{"id":5953,"date":"2024-06-07T14:48:13","date_gmt":"2024-06-07T13:48:13","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=5953"},"modified":"2024-06-07T14:48:13","modified_gmt":"2024-06-07T13:48:13","slug":"un-oubli-historique-le-commerce-belge-des-esclaves","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=5953","title":{"rendered":"Un oubli historique: le commerce \u00abbelge\u00bb des esclaves"},"content":{"rendered":"<div class=\"o-article__header\">\n<h3 class=\"o-article__title\" style=\"text-align: center;\">Un oubli historique: le commerce \u00abbelge\u00bb des esclaves<\/h3>\n<div class=\"o-article__meta\">\n<p class=\"o-article__meta-item\">Par\u00a0Stan Pannier,\u00a0traduit par\u00a0Olivier Vanwersch-Cot<\/p>\n<p class=\"o-article__meta-item o-article__meta-date\">15\/10\/2021<\/p>\n<p><span class=\"o-article__meta-item o-article__meta-time icon-clock\">11 min temps de lecture<\/span><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"o-article__body js-tooltip\">\n<p><strong>L\u2019implication des grandes puissances europ\u00e9ennes dans le commerce des esclaves est un fait connu. En revanche, on ignore souvent que les Pays-Bas m\u00e9ridionaux ont eux aussi activement particip\u00e9 \u00e0 la traite. Dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies du XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, de nombreux navires appareillaient du port d\u2019Ostende pour les c\u00f4tes d\u2019Afrique centrale et occidentale afin d\u2019y \u00e9changer leurs cargaisons de marchandises contre des \u00eatres humains. Les personnes r\u00e9duites en esclavage embarqu\u00e9es dans les navires ostendais se comptent sans doute par milliers. Mais il reste \u00e0 mener une \u00e9tude approfondie pour appr\u00e9cier l\u2019ampleur exacte du ph\u00e9nom\u00e8ne, explique l\u2019historien Stan Pannier. Les recherches qu\u2019il effectue aupr\u00e8s du\u00a0<\/strong><strong><em>Vlaams Instituut voor de Zee<\/em><\/strong><strong>\u00a0(VLIZ, Institut flamand de la mer) visent \u00e0 faire la lumi\u00e8re sur cette p\u00e9riode.<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<div class=\"o-article__header\"><\/div>\n<div class=\"o-article__body js-tooltip\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"m-gallery o-article__gallery o-article__gallery--right\">\n<div class=\"m-gallery__images\">\n<div class=\"m-gallery__image-wrapper\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" title=\"De zwarte handel Portocarero\" src=\"https:\/\/www.les-plats-pays.com\/uploads\/_detail900\/De-zwarte-handel-Portocarero.jpg\" alt=\"De zwarte handel Portocarero\" data-src=\"https:\/\/www.les-plats-pays.com\/uploads\/_detail900\/De-zwarte-handel-Portocarero.jpg\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"m-gallery__description\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00abLes c\u00f4tes africaines re\u00e7oivent aussi la visite de navires des Pays-Bas m\u00e9ridionaux, et les Flamands s\u2019y livrent au m\u00eame abominable commerce que celui que les autres pays europ\u00e9ens pratiquent sans scrupule depuis des lustres.\u00bb Aujourd\u2019hui, cette activit\u00e9 est presque enti\u00e8rement tomb\u00e9e dans l\u2019oubli, mais la participation des commer\u00e7ants \u00abbelges\u00bb \u00e0 la traite des esclaves au d\u00e9but de la d\u00e9cennie 1780 n\u2019\u00e9tait en aucun cas un secret pour le touriste anglais James Shaw. Dans son r\u00e9cent livre\u00a0<em>De zwarte handel<\/em>\u00a0(Le March\u00e9 noir, 2021), Herman Portocarero \u00e9voque cette page de l\u2019histoire. De nombreuses questions demeurent encore aujourd\u2019hui sans r\u00e9ponse. L\u2019auteur conteste l\u2019opinion selon laquelle l\u2019esclavage appartient \u00e0 un pass\u00e9 d\u00e9finitivement r\u00e9volu. Conviant son lecteur \u00e0 un voyage dans le temps et l\u2019espace, et entrecoupant son r\u00e9cit d\u2019une foule d\u2019observations tir\u00e9es de ses quarante ans de carri\u00e8re diplomatique, il apporte les preuves que le racisme structurel de nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines constitue un h\u00e9ritage direct de la traite transatlantique. Un des autres m\u00e9rites de l\u2019ouvrage est de mettre en lumi\u00e8re la participation de capitaux et n\u00e9gociants \u00abbelges\u00bb \u00e0 ce commerce triangulaire.