{"id":4084,"date":"2019-02-22T01:31:04","date_gmt":"2019-02-22T00:31:04","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=4084"},"modified":"2019-03-01T01:40:02","modified_gmt":"2019-03-01T00:40:02","slug":"comment-decoloniser-nos-universites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=4084","title":{"rendered":"Comment d\u00e9coloniser nos universit\u00e9s ?"},"content":{"rendered":"<header>\n<p class=\"lead\">Des cr\u00e2nes de Congolais sont conserv\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 libre de Bruxelles[1], ils sont issus de la conqu\u00eate coloniale, extorqu\u00e9s pour certains \u00e0 l&rsquo;occasion des violences corporelles inflig\u00e9es par des Belges aux populations congolaises.<\/p>\n<\/header>\n<div class=\"row\">\n<div class=\"article-body span8\" data-gtm-vis-recent-on-screen-6039843_102=\"29323\" data-gtm-vis-first-on-screen-6039843_102=\"29324\" data-gtm-vis-total-visible-time-6039843_102=\"100\" data-gtm-vis-has-fired-6039843_102=\"1\">\n<div id=\"article-body\">\n<p>Les r\u00e9cents d\u00e9bats sur la restitution des biens culturels et des restes humains ont amen\u00e9 l&rsquo;ULB \u00e0 organiser une conf\u00e9rence sur le sujet le 15 f\u00e9vrier 2019. En tant que membres de la diaspora africaine, voici les raisons nous ayant pouss\u00e9.es \u00e0 refuser l&rsquo;invitation \u00e0 y participer.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/VJR-Lusinga.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-3681 \" src=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/VJR-Lusinga.jpg\" alt=\"\" width=\"720\" height=\"468\" \/><\/a><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Premier parti-pris : de la restitution comme enjeu \u00e0 celui de la gestion<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Devant initialement traiter de la <em>restitution<\/em>, des r\u00e9flexions en amont du colloque ont d\u00e9bouch\u00e9 sur un glissement s\u00e9mantique amenant les organisateurs \u00e0 parler de \u00ab\u00a0gestion des collections coloniales\u00a0\u00bb. Le d\u00e9bat n&rsquo;est-il pas biais\u00e9 d&rsquo;avance ? Ne s&rsquo;agit-il plus de restituer \u00e0 l&rsquo;instar de ce qu&rsquo;a fait le Canada, les Etats-Unis ou l&rsquo;Australie ? Nous d\u00e9celons \u00e0 travers cette op\u00e9ration, une reformulation implicite des enjeux faisant passer une question politique et sociale (r\u00e9parations postcoloniales, critique des m\u00e9canismes de production de la <em>race<\/em>) dans le registre de la gestion professionnelle d&rsquo;un patrimoine dont on ne semble pas vouloir probl\u00e9matiser le statut. En parlant de \u00ab\u00a0gestion des collections\u00a0\u00bb et non de restitution, les organisateurs de ce colloque ne semblent vouloir remettre en cause ni la prise ni l&rsquo;autorit\u00e9 des sciences naturelles sur ces restes humains ; un parti-pris trop grand \u00e0 nos yeux que pour participer \u00e0 ce colloque en toute confiance.<\/p>\n<div id=\"INTERSCROLLER\" class=\"Ad INTERSCROLLER\"><\/div>\n<p><strong><em>Deuxi\u00e8me parti-pris : l&rsquo;\u00e9vacuation de la question du racisme contemporain<\/em><\/strong><\/p>\n<p>La question de la restitution ne peut \u00eatre trait\u00e9e en l&rsquo;absence des enjeux li\u00e9s au racisme anti-noir. Ceux-ci semblent pourtant ne pas faire partie du programme. Avoir \u00e0 ce point d\u00e9li\u00e9 restitution et racisme contemporain est pour nous le signe que l&rsquo;ULB ne souhaite pas questionner en profondeur la trajectoire de ces restes humains. A nouveau un parti-pris, bien trop grand \u00e0 nos yeux.