{"id":6218,"date":"2025-02-24T12:10:10","date_gmt":"2025-02-24T11:10:10","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=6218"},"modified":"2025-02-24T12:10:10","modified_gmt":"2025-02-24T11:10:10","slug":"la-porte-du-crack-une-fable-contemporaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=6218","title":{"rendered":"La Porte du Crack : une fable contemporaine"},"content":{"rendered":"<p>Il \u00e9tait une fois, dans la prosp\u00e8re \u00ab Cit\u00e9 des \u00c9toiles \u00bb, un \u00e9v\u00e9nement sur le point de troubler l\u2019ordre d\u2019un lieu pourtant habitu\u00e9 \u00e0 dominer les tumultes du monde. Ce quartier, strat\u00e9giquement ench\u00e2ss\u00e9 entre des banques et des vitrines de luxe, avait de tout temps incarn\u00e9 le triomphe de la rationalit\u00e9 et de l\u2019opulence. Pourtant, une dissonance insidieuse s\u2019\u00e9tait mise \u00e0 vibrer, distillant un malaise diffus dans cet univers pacifi\u00e9. L\u2019\u00e9picentre de cette perturbation ? Une poign\u00e9e de vagabonds ou \u00ab sans-chez-soi \u00bb, comme les appelaient les derniers r\u00eaveurs, avait os\u00e9 arpenter les rues de ce sanctuaire capitaliste. Ces \u00e2mes en errance, dont les chiens paraissaient plus humains que bien des hommes en cravate, tra\u00eenaient derri\u00e8re elles des sacs plastiques gonfl\u00e9s de leurs maigres tr\u00e9sors : des objets d\u00e9pareill\u00e9s, fragments d\u2019existences \u00e9chou\u00e9es ou outils bancals de survie. Leurs formes de vie, fragiles ou imp\u00e9rieuses, leurs pas, h\u00e9sitants ou obstin\u00e9s, repr\u00e9sentaient une \u00e9nigme pour tous ceux qui les apercevaient : une rupture dans l\u2019esth\u00e9tique du lieu, sorte de rumeur silencieuse dans le concert harmonieux de la prosp\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<div class=\"mceTemp\"><\/div>\n<p><a href=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/117635993_3285701464817537_4104888488720358930_o-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-4576 aligncenter\" src=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/117635993_3285701464817537_4104888488720358930_o-1-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/117635993_3285701464817537_4104888488720358930_o-1-300x300.jpg 300w, https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/117635993_3285701464817537_4104888488720358930_o-1-150x150.jpg 150w, https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/117635993_3285701464817537_4104888488720358930_o-1.jpg 526w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Bris\u00e9es par des ann\u00e9es de gal\u00e8re et d\u2019indiff\u00e9rence, ces \u00e2mes fractur\u00e9es ne commettaient pas, \u00e0 proprement parler, de crime. Leur seule \u00ab faute \u00bb \u00e9tait d\u2019offrir un contrepoint vivant \u00e0 l\u2019opulence environnante. Il ne fallait en effet pas grand-chose pour qu\u2019ils soient remarqu\u00e9s, jug\u00e9s ou cat\u00e9goris\u00e9s une fois pour toutes : un panier de pommes fauch\u00e9 sur un \u00e9tal trop garni, une querelle un peu trop bruyante ou simplement le partage involontaire de leur odeur.<\/p>\n<p>\u00ab Nous devons agir, et vite ! \u00bb tonna un patron de banque, sa voix vibrant d&rsquo;une certitude quasi scientifique, comme si les lois de l\u2019offre et de la demande, qu\u2019il \u00e9tudiait depuis l\u2019adolescence, lui offraient un aper\u00e7u de l\u2019univers tout entier. Ce Chief Executive Officer refl\u00e9tait parfaitement le faux enthousiasme de cette assembl\u00e9e o\u00f9 les visages ronds et empourpr\u00e9s se courbaient avec gravit\u00e9, comme si le poids des coupes de champagne rappelait celui de leur responsabilit\u00e9. \u00ab Si nous restons les bras crois\u00e9s, bient\u00f4t, ils d\u00e9ferleront dans les boutiques, et que deviendra notre r\u00e9putation ? \u00bb intervint un commer\u00e7ant, dont l\u2019apparente inqui\u00e9tude laissait filtrer une hypocrisie mal