<\/p>\n<p>Dans cet article, j\u2019apporterai quelques compl\u00e9ments \u00e0 l\u2019\u00e9tude du trafic n\u00e9grier belge dont l\u2019ouvrage de Portocarero a pos\u00e9 les premiers jalons, puis je pr\u00e9ciserai les questions sur lesquelles devront porter les prochaines recherches.<\/p>\n<h2>D\u00e9ferlement sur Ostende<\/h2>\n<p>En 1775, le conflit latent entre la Grande-Bretagne et ses colonies nord-am\u00e9ricaines s\u2019envenima. Suivant la devise selon laquelle \u00abl\u2019ennemi de mon ennemi est mon ami\u00bb, de nombreux pays s\u2019engag\u00e8rent dans les hostilit\u00e9s et apport\u00e8rent leur soutien aux insurg\u00e9s am\u00e9ricains. La France \u00e9tait intervenue en 1778 et l\u2019Espagne en 1779, de sorte qu\u2019en 1780, quand les Provinces-Unies se r\u00e9solurent \u00e0 prendre part au conflit, Londres faisait la guerre \u00e0 toute l\u2019Europe de l\u2019Ouest. Toute l\u2019Europe de l\u2019Ouest? Non. Un pays poss\u00e9dant une bande c\u00f4ti\u00e8re de soixante kilom\u00e8tres de long cal\u00e9e entre les bellig\u00e9rants parvint \u00e0 se tenir \u00e0 l\u2019\u00e9cart du cliquetis des armes: les Pays-Bas m\u00e9ridionaux.<\/p>\n<blockquote class=\"centered\"><p>Pour attiser la flamme du commerce, l\u2019empereur Joseph II d\u00e9clara la ville port franc<\/p><\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s avoir appartenu pendant plus d\u2019un si\u00e8cle \u00e0 l\u2019empire espagnol, les Pays-Bas m\u00e9ridionaux \u00e9taient \u00e9chus \u00e0 la branche autrichienne des Habsbourg en 1714. Au XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, l\u2019Autriche, inqui\u00e8te de sa rivalit\u00e9 avec la Prusse et la Russie, se pr\u00e9occupait surtout de la situation en Europe centrale. Vienne n\u2019avait pas grand-chose \u00e0 gagner \u00e0 une participation active \u00e0 un conflit entre les puissances d\u2019Europe occidentale. Comme plusieurs autres souverains, les Habsbourg choisirent donc d\u2019int\u00e9grer la Ligue de neutralit\u00e9 arm\u00e9e pour prot\u00e9ger leur commerce maritime contre les al\u00e9as de la guerre.<\/p>\n<div class=\"m-gallery o-article__gallery \">\n<div class=\"m-gallery__images\">\n<div class=\"m-gallery__image-wrapper\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" title=\"1 Plattegrond van Oostende met stadsgezicht Matthaeus Seutter III 1708 1757\" src=\"https:\/\/www.les-plats-pays.com\/uploads\/_detail900\/1-Plattegrond-van-Oostende-met-stadsgezicht-Matthaeus-Seutter-III-1708-1757.jpg\" alt=\"1 Plattegrond van Oostende met stadsgezicht Matthaeus Seutter III 1708 1757\" data-src=\"https:\/\/www.les-plats-pays.com\/uploads\/_detail900\/1-Plattegrond-van-Oostende-met-stadsgezicht-Matthaeus-Seutter-III-1708-1757.jpg\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"m-gallery__description\">\n<p><cite>Plan de la ville d&rsquo;Ostende avec paysage urbain, r\u00e9alis\u00e9e par Matthaeus Seutter (III) dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XVIIIe si\u00e8cle, peu avant l&rsquo;apog\u00e9e de la ville.