{"id":4931,"date":"2021-10-22T15:28:41","date_gmt":"2021-10-22T14:28:41","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=4931"},"modified":"2021-10-22T15:28:41","modified_gmt":"2021-10-22T14:28:41","slug":"junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=4931","title":{"rendered":"Junior Masudi Wasso et la ligne raciale dans la fronti\u00e8re postcoloniale"},"content":{"rendered":"<p>Par Aymar N. Bisoka (UMONS) et David Jamar (UMONS). Retour, \u00e0 partir des sciences sociales, sur une affaire r\u00e9cente.<\/p>\n<p><strong>Tentative indigne d\u2019expulsion de Junior Wasso<\/strong><\/p>\n<p>Le Secr\u00e9taire d\u2019Etat Samy Mahdi a \u00ab\u00a0raison\u00a0\u00bb, l\u2019Office des Etrangers qui d\u00e9livre les autorisations de s\u00e9jour et les ordres de quitter le territoire a \u00ab\u00a0raison\u00a0\u00bb et la politique a\u00e9roportuaire qui v\u00e9rifie les motifs a \u00ab\u00a0raison\u00a0\u00bb. C\u2019est \u00e0 notre sens par ce point qu\u2019il faut commencer pour raconter l\u2019histoire de Junior Wasso dont les papiers avaient pourtant \u00e9t\u00e9 d\u00fbment valid\u00e9s. Ceci ne rend pas la d\u00e9cision moins ignoble, au contraire<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftn1\">[1]<\/a>\u00a0; elle en devient, si l&rsquo;on analyse ces \u00ab\u00a0raisons\u00a0\u00bb, plus inqui\u00e9tante. Ajoutons : ces instances se sentent l\u00e9gitimes dans leurs raisons<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftn2\">[2]<\/a>\u00a0: voil\u00e0 pourquoi elles nous l\u2019ont bel et bien communiqu\u00e9, chacun jouant son r\u00f4le. La police a\u00e9roportuaire dispose des latitudes n\u00e9cessaires correspondant \u00e0 ce qui la d\u00e9finit : v\u00e9rifier les motifs. L\u2019Office des Etrangers s\u2019appuie all\u00e9grement sur ces rapports officiels et les ent\u00e9rine. Le Ministre\u00a0couvre son administration dans ce qu\u2019il nomme \u00ab Etat de Droit \u00bb. Bien entendu, le travail juridique consiste aussi \u00e0 s\u2019y infiltrer et \u00e0 tenter, jurisprudence \u00e0 l\u2019appui, de d\u00e9faire ces mailles organiques. Il n\u2019en reste pas moins que le cas n\u2019est pas exceptionnel, pas plus qu\u2019il ne rel\u00e8ve d\u2019un dysfonctionnement quelconque. L\u2019on peut \u00eatre choqu\u00e9 et cet \u00e9tat d\u2019esprit participe de la mobilisation mais qui, Noir ou Arabe, a eu affaire \u00e0 la police a\u00e9roportuaire sait intimement que l\u2019\u00e9tat de surprise concerne celles et ceux qui passent sans encombre les check points.\u00a0 \u00a0 <!--more--><\/p>\n<figure class=\"media--image format-33-pcent orientation-portrait\" data-js=\"zoom\">\n<\/figure>\n<figure class=\"media--image format-33-pcent orientation-portrait\" data-js=\"zoom\">\n<div class=\"media--image--wrapper\" data-opener-label=\"Agrandir l\u2019image\" data-closer-label=\"Fermer\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/etmagine\/default\/files\/2021\/10\/22\/capture-web-22-10-2021-134622-www-rtbf-be.jpg\" alt=\"\" width=\"661\" height=\"941\" data-original=\"https:\/\/static.mediapart.fr\/files\/2021\/10\/22\/capture-web-22-10-2021-134622-www-rtbf-be.jpg\" \/><\/div>\n<\/figure>\n<div data-opener-label=\"Agrandir l\u2019image\" data-closer-label=\"Fermer\">\n<p>L\u2019office avait en effet statu\u00e9 \u2013 annulation d&rsquo;un visa pr\u00e9alablement accord\u00e9, d\u00e9tention en vue d&rsquo;une expulsion &#8211; sur base du rapport de police douanier qui est habilit\u00e9z \u00e0 \u00ab v\u00e9rifier les motifs \u00bb, et \u00e0 \u00ab \u00e9tablir le but du voyage \u00bb. Et pourtant comme cela l\u2019a \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9, Junior Wasso \u00e9tait en ordre, plus qu\u2019il ne le faut m\u00eame. Monsieur Wasso disposait d\u2019une inscription \u00e0 l\u2019UCL (au-del\u00e0 de l\u2019admission donc, qui pourtant est la norme), d\u2019une \u00e9quivalence de dipl\u00f4me et l\u2019on connait les difficult\u00e9s \u00e0 l\u2019obtenir avant tout si l\u2019on vient du continent africain<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftn3\">[3]<\/a>, d\u2019un engagement de prise en charges financi\u00e8res d\u00fbment v\u00e9rifi\u00e9, engagements financiers cons\u00e9quents car ils incluent explicitement la prise en charge des frais de retour, y compris forc\u00e9 \u00e9tudes faites<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftn4\">[4]<\/a>,\u00a0marquant par l\u00e0, tr\u00e8s officiellement, par une sorte de \u2018au cas o\u00f9\u2019, et d\u00e8s le d\u00e9part, le soup\u00e7on d\u2019une \u2018usurpation\u2019 de s\u00e9jour. D\u2019o\u00f9 vient donc ce soup\u00e7on d\u2019usurpation possible ? Junior n\u2019a pas r\u00e9pondu \u00e0 la question : \u00ab Qui est Mendeleiev ? \u00bb alors que ses papiers attestent d\u2019une option science dans l\u2019enseignement secondaire.<\/p>\n<p>Il d\u00e9clare aller habiter \u00ab trop loin \u00bb de l\u2019UCL et n\u2019est pas au fait des syst\u00e8mes de transports en commun. Voil\u00e0 pour les \u00e9l\u00e9ments en situation. Posons qu\u2019il s\u2019agisse l\u00e0 d\u2019une cr\u00e9ation \u00e9tatique que l\u2019on ne peut dissocier des restrictions des droits d\u2019asile, du regroupement familial, et, depuis longtemps, des migrations \u00e9conomiques provenant des pays anciennement colonis\u00e9s par les pays europ\u00e9ens. C\u2019est dans ce cadre que se fabrique et se renforce de la distinction entre l\u00e9gal et ill\u00e9gal au sein des voies officiellement \u2018s\u00fbres et l\u00e9gales\u2019 de s\u00e9jours de longue dur\u00e9e sur le territoire belge. Et cette distinction, nous allons le voir ne peut qu\u2019avoir comme base, en apposant ici son blanc-seing et l\u00e0 non, le crit\u00e8re racial.