cet extrait porte plus sp\u00e9cifiquement sur l\u2019esclavage et les rapports entre capitalisme et racisme, enjeux \u00e0 nouveau tr\u00e8s discut\u00e9s dans la sph\u00e8re francophone.<\/em><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"attachment-medium-large size-medium-large wp-post-image\" src=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/wp-content\/uploads\/Quand-a-commence-le-commerce-triangulaire_1920_px-1.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 1885px) 100vw, 1885px\" srcset=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/wp-content\/uploads\/Quand-a-commence-le-commerce-triangulaire_1920_px-1.jpg 1885w, https:\/\/www.contretemps.eu\/wp-content\/uploads\/Quand-a-commence-le-commerce-triangulaire_1920_px-1-512x366.jpg 512w, https:\/\/www.contretemps.eu\/wp-content\/uploads\/Quand-a-commence-le-commerce-triangulaire_1920_px-1-1024x732.jpg 1024w, https:\/\/www.contretemps.eu\/wp-content\/uploads\/Quand-a-commence-le-commerce-triangulaire_1920_px-1-256x183.jpg 256w, https:\/\/www.contretemps.eu\/wp-content\/uploads\/Quand-a-commence-le-commerce-triangulaire_1920_px-1-1536x1098.jpg 1536w\" alt=\"\" width=\"1885\" height=\"1347\" \/><\/p>\n<article id=\"post-44337\" class=\"post-single post-44337 post type-post status-publish format-standard has-post-thumbnail hentry category-diaporama category-theorie tag-accumulation_primitive tag-afrique tag-antilles tag-capitalisme tag-commerce-triangulaire tag-esclavage tag-etats-unis tag-europe tag-exploitation tag-racisme has_thumb\">\n<div class=\"post-top\">\n<div class=\"post-meta the-icons pmeta-alt\"><span class=\"post-author vcard\"><i class=\"fa fa-user\"><\/i><a class=\"author url fn\" title=\"Articles par Walter Rodney\" href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/author\/walter-rodney\/\" rel=\"author\">Walter Rodney<\/a><\/span>\u00a0<span class=\"entry-date post-date\"><i class=\"fa fa-clock-o\"><\/i><abbr class=\"published\" title=\"2025-02-28T07:00:00+01:00\">28 f\u00e9vrier 2025<\/abbr><\/span><\/div>\n<div class=\"post-meta the-icons pmeta-alt\" style=\"text-align: center;\"><strong><span class=\"meta-no-display\">La contribution de l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019\u00e9conomie et aux croyances de l\u2019Europe du capitalisme primitif<\/span><\/strong><\/div>\n<\/div>\n<div id=\"header-widget-area\" class=\"chw-widget-area widget-area\" role=\"complementary\">\n<div class=\"chw-widget\"><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"post-content\">\n<div class=\"entry-content\">\n<div class=\"readoffline-embed\">\n<div><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-44340 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/wp-content\/uploads\/comment-l-europe-sous-developpa-l-afrique.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" srcset=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/wp-content\/uploads\/comment-l-europe-sous-developpa-l-afrique.jpg 600w, https:\/\/www.contretemps.eu\/wp-content\/uploads\/comment-l-europe-sous-developpa-l-afrique-512x512.jpg 512w, https:\/\/www.contretemps.eu\/wp-content\/uploads\/comment-l-europe-sous-developpa-l-afrique-256x256.jpg 256w, https:\/\/www.contretemps.eu\/wp-content\/uploads\/comment-l-europe-sous-developpa-l-afrique-150x150.jpg 150w\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"600\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Walter Rodney,\u00a0<em>Comment l\u2019Europe sous-d\u00e9veloppa l\u2019Afrique<\/em>, Montreuil, \u00e9ditions B42, 2025, 352 p. Pr\u00e9face d\u2019Angela Davis<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les b\u00e9n\u00e9fices que l\u2019Europe tira de son contr\u00f4le du commerce mondial sont plut\u00f4t bien connus, m\u00eame s\u2019il est curieux que le traitement de la contribution majeure de l\u2019Afrique au d\u00e9veloppement europ\u00e9en soit g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9serv\u00e9 aux ouvrages d\u00e9di\u00e9s sp\u00e9cifiquement \u00e0 ce sujet, l\u2019\u00e9conomie europ\u00e9enne \u00e9tant souvent analys\u00e9e par les chercheurs ind\u00e9pendamment du reste. Les \u00e9conomistes europ\u00e9ens du XIXe\u00a0si\u00e8cle n\u2019avaient quant \u00e0 eux aucune illusion au sujet des interconnexions entre leurs \u00e9conomies nationales et le monde dans son ensemble. Porte-parole du capitalisme britannique, John Stuart Mill disait de l\u2019Angleterre que l\u2019on