<\/cite>\u00a9 Rijksmuseum, Amsterdam<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>En Europe, la Grande-Bretagne, la France, l\u2019Espagne et les Provinces-Unies s\u2019affrontaient en effet plus souvent sur mer que sur terre. Le commerce maritime souffrait tout particuli\u00e8rement de cette situation. Les vaisseaux de guerre \u00e9taient autoris\u00e9s \u00e0 capturer tous les navires ennemis, et les amiraut\u00e9s accordaient \u00e0 des armateurs priv\u00e9s le droit de s\u2019emparer de cargaisons commerciales. Pendant ces ann\u00e9es de guerre, comment les n\u00e9gociants pouvaient-ils exercer leur activit\u00e9 dans une relative s\u00e9curit\u00e9? Beaucoup essayaient de se prot\u00e9ger de la puissante flotte britannique en op\u00e9rant depuis un port neutre, ou en naviguant sous un pavillon s\u00fbr. Rien d\u2019\u00e9tonnant que le gratin du n\u00e9goce europ\u00e9en converge\u00e2t vers Ostende d\u00e8s 1778. Pour attiser la flamme du commerce, l\u2019empereur Joseph II d\u00e9clara la ville port franc lors d\u2019une visite festive.<\/p>\n<blockquote class=\"\"><p>Ostende fut un temps \u00ab\u00a0the city that never sleeps\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce fut un succ\u00e8s. Et m\u00eame plus: un d\u00e9ferlement. On entendait une langue diff\u00e9rente \u00e0 chaque coin de rue, les ma\u00e7ons locaux manquaient de briques et les prix des maisons existantes atteignaient des sommets. L\u2019arm\u00e9e abattit les remparts afin de faire place \u00e0 de nouvelles constructions. Ostende fut un temps\u00a0<em>the city that never sleeps<\/em>. \u00abDepuis mon arriv\u00e9e ici, je n\u2019ai jamais pu cesser le travail avant une heure du matin, \u00e9crivait un des employ\u00e9s d\u2019une maison de commerce. Hier, j\u2019ai m\u00eame d\u00fb veiller jusqu\u2019\u00e0 deux heures et demie.\u00bb Des vigiles durent \u00eatre engag\u00e9s pour veiller \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de la cit\u00e9 portuaire, autrefois si somnolente. En 1770, quatre cents navires avaient accost\u00e9 \u00e0 Ostende; en 1780, leur nombre avait bondi \u00e0 mille, puis \u00e0 deux mille un an plus tard. D\u2019autres records s\u00e9culaires furent battus: le chroniqueur Jacobus Bowens rapporte ainsi que vingt-cinq navires avaient quitt\u00e9 le port lors de la seule journ\u00e9e du 11 mars 1780. \u00abImpossible de s\u2019imaginer plus beau tableau\u00bb, s\u2019enthousiasmait un n\u00e9gociant dans un courrier \u00e0 un de ses clients habitant la campagne.<\/p>\n<h2>Roi du Congo<\/h2>\n<p>L\u2019euphorie r\u00e9gnante n\u2019incitait pas seulement au toujours plus et toujours plus grand, elle poussait aussi au toujours plus loin. Au contact des marchands \u00e9trangers op\u00e9rant sur les routes commerciales internationales, les entreprises locales port\u00e8rent leur regard au-del\u00e0 de l\u2019horizon. Les voyages vers la M\u00e9diterran\u00e9e n\u2019avaient plus rien d\u2019exotique; \u00e0 en croire Bowens, les marins flamands n\u2019ayant pas encore travers\u00e9 l\u2019Atlantique s\u2019attiraient d\u00e9sormais les quolibets de leurs camarades.<\/p>\n<div class=\"m-gallery o-article__gallery o-article__gallery--right\">\n<div class=\"m-gallery__images\">\n<div class=\"m-gallery__image-wrapper\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" title=\"4 aandeel Keyserlyche Indische Compagnie 1723\" src=\"https:\/\/www.les-plats-pays.com\/uploads\/_detail900\/4-aandeel-Keyserlyche_Indische_Compagnie_1723.jpg\" alt=\"4 aandeel Keyserlyche Indische Compagnie 1723\" data-src=\"https:\/\/www.les-plats-pays.com\/uploads\/_detail900\/4-aandeel-Keyserlyche_Indische_Compagnie_1723.jpg\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"m-gallery__description\">\n<p><cite>Une obligation de la Compagnie g\u00e9n\u00e9rale imp\u00e9riale des Indes, plus connue sous le nom de Compagnie d&rsquo;Ostende<\/cite>\u00a9 Wikimedia Commons<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas la premi\u00e8re fois que le grand commerce international se pratiquait depuis le port d\u2019Ostende. L\u2019ann\u00e9e 1722 avait d\u00e9j\u00e0 vu la fondation de la Compagnie g\u00e9n\u00e9rale imp\u00e9riale et royale des Indes (plus connue sous le nom de Compagnie d\u2019Ostende). L\u2019empereur