<\/p>\n<p>Lorsque le Pr\u00e9sident F\u00e9lix Tshisekedi, alert\u00e9 par des \u00e9lus belges d\u2019origine congolaise et des membres et organisations de la diaspora congolaise, interviendra avec force aupr\u00e8s de l\u2019Ambassade de Belgique, la r\u00e9ponse de l\u2019Etat, par l\u2019Office interpos\u00e9, fut d\u2019accorder un visa provisoire de 15 jours<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftn5\">[5]<\/a>\u00a0\u00e0 Monsieur Wasso, non sans maintenir l\u2019annulation du VISA ant\u00e9rieur. A nouveau, cette annulation de VISA est pr\u00e9sent\u00e9e comme normale et l\u2019Office tout comme son Ministre de tutelle ont, encore une fois, raison. Ne pas l\u2019annuler mettrait en cause le r\u00f4le que doit tenir pour eux la police a\u00e9roportuaire. Reste \u00e0 Junior Wasso \u00e0 refaire les d\u00e9marches, \u00e0 r\u00e9introduire le dossier, ce qui, au moins provisoirement le met dans l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9. Mais l\u00e0 n\u2019est-il pas l\u2019essentiel\u00a0? Quitte \u00e0 mentir et \u00e0 affirmer que Monsieur Wasso n\u2019\u00e9tait pas en ordre, \u00e0 sous-entendre qu\u2019il pourrait compl\u00e9ter son dossier. C\u2019est sans doute le prix pay\u00e9 pour l\u2019intervention du Pr\u00e9sident Tshisekedi\u00a0: d\u2019accord pour votre \u00e9tudiant, mais voyez le poids que cela repr\u00e9sente pour nous\u00a0? Comment ne pas, in fine, nous remercier de ce que nous faisons pour\u00a0<i>vos\u00a0<\/i>\u00e9tudiants\u00a0? Voyez ce que nous vous\u00a0<i>offrons<\/i>.<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftn6\">[6]<\/a>\u00a0Annuler le VISA m\u00eame pour la \u00ab\u00a0forme\u00a0\u00bb fait donc partie de la m\u00e9canique postcoloniale.<\/p>\n<p>Les pages qui suivent montrent que, r\u00e9pondant \u00e0 l\u2019interpellation du pr\u00e9sident congolais sous le r\u00e9gime de la faveur qui lui serait faite, ce petit geste participe d\u2019une actualisation de la postcolonialit\u00e9. Elles tentent surtout de caract\u00e9riser la ligne raciale trac\u00e9e dans l\u2019espace de fronti\u00e8re lui-m\u00eame, en s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 l\u2019historicit\u00e9 \u2013 coloniale \u2013 de ce tri et en l\u2019inscrivant dans une r\u00e9alit\u00e9 postcoloniale.<\/p>\n<p><strong>Aux fronti\u00e8res de la colonie \u00a0\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Il n\u2019est gu\u00e8re possible de comprendre ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 Junior Wasso et ce qui arrive quotidiennement \u00e0 des millions d\u2019autres africains qui, pour diverses raisons, voyagent en toute l\u00e9galit\u00e9 en Europe, sans comprendre les durabilit\u00e9s coloniales qui se jouent au niveau de trois formes de fronti\u00e8res qu\u2019ils doivent franchir\u00a0: les ambassades dans leur pays d\u2019origine lors de demande de visa, les fronti\u00e8res europ\u00e9ennes pendant le voyage et la couleur de leur peau une fois en Europe. Ce p\u00e9riple dans lequel la question de la race est centrale est fort en parall\u00e8le avec la situation coloniale o\u00f9 la question de la fronti\u00e8re \u00e9tait centrale et o\u00f9 l\u2019on retrouvait des logiques d\u2019actions en certains points semblables quant \u00e0 la gouvernance des d\u00e9placements des noirs.<\/p>\n<p>En effet, les plantations coloniales \u00e9taient souvent parsem\u00e9es de ces blancs de basse classe dont la mission \u00e9tait d\u2019assurer la s\u00e9curit\u00e9 du ma\u00eetre et de son domaine. Ils devaient aussi s\u2019assurer que les noirs se tiennent \u00e0 leurs places et, surtout, travaillent au rythme d\u00e9fini par le ma\u00eetre, sinon plus. A d\u00e9faut, ils pouvaient se permettre de les fouetter, les emprisonner, les violer, les mutiler et parfois tout simplement les tuer. Ce n\u2019est pas que les ma\u00eetres accordaient \u00e0 ces gardiens blancs le pouvoir de vie et de mort sur les noirs. Apr\u00e8s tout, en tant que meubles de la plantation, ces noirs avaient souvent co\u00fbt\u00e9 chers \u00e0 leur propri\u00e9taire. Non, la toute-puissance de ces gardiens qui n\u2019avaient du maitre que la couleur blanche de leur peau provenait de zones grises que les r\u00e8gles de gestion des plantations laissaient express\u00e9ment aux services d\u2019ordre et de s\u00e9curit\u00e9 pour assurer la prosp\u00e9rit\u00e9 et la protection du colon.<\/p>\n<p>Les violences racistes et l\u2019omnipr\u00e9sence de la mort que respiraient les noirs dans les plantations esclavagistes comme dans les colonies \u00e9taient en r\u00e9alit\u00e9 li\u00e9es \u00e0 ce dispositif juridique apparemment arbitraire mais volontairement \u00e9tabli par le maitre pour plus d\u2019efficacit\u00e9. On peut dire qu\u2019un espace de non-droit existait a priori\u00a0: il \u00e9tait volontairement laiss\u00e9 aux gardiens blancs pour que, par tous les moyens qu\u2019ils avaient loisir d\u2019improviser et d\u2019exp\u00e9rimenter, ils puissent parvenir aux objectifs d\u00e9finis par le ma\u00eetre. Une palette de ces moyens devenait commun\u00e9ment admise, selon les cas singuliers auxquels avaient affaire les gardiens. Il pouvait arriver que le maitre se plaigne d\u2019une trop forte violence, voire les fasse ajuster \u00e0 la marge, mais il n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 question de mettre en cause les structures qui les rendaient possibles et qui en r\u00e9alit\u00e9 servaient de gage aux finalit\u00e9s inavou\u00e9es du maitre\u00a0: l\u2019exploitation des noirs. C\u2019\u00e9tait l\u00e0 aussi, \u00e0 partir de ces moyens, de l\u2019exp\u00e9rimentation de l\u2019acceptable, que se construisait une jurisprudence. La mort ne d\u00e9cidait d\u2019ailleurs pas de la nature de l\u2019acceptable\u00a0; le maintien de l\u2019ordre structurel, oui, avec ses morts n\u00e9cessaires et ses morts jug\u00e9es excessives.