pouvait \u00ab\u00a0difficilement consid\u00e9rer le commerce avec les Antilles comme ext\u00e9rieur, puisqu\u2019il ressemble plut\u00f4t aux \u00e9changes entre ville et campagne\u00a0\u00bb. Par la phrase \u00ab\u00a0commerce avec les Antilles\u00a0\u00bb, Mill voulait dire le commerce entre l\u2019Afrique, l\u2019Angleterre et les Antilles, puisque sans main-d\u2019\u0153uvre africaine, les Antilles n\u2019avaient aucune valeur. Karl Marx commenta \u00e9galement la fa\u00e7on dont les capitalistes europ\u00e9ens avaient li\u00e9 Afrique, Antilles et Am\u00e9rique latine au syst\u00e8me capitaliste\u00a0; et en tant qu\u2019acerbe critique du capitalisme, Marx alla jusqu\u2019\u00e0 affirmer que ce qui \u00e9tait b\u00e9n\u00e9fique aux Europ\u00e9ens \u00e9tait obtenu au prix d\u2019une indicible souffrance pour les Africains et les Indiens d\u2019Am\u00e9rique. Marx notait que<\/p>\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab\u00a0la d\u00e9couverte d\u2019or et d\u2019argent en Am\u00e9rique, l\u2019\u00e9limination, la r\u00e9duction en esclavage ou l\u2019ensevelissement dans les mines de la population indig\u00e8ne, la transformation de l\u2019Afrique en une garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires signalaient l\u2019aube rose de l\u2019\u00e8re de la production capitaliste\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>Certaines tentatives ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es pour quantifier les v\u00e9ritables profits mon\u00e9taires que r\u00e9alis\u00e8rent les Europ\u00e9ens dans le commerce des esclaves. L\u2019\u00e9tendue r\u00e9elle de ces gains n\u2019est pas facile \u00e0 \u00e9tablir, mais ils furent fabuleux. John Hawkins fit trois voyages en Afrique de l\u2019Ouest dans les ann\u00e9es 1560 et enleva des Africains pour les vendre aux Espagnols en Am\u00e9rique. \u00c0 son retour en Angleterre apr\u00e8s son premier voyage, son profit \u00e9tait si coquet que la reine Elizabeth souhaita participer \u00e0 sa prochaine exp\u00e9dition\u00a0; elle lui procura en ce but un navire d\u00e9nomm\u00e9 le\u00a0<em>Jesus<\/em>. Hawkins partit sur le\u00a0<em>Jesus\u00a0<\/em>pour enlever plus d\u2019Africains encore et retourna en Angleterre avec de tels dividendes que la reine Elizabeth l\u2019ennoblit. Hawkins choisit pour armoiries la repr\u00e9sentation d\u2019un Africain encha\u00een\u00e9. Bien entendu, il y eut in\u00e9vitablement des voyages qui \u00e9chou\u00e8rent, des bateaux n\u00e9griers qui se perdirent en mer. Parfois le n\u00e9goce en Afrique rapportait bien, tandis qu\u2019\u00e0 d\u2019autres moments c\u2019est le profit fait en Am\u00e9rique qui \u00e9tait r\u00e9ellement substantiel. En \u00e9mondant les hauts et les bas, le niveau de profit devait \u00eatre suffisant pour justifier d\u2019une participation continue dans cette forme particuli\u00e8re de commerce pendant des si\u00e8cles. Quelques universitaires bourgeois tent\u00e8rent de sugg\u00e9rer que le commerce des esclaves ne g\u00e9n\u00e9rait pas de revenus mon\u00e9taires significatifs. Ils voudraient nous faire croire que ces entrepreneurs, qu\u2019ils louent dans d\u2019autres contextes comme les h\u00e9ros du d\u00e9veloppement capitaliste, \u00e9taient si stupides au sujet de l\u2019esclavage et de la traite qu\u2019ils se consacr\u00e8rent b\u00e9n\u00e9volement pendant des si\u00e8cles \u00e0 cette entreprise hasardeuse\u00a0! Ce genre d\u2019argument ne requiert aucune esp\u00e8ce de consid\u00e9ration, si ce n\u2019est pour d\u00e9montrer la capacit\u00e9 de distorsion de pens\u00e9e que les chercheurs de cette classe sont capables de d\u00e9ployer. Mis \u00e0 part l\u2019accumulation du capital, le commerce avec l\u2019Afrique produisit par ailleurs de nombreux autres stimuli \u00e0 la croissance de l\u2019Europe.