d\u00e9guis\u00e9e, comme si ses int\u00e9r\u00eats personnels se m\u00e9tamorphosaient en une grande cause nationale. Quant au chef de la cit\u00e9, Romain Romain &#8211; un homme \u00e0 la silhouette souple et \u00e0 la morale plus souple encore &#8211; il hocha gravement la t\u00eate, comme si chaque mouvement de son menton validait l\u2019ordre des choses. Quoique l\u2019on en dise ce hochement de t\u00eate conf\u00e9rait, pour les moins \u00e9veill\u00e9s fid\u00e8les, quelque autorit\u00e9 \u00e0 l\u2019absurde nature de ses propos : \u00ab Mes chers amis, ne vous inqui\u00e9tez pas, vos pr\u00e9occupations sont les miennes. Nous renforcerons la s\u00e9curit\u00e9, et, dans les meilleurs d\u00e9lais, nous \u00e9tablirons des strat\u00e9gies afin de d\u00e9barrasser notre cit\u00e9 de ces nuisibles. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 peine ces mots furent-ils prononc\u00e9s que la machine se mit en marche, aussi implacable qu\u2019une horloge bien huil\u00e9e. Des patrouilles furent envoy\u00e9es et de nouveaux dispositifs de contr\u00f4le furent install\u00e9s. Quant aux \u00e9ditorialistes, ces orf\u00e8vres du papier et du vacarme, ils s\u2019empress\u00e8rent de transformer le trouble en spectacle. Plumes aff\u00fbt\u00e9es et titres flamboyants, ils se mirent \u00e0 l\u2019ouvrage : \u00ab La Porte du Crack : quand l\u2019immigration engendre l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00bb, titra La Premi\u00e8re Heure, \u00ab Les gueux attaquent, panique \u00e0 la Porte du Crack ! \u00bb, claironna InfoSud, tandis que le journal Le Matin, plus sobre mais non moins s\u00e9v\u00e8re, interrogeait : \u00ab Chronique d\u2019un chaos annonc\u00e9 : comment prot\u00e9ger nos quartiers riches ? \u00bb<\/p>\n<p>La sentence \u00e9tait tomb\u00e9e, implacable comme un couperet : la racaille devait dispara\u00eetre. Mais dans l\u2019ombre des projecteurs, l\u00e0 o\u00f9 le regard des puissants s\u2019aventurait rarement, des voix discordantes commen\u00e7aient \u00e0 s\u2019\u00e9lever. Des travailleurs sociaux, des artistes de rue et quelques \u00e2mes solitaires osaient chuchoter des questions que nul ne voulait entendre : \u00ab Qui nuit vraiment ? Ces vagabonds aux mains vides ou ceux qui rendent le logement, la sant\u00e9 et la dignit\u00e9 inaccessibles ? \u00bb<\/p>\n<p>Dans ces murmures, on croyait entendre l\u2019\u00e9cho d\u2019une voix, une voix qui n\u2019appartenait ni aux vivants ni aux morts, mais \u00e0 la m\u00e9moire elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Sans-chez-soi et sans voix, pour une autre histoire de la Porte de Namur<br \/>\n(Succincte r\u00e9ponse au torchon de l\u2019\u00c9cho : \u00ab A la Porte de Namur, entre coups et crachats, la dure r\u00e9alit\u00e9 des commer\u00e7ants \u00bb)<\/p>\n<p>Si tu sens de la douleur, c\u2019est que tu es vivant. Mais si tu sens la douleur des autres, c\u2019est que tu es humain.<br \/>\nTolsto\u00ef<\/p>\n<p>Nos diff\u00e9rentes institutions accueillent et h\u00e9bergent chaque ann\u00e9e davantage d\u2019\u00eatres-en-vuln\u00e9rabilit\u00e9, et chaque ann\u00e9e de plus en plus d\u2019\u00eatres se retrouvent sans-chez-soi. Bienvenue en 2025 ! Bruxelles, avec ses avenues fi\u00e8res et ses ruelles fatigu\u00e9es, est confront\u00e9e \u00e0 une explosion des in\u00e9galit\u00e9s : les loyers sont inabordables, les centres d\u2019h\u00e9bergement d\u00e9bordent et les services sociaux sont satur\u00e9s. La situation dans le quartier de la Porte de Namur ne lui appartient pas, elle est bien plut\u00f4t le reflet de crises socio-\u00e9co-g\u00e9opolitiques mondiales. Les sympt\u00f4mes visibles tels que l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ou la pr\u00e9sence d\u2019individus-se-droguant-parmi-les-flux inqui\u00e8tent bien entendu les commer\u00e7ants et les politiciens: \u00ab C\u2019est mauvais pour le commerce ! \u00bb. D\u2019embl\u00e9e, nous sommes