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, les colonis\u00e9s avaient tr\u00e8s bien compris que la personne \u00e0 bl\u00e2mer n\u2019\u00e9tait pas seulement le gardien blanc, mais bien le syst\u00e8me qui lui-m\u00eame \u00e9tait fond\u00e9 sur la violence raciale. Le principe racial de ce syst\u00e8me consistait avant tout dans l\u2019id\u00e9e de l\u2019apartheid\u00a0: une s\u00e9paration hi\u00e9rarchis\u00e9e de groupes humains et le contr\u00f4le de tout contact qui pouvait \u00eatre \u00e9tabli entre eux. Car, en r\u00e9alit\u00e9, dans la plantation, le racisme a consist\u00e9 d\u2019abord en l\u2019organisation rigoureuse d\u2019une s\u00e9paration, \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une fronti\u00e8re entre les noirs et les blancs. Dans la colonisation belge par exemple, les noirs ne pouvaient pas habiter dans les quartiers des blancs, ni y p\u00e9n\u00e9trer sans avoir re\u00e7u une autorisation pr\u00e9alable, une autorisation pour travailler. Il n\u2019y avait rien de raciste dans cette s\u00e9paration disait-on. C\u2019\u00e9tait simplement une exigence l\u00e9gale \u00e9tablie par un l\u00e9gislateur soucieux de la n\u00e9cessit\u00e9 pour les divers groupes culturels de vivre en paix. Une zone tampon s\u00e9parait le quartier des blancs et des quartiers noirs et, comme dans la plantation, on y trouvait aussi des gardiens qui avaient une sorte de toute puissance sur les noirs. Ces zones tampons ressemblaient \u00e0 ces zones grises o\u00f9, pour la qui\u00e9tude des colons et des m\u00e9tropoles par ricochet, ils pouvaient fouetter, emprisonner, violer, mutiler et parfois les tuer tout simplement. Ou simplement les refouler.<\/p>\n<p>Ainsi, \u00e0 la fois dans la plantation et sur les fronti\u00e8res de quartiers blancs, une forme de droit s\u2019appliquait, droit qui n\u2019avait rien \u00e0 voir avec celui qui \u00e9tait appliqu\u00e9 en m\u00e9tropole. Il avait pour principe l\u2019exercice d\u2019une terreur contre les noirs. Mais elle \u00e9tait tout en coh\u00e9rence avec celle de la m\u00e9tropole dont la puret\u00e9 ne pouvait \u00eatre maintenue, malgr\u00e9 l\u2019entreprise coloniale lucrative qu\u2019en tenant les noirs le plus loin possible, sauf pour les n\u00e9cessit\u00e9s de l\u2019entreprise\u00a0: former une classe d\u2019\u00e9volu\u00e9s sens\u00e9s devenir interm\u00e9diaire du pouvoir (post)colonial, d\u00fbment tri\u00e9s et \u00e0 condition qu\u2019ils retournent au Congo \u00e9tudes faites, et, dans les colonies, occuper les positions de maintenance et de domesticit\u00e9 au sein des quartiers blancs (soins des enfants, compagnons de jeux pour les enfants, gestion des d\u00e9chets, travaux d\u2019infrastructure, prostitution, etc.). La gestion de ces proximit\u00e9s \u00e0 distance<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftn7\">[7]<\/a>\u00a0s\u2019accompagne d\u2019une multiplication de check points visant \u00e0 s\u2019assurer que le bon corps utile passe alors que la perturbation \u00e9ventuelle est arr\u00eat\u00e9e. Et bien entendu le bon corps et le bon papier ici n\u2019est pas le m\u00eame que celui en vigueur l\u00e0-bas. En ce sens, disposer de laissez-passer repr\u00e9sente certes un droit de passage mais \u00e9galement et en m\u00eame temps la v\u00e9rification des motifs, les contr\u00f4les et leurs redoutables dangers. Il fallait alors non seulement un appareil militaire r\u00e9pressif mais aussi une administration qui devait assurer la gestion de ces \u00e9loignements, proximit\u00e9s n\u00e9cessaires et surveillance.<\/p>\n<p>Ce travail se faisait d\u00e9j\u00e0 par rapport \u00e0 quelques noirs qui vivaient en m\u00e9tropoles, une fois la fronti\u00e8re officiellement pass\u00e9e. Mais plus on s\u2019\u00e9loignait de la m\u00e9tropole, plus s\u2019intensifiait une violence arbitraire, ouverte et assum\u00e9e. Et le lointain est aussi bien ce qui s\u2019\u00e9loigne des p\u00f4les urbains que ce qui se passe dans la zone-fronti\u00e8re en tant que zone grise de droit au m\u00eame titre que dans la plantation. Et contrairement \u00e0 ce qu\u2019on peut s\u2019imaginer, ce contr\u00f4le de la mobilit\u00e9 des corps noirs, par les cartes de m\u00e9rite civique, les feuilles de routes, \u00e9tait davantage m\u00e9ticuleux pour les \u00e9volu\u00e9s, ceux-l\u00e0 qui, au sens des colons, entant qu\u2019\u00e9lites, constituaient un danger au syst\u00e8me colonial. Ces cartes, si solides pour les blancs, devenaient \u00ab\u00a0lieux de l\u2019impuissance\u00a0\u00bb pour l\u2019Africain<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftn8\">[8]<\/a>. Il fallait en encadrer strictement les pourtant n\u00e9cessaires d\u00e9placements, les \u00e9loigner aussi, par la rel\u00e9gation pour les plus importants d\u2019entre eux, mais aussi par la surveillance, l\u2019emprisonnement, voire l\u2019\u00e9limination physique. Bref, \u00e9volu\u00e9s ou non, le syst\u00e8me colonial a toujours, de ce point de vue, trait\u00e9 les noirs comme l\u2019incarnation au mieux d\u2019un mal n\u00e9cessaire, \u00e0 amender, \u00e0 la gestion de la colonie, au pire d\u2019un danger \u00e0 \u00e9viter par l\u2019\u00e9loignement, avec ou sans papiers. La fin du colonialisme, en tant que syst\u00e8me politique assum\u00e9, n\u2019a pas mis fin \u00e0 cette biopolitique de la nationalit\u00e9 vis-\u00e0-vis des noirs, qu\u2019ils soient en Afrique ou en Europe.