Charles VI l\u2019avait dot\u00e9e d\u2019une charte lui accordant le privil\u00e8ge de commercer avec la Chine et le Bengale. Elle avait fait d\u2019excellentes affaires jusqu\u2019en 1727 o\u00f9, sous la pression des pays voisins, elle avait d\u00fb suspendre ses activit\u00e9s avant d\u2019\u00eatre officiellement dissoute quelques ann\u00e9es plus tard. Le regain d\u2019activit\u00e9 internationale de 1780 n\u2019avait n\u00e9anmoins que peu de points communs avec le succ\u00e8s de la Compagnie d\u2019Ostende. Les entreprises actives \u00e0 cette \u00e9poque devaient en effet s\u2019en sortir sans monopole d\u2019\u00c9tat: leurs principaux atouts r\u00e9sidaient dans l\u2019\u00e9tendue de leur r\u00e9seau et le climat politique propice. De nombreux vaisseaux partaient pour le Suriname, ou commer\u00e7aient avec des \u00eeles de la Cara\u00efbe telles que Saint-Thomas, la Martinique ou la Grenade. Une nouvelle destination ne tarda pas \u00e0 faire parler d\u2019elle: l\u2019Afrique.<\/p>\n<p>La figure marquante du commerce des Pays-Bas m\u00e9ridionaux avec l\u2019Afrique fut Fr\u00e9d\u00e9ric Romberg. L\u2019homme \u00e9tait n\u00e9 dans la ville d\u2019Iserlohn, actuellement situ\u00e9e en Allemagne. En 1755, il d\u00e9m\u00e9nagea \u00e0 Bruxelles pour y fonder son entreprise. Il amassa une fortune consid\u00e9rable dans le commerce de transit et ouvrit tr\u00e8s rapidement plusieurs succursales \u00e0 Louvain, Bruges, Ostende et Gand. Romberg sut tirer avantage des ann\u00e9es de guerre en vendant des documents de bord neutres aux commer\u00e7ants \u00e9trangers.<\/p>\n<div class=\"m-gallery o-article__gallery \">\n<div class=\"m-gallery__images\">\n<div class=\"m-gallery__image-wrapper\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" title=\"3 Portr\u00e4t von Friedrich von Romberg im Privatbesitz der Nachfahren\" src=\"https:\/\/www.les-plats-pays.com\/uploads\/_detail900\/3-Portr%C3%A4t_von_Friedrich_von_Romberg_im_Privatbesitz_der_Nachfahren.jpg\" alt=\"3 Portr\u00e4t von Friedrich von Romberg im Privatbesitz der Nachfahren\" data-src=\"https:\/\/www.les-plats-pays.com\/uploads\/_detail900\/3-Portr\u00e4t_von_Friedrich_von_Romberg_im_Privatbesitz_der_Nachfahren.jpg\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"m-gallery__description\">\n<p><cite>Frederik Romberg, la figure marquante du commerce des Pays-Bas m\u00e9ridionaux avec l\u2019Afrique<\/cite>\u00a9 Wikimedia Commons<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Assist\u00e9 par de tr\u00e8s riches coll\u00e8gues belges tels que Jean-Jacques Chapel et \u00c9douard de Walckiers, il commen\u00e7a \u00e0 armer des navires pour les envoyer vers les c\u00f4tes africaines. Le premier \u00e0 prendre le d\u00e9part fut le\u00a0<em>Marie-Antoinette<\/em>, ainsi baptis\u00e9 en hommage \u00e0 la reine de France et s\u0153ur de l\u2019empereur d\u2019Autriche Joseph II. D\u2019autres vaisseaux suivirent, parmi lesquels le\u00a0<em>Graaf van Vlaanderen<\/em>\u00a0(Comte de Flandre), le\u00a0<em>Staten van Brabant<\/em>\u00a0(\u00c9tats du Brabant) et\u00a0<em>Het Vlaamse Zeepaard<\/em>\u00a0(L\u2019Hippocampe flamand). Un des derniers bateaux \u00e0 faire route d\u2019Ostende vers l\u2019Afrique centrale fut le\u00a0<em>Koning van Congo<\/em>\u00a0(Roi du Congo) \u2013dont le nom semble aujourd\u2019hui faire cyniquement allusion au destin du pays pendant le si\u00e8cle suivant.<\/p>\n<h2>Armes \u00e0 feu et cauris<\/h2>\n<p>Un processus logistique de plusieurs mois pr\u00e9c\u00e9dait le d\u00e9part de chaque navire. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre assur\u00e9 la possession d\u2019un b\u00e2timent en \u00e9tat de naviguer, il fallait proc\u00e9der \u00e0 l\u2019achat de marchandises pouvant \u00eatre troqu\u00e9es en Afrique. Les cargaisons \u00e9taient particuli\u00e8rement h\u00e9t\u00e9roclites: \u00e0 Gand, Bruges et Ostende, les employ\u00e9s de Romberg bourraient les cales d\u2019armes \u00e0 feu, d\u2019alcools forts, de cotons imprim\u00e9s, de tabac, de quincaille et de cauris, ainsi que de miroirs, souliers et autres mouchoirs. L\u2019enr\u00f4lement d\u2019un capitaine exp\u00e9riment\u00e9, d\u2019un chirurgien et de marins repr\u00e9sentait \u00e9galement un poste budg\u00e9taire important. Le caract\u00e8re cosmopolite d\u2019Ostende se refl\u00e9tait dans les \u00e9quipages de Romberg: celui du\u00a0<em>Graaf van Vlaanderen<\/em>\u00a0se composait par exemple de Flamands, de Fran\u00e7ais, d\u2019Allemands, d\u2019Italiens et de Maltais. Une somme importante \u00e9tait enfin consacr\u00e9e aux vivres, aux m\u00e9dicaments, aux assurances et, dans le cas d\u2019un navire n\u00e9grier, aux cha\u00eenes et aux entraves.<\/p>\n<p>La pr\u00e9paration d\u2019une exp\u00e9dition vers l\u2019Afrique co\u00fbtait une fortune. Si malais\u00e9e que soit la conversion en unit\u00e9 mon\u00e9taire actuelle, on peut estimer que l\u2019investissement n\u00e9cessaire pour une grande exp\u00e9dition atteignait rapidement le million d\u2019euros. Comment rassembler une telle somme? \u00c0 ce stade de d\u00e9veloppement du commerce international, les d\u00e9tenteurs de capitaux s\u2019y mettaient souvent \u00e0 plusieurs pour financer une exp\u00e9dition. Ce partage s\u2019expliquait par l\u2019importance de la somme \u00e0 rassembler, mais aussi par le d\u00e9sir de limiter les risques. Toutes sortes d\u2019obstacles pouvaient en effet perturber le bon d\u00e9roulement d\u2019un voyage durant plusieurs mois, voire plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<div class=\"m-gallery o-article__gallery \">\n<div class=\"m-gallery__images\">\n<div class=\"m-gallery__image-wrapper\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" title=\"2 Map of West Africa Gold Coast Slave Coast Ivory Coast Geographicus Guinea ogilby 1670\" src=\"https:\/\/www.les-plats-pays.com\/uploads\/_detail900\/2-Map_of_West_Africa__Gold_Coast_Slave_Coast_Ivory_Coast__-_Geographicus_-_Guinea-ogilby-1670.jpg\" alt=\"2 Map of West Africa Gold Coast Slave Coast Ivory Coast Geographicus Guinea ogilby 1670\" data-src=\"https:\/\/www.les-plats-pays.com\/uploads\/_detail900\/2-Map_of_West_Africa__Gold_Coast_Slave_Coast_Ivory_Coast__-_Geographicus_-_Guinea-ogilby-1670.jpg\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"m-gallery__description\">\n<p><cite>Carte de l&rsquo;Afrique occidentale (vers 1670), r\u00e9alis\u00e9e par John Ogilby, d&rsquo;apr\u00e8s Jodocos Hondius et Johannes Janssonius. La r\u00e9gion est d\u00e9limit\u00e9e en fonction de son utilit\u00e9 \u00e9conomique pour les commer\u00e7ants europ\u00e9ens : Tandtkust, Goudkust, &#8230; de nombreux comptoirs le long de la c\u00f4te \u00e9taient \u00e9galement visit\u00e9s par des navires en provenance des Pays-Bas m\u00e9ridionaux.<\/cite>\u00a9 Wikimedia Commons<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Au contraire de la pratique actuelle, les actionnaires n\u2019investissaient pas directement dans l\u2019entreprise de Romberg, mais dans chacune de ses exp\u00e9ditions. Il arrivait aussi que le n\u00e9gociant \u00e9mette des actions regroupant le financement d\u2019une flottille de deux ou trois bateaux naviguant de conserve. L\u2019armateur et ses associ\u00e9s apportaient la majorit\u00e9 du capital, mais ces placements attiraient aussi bon nombre de particuliers, encourag\u00e9s par l\u2019exub\u00e9rance r\u00e9gnant \u00e0 Ostende et persuad\u00e9s de la volatilit\u00e9 de la conjoncture politique. Le fait que Portocarero mentionne Charles Fran\u00e7ois Vilain XIIII (\u00e0 ne pas confondre avec le c\u00e9l\u00e8bre homme d\u2019\u00c9tat Jean-Jacques Philippe Vilain XIIII) ne doit pas faire oublier que les classes poss\u00e9dantes belge, amstellodamoise, bordelaise et viennoise ont fourni \u00e0 Romberg des dizaines d\u2019autres souscripteurs.