<\/p>\n<p>Extraits par les Africains, l\u2019or et l\u2019argent d\u2019Am\u00e9rique centrale et du Sud jou\u00e8rent un r\u00f4le crucial pour pourvoir au besoin en liquidit\u00e9s d\u2019une \u00e9conomie mon\u00e9taire capitaliste en expansion, tandis que l\u2019or africain aida les Portugais \u00e0 financer davantage d\u2019exp\u00e9ditions pour franchir le cap de Bonne-Esp\u00e9rance et atteindre l\u2019Asie \u00e0 partir du XVe\u00a0si\u00e8cle. L\u2019or africain \u00e9tait \u00e9galement la principale source d\u2019approvisionnement pour frapper la monnaie n\u00e9erlandaise au XVIIe\u00a0si\u00e8cle, aidant Amsterdam \u00e0 devenir la capitale financi\u00e8re de l\u2019Europe \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode\u00a0; ce n\u2019est en rien une co\u00efncidence si la nouvelle monnaie d\u2019or \u00e9mise par les Anglais en 1663 fut appel\u00e9e \u00ab\u00a0guin\u00e9e\u00a0\u00bb. L\u2019<em>Encyclop\u00e6dia Britannica\u00a0<\/em>explique que la guin\u00e9e \u00e9tait \u00ab\u00a0une pi\u00e8ce d\u2019or qui eut cours un temps au Royaume-Uni. Elle fut frapp\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en 1663, sous le r\u00e8gne de Charles II, avec de l\u2019or import\u00e9 de la c\u00f4te de Guin\u00e9e en Afrique de l\u2019Ouest par une compagnie marchande affr\u00e9t\u00e9e par la Couronne britannique \u2013 d\u2019o\u00f9 son nom\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Au cours des XVIIe et XVIIIe\u00a0si\u00e8cles et pendant la plus grande partie du XIXe, l\u2019exploitation de l\u2019Afrique et du travail africain fut une source continue d\u2019accumulation du capital r\u00e9investi en Europe occidentale. La contribution africaine \u00e0 la croissance capitaliste europ\u00e9enne s\u2019\u00e9tendait \u00e0 des secteurs aussi vitaux que le transport maritime, l\u2019assurance, la cr\u00e9ation de soci\u00e9t\u00e9s, l\u2019agriculture capitaliste, la technologie et la manufacture de machines. Les effets en furent si vastes que nombre d\u2019entre eux \u00e9chappent \u00e0 la connaissance du public. Par exemple, l\u2019industrie de la p\u00eache de Saint-Malo fut raviv\u00e9e par l\u2019ouverture des march\u00e9s dans les plantations esclavagistes fran\u00e7aises\u00a0; tandis que les Portugais en Europe d\u00e9pendaient grandement de teintures \u00e0 l\u2019indigo, au bois de cam et du Br\u00e9sil ou encore \u00e0 la cochenille, toutes rapport\u00e9es d\u2019Afrique ou des Am\u00e9riques.<\/p>\n<p>La gomme africaine joua un r\u00f4le important dans cette industrie textile que l\u2019on reconna\u00eet comme ayant \u00e9t\u00e9 l\u2019un des plus puissants moteurs de la croissance de l\u2019\u00e9conomie europ\u00e9enne. L\u2019exportation d\u2019ivoire d\u2019Afrique enrichit \u00e9galement de nombreux marchands de Mincing Lane \u00e0 Londres et procura du mat\u00e9riau brut pour les industries d\u2019Angleterre, de France, d\u2019Allemagne, de Suisse et d\u2019Am\u00e9rique du Nord \u2013 produisant des articles allant des manches de couteau aux touches de piano.<\/p>\n<p>L\u2019entra\u00eenement de l\u2019Afrique dans l\u2019orbite de l\u2019Europe occidentale acc\u00e9l\u00e9ra le d\u00e9veloppement technologique de cette derni\u00e8re. L\u2019\u00e9volution de la construction navale du XVIe au XIXe\u00a0si\u00e8cles fut par exemple une cons\u00e9quence logique de son monopole sur le commerce maritime \u00e0 cette p\u00e9riode. Les Nord-Africains \u00e9taient alors enferm\u00e9s en M\u00e9diterran\u00e9e, et m\u00eame si c\u2019est \u00e0 eux que les Europ\u00e9ens avaient initialement emprunt\u00e9 un grand nombre d\u2019instruments de navigation, ils ne firent plus d\u2019avanc\u00e9es notables dans ce domaine. Quand l\u2019avantage de d\u00e9part des Europ\u00e9ens ne suffisait pas \u00e0 leur assurer leur supr\u00e9matie, ils sap\u00e8rent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment les efforts des autres peuples. La marine indienne, par exemple, souffrit de l\u2019application rigide des lois de navigation anglaises. Pourtant, les d\u00e9penses d\u00e9coulant de la construction de nouveaux et de meilleurs navires europ\u00e9ens \u00e9taient couvertes par les profits du commerce d\u2019outre-mer avec l\u2019Inde et l\u2019Afrique. Les N\u00e9erlandais furent des pionniers dans l\u2019am\u00e9lioration des caravelles qui avaient permis aux Portugais et aux Espagnols de traverser l\u2019Atlantique, et ce furent les compagnies de commerce n\u00e9erlandaises successives, op\u00e9rant en Asie, en Afrique et en Am\u00e9rique, qui furent \u00e0 l\u2019origine de nouvelles exp\u00e9rimentations. Au XVIIIe\u00a0si\u00e8cle, les Britanniques s\u2019appuy\u00e8rent sur les savoir-faire n\u00e9erlandais pour surpasser ces derniers, l\u2019Atlantique leur servant de laboratoire. On a l\u2019habitude de dire que la traite des esclaves \u00e9tait le terrain d\u2019entra\u00eenement des marins britanniques. Il est probablement plus important de noter que le commerce atlantique fut le stimulateur des constantes avanc\u00e9es de la technologie navale.