<\/p>\n<p><strong>Des corps-fronti\u00e8res<\/strong><\/p>\n<p>En revisitant la biopolitique coloniale ci-haut, on ne peut pas ne pas remarquer des parall\u00e8les avec l\u2019histoire de Junior, voire des durabilit\u00e9s t\u00eatues que cette histoire fait ressurgir. Comme on vient de le voir, en colonie, la discrimination bas\u00e9e sur la race avait produit une fronti\u00e8re raciale, une ligne de couleur. Le corps des noirs \u2013 car il \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 question de la noirceur du corps dans sa mat\u00e9rialit\u00e9 \u2013 devait rester \u00ab le plus possible \u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9cart et il y avait, pour s\u2019en assurer, tout un appareillage juridique et administratif dont les zones grises faisaient partie int\u00e9grante. \u00ab Le plus possible \u00bb est ce qui se g\u00e8re aux check points par les op\u00e9rations de tri entre l\u2019autoris\u00e9, c\u2019est -\u00e0-dire, le n\u00e9cessaire \u00e0 passer du point de vue du pouvoir, et notamment en vertu du fait que les universit\u00e9s belges fonctionnent selon la logique de l\u2019internationalisation de la recherche et des \u00e9tudiants, autant que parall\u00e8lement, selon celle de la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement, et ce qui semble en d\u00e9border, c\u2019est-\u00e0-dire tous les autres desseins humains contenus dans le passage. Et apr\u00e8s tout, ne sont-elles pas trop laxistes, ces universit\u00e9s ou les instances d\u2019\u00e9quivalence de dipl\u00f4me<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftn9\">[9]<\/a>\u00a0?<\/p>\n<p>Ces corps qui \u00e9taient en r\u00e9alit\u00e9 leurs propres fronti\u00e8res devaient rester \u00e0 leurs places dans les ghettos, aux fronti\u00e8res des quartiers blancs et en plantations\u00a0; ces modalit\u00e9s de faire fronti\u00e8re se sont prolong\u00e9es en post-colonie et sans la compr\u00e9hension desquelles il est impossible de rendre compte de l\u2019histoire de Tr\u00e9sor Wasso.<\/p>\n<p>En amont de la police a\u00e9roportuaire, la fronti\u00e8re s\u2019organise d\u00e9j\u00e0 administrativement. Comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale, Junior Wasso et les Congolais qui doivent venir en Belgique pour leurs \u00e9tudes ou pour d\u2019autres raisons, longs ou courts s\u00e9jours, doivent passer une \u00e9preuve pour obtenir leurs visas. La palette des raisons valables est fortement d\u00e9j\u00e0 restreinte a priori (visite familiale \u00e9ventuelle, colloques, comp\u00e9titions sportives, affaires, \u00e9tudes, etc.). Dans tous les cas, sur place, le principe est de trier, contr\u00f4ler, limiter le plus possible les entr\u00e9es et de d\u00e9j\u00e0, v\u00e9rifier le but du voyage. L\u2019analyse des dossiers est bas\u00e9e sur la pr\u00e9somption que les Congolais, voire les africains qui viennent en Europe voudront y rester par tous les moyens n\u00e9cessaires. L\u2019une des exigences pour obtenir son visa d\u2019\u00e9tude est de prouver son intention de retourner dans son pays apr\u00e8s les \u00e9tudes ou un an apr\u00e8s celles-ci en cas d\u2019un contrat de travail, justifi\u00e9 par le fait de relever d\u2019un profil sp\u00e9cifique et rare sur le march\u00e9 du travail, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 obtenu. Les visites familiales sont conditionn\u00e9es \u00e0 la preuve de ressources durables au Congo, de lettres d\u2019invitations et de garants en Belgique.<\/p>\n<p>Et la Belgique d\u00e9finit, souvent sur place, au Congo, celui qui est susceptible de rester ou de rentrer, selon des crit\u00e8res qu\u2019elle d\u00e9finit de mani\u00e8re souvent arbitraire. Cela donne du pouvoir \u00e0 ces administratifs de d\u00e9cider de qui peut avoir son visa, qui ne peut pas l\u2019avoir et de qui le dossier doit partir \u00e0 Bruxelles pour \u00eatre bien \u00e9tudi\u00e9. Ces r\u00e8gles ne valent pas pour les Europ\u00e9ens, pour les Am\u00e9ricains, etc. qui b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019automatismes l\u00e9gaux et de routines administratives. Elles valent pour les africains, ce qui cr\u00e9e une masse de personnes de couleur noire et en provenance des pays anciennement colonis\u00e9s qui ne peuvent pas entrer en Europe ou qui doivent subir des tracasseries de tout genre. Et comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale, ces actes administratifs \u00e9voquent toujours des raisons juridiques et refusent de voir la mani\u00e8re dont ces r\u00e8gles et les zones grises o\u00f9 ils d\u00e9cident, souvent dans l\u2019esprits discriminatoire du droit, produisent de la race, c\u2019est-\u00e0-dire des noirs qui restent aux fronti\u00e8res de l\u2019Europe de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019ils restaient, pour la grande majorit\u00e9 d\u2019entre eux, aux fronti\u00e8res des quartiers blancs durant la p\u00e9riode coloniale. Les noirs qui ont voyag\u00e9 par le Maghreb les derni\u00e8res ann\u00e9es ont particuli\u00e8rement exp\u00e9riment\u00e9 ces dispositifs europ\u00e9ens sur le sol africain qui op\u00e8rent comme une d\u00e9localisation du tri (se mouvoir ou non) et des fronti\u00e8res europ\u00e9ennes sur le sol africain.