<\/p>\n<h2>Or, ivoire et hommes<\/h2>\n<p>En quatre ans, une quinzaine de navires partirent pour l\u2019Afrique. Les tout premiers avaient l\u2019Afrique de l\u2019Ouest pour destination, de l\u2019actuel S\u00e9n\u00e9gal jusqu\u2019au Ghana. Les suivants ne d\u00e9marr\u00e8rent les op\u00e9rations commerciales qu\u2019\u00e0 Ouidah (aujourd\u2019hui au B\u00e9nin), ou plus loin, sur les c\u00f4tes de l\u2019Angola. La plupart des navires pratiquaient le commerce des esclaves, seuls deux ou trois d\u2019entre eux \u00e9taient exclusivement d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la collecte d\u2019or et d\u2019ivoire. Romberg ordonnait entre autres \u00e0 leurs capitaines de n\u2019acheter que des d\u00e9fenses \u00absuffisamment grandes pour \u00eatre transform\u00e9es en boules de billard\u00bb.<\/p>\n<div class=\"m-gallery o-article__gallery o-article__gallery--right\">\n<div class=\"m-gallery__images\">\n<div class=\"m-gallery__image-wrapper\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" title=\"Voyageur\" src=\"https:\/\/www.les-plats-pays.com\/uploads\/_detail900\/voyageur.png\" alt=\"Voyageur\" data-src=\"https:\/\/www.les-plats-pays.com\/uploads\/_detail900\/voyageur.png\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"m-gallery__description\">\n<p><cite>Le Fran\u00e7ais Augustin Damiens de Gomicourt a consign\u00e9 sous le pseudonyme de D\u00e9rival les observations qu\u2019il a faites entre 1782 et 1784 lors d\u2019un voyage dans nos contr\u00e9es.<\/cite>\u00a9 Google Books<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Combien de personnes r\u00e9duites en esclavage aboutirent-elles dans les cales des navires de Romberg? Nous ne savons pas. Les rares publications examinant cette question en recensent g\u00e9n\u00e9ralement cinq mille, nombre repris par Portocarero dans son ouvrage. Cette estimation se fonde sur le t\u00e9moignage du Fran\u00e7ais Augustin Damiens de Gomicourt, qui a consign\u00e9 sous le pseudonyme de D\u00e9rival les observations qu\u2019il a faites entre 1782 et 1784 lors d\u2019un voyage dans nos contr\u00e9es. Grand partisan du commerce comme facteur de d\u00e9veloppement des \u00c9tats, Gomicourt ne manque jamais de chanter les louanges d\u2019individus comme Romberg. Son admiration lui fait souvent perdre tout sens critique. Ainsi affirme-t-il que Romberg emploie \u00e0 son service dix mille matelots, tout en conc\u00e9dant quelques chapitres plus loin qu\u2019ils ne sont en r\u00e9alit\u00e9 que deux mille.<\/p>\n<p>En ce qui concerne la traite, Gomicourt affirme que le\u00a0<em>Marie-Antoinette<\/em>\u00a0a convoy\u00e9 deux cent quatre-vingt-dix prisonniers, et les navires suivants, cinq mille. Sans doute faut-il corriger ces \u00e9valuations. Le Fran\u00e7ais ne tient par exemple pas compte du fait que plusieurs b\u00e2timents servaient uniquement \u00e0 la collecte d\u2019or et d\u2019ivoire. D\u2019autre part, pill\u00e9s par les corsaires ou victimes d\u2019avaries, certains navires n\u2019atteignaient pas les c\u00f4tes africaines. Il n\u2019en reste pas moins que le nombre des prisonniers embarqu\u00e9s sur les navires ostendais se monte \u00e0 plusieurs milliers.<\/p>\n<h2>Scorbut<\/h2>\n<p>Les organisateurs et les souscripteurs des exp\u00e9ditions \u00e9taient inform\u00e9s du caract\u00e8re intrins\u00e8quement violent du commerce d\u2019esclaves. Quand bien m\u00eame les histoires circulant \u00e0 ce sujet ne seraient jamais parvenues \u00e0 leurs oreilles, il suffisait aux investisseurs de lire le prospectus distribu\u00e9 par Romberg. Dans ce document comptable, l\u2019inhumanit\u00e9 de l\u2019entreprise se dissimule sous la mention purement statistique d\u2019une \u00abpr\u00e9vision de perte de neuf \u00e0 dix pour cent\u00bb parmi les captifs. Le pourcentage est optimiste: d\u2019apr\u00e8s la\u00a0<em>Trans-Atlantic Slave Trade Database<\/em>\u00a0\u2013banque de donn\u00e9es en ligne rassemblant une foule d\u2019informations sur le commerce des esclaves\u2013, treize pour cent des 6,5 millions de personnes enlev\u00e9es en Afrique au cours du seul XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle n\u2019atteignirent jamais l\u2019autre rive de l\u2019Atlantique. Cet effroyable quota ne repr\u00e9sentant qu\u2019une moyenne, il s\u2019ensuit que la mortalit\u00e9 effective \u00e9tait bien sup\u00e9rieure sur de nombreux bateaux.