<\/p>\n<p>D&rsquo;ici, nous entendons les d\u00e9fenseurs de la cause anti-raciste arguer du fait que les disciplines scientifiques &#8211; \u00e9voluant de la craniologie \u00e0 la biologie des populations, en passant par l&rsquo;anthropologie physique &#8211; se seraient d\u00e9fait depuis longtemps de tout ce qu&rsquo;il y avait derri\u00e8re elles de pens\u00e9es biologisantes sur la race. Mais vouloir conserver une prise sur ces objets, et h\u00e9riter ainsi de la transformation de d\u00e9pouille sans s\u00e9pulture, pour certains des anc\u00eatres homicid\u00e9s par des Belges, en \u00ab\u00a0objet de science\u00a0\u00bb, revient \u00e0 perp\u00e9tuer le mythe d&rsquo;une scientificit\u00e9 neutre pouvant s&rsquo;offrir le luxe de ne pas situer les protagonistes dans une histoire coloniale, et de ne pas s&rsquo;y situer. Or, ce geste de transformation en objet de science est ce qui d\u00e9nie aux Africains le droit de se les approprier comme \u00ab\u00a0anc\u00eatres\u00a0\u00bb et comme traces des violences coloniales et des contestations anticoloniales. Une telle \u00ab\u00a0neutralisation\u00a0\u00bb de l&rsquo;histoire revient \u00e0 faire de la colonisation, un \u00ab\u00a0contexte\u00a0\u00bb dont nous serions enfin d\u00e9barrass\u00e9. Or, la question de la restitution est l&rsquo;une des principales voies pour penser les modalit\u00e9s de fabrication de la race, les exigences de r\u00e9paration, mais aussi, les cons\u00e9quences de cette \u00e9pist\u00e9mologie coloniale sur les discriminations raciales contemporaines.<\/p>\n<p><strong><em>Rendre public le d\u00e9bat, ne pas servir de caution<\/em><\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s lors, nous ne souhaitons pas participer \u00e0 un colloque o\u00f9 notre pr\u00e9sence risque de cautionner des d\u00e9cisions institutionnelles qui, sur fond de discours innovants, ne font que reproduire les m\u00eames structures de pouvoir. Nous nous m\u00e9fions de colloques instrumentalisant la pr\u00e9sence des associations afro-descendantes pour dire qu&rsquo;on a discut\u00e9 en partenariat et qu&rsquo; \u00ab\u00a0on a fait le job\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat sur ces cr\u00e2nes ne pourra \u00eatre \u00e9vacu\u00e9 apr\u00e8s une simple conf\u00e9rence. La r\u00e9flexion doit \u00eatre plus profonde, questionner la trajectoire de ces restes humains, int\u00e9grer leur histoire \u00e0 la production d&rsquo;un savoir d\u00e9colonial \u00e0 l&rsquo;ULB. Il est aussi de la responsabilit\u00e9 de ces lieux de savoir de d\u00e9battre de la restitution des biens culturels comme des restes humains, mais encore des \u00e9l\u00e9ments de g\u00e9ologie, de cartographie, d&rsquo;anthropologie, autant de prises h\u00e9g\u00e9moniques, guerri\u00e8res ou politiques, sur des territoires spoli\u00e9s. Pour assumer cette responsabilit\u00e9, il faut entreprendre un travail interne dans les universit\u00e9s et \u00e0 l&rsquo;ULB en particulier.<\/p>\n<p><strong><em>Cr\u00e9er un cadre : premi\u00e8re \u00e9tape pour d\u00e9coloniser <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Dans la pratique, l&rsquo;ULB devrait entreprendre des r\u00e9formes. Il n&rsquo;y a par exemple pas de chaire sp\u00e9cifique sur ces th\u00e9matiques, contrairement \u00e0 d&rsquo;autres universit\u00e9s prestigieuses telles que l&rsquo;Universit\u00e9 Berkeley en Californie ou \u00e0 Leeds au Royaume-Uni. Aucune universit\u00e9 belge n&rsquo;a de p\u00f4le de \u00ab\u00a0Black Studies\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0Critical Race Studies\u00a0\u00bb \u00e9tudiant l&rsquo;existence de la race comme cat\u00e9gorie sociale en prise avec de multiples formes de pouvoir\/savoir <em>sur<\/em> les corps. \u00ab\u00a0Qui \u00e9tudie qui, d&rsquo;o\u00f9?