frapp\u00e9s par cette inqui\u00e9tude partag\u00e9e par les CEO des banques du quartier et le nouveau bourgmestre ixellois. N\u2019\u00e9tant pas oppos\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019expertise, une premi\u00e8re question s\u2019impose, essentielle du point de vue de ce qu\u2019il reste de cit\u00e9 : qu\u2019est-ce qui, selon Socrate, relie les politiciens et les commer\u00e7ants ? Leur passion pour les banquets ? Sans doute. Mais aussi et surtout leur obsession du gain personnel au d\u00e9triment du bien commun. Pour eux l\u2019homme n\u2019est qu\u2019un chiffre, et la cit\u00e9, un tableau Excel.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi nous, travailleurs sociaux et militants, r\u00e9p\u00e9tons que s\u2019attaquer uniquement aux effets en proposant davantage de s\u00e9curit\u00e9 ou des \u00ab plans d\u2019action concrets \u00bb \u00e0 court terme revient \u00e0 agir comme tous les mauvais politiciens du pass\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 ignorer d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment les causes structurelles et syst\u00e9miques de ces ph\u00e9nom\u00e8nes. Reconnaissons toutefois que s\u2019attaquer \u00e0 la flamb\u00e9e des prix du parc immobilier, au sous-financement et \u00e0 l\u2019inaccessibilit\u00e9 des services sociaux, \u00e0 la surinflation et \u00e0 la stagnation des salaires ne sera jamais \u00e0 l\u2019agenda des banquiers : ces crises nourrissent leurs dividendes. Nous disons simplement que ces probl\u00e9matiques devraient \u00eatre au centre des pr\u00e9tendues pr\u00e9occupations de tout politicien, du pr\u00e9tendu travail de tout journaliste.<\/p>\n<p>Renforcer les dispositifs de s\u00e9curit\u00e9 sans aborder les racines des probl\u00e8mes, c\u2019est nourrir une m\u00e9canique perverse o\u00f9 la pauvret\u00e9 devient un crime, et l\u2019opulence, une vertu. Un petit rappel foucaldien s\u2019impose : les cat\u00e9gories de \u00ab d\u00e9viants \u00bb et de \u00ab criminels \u00bb sont avant tout des constructions sociales, elles ne sont jamais neutres comme elles servent le r\u00e9seau de pouvoir. C\u2019est pourquoi lorsque le bourgmestre mentionne en un syntagme la pr\u00e9vention sans ne rien pr\u00e9ciser, il r\u00e9v\u00e8le par l\u00e0 m\u00eame qu\u2019il ignore que le service pr\u00e9vention et la cellule sans-abrisme de sa commune sont les plus actifs et reconnus de la ville par les acteurs de terrain. Or comme le souligne Fassin dans son ouvrage de 2011, \u00ab La Force de l\u2019ordre, Une anthropologie de la police des quartiers \u00bb, les politiques s\u00e9curitaires transforment les probl\u00e9matiques sociales en questions martiales, et la pr\u00e9vention devient le plus souvent un pr\u00e9texte \u00e0 des pratiques de contr\u00f4le coercitif. Les populations pr\u00e9caires sont de plus en plus stigmatis\u00e9es et per\u00e7ues comme des \u00ab fauteurs de d\u00e9sordre \u00bb, alors que toutes les autres cat\u00e9gories impliqu\u00e9es, des forces de l&rsquo;ordre aux commer\u00e7ants en passant par les toujours-d\u00e9j\u00e0-ad\u00e9quats-consommateurs, sont per\u00e7ues comme des victimes. Ce qu\u2019on appelle l&rsquo;ordre public est d\u00e8s lors moins une priorit\u00e9 qu&rsquo;un rappel \u00e0 l&rsquo;ordre social destin\u00e9 \u00e0 contenir et disqualifier les populations marginalis\u00e9es. Rappel \u00e0 l\u2019ordre social qui d\u00e9passe bien entendu \u00ab le r\u00f4le \u00bb des forces de l\u2019ordre et d\u00e9pend davantage des mots et actes des m\u00e9dias et politiciens mainstream. Ces derniers, en naturalisant des pratiques discriminatoires et en essentialisant les \u00ab d\u00e9viants \u00bb, creusent davantage les fractures sociales qu\u2019ils pr\u00e9tendent r\u00e9duire. Ainsi, le vol des riches par les pauvres est s\u00e9v\u00e8rement puni, tandis que les formes de spoliation syst\u00e9mique (exploitation \u00e9conomique, \u00e9vasion fiscale, conflits d\u2019int\u00e9r\u00eat non r\u00e9v\u00e9l\u00e9s) orchestr\u00e9es par les puissants sont rarement jug\u00e9es.