<\/p>\n<blockquote class=\"centered\"><p>Les organisateurs et les souscripteurs des exp\u00e9ditions \u00e9taient inform\u00e9s du caract\u00e8re intrins\u00e8quement violent du commerce d\u2019esclaves<\/p><\/blockquote>\n<p>Parmi la flotte de Romberg, ce fut par exemple le cas du\u00a0<em>Prins van Saksen-Teschen<\/em>\u00a0(Prince de Saxe-Teschen). Le\u00a0<em>Prins<\/em>\u00a0avait appareill\u00e9 en f\u00e9vrier 1783 d\u2019Ostende \u00e0 destination de l\u2019Afrique occidentale. Talonn\u00e9 par ses concurrents europ\u00e9ens, il dut s\u2019arr\u00eater presque un an sur les c\u00f4tes africaines avant d\u2019avoir suffisamment d\u2019hommes \u00e0 bord pour entreprendre le \u00abpassage du milieu\u00bb, autrement dit le voyage d\u2019Afrique en Am\u00e9rique. Pendant cette longue travers\u00e9e, le scorbut fit des ravages, de sorte qu\u2019il ne restait que cent dix-sept prisonniers en vie lorsqu\u2019il aborda au port de Cap-Ha\u00eftien, dans l\u2019\u00eele de Saint-Domingue (l\u2019actuel Ha\u00efti). Le capitaine renon\u00e7a pour cette raison \u00e0 rejoindre La Havane, sa destination initiale, et vogua vers Port-au-Prince. Comble de malheur, le navire fut pris par le calme pendant le parcours, ce qui entra\u00eena la mort de vingt-six hommes suppl\u00e9mentaires. En l\u2019\u00e9tat actuel des recherches, le nombre total de captifs initialement embarqu\u00e9s reste inconnu, mais on sait que le\u00a0<em>Prins<\/em>\u00a0pouvait contenir trois cent vingt-cinq prisonniers.<\/p>\n<p>Saint-Domingue, o\u00f9 avait mouill\u00e9 le\u00a0<em>Prins van Saksen-Teschen<\/em>, n\u2019\u00e9tait pas la seule \u00eele fran\u00e7aise fr\u00e9quent\u00e9e par les vaisseaux des Pays-Bas m\u00e9ridionaux; on les retrouvait, entre autres, \u00e0 la Guadeloupe. La Havane \u00e9tait une destination fort pris\u00e9e sur l\u2019\u00eele de Cuba, alors partie de l\u2019empire espagnol. Une fois achev\u00e9e la vente de leur marchandise humaine, les capitaines embarquaient dans ces ports autant de sucre, de coton, de caf\u00e9 et d\u2019indigo que pouvait en supporter leur bateau, puis mettaient le cap sur l\u2019Europe. Certains retournaient \u00e0 Ostende, mais d\u2019autres pr\u00e9f\u00e9raient filer vers Bordeaux, o\u00f9 ils esp\u00e9raient trouver plus d\u2019acheteurs pour leurs produits tropicaux.<\/p>\n<h2>Une histoire ignor\u00e9e<\/h2>\n<p>Le retour de la paix en Europe mit fin \u00e0 la traite transatlantique \u00abbelge\u00bb au d\u00e9part d\u2019Ostende. Mais l\u2019\u00e9tude de son fonctionnement n\u2019en est encore qu\u2019\u00e0 ses d\u00e9buts. Malgr\u00e9 les contributions d\u2019historiens tels que Paul Verhaegen, Hubert Van Houtte, Fernand Donnet, Dieudonn\u00e9 Rinchon et John Everaert au si\u00e8cle dernier, les \u00e9changes commerciaux passant par l\u2019Afrique occidentale et centrale demeurent des domaines de recherche inexplor\u00e9s. Un exemple: aucune exp\u00e9dition partie d\u2019Ostende ne figure encore dans le recensement quasi complet de la\u00a0<em>Trans-Atlantic Slave Trade Database<\/em>.