<\/p>\n<p>Ensuite, l\u2019exp\u00e9rience de Junior Wasso \u00e0 Zaventem est la manifestation de cette m\u00eame technique de ne pas laisser entrer les noirs en Europe. Les corps noirs \u00e9taient, en colonie, en r\u00e9alit\u00e9 des fronti\u00e8res \u00e0 part enti\u00e8re. Il ne suffisait pas d\u2019avoir des papiers pour pouvoir entrer dans les quartiers des blancs. Il fallait surtout s\u2019arr\u00eater au post, se faire contr\u00f4ler et essayer de prouver non pas qu\u2019on avait re\u00e7u l\u2019autorisation d\u2019entrer mais qu\u2019on n\u2019avait pas fraud\u00e9 pour avoir cette autorisation (ref). La question devient\u00a0: pour qui y a-t-il enjeu \u00e0 v\u00e9rifier la v\u00e9racit\u00e9 d\u2019un papier d\u00fbment tamponn\u00e9\u00a0? Cette v\u00e9rification porte pratiquement en elle-m\u00eame le principe du \u00ab\u00a0profilage\u00a0\u00bb afin de cr\u00e9er de l\u2019efficacit\u00e9. Elle suppose que le soup\u00e7on fasse l\u2019objet d\u2019un profil afin de cr\u00e9er le tri. Un contr\u00f4le purement al\u00e9atoire, sans profilage rend impossible l\u2019op\u00e9ration de police a\u00e9roportuaire face \u00e0 l\u2019afflux des nationalit\u00e9s et des motifs\u00a0: la question \u00ab\u00a0ce Blanc est-il belge comme l\u2019affirme sa carte d\u2019id\u00e9ntit\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb est totalement inop\u00e9rante car elle rend impossible l\u2019op\u00e9ration de contr\u00f4le des trajectoires. Il n\u2019y aurait pas de points d\u2019appui \u00e0 moins de cr\u00e9er un namurois, un braban\u00e7on, un carolo suspect. Non, il faut autre chose. La ressource du tri prend appui sur les trajectoires d\u00e9finies comme potentiellement \u00ab\u00a0autres\u00a0\u00bb. Et les moyens sont ceux qui se voient, aux yeux policiers europ\u00e9ens, d\u2019un premier regard\u00a0: le corps et la nationalit\u00e9, tous deux arm\u00e9s d\u2019une th\u00e9orie sous-jacente ce faisant, d\u2019une sociologie d\u2019autant plus efficace qu\u2019elle dispose de son historicit\u00e9.<\/p>\n<p>La police a\u00e9roportuaire joue un r\u00f4le central dans le tri racial depuis de nombreuses ann\u00e9es. Comme ses repr\u00e9sentants l\u2019ont d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 la presse, elle v\u00e9rifie les motifs des actes par ailleurs l\u00e9gaux. C&rsquo;est une machine qui passe sous les institutions (ici ambassade, universit\u00e9, communaut\u00e9 fran\u00e7aise) et contribue \u00e0 la mise en \u0153uvre et fabrications\/exp\u00e9rimentation d&rsquo;actes de tri. Ces actes ne peuvent par d\u00e9finition que se baser sur le faci\u00e8s et\/ou la nationalit\u00e9 d&rsquo;origine, visant \u00e9galement, en plus des individus, \u00e9changes postaux, bagages etc., selon les &lsquo;priorit\u00e9s&rsquo; du moment.<\/p>\n<p>La police a\u00e9roportuaire a d&rsquo;ailleurs historiquement contribu\u00e9 \u00e0 la d\u00e9termination de \u00ab\u00a0fili\u00e8res de \u2018trafic\u2019 \u00e0 partir de t\u00e2tonnements policiers. Ouvertures de courriers se ciblant au fil du temps, ouvertures de colis en provenance du Nigeria, de Chine, ont contribu\u00e9 \u00e0, il y a maintenant plus de vingt ans, r\u00e9aliser une sociologie de ces groupes, en tant que groupes prioritaires cibl\u00e9s dans toute une s\u00e9rie d\u2019activit\u00e9s maffieuses. Alors, un envoi de pi\u00e8ce d\u2019identit\u00e9 se fait suspect et renforce statistiquement le caract\u00e8re suspect du pays d\u2019origine. De m\u00eame, une machine \u00e0 coudre de telle ou telle marque. Ces constations furent alors transform\u00e9es en notes internes, en politique des poursuites arm\u00e9e d\u2019une anthropologie portative des groupes sociaux concern\u00e9s, avec leurs victimes internes appel\u00e9es \u00e0 t\u00e9moigner contre une protection administrative restreinte. A tout ceci, au nom de nobles raisons triant le bon migrant du mauvais trafiquant, une part de la soci\u00e9t\u00e9 civile financ\u00e9e par l\u2019Etat y a participer (l\u2019ex MYRIA, le Centre pour l\u2019\u00c9galit\u00e9 des Chances y a particip\u00e9 au nom des victimes du trafic, Rapport CEC 1999 et 2000).<\/p>\n<p>Tout un travail de consultation de ces archives est \u00e0 pr\u00e9sent n\u00e9cessaire. Retenons pour l\u2019instant l\u2019existence de ces exp\u00e9rimentations polici\u00e8res locales. Celles-ci donnent lieu\/permettent\/s&rsquo;articulent \u00e0 toute une pseudo anthropologie ou sociologie et \u00e0 des politiques raciales. De quoi est faite cette sociologie polici\u00e8re\u00a0?