\u00a0\u00bb est une question d\u00e9coloniale de la plus haute importance. D\u00e9coloniser une universit\u00e9 n\u00e9cessite un diagnostic des carences en termes de politique de partage du pouvoir et une identification des m\u00e9canismes d&rsquo;exclusion. L&rsquo;ann\u00e9e acad\u00e9mique 2017-2018 a \u00e9t\u00e9 l&rsquo; \u00ab\u00a0ann\u00e9e des diversit\u00e9s\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;ULB. Quel est le bilan de cette ann\u00e9e ? Quels sont les instruments que l&rsquo;ULB met en place pour lutter contre le racisme institutionnel et scientifique, contre les discriminations raciales ? Trop peu d&rsquo;universit\u00e9s belges ont pens\u00e9 \u00e0 instaurer un guichet anti-discrimination afin de donner suite aux diff\u00e9rentes plaintes, dont certaines nous reviennent.<\/p>\n<div id=\"customer-journey-placeholder\" class=\"pull-right\"><\/div>\n<p>Combien de professeurs afro-descendants \u00e0 l&rsquo;ULB en 2019 ? Le sort des \u00e9tudiants \u00e9trangers dont africains est particuli\u00e8rement \u00e9difiant. Les universit\u00e9s belges n&rsquo;ont pas de r\u00e9elles politiques visant \u00e0 all\u00e9ger les frais d&rsquo;inscription pour les \u00e9tudiants \u00e9trangers hors UE ; ceux-ci ont fortement augment\u00e9 et d\u00e9passent de loin les frais des \u00e9tudiants europ\u00e9ens, pour les ressortissants de certains pays africains, latino-am\u00e9ricains, etc.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat sur la restitution doit s&rsquo;inscrire dans une<strong> radioscopie du racisme institutionnel, scientifique et des discriminations dans nos universit\u00e9s et \u00e0 l&rsquo;ULB<\/strong> et d\u00e9boucher sur des mesures concr\u00e8tes reliant r\u00e9paration et lutte contre les discriminations. Comment s&rsquo;\u00e9tonner de la recrudescence d&rsquo;actes n\u00e9grophobes si les universit\u00e9s prennent ces questions avec autant de \u00ab\u00a0neutralit\u00e9\u00a0\u00bb feinte ?<\/p>\n<p><strong>Bamko Asbl <\/strong><\/p>\n<p><strong>Caf\u00e9 <\/strong><strong>Congo <\/strong><\/p>\n<p><strong>Change Asbl <\/strong><\/p>\n<p><strong>Collectif Pr\u00e9sences Noires <\/strong><\/p>\n<p><strong>Galeries ArtD\u00e9<\/strong><strong>Cycles<\/strong><\/p>\n<p><strong>Nouveau Syst\u00e8me Artistique (www.afrobrusselscity.com) <\/strong><\/p>\n<p><strong>Rumbacom <\/strong><\/p>\n<p><strong>Laura Nsengiyumva (artiste)<\/strong><\/p>\n<p>[1] Michel Bouffioux, 2018.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.levif.be\/actualite\/belgique\/comment-decoloniser-nos-universites\/article-opinion-1094483.html?fbclid=IwAR2ybQ4K2yR3uPE6hYknRS0or9V3VdYApuLKMeHk8gWAZXApxFO0QCUW84E&amp;cookie_check=1551400197\">Source<\/a><\/p>\n<div class=\"_39k2\">\n<div id=\"js_2m8\" class=\"_4lmk _2vxa autofocus _5s6c\" style=\"text-align: center;\" tabindex=\"-1\"><strong>Entre ombres et lumi\u00e8res : \u00e9paissir la crise \u00e9pist\u00e9mologique pour penser la restitution<\/strong><\/div>\n<div class=\"_2yud clearfix\">\n<div class=\"_ohe lfloat\">\n<div class=\"_2yuf img _8o _8r\"><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"\">\n<div class=\"_42ef _8u\">\n<div class=\"_3uhg\"><a class=\"_2yug\" href=\"https:\/\/www.facebook.com\/jimmy.picard.180\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Martin