<\/p>\n<p>Autrement formul\u00e9 d\u00e9noncer le vol de sans-abri revient \u00e0 stigmatiser des individus d\u00e9j\u00e0 marginalis\u00e9s sans reconna\u00eetre le r\u00f4le des in\u00e9galit\u00e9s socio-\u00e9conomiques qui les poussent \u00e0 agir. Que ces d\u00e9nonciations \u00e9manent de commer\u00e7ants et de banquiers nous rappellent seulement \u00e0 quel point le cynisme est la norme, \u00e0 quel point Marx est enterr\u00e9, \u00e0 quel point les classes dominantes d\u00e9nient leurs privil\u00e8ges. Pour ne donner qu\u2019un exemple, Sarkozy, au lieu d\u2019\u00eatre en prison \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 pour ses 20 prochaines vies, revient des Seychelles pour un \u00e9ni\u00e8me petit proc\u00e8s qui a d\u00e9but\u00e9 il y a dix ans : 4800 pi\u00e8ces de proc\u00e9dure remplissant 73 tomes de (potentielles) infractions financi\u00e8res, ces derni\u00e8res ayant (plus que probablement) engendr\u00e9 l\u2019un des assassinats les plus odieux sur quelque chef d\u2019\u00c9tat. Et \u00e0 300 kilom\u00e8tres de cette tr\u00e8s mauvaise blague qui n\u2019en finit pas, on doit subir des \u00ab cris d\u2019alarme \u00bb de sp\u00e9culateurs sans \u00e2me pour deux pommes vol\u00e9es et deux agressions \u00ab perp\u00e9tr\u00e9es \u00bb(!) par \u00ab des affam\u00e9s \u00bb.<\/p>\n<p>Ce dont nous avons besoin, ce n\u2019est pas de le\u00e7ons de morale de banquiers ou de commer\u00e7ants mais d\u2019une attention nouvelle aux sans-chez-soi, les vrais habitants de nos quartiers, ceux-l\u00e0 m\u00eame qui donnent encore un peu de vie \u00e0 ce que nous appelions \u00ab l\u2019espace public \u00bb. Ce dont nous avons besoin, ce n\u2019est pas que \u00ab les zones de police prennent la main \u00bb mais bien d\u2019une rupture avec cette logique r\u00e9pressive et, en attendant une r\u00e9volution autre que celle du capital, d\u2019un investissement dans des politiques sociales : construction massive de logements sociaux, r\u00e9gulation des loyers, refinancement des soins de sant\u00e9 et d\u00e9veloppement de centres d\u2019accueil adapt\u00e9s. Ces mesures doivent \u00eatre compl\u00e9t\u00e9es par un acc\u00e8s inconditionnel \u00e0 des services d\u2019accompagnement psychosocial et de traitement des addictions, pour offrir \u00e0 chaque individu une chance de reconstruire sa vie ou, \u00e0 d\u00e9faut, de survivre le plus dignement possible. C\u2019est en ce sens que, depuis 18 mois, le projet Sublink a permis \u00e0 140 personnes sans-chez-soi de loger quelques nuits \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, et pour la plupart d\u2019emprunter des chemins vers quelque aller-mieux. C\u2019est en ce sens que la Stib vient de lancer Includo, \u00e0 savoir 20 agents-en-train-de-se-former pour orienter et accompagner les sans-abris plut\u00f4t que de les jeter hors des stations. L\u2019urgence d\u2019instaurer une v\u00e9ritable culture du care et de la prise de soin t\u00e9moigne avant tout d\u2019un syst\u00e8me-monde o\u00f9 la maltraitance est devenue la norme.<\/p>\n<p>Parmi les sans-abris et les consommateurs de drogues que l\u2019on stigmatise, il y a avant tout des hommes et des femmes avec des histoires complexes : des jeunes abandonn\u00e9s ou broy\u00e9s par un syst\u00e8me \u00e9ducatif in\u00e9galitaire, des travailleurs licenci\u00e9s sans filet de s\u00e9curit\u00e9, des migrants ayant fui quelque guerre et-ou priv\u00e9s de droits fondamentaux, des \u00eatres incapables de payer leur loyer, des individus victimes de l\u2019explosion des troubles de sant\u00e9 mentale dans une soci\u00e9t\u00e9 ax\u00e9e sur la performance et la comp\u00e9tition. Ces \u00eatres sont les survivants d\u2019une bataille que personne n\u2019a vu se d\u00e9rouler, les t\u00e9moins muets de la violence