<\/p>\n<div class=\"m-gallery o-article__gallery \">\n<div class=\"m-gallery__images\">\n<div class=\"m-gallery__image-wrapper\"><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" title=\"5 Schip van de Oostendse Compagnie\" src=\"https:\/\/www.les-plats-pays.com\/uploads\/_detail900\/5-Schip-van-de-Oostendse-Compagnie.jpg\" alt=\"5 Schip van de Oostendse Compagnie\" data-src=\"https:\/\/www.les-plats-pays.com\/uploads\/_detail900\/5-Schip-van-de-Oostendse-Compagnie.jpg\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"m-gallery__description\">\n<p><cite>L&rsquo;un des bateaux de la Compagnie d&rsquo;Ostende<\/cite>\u00a9 Beeldbank Kusterfgoed<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Les questions quantitatives ne sont pas les seules rest\u00e9es sans r\u00e9ponse, les questions qualitatives le sont aussi: comment des n\u00e9gociants tels que Romberg sont-ils parvenus \u00e0 se faire une place dans un syst\u00e8me transatlantique domin\u00e9 par les grandes puissances coloniales? Quels r\u00e9seaux nationaux et internationaux ont-ils utilis\u00e9s \u00e0 cette fin? Et comment ont-ils pu contourner les monopoles existants, ou s\u2019y faire une place?<\/p>\n<p>Les prochaines recherches, y compris le projet que je dirige en collaboration avec l\u2019Universit\u00e9 catholique de Louvain, le\u00a0<em>Vlaams Instituut voor de Zee<\/em>\u00a0et le\u00a0<em>Fonds voor Wetenschappelijk Onderzoek<\/em> (Fonds pour la recherche scientifique), devront porter sur ces questions. La mise en perspective des donn\u00e9es existantes et l\u2019\u00e9tude de nouvelles sources belges pourront fournir des r\u00e9ponses. \u00c0 l\u2019\u00e9tranger aussi, de nombreux documents attendent d\u2019\u00eatre exploit\u00e9s. Apr\u00e8s avoir enqu\u00eat\u00e9 aux Pays-Bas m\u00e9ridionaux, Shaw et Gomicourt rapport\u00e8rent en Angleterre et en France les r\u00e9sultats de leur recherche; les historiens contemporains devront faire le chemin inverse. Apr\u00e8s tout ce temps, le sujet m\u00e9rite qu\u2019on s\u2019y consacre.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"o-article__footer\">\n<div class=\"o-article__author\">\n<div class=\"o-article__author__image\">Stan Pannier<\/div>\n<div class=\"o-article__author__info\">\n<p>historien au\u00a0<em>Vlaams Instituut voor de Zee<\/em>\u00a0(VLIZ, Institut flamand de la mer)<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.les-plats-pays.com\/article\/un-oubli-historique-le-commerce-belge-des-esclaves\">SOURCE<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un oubli historique: le commerce \u00abbelge\u00bb des esclaves Par\u00a0Stan Pannier,\u00a0traduit par\u00a0Olivier Vanwersch-Cot 15\/10\/2021 11 min temps de lecture L\u2019implication des grandes puissances europ\u00e9ennes dans le commerce des esclaves est un fait connu. En revanche, on ignore souvent que les Pays-Bas m\u00e9ridionaux ont eux aussi activement particip\u00e9 \u00e0 la traite. Dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies du XVIIIe\u00a0si\u00e8cle, &#8230; <a title=\"Un oubli historique: le commerce \u00abbelge\u00bb des esclaves\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=5953\" aria-label=\"En savoir plus sur Un oubli historique: le commerce \u00abbelge\u00bb des esclaves\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5954,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,539,7,28],"tags":[31,46],"class_list":["post-5953","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","category-belgique","category-negrophobie","category-racismes","tag-belgique","tag-esclavage"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5953","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5953"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5953\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5955,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5953\/revisions\/5955"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/5954"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5953"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5953"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5953"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}