<\/p>\n<p>En Europe, le trait le plus spectaculaire li\u00e9 au commerce africain fut l\u2019essor des villes portuaires \u2013 notamment Bristol, Liverpool, Nantes, Bordeaux et S\u00e9ville. Directement ou indirectement connect\u00e9s \u00e0 ces ports, des centres manufacturiers \u00e9merg\u00e8rent souvent, donnant naissance \u00e0 la r\u00e9volution industrielle. En Angleterre, c\u2019est le comt\u00e9 de Lancashire qui fut le premier centre de la r\u00e9volution industrielle et son avanc\u00e9e \u00e9conomique d\u00e9pendait en premier lieu du port de Liverpool et de sa croissance, fond\u00e9e sur le commerce des esclaves.<\/p>\n<p>Les liens entre esclavage et capitalisme dans la croissance de l\u2019Angleterre sont pr\u00e9cis\u00e9ment document\u00e9s par Eric Williams dans son c\u00e9l\u00e8bre livre\u00a0<em>Capitalisme et esclavage<\/em>. Williams donne une image claire des nombreux b\u00e9n\u00e9fices que l\u2019Angleterre tira du commerce et de l\u2019exploitation des esclaves et il a identifi\u00e9 les noms de plusieurs personnalit\u00e9s et firmes capitalistes qui en furent les b\u00e9n\u00e9ficiaires. Un exemple remarquable nous est fourni en les personnes de David et Alexander Barclay, actifs dans la traite des esclaves \u00e0 partir de 1756 et qui utilis\u00e8rent par la suite leur butin pour mettre sur pied la banque Barclays. La Lloyds connut une \u00e9volution similaire \u2013 petite maison de caf\u00e9 londonienne devenue une des plus grandes banques et assurances au monde, apr\u00e8s avoir puis\u00e9 ses profits dans la traite et l\u2019esclavage. Et puis il y a James Watt, qui exprima son \u00e9ternelle gratitude aux propri\u00e9taires d\u2019esclaves antillais pour avoir directement financ\u00e9 sa fameuse machine \u00e0 vapeur et l\u2019avoir conduite de la table \u00e0 dessin jusqu\u2019\u00e0 l\u2019usine.<\/p>\n<p>Toute \u00e9tude d\u00e9taill\u00e9e du capitalisme et de l\u2019esclavage fran\u00e7ais dresserait un tableau similaire, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019au cours du XVIIIe\u00a0si\u00e8cle, les Antilles repr\u00e9sentaient 20\u00a0% du commerce ext\u00e9rieur de la France \u2013 bien plus que l\u2019ensemble de l\u2019Afrique au si\u00e8cle pr\u00e9sent. \u00c9videmment, pour un \u00c9tat europ\u00e9en, les b\u00e9n\u00e9fices n\u2019\u00e9taient pas toujours proportionnels aux montants investis dans le commerce atlantique. Les \u00e9normes profits des initiatives portugaises outre-mer pass\u00e8rent rapidement aux mains des nations capitalistes occidentales plus d\u00e9velopp\u00e9es, et notamment \u00e0 l\u2019Allemagne, aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019Angleterre, des Pays-Bas et de la France, qui fournissaient au Portugal le capital, les navires et les marchandises de traite.<\/p>\n<p>Le commerce en provenance du continent africain aida grandement \u00e0 renforcer les liens transnationaux au sein de l\u2019\u00e9conomie de l\u2019Europe occidentale, en gardant \u00e0 l\u2019esprit que ce qui \u00e9tait produit aux Am\u00e9riques \u00e9tait une cons\u00e9quence du travail africain. Les bois de teinture br\u00e9siliens, par exemple, \u00e9taient r\u00e9export\u00e9s depuis le Portugal vers la M\u00e9diterran\u00e9e, la mer du Nord et la mer Baltique, p\u00e9n\u00e9trant l\u2019industrie textile continentale au XVIIe\u00a0si\u00e8cle. Le sucre de la Cara\u00efbe \u00e9tait r\u00e9export\u00e9 depuis l\u2019Angleterre et la France vers d\u2019autres parties de l\u2019Europe, au point que Hambourg, en Allemagne, \u00e9tait devenu le plus grand centre de raffinage de sucre dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XVIIIe\u00a0si\u00e8cle. L\u2019Allemagne fournissait des biens manufactur\u00e9s \u00e0 la Scandinavie, aux Pays-Bas, \u00e0 l\u2019Angleterre, \u00e0 la France et au Portugal pour qu\u2019ils soient revendus en Afrique. L\u2019Angleterre, la France et les Pays-Bas trouvaient n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9changer divers genres de produits pour mieux marchander avec les Africains l\u2019or, les esclaves et l\u2019ivoire. Les financiers et marchands de G\u00e8nes \u00e9taient les puissances derri\u00e8re les march\u00e9s de Lisbonne et de S\u00e9ville\u00a0; tandis que les banquiers n\u00e9erlandais jouaient un r\u00f4le similaire vis-\u00e0-vis de la Scandinavie et de l\u2019Angleterre.