\u00a0 Elle est arm\u00e9e d\u2019extrapolations des trajectoires typiques et d\u2019interpr\u00e9tations de celles-ci. D\u2019o\u00f9 viennent-ils\u00a0? O\u00f9 vont-ils\u00a0? Quelles sont leurs motivations\u00a0? Que feront-ils (ou elles) apr\u00e8s\u00a0? Ces trajectoires sont alors compar\u00e9es \u00e0 une trajectoire \u00ab\u00a0typique\u00a0\u00bb. En cas d\u2019\u00e9cart, le rapport entre ce que les arriv\u00e9.es disent et ce qu\u2019ils ont fait, font ou feront est mis en doute et l\u2019objet (papier) ne r\u00e9siste pas \u00e0 ce doute. Ces extrapolations se consolident dans une m\u00e9thodologie du tri, bref dans la production de cat\u00e9gories efficientes pour l\u2019action. Le tri est d\u2019autant plus courant que les trajectoires \u00ab\u00a0id\u00e9ales\u00a0\u00bb projet\u00e9es sont celles du retour et du provisoire. En tant que tel.le, l\u2019\u00e9tudiant.e HUE, issu.e de pays anciennement colonis\u00e9s doit, pour passer correspondre strictement aux stricts attendus fonctionnels\u00a0: que ces \u00e9tudes sup\u00e9rieures correspondent le plus strictement possible \u00e0 ses \u00e9tudes secondaires, que sa vie soit de pr\u00e9f\u00e9rence strictement sur un campus, qu\u2019il n\u2019ait pas de vell\u00e9it\u00e9 de travail ou de demandes d\u2019aides sociales en-dehors de ce que son statut permettra \u00e0 la marge et surtout, que les signes de son retour ult\u00e9rieur soient manifestes. Pour l\u2019\u00e9valuer, le nombre d\u2019indicateurs est a priori important, susceptibles d\u2019inventions en situation, m\u00eame si, imaginons-le, certaines questions sont r\u00e9put\u00e9es, localement, plus robustes que d\u2019autres \u00e0 d\u00e9stabiliser l\u2019arriv\u00e9.e. Le niveau d\u2019\u00e9pure de la trajectoire exig\u00e9e \u00e9tant proportionnel \u00e0 la volont\u00e9 d\u2019accueil, ce sont les r\u00e9sidents de pays ayant d\u00fb d\u00e9j\u00e0 faire leurs preuves en amont qui font l\u2019objet, du plus grand nombre de v\u00e9rifications, v\u00e9rifications que permettent l\u2019accumulation des papiers, visas et certificats \u00e0 pr\u00e9senter. La masse des papiers n\u00e9cessaires renvoie \u00e0 la masse des contr\u00f4les effectifs. Ce seront donc les r\u00e9sidents dont est bien signal\u00e9e, par la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 d\u2019accueil\u00a0\u00bb leur chance de pr\u00e9tendre au s\u00e9jour en Belgique \u2013 et qui partagent parfois ce sentiment \u2013 qui en font l\u2019objet, \u00e0 savoir n\u00e9cessairement les ressortissants issus de pays avec lesquels les fronti\u00e8res sont par ailleurs ferm\u00e9es, anciens pays colonis\u00e9s. Et dans le tri effectif, \u00e0 quoi les reconnait-on particuli\u00e8rement\u00a0? En sus de leur nationalit\u00e9, \u00e0 leur couleur de peau.<\/p>\n<p>Les corps noirs sont en r\u00e9alit\u00e9 des fronti\u00e8res en tant qu\u2019il sont d\u00e9finis par leur immobilit\u00e9. Comment pouvaient-ils donc l\u00e9gitimement arriver en Europe\u00a0? Mais s\u2019ils ne tiennent pas en place, il faut alors supposer leur perfidie\u00a0: v\u00e9reux, d\u00e9shonn\u00eates et auteurs du faux. Que fait-on face \u00e0 ce soup\u00e7on\u00a0? On les met \u00e0 la question, ce qui suppose une mise \u00e0 l\u2019arr\u00eat (on ne passe pas\u00a0; on ne v\u00e9rifie pas apr\u00e8s le passage mais directement sur le lieu qui l\u2019autorise, \u00e0 savoir la fronti\u00e8re), susceptible de se prolonger en centre ferm\u00e9 comme ce fut le cas de Junior Wasso. Mais obtenir la certitude d\u2019un non-mensonge est un singulier objet d\u2019enqu\u00eate qui ne se contente pas de la simple \u00ab non-culpabilit\u00e9 \u00bb. Car la certitude du non-mensonge doit s\u2019accompagner d\u2019une id\u00e9alisation stricte des parcours. C\u2019est ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 Junior Wasso \u00e0 Zaventem. Qui est Mendele\u00efev, lui demande la police\u00a0? Je ne sais pas, r\u00e9pond-il. Comment ce jeune homme incapable de r\u00e9pondre \u00e0 une simple question, dont on ne soulignera jamais assez la surprise pour le r\u00e9cepteur qu\u2019elle soit pos\u00e9e l\u00e0, pouvait-il \u00eatre dans une autre position que celle de n\u2019avoir pas menti \u00e0 propos des raisons de sa venues en Belgique\u00a0? Apr\u00e8s tout, il avait suivi \u00ab\u00a0option sciences\u00a0\u00bb dans le secondaire. Et en plus, il s\u2019inscrit en sciences \u00e9conomiques. Pourquoi cette trajectoire\u00a0? Il va habiter un peu loin de Louvain-La-Neuve\u00a0? Il ne sait pas qu\u2019il n\u2019y a pas de m\u00e9tro vers l\u2019UCL\u00a0? Ce qui comptait pour le policier qui l\u2019a arr\u00eat\u00e9, ce n\u2019est pas du tout le visa, mais la pr\u00e9somption qu\u2019il avait re\u00e7u son visa sur base d\u2019une fausse d\u00e9claration sur ce qu\u2019il \u00e9tait vraiment ou, plus encore sur ce qu\u2019il venait faire en Belgique. Il s\u2019agit alors que son option de secondaire corresponde strictement \u00e0 son choix d\u2019\u00e9tudes, strict alignement des motifs digne de \u00ab\u00a0faire exception\u00a0\u00bb. Ces questions et le s\u00e9rieux mis \u00e0 les poser et \u00e0 les d\u00e9fendre s\u2019inscrivent bien dans un dispositif fronti\u00e8re suscit\u00e9 par l\u2019Office des Etrangers.