d\u2019un monde o\u00f9 l\u2019exclusion n\u2019est pas l\u2019exception mais la r\u00e8gle. Ils m\u00e9ritent bien plus que notre compassion &#8211; ils m\u00e9ritent a minima notre col\u00e8re, col\u00e8re tourn\u00e9e contre les racines m\u00eames de leur pr\u00e9carit\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi il appara\u00eet essentiel de repenser nos mani\u00e8res de concevoir le vivre-ensemble, la collectivit\u00e9, le commun et la communaut\u00e9. Pour ce faire, il s\u2019agit avant tout de percevoir et de raconter autrement ce qui ne cesse d\u2019appara\u00eetre dans l\u2019imaginaire social dominant : pour une agression ou un vol Porte de Namur toujours d\u00e9j\u00e0 m\u00e9diatis\u00e9, il y a des milliers de gestes d\u2019aide, de sourires et de rencontres entre les sans-chez-soi et les passants. L\u2019exception est m\u00e9diatis\u00e9e, non le quotidien. Lutter contre l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, c\u2019est d\u2019abord lutter contre ceux qui enfantent la peur de l\u2019autre, lutter contre ceux qui produisent la pauvret\u00e9, contre ceux qui marchandisent les besoins essentiels.<\/p>\n<p>En somme, qu\u2019un apprenti bourgmestre PS ayant pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00ab gouverner \u00bb avec le MR et les Engag\u00e9s plut\u00f4t qu\u2019avec les Verts soit r\u00e9ceptif au \u00ab cri d\u2019alarme \u00bb des CEO d\u2019Axa, d\u2019ING et de la Deutsche Bank ne nous \u00e9tonne plus, cela nous rappelle plut\u00f4t comment le terme \u00ab socialiste \u00bb est devenu une insulte ou au mieux une blague pour des millions de jeunes. Ce qui nous \u00e9tonne, c\u2019est que \u00ab ces inqui\u00e9tudes \u00bb soient relay\u00e9es sans dialectique, ou plut\u00f4t sans d\u00e9but d\u2019analyse, plus pr\u00e9cis\u00e9ment sans aucune question par autant de journalistes : \u00ab les autorit\u00e9s cherchent une solution \u00bb. Si nous voulons vraiment rem\u00e9dier \u00e0 la situation \u00e0 la Porte de Namur et ailleurs, il ne s\u2019agit pas tant de r\u00e9tablir l\u2019ordre que de r\u00e9inventer le monde, autrement dit non seulement de changer les lois, mais d\u2019\u00e9veiller les m\u00e9moires et d\u2019inverser les perspectives : r\u00e9tablir la dignit\u00e9 des opprim\u00e9s comme pierre angulaire d\u2019un nouveau contrat social.<\/p>\n<p>Des travailleurs sociaux en devenir<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il \u00e9tait une fois, dans la prosp\u00e8re \u00ab Cit\u00e9 des \u00c9toiles \u00bb, un \u00e9v\u00e9nement sur le point de troubler l\u2019ordre d\u2019un lieu pourtant habitu\u00e9 \u00e0 dominer les tumultes du monde. Ce quartier, strat\u00e9giquement ench\u00e2ss\u00e9 entre des banques et des vitrines de luxe, avait de tout temps incarn\u00e9 le triomphe de la rationalit\u00e9 et de l\u2019opulence. &#8230; <a title=\"La Porte du Crack : une fable contemporaine\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=6218\" aria-label=\"En savoir plus sur La Porte du Crack : une fable contemporaine\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":878,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[539,18,39],"tags":[14],"class_list":["post-6218","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-belgique","category-resistance-bruxelles","category-sans-papier","tag-bruxelles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6218","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6218"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6218\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6219,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6218\/revisions\/6219"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/878"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6218"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6218"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6218"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}