<\/p>\n<p>Vers le XVe\u00a0si\u00e8cle, c\u2019est en Europe de l\u2019Ouest qu\u2019il fut le plus \u00e9vident que le f\u00e9odalisme laissait sa place au capitalisme (en Europe de l\u2019Est, le f\u00e9odalisme demeura puissant jusqu\u2019au XIXe\u00a0si\u00e8cle). Les paysans \u00e9taient chass\u00e9s des terres en Angleterre et l\u2019agriculture avan\u00e7ait d\u2019un point de vue technologique \u2013 produisant la nourriture et les fibres pour soutenir une population plus nombreuse et permettre aux industries de la laine et du lin en particulier de fonctionner. La base technologique de l\u2019industrie, de m\u00eame que son organisation sociale et \u00e9conomique, se voyaient transform\u00e9es. Le commerce africain en acc\u00e9l\u00e9ra diff\u00e9rents aspects, comme not\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, et notamment l\u2019int\u00e9gration de l\u2019Europe occidentale. C\u2019est pourquoi la relation avec l\u2019Afrique contribua non seulement \u00e0 la croissance \u00e9conomique (une dimension quantitative) mais aussi au d\u00e9veloppement r\u00e9el, au sens d\u2019une capacit\u00e9 accrue d\u2019expansion et d\u2019ind\u00e9pendance. Si l\u2019on parle de la traite europ\u00e9enne des esclaves, il faut mentionner les \u00c9tats-Unis, non seulement parce que sa population dominante \u00e9tait initialement europ\u00e9enne mais aussi parce que l\u2019Europe transf\u00e9ra ses institutions capitalistes plus compl\u00e8tement en Am\u00e9rique du Nord que n\u2019importe o\u00f9 ailleurs et y \u00e9tablit une puissante forme de capitalisme \u2013 apr\u00e8s avoir \u00e9limin\u00e9 la population indig\u00e8ne et exploit\u00e9 la force de travail de millions d\u2019Africains. Comme d\u2019autres parties du Nouveau Monde, les colonies am\u00e9ricaines de la Couronne britannique furent utilis\u00e9es comme moyens d\u2019accumulation du capital avant de r\u00e9injecter ce dernier en Europe. Mais les colonies du Nord eurent aussi un acc\u00e8s direct aux b\u00e9n\u00e9fices de l\u2019esclavage pratiqu\u00e9 en Am\u00e9rique du Sud et dans les Antilles britanniques et fran\u00e7aises. Comme en Europe, les profits r\u00e9alis\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019esclavage et la traite b\u00e9n\u00e9fici\u00e8rent en premier lieu aux ports commerciaux et aux aires industrielles, ce qui signifiait principalement le littoral du nord-est connu sous le nom de Nouvelle-Angleterre ainsi que l\u2019\u00c9tat de New York. Le panafricaniste W. E. B. Du Bois, dans une \u00e9tude sur la traite am\u00e9ricaine des esclaves, citait un rapport de 1862\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab\u00a0Le nombre de personnes impliqu\u00e9es dans le commerce des esclaves et le montant du capital qui y est engag\u00e9 exc\u00e8dent notre capacit\u00e9 de calcul. La ville de New York a \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui le principal port dans le monde pour ce commerce inf\u00e2me\u00a0; m\u00eame si les villes de Portland et Boston la secondaient dans cette distribution.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Jusqu\u2019au milieu du XIXe\u00a0si\u00e8cle, le d\u00e9veloppement \u00e9conomique am\u00e9ricain reposait directement sur le commerce ext\u00e9rieur, dont l\u2019esclavage \u00e9tait un pivot. Dans les ann\u00e9es 1830, le coton cultiv\u00e9 par les esclaves comptait pour environ la moiti\u00e9 de la valeur de l\u2019ensemble des exportations des \u00c9tats-Unis. De plus, dans le cas des colonies am\u00e9ricaines du XVIIIe\u00a0si\u00e8cle, on peut observer de nouveau que l\u2019Afrique contribua de bien des mani\u00e8res \u2013 une chose en amenant une autre. Par exemple en Nouvelle-Angleterre, le commerce avec l\u2019Afrique, l\u2019Europe et les Antilles d\u2019esclaves et de produits issus de l\u2019esclavage fournit des cargaisons pour la marine marchande, stimula la croissance de l\u2019industrie navale, permit de construire les villes et d\u2019utiliser leurs for\u00eats, leurs p\u00eacheries et leurs sols plus efficacement. D\u2019ailleurs, c\u2019est le transport de marchandise entre les colonies esclavagistes des Antilles et l\u2019Europe qui est \u00e0 l\u2019origine de l\u2019\u00e9mancipation des colonies am\u00e9ricaines de la tutelle britannique, et ce n\u2019est pas un hasard si la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine a commenc\u00e9 dans la principale ville de Nouvelle-Angleterre, Boston. Au XIXe\u00a0si\u00e8cle, le lien avec l\u2019Afrique continua de jouer un r\u00f4le indirect dans l\u2019\u00e9volution de la politique \u00e9tats-unienne. En premier lieu, les profits des activit\u00e9s de l\u2019esclavage allaient dans les coffres des partis politiques mais plus important encore, la stimulation africaine et la main-d\u2019\u0153uvre noire jou\u00e8rent un r\u00f4le vital dans l\u2019extension du contr\u00f4le europ\u00e9en sur le territoire actuel des \u00c9tats-Unis \u2013 dans le Sud, aussi bien que dans \u00ab\u00a0l\u2019Ouest sauvage\u00a0\u00bb, o\u00f9 s\u2019employaient de nombreux cowboys noirs.