<\/p>\n<p><strong>Les papiers ne r\u00e9sistent pas \u00e0 la fronti\u00e8re raciale<\/strong><\/p>\n<p>Nous disions\u00a0; les papiers ne r\u00e9sistent pas \u00e0 la fronti\u00e8re. Inversons. Pour qu\u2019il y ait zone grise d\u2019une fronti\u00e8re productrice d\u2019une incertitude \u2013 Que fait-il l\u00e0<a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftn10\">[10]<\/a>\u00a0? Que veut-il vraiment\u00a0? \u2013 il faut que ceux-ci puissent ne pas r\u00e9sister. Car cette non-r\u00e9sistance produit des connaissances susceptibles d\u2019aider l\u2019Office des Etrangers \u00e0 limiter le plus possible les entr\u00e9es par les voies pourtant dites s\u00fbres et l\u00e9gales. L\u2019autonomie a\u00e9roportuaire est donc pleinement n\u00e9cessaire au travail administratif de l\u2019OE et au renforcement de son tri. Cette absence de r\u00e9sistance signe l\u2019existence d\u2019une zone, une zone grise, celle de la fronti\u00e8re, zone dont l\u2019Office est un acteur central (une autre zone, c\u2019est l\u2019ordre de quitter le territoire et le centre ferm\u00e9). Nous ne savons pas dans quelles mesure, \u00e0 l\u2019heure d\u2019\u00e9crire ces lignes, une \u00ab\u00a0fili\u00e8re \u00e9tudiante\u00a0\u00bb est en train de s\u2019inventer par g\u00e9n\u00e9ralisation, sur base des r\u00e9ponses aux questions polici\u00e8res, afin de solidifier le tri, de construire la figure, pourquoi pas, du trafiquant (de dipl\u00f4mes, de prises en charges, etc.), visant \u00e0 se donner le beau r\u00f4le\u00a0: prot\u00e9ger de muettes victimes. Ce qui est certain, c\u2019est que de cette construction d\u00e9coule n\u00e9cessairement un tri racial en situation.<\/p>\n<p>En interrogeant ce qu\u2019on appelle \u00ab\u00a0contr\u00f4le al\u00e9atoire\u00a0\u00bb des passagers \u00e0 l\u2019a\u00e9roport, on comprend tr\u00e8s vite la mani\u00e8re dont cette race-fronti\u00e8re est la plus int\u00e9ressante pour ces contr\u00f4les. Aussi, on comprend comment ces dispositifs incluent express\u00e9ment des zones grises aux policier pour pouvoir \u00e9loigner ces personnes qui, par hasard, auraient \u00e9chapp\u00e9 aux rudes contr\u00f4les sur le continent. Et l\u00e0 encore, les principes du type \u00ab\u00a0le visa ne donne pas le droit d\u2019entrer sur le territoire belge\u00a0\u00bb est l\u2019une des modalit\u00e9s de mise en place des zones grises pour \u00e9loigner ces africains, comme en colonie.<\/p>\n<p>Finalement, on pourrait croire que la corv\u00e9e est finie pour Junior\u00a0Wasso ; qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 l\u00e9galement en Belgique et qu\u2019il peut maintenant vivre calmement sa vie. Mais on se tromperait. En effet, comme tous les africains, Junior Wasso est tenu \u00e0 respecter un certain nombre de lois qui r\u00e9gulent sa pr\u00e9sence en Belgique. Il doit r\u00e9ussir un certain nombre de cours dans un certain d\u00e9lais, peu importe le retard qu\u2019il a du fait des disfonctionnements de l\u2019appareil administratif belge. A d\u00e9faut, son s\u00e9jour ne sera pas prolong\u00e9 en Belgique et il pourra encore \u00eatre enferm\u00e9 et renvoyer chez lui. C\u2019est l\u00e0 encore une fois qu\u2019on se rend compte du caract\u00e8re fronti\u00e8re de son \u00eatre-noir\u00a0: il ne pourra jamais envisager sa vie o\u00f9 il le souhaite, \u00e0 vivre sa vie o\u00f9 il le souhaite, sauf \u00e0 rentrer dans les normes sur les quelques personnes noires d\u2019origine congolaise dont la Belgique a besoin sur son territoire.<\/p>\n<p>Face \u00e0 tout ce syst\u00e8me la seule indignation morale, quoique n\u00e9cessaire, ne suffit pas. Car ces op\u00e9rations ne sont pas exceptionnelles\u00a0; elles sont bel et bien productrices normalis\u00e9es d\u2019exceptions, remplissant la zone grise de la fronti\u00e8re, d\u2019une litt\u00e9rature, grise \u00e9galement, de notes susceptibles de produire le passage l\u00e9gal et\u00a0 l\u2019ill\u00e9gal, par-dessous les \u00e9l\u00e9ments de droit commun. M\u00eame si elle ou il passe, il ou elle aura senti que son existence sur le sol belge est susceptible de multiples remises en cause, notamment lorsqu\u2019il s\u2019agira de renouveler, annuellement, la demande.<\/p>\n<p>Si un Etat souverain g\u00e8re ses fronti\u00e8res, il s\u2019agit d\u2019en qualifier la mani\u00e8re. En Belgique, comme en Europe, \u00a0cette mani\u00e8re est racialis\u00e9e, tant du point de vue de l\u2019origine (ex-colonies) que de la couleur en situation. Ce dispositif s\u2019adresse \u00e0 des gens et \u00e0 des groupes qui vivent ces exp\u00e9riences renvoyant \u00e0 un \u00eatre \u00ab\u00a0r\u00e9foulable\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0expulsable\u00a0\u00bb sur ces bases. C\u2019est en cela que consiste le probl\u00e8me de la race qui se pose aujourd\u2019hui, dans ce cas-ci, comme bien entendu, \u00e0 propos des sans-papiers du pays. Que la Belgique veuille se d\u00e9coloniser et solder le contentieux colonial sans prendre la mesure de ce probl\u00e8me des corps-fronti\u00e8res est une mani\u00e8re de le prolonger.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftnref1\">[1]<\/a>\u00a0Voir l\u2019\u00e9mission La Diaspora chuchote\u00a0; 03\/10\/2021,\u00a0<a href=\"https:\/\/youtu.be\/Qxl5qTO-Z1Q\">https:\/\/youtu.be\/Qxl5qTO-Z1Q<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftnref2\">[2]<\/a>\u00a0<a href=\"https:\/\/www.lesoir.be\/397679\/article\/2021-09-29\/recale-par-des-policiers-pour-ses-connaissances-academiques-un-etudiant\">Recal\u00e9 par des policiers pour ses connaissances acad\u00e9miques, un \u00e9tudiant congolais plac\u00e9 en centre ferm\u00e9 crie \u00e0 l\u2019arbitraire &#8211; Le Soir<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftnref3\">[3]<\/a>\u00a0L\u2019h\u00e9ritage colonial de la non reconnaissance des dipl\u00f4mes est manifeste. M\u00eame les dipl\u00f4mes obtenus en Belgique par la cat\u00e9gorie construite des \u00ab\u00a0\u00e9volu\u00e9s\u00a0\u00bb ne faisaient pas l\u2019objet du m\u00eame r\u00e9gime de reconnaissance que ceux des Belges qu\u2019ils avaient pourtant c\u00f4toy\u00e9. Par ailleurs, la premi\u00e8re universit\u00e9 au Congo pr\u00e9c\u00e8de de tr\u00e8s peu l\u2019ind\u00e9pendance comme s\u2019il fallait, pour valider ces comp\u00e9tences, le blanc-seing redoubl\u00e9 de la m\u00e9tropole (ref.).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftnref4\">[4]<\/a>\u00a0Ou un an apr\u00e8s la fin des \u00e9tudes puisque les \u00e9tudiants peuvent depuis peu chercher du travail en Belgique et prouver, aux yeux de l\u2019Etat, leur utilit\u00e9 pour la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019accueil.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftnref5\">[5]<\/a>\u00a0<a href=\"https:\/\/www.tvcom.be\/article\/info\/societe\/junior-masudi-libre-de-circuler-en-belgique-pour-15-jours-seulement_29191_89.html\">Junior Masudi, libre de circuler en Belgique&#8230; pour 15 jours seulement (tvcom.be)<\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftnref6\">[6]<\/a>\u00a0Ces \u00e9changes internationaux ont \u00e9t\u00e9, depuis longtemps, analys\u00e9s par Abdelmalek Sayad, \u00e0 propos des \u00e9changes entre la France et l\u2019Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante\u00a0: il s\u2019agit, pour la m\u00e9tropole, de pr\u00e9senter \u00ab\u00a0l\u2019accueil\u00a0\u00bb en provenance de la soci\u00e9t\u00e9 ex-colonis\u00e9e, sous la forme de co\u00fbts, sans jamais que ne puisse \u00eatre mis en discussion la question des r\u00e9parations et des rapports in\u00e9galitaires en tant qu\u2019ils h\u00e9ritent de la colonisation. Voir A.Sayad, L\u2019immigration ou les paradoxes de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, T1 et 2, Raisons d\u2019Agir, 2006.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftnref7\">[7]<\/a>\u00a0L\u2019apartheid ne consiste pas en une pure s\u00e9paration ou en un pur \u00e9loignement, mais en une organisation stricte des espaces de co-pr\u00e9sence. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le probl\u00e8me que l\u2019apartheid a toujours \u00e0 se poser\u00a0: l\u2019espace dont il est question est commun mais le groupe blanc doit rester, autant que faire se peut, s\u00e9parer du groupe noir afin de se maintenir en position d\u2019oppression. C\u2019est ce que note Malcom Ferdinand \u00e0 propos de la cale du navire n\u00e9grier (Ferdinand, Une \u00e9cologie d\u00e9coloniale, Seuil, 2019).<\/p>\n<p>[8] Voir \u00e0 ce sujet, Jos\u00e9phine Mulumba,\u00a0<a href=\"https:\/\/mondesfrancophones.com\/espaces\/afriques\/l%E2%80%99evolue-au-congo-belge-l%E2%80%99homme-a-l%E2%80%99identite-en-pieces\/\">L\u2019\u00e9volu\u00e9 au Congo Belge, l\u2019homme \u00e0 l\u2019identit\u00e9 en pi\u00e8ces<\/a>, revue mondiale des francophonies, 2007.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftnref9\">[9]<\/a>\u00a0Nous pouvons t\u00e9moigner que les formes d\u2019\u00e9valuations des dossiers des candidats HUE rel\u00e8vent d\u2019une importante op\u00e9ration de s\u00e9lection, \u00e9valuant d\u00e9j\u00e0 dipl\u00f4mes, capacit\u00e9s linguistiques voire pays de provenance.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale#_ftnref10\">[10]<\/a>\u00a0Voir \u00e0 ce sujet, le traitement par Norman Ajari de cet affect dans, La Dignit\u00e9 ou la Mort. Ethique et politique de la race. Les Emp\u00eacheurs de Penser en Rond, 2019.<\/p>\n<\/div>\n<p><a href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/plis\/blog\/221021\/junior-masudi-wasso-et-la-ligne-raciale-dans-la-frontiere-postcoloniale\">Source<\/a><\/p>\n<figure class=\"media--image format-33-pcent orientation-portrait\" data-js=\"zoom\">\n<div class=\"media--image--wrapper\" data-opener-label=\"Agrandir l\u2019image\" data-closer-label=\"Fermer\"><\/div>\n<\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Aymar N. Bisoka (UMONS) et David Jamar (UMONS). Retour, \u00e0 partir des sciences sociales, sur une affaire r\u00e9cente. Tentative indigne d\u2019expulsion de Junior Wasso Le Secr\u00e9taire d\u2019Etat Samy Mahdi a \u00ab\u00a0raison\u00a0\u00bb, l\u2019Office des Etrangers qui d\u00e9livre les autorisations de s\u00e9jour et les ordres de quitter le territoire a \u00ab\u00a0raison\u00a0\u00bb et la politique a\u00e9roportuaire qui &#8230; <a title=\"Junior Masudi Wasso et la ligne raciale dans la fronti\u00e8re postcoloniale\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=4931\" aria-label=\"En savoir plus sur Junior Masudi Wasso et la ligne raciale dans la fronti\u00e8re postcoloniale\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4932,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[36,7,8,28,18,39,5],"tags":[440,31,231,23],"class_list":["post-4931","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-europe","category-negrophobie","category-prisons","category-racismes","category-resistance-bruxelles","category-sans-papier","category-violence-policiere","tag-aymar-n-bisoka","tag-belgique","tag-david-jamar","tag-discrimination"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4931","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4931"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4931\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4933,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4931\/revisions\/4933"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/4932"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4931"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4931"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4931"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}