<\/p>\n<p>L\u2019esclavage fut utile \u00e0 l\u2019accumulation primitive du capital mais il \u00e9tait trop rigide pour le d\u00e9veloppement industriel. Des outils grossiers et incassables \u00e9taient fournis aux esclaves, ce qui retardait le d\u00e9veloppement capitaliste de l\u2019agriculture et de l\u2019industrie. C\u2019est pourquoi le nord des \u00c9tats-Unis tira de bien plus grands b\u00e9n\u00e9fices industriels de l\u2019esclavage que le Sud, qui pourtant comptait sur son sol les institutions esclavagistes\u00a0; et en d\u00e9finitive, une nouvelle \u00e9tape fut franchie pendant la guerre de S\u00e9cession, lorsque les capitalistes du Nord combattirent pour faire cesser l\u2019esclavage \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des fronti\u00e8res des \u00c9tats-Unis afin que l\u2019ensemble du pays puisse atteindre un stade capitaliste plus avanc\u00e9.<\/p>\n<p>En effet, dans la seconde moiti\u00e9 du XIXe\u00a0si\u00e8cle, les relations esclavagistes dans le Sud \u00e9taient devenues contradictoires avec l\u2019expansion de la base productive des \u00c9tats-Unis dans leur ensemble, et une confrontation violente s\u2019ensuivit avant que ne se g\u00e9n\u00e9ralisent les relations capitalistes de travail l\u00e9galement libres. L\u2019Europe avait maintenu l\u2019esclavage dans des endroits g\u00e9ographiquement \u00e9loign\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne\u00a0; et ainsi \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Europe elle-m\u00eame, les relations capitalistes s\u2019\u00e9labor\u00e8rent sans que leur soit nuisible l\u2019esclavage aux Am\u00e9riques. N\u00e9anmoins, en Europe aussi vint un moment o\u00f9 les \u00c9tats capitalistes de premier plan consid\u00e9r\u00e8rent que la traite et l\u2019utilisation du travail des esclaves aux Am\u00e9riques n\u2019\u00e9taient plus dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de leur d\u00e9veloppement \u00e0 venir. La Grande-Bretagne prit cette d\u00e9cision t\u00f4t au XIXe\u00a0si\u00e8cle, bient\u00f4t suivie par la France.<\/p>\n<p>Parce que le capitalisme, comme n\u2019importe quel mode de production, est un syst\u00e8me total qui implique un aspect id\u00e9ologique, il est n\u00e9cessaire de se concentrer \u00e9galement sur les effets que les liens avec l\u2019Afrique eurent sur le d\u00e9veloppement des id\u00e9es au sein de la superstructure de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste europ\u00e9enne. Dans cette sph\u00e8re, la caract\u00e9ristique la plus frappante est sans aucun doute l\u2019essor du racisme comme \u00e9l\u00e9ment largement r\u00e9pandu et profond\u00e9ment enracin\u00e9 dans la pens\u00e9e europ\u00e9enne. Le r\u00f4le de l\u2019esclavage dans la promotion des pr\u00e9jug\u00e9s et de l\u2019id\u00e9ologie racistes a \u00e9t\u00e9 attentivement \u00e9tudi\u00e9 dans certains contextes, en particulier aux \u00c9tats-Unis. Le fait est qu\u2019aucun peuple ne peut en r\u00e9duire un autre en esclavage pendant des si\u00e8cles sans en tirer une notion de sup\u00e9riorit\u00e9, et quand la couleur ou d\u2019autres caract\u00e9ristiques physiques de ces peuples \u00e9taient suffisamment diff\u00e9rentes, il \u00e9tait in\u00e9vitable que le pr\u00e9jug\u00e9 prenne une forme raciste. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de l\u2019Afrique, la m\u00eame chose peut \u00eatre dite \u00e0 propos de la province du Cap en Afrique du Sud, o\u00f9 les hommes blancs ont \u00e9tabli leur sup\u00e9riorit\u00e9 militaire et sociale sur les non-Blancs depuis 1650.<\/p>\n<p>Il serait un peu cavalier d\u2019affirmer que tous les pr\u00e9jug\u00e9s de couleur et de race en Europe d\u00e9rivent de l\u2019esclavage des Africains et de l\u2019exploitation des peuples non blancs dans les premiers si\u00e8cles du commerce international. L\u2019antis\u00e9mitisme \u00e9tait ancr\u00e9 en Europe depuis plus longtemps encore, et il y a toujours un \u00e9l\u00e9ment de suspicion et d\u2019incompr\u00e9hension quand des peuples de diff\u00e9rentes cultures se rencontrent. Pourtant, on peut affirmer sans r\u00e9serve que le racisme blanc qui finit par impr\u00e9gner le monde faisait partie int\u00e9grante du mode de production capitaliste. La question n\u2019\u00e9tait pas de savoir comment tel individu blanc traitait tel individu noir. Le racisme de l\u2019Europe fut un ensemble de g\u00e9n\u00e9ralisations et de suppositions, sans aucune base scientifique, mais rationalis\u00e9es dans toutes les sph\u00e8res, depuis la th\u00e9ologie jusqu\u2019\u00e0 la biologie.<\/p>\n<p>Parfois, on commet l\u2019erreur de penser que les Europ\u00e9ens esclavagis\u00e8rent les Africains pour des raisons racistes. Les planteurs et les prospecteurs de mines europ\u00e9ens r\u00e9duisirent les Africains en esclavage pour des raisons \u00e9conomiques, pour exploiter leur force de travail. Il aurait \u00e9t\u00e9 en effet impossible de s\u2019ouvrir le Nouveau Monde et d\u2019en faire un g\u00e9n\u00e9rateur constant de richesses sans le travail africain. Il n\u2019y avait pas d\u2019alternatives\u00a0: la population am\u00e9ricaine (indienne) avait \u00e9t\u00e9 quasiment \u00e9radiqu\u00e9e et les Europ\u00e9ens \u00e9taient \u00e0 ce moment-l\u00e0 trop peu nombreux pour pouvoir peupler eux-m\u00eames l\u2019outre-mer. Par la suite, \u00e9tant devenus enti\u00e8rement d\u00e9pendant du travail africain, les Europ\u00e9ens, chez eux et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, se virent dans la n\u00e9cessit\u00e9 de rationaliser cette exploitation en termes racistes. L\u2019oppression suit logiquement l\u2019exploitation, comme pour la garantir. L\u2019oppression du peuple africain sur une base purement raciale accompagna, renfor\u00e7a et devint indistincte de l\u2019oppression \u00e9conomique. C\u00e9l\u00e8bre panafricaniste\u00a0<em>et\u00a0<\/em>marxiste, C. L. R. James remarqua un jour que\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>\u00ab\u00a0La question raciale est subsidiaire de la question de classe en politique et penser l\u2019imp\u00e9rialisme en termes de race est d\u00e9sastreux. Mais n\u00e9gliger le facteur racial comme \u00e9tant simplement fortuit est une erreur qui n\u2019est pas moins grave que de le rendre fondamental.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>On pourra ajouter qu\u2019au XIXe si\u00e8cle, le racisme blanc \u00e9tait devenu tellement institutionnalis\u00e9 dans le monde capitaliste (et en particulier aux \u00c9tats-Unis) qu\u2019il \u00e9tait parfois plus important m\u00eame que la maximisation des profits comme motif d\u2019oppression des Noirs.<\/p>\n<p>\u00c0 court terme, le racisme europ\u00e9en semble n\u2019avoir fait aucun mal aux Europ\u00e9ens eux-m\u00eames et ils se servirent de ces id\u00e9es erron\u00e9es pour justifier leur domination continue sur les peuples non blancs \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale. Mais la prolif\u00e9ration internationale d\u2019id\u00e9es racistes sectaires et non scientifiques \u00e9tait vou\u00e9e \u00e0 avoir des cons\u00e9quences n\u00e9gatives \u00e0 long terme. Parce qu\u2019on r\u00e9colte toujours ce que l\u2019on s\u00e8me, pendant le nazisme, les Europ\u00e9ens finirent par mettre des millions de leurs propres fr\u00e8res juifs dans des fours. De tels comportements au sein de l\u2019Europe \u00ab\u00a0d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb ne sont pas aussi \u00e9tranges que ce que l\u2019on veut parfois nous faire croire. Il y a toujours eu une contradiction entre l\u2019\u00e9laboration d\u2019id\u00e9es d\u00e9mocratiques en Europe et les pratiques autoritaires et crapuleuses des Europ\u00e9ens envers les Africains. Quand la R\u00e9volution fran\u00e7aise proclama \u00ab\u00a0la libert\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9 et la fraternit\u00e9\u00a0\u00bb, cela ne s\u2019appliquait pas aux Noirs africains que la France r\u00e9duisait en esclavage aux Antilles et dans l\u2019oc\u00e9an Indien. La France alla jusqu\u2019\u00e0 combattre les efforts d\u2019\u00e9mancipation de ces peuples et les meneurs de leur r\u00e9volution bourgeoise d\u00e9clar\u00e8rent clairement qu\u2019ils ne l\u2019avaient pas faite pour le compte de l\u2019humanit\u00e9 noire.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas plus vrai de dire que le capitalisme serait \u00e0 l\u2019origine de la d\u00e9mocratie, ni chez lui, en Europe, ni ailleurs. En Europe, il initia une discussion ou une certaine rh\u00e9torique de la libert\u00e9, mais elle se cantonnait \u00e0 la bourgeoisie et ne concerna jamais les travailleurs opprim\u00e9s\u00a0; et le traitement des Africains doit assur\u00e9ment avoir fait d\u2019une telle hypocrisie une habitude de la vie europ\u00e9enne, en particulier au sein de la classe dirigeante. Comment expliquer sinon le fait que l\u2019\u00c9glise chr\u00e9tienne participa pleinement au maintien de l\u2019esclavage tout en parlant de sauver des \u00e2mes\u00a0? C\u2019est aux \u00c9tats-Unis que l\u2019hypocrisie atteint son apog\u00e9e. Le premier martyr de la guerre de lib\u00e9ration nationale am\u00e9ricaine contre les colons britanniques au XVIIIe si\u00e8cle \u00e9tait un descendant d\u2019Africains, Crispus Attucks\u00a0; et des Africains, libres tout autant qu\u2019esclaves, jou\u00e8rent un r\u00f4le central dans les arm\u00e9es de Washington. Pourtant, la constitution des \u00c9tats-Unis autorisa la continuation de l\u2019esclavage des Africains. \u00c0 une \u00e9poque r\u00e9cente, certains lib\u00e9raux se sont inqui\u00e9t\u00e9s de ce que les \u00c9tats-Unis soient capables de crimes de guerre, comme ceux perp\u00e9tr\u00e9s \u00e0 My Lai au Vietnam. Mais le fait est que My Lai a commenc\u00e9 avec la r\u00e9duction en esclavage des Africains et des Indiens d\u2019Am\u00e9rique. Le racisme, la violence et la brutalit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 concomitants au syst\u00e8me capitaliste d\u00e8s qu\u2019il s\u2019est \u00e9tendu vers l\u2019ext\u00e9rieur, aux premiers si\u00e8cles du commerce international.<\/p>\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n<p>Illustration : \u00ab\u00a0<em>Les Anglais faisant part aux Africains du Trait\u00e9 de paix des puissances alli\u00e9es du 20 octobre 1815 sur l\u2019abolition de la traite des noirs<\/em>\u00a0\u00bb. \u00a9 Huesca.\u00a0Biblioth\u00e8que nationale de France,\u00a0<em>Wikimedia Commons,<\/em>\u00a0by-sa CC0<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/article>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous publions ici un extrait, issu du chapitre 3, de la traduction fran\u00e7aise du livre de Walter Rodney,\u00a0Comment l\u2019Europe sous-d\u00e9veloppa l\u2019Afrique, qui vient de para\u00eetre aux \u00e9ditions B42. Dans cet ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence dans le monde anglophone, paru originellement en 1972 (Verso a fait para\u00eetre une r\u00e9\u00e9dition en 2018, avec une pr\u00e9face d\u2019Angela Davis reprise &#8230; <a title=\"La contribution de l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019\u00e9conomie et aux croyances de l\u2019Europe du capitalisme primitif\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=6248\" aria-label=\"En savoir plus sur La contribution de l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019\u00e9conomie et aux croyances de l\u2019Europe du capitalisme primitif\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6249,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,35,21,36,7,28,18],"tags":[604,201,605,606,607,46,291,546,608,609,603],"class_list":["post-6248","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","category-amerique-du-sud","category-anti-imperialisme","category-europe","category-negrophobie","category-racismes","category-resistance-bruxelles","tag-accumulation-primitive","tag-afrique","tag-antilles","tag-capitalisme","tag-commerce-triangulaire","tag-esclavage","tag-etats-unis","tag-europe","tag-exploitation","tag-racisme","tag-walter-rodney"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6248","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6248"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6248\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6250,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6248\/revisions\/6250"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6249"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6248"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6248"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6248"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}