Vander Elst<\/a><span class=\"_4_mg\">\u00b7<\/span><a class=\"uiLinkSubtle\" href=\"https:\/\/www.facebook.com\/notes\/martin-vander-elst\/entre-ombres-et-lumi%C3%A8res-%C3%A9paissir-la-crise-%C3%A9pist%C3%A9mologique-pour-penser-la-restit\/2321283978107751\/\">Lundi 18 f\u00e9vrier 2019<\/a><a id=\"u_7m_0\" class=\"uiStreamPrivacy inlineBlock fbStreamPrivacy fbPrivacyAudienceIndicator\" role=\"button\" href=\"https:\/\/www.facebook.com\/notes\/martin-vander-elst\/entre-ombres-et-lumi%C3%A8res-%C3%A9paissir-la-crise-%C3%A9pist%C3%A9mologique-pour-penser-la-restit\/2321283978107751\/#\" aria-label=\"Ouvert \u00e0\u00a0: Public\" data-hover=\"tooltip\" data-tooltip-content=\"Ouvert \u00e0\u00a0: Public\"><i class=\"lock img sp__EFZWPnvn_g sx_ad2fb3\"><\/i><\/a><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"_39k5 _5s6c\">\n<div>\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><span class=\"_4yxo\">Retour sur le colloque \u00ab Pour une politique de gestion des collections coloniales de restes humains dans les universit\u00e9s \u00bb (ULB)<\/span><\/div>\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><\/div>\n<blockquote class=\"_2cuy _509u _2vxa\"><p><span class=\"_4yxo\">\u201cCe que le Blanc per\u00e7oit comme une information, un savoir, un objet de divertissement ou de curiosit\u00e9, le Noir le re\u00e7oit comme une injure, un affront explicite, directement adress\u00e9 \u00e0 sa dignit\u00e9\u201d (<\/span><a class=\"_2u0z\" href=\"https:\/\/www.facebook.com\/norman.ajari?eid=ARAgd2sYhjXWtGFVxyTL4ilwheDiuIiRZ5hSAbxTMc0w70jUHNPlQbzzRW6Is9TJDwlwT4Sq3q3kqpvF\" data-hovercard=\"\/ajax\/hovercard\/user.php?id=1068520573&amp;extragetparams=%7B%22eid%22%3A%22ARAgd2sYhjXWtGFVxyTL4ilwheDiuIiRZ5hSAbxTMc0w70jUHNPlQbzzRW6Is9TJDwlwT4Sq3q3kqpvF%22%7D\" data-hovercard-prefer-more-content-show=\"1\"><span class=\"_4yxo\">Norman Ajari<\/span><\/a><span class=\"_4yxo\">, La dignit\u00e9 ou la mort. Ethique et politique de la race, p. 96) <\/span><\/p><\/blockquote>\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">La <span class=\"_4yxp\">crise \u00e9pist\u00e9mologique <\/span>qui s\u2019est trouv\u00e9e au c\u0153ur du colloque organis\u00e9 par l\u2019ULB vendredi dernier se manifeste d\u2019abord dans le choix des mots et singuli\u00e8rement dans l\u2019expression \u00ab restes humains \u00bb. Cette d\u00e9nomination ne cr\u00e9\u00e9e aucune <span class=\"_4yxp\">rupture <\/span>avec la gestion coloniale des collections issus de l\u2019anthropologie physique et entra\u00eene un amalgame avec l\u2019ensemble des collections issue de fouilles arch\u00e9ologiques, y compris celles issues du pal\u00e9olithique. Le terme de \u00ab restes humains \u00bb vient en r\u00e9alit\u00e9 prolonger l\u2019histoire des violences coloniales qui comme le dit Mbembe n\u2019\u00e9pargn\u00e8rent <span class=\"_4yxp\">\u00ab ni les \u00eatres humains ni les biens. Son but ultime \u00e9tait la d\u00e9-symbolisation de la vie des Africains<\/span> \u00bb. Plut\u00f4t que de parler de \u00ab restes humains \u00bb dans une rh\u00e9torique qui vise \u00e0 euph\u00e9miser les crimes et massacres coloniaux, il faudrait commencer par parler de restituer des cr\u00e2nes et ossements de chefs congolais assassin\u00e9s, d\u00e9capit\u00e9s et d\u00e9pec\u00e9s, exhib\u00e9s comme troph\u00e9es de guerre pour terroriser les communaut\u00e9s autochtones afin d\u2019imposer par le massacre et le viol de cadavres l\u2019h\u00e9g\u00e9monie coloniale (cf. Carnets de Storms), puis ramen\u00e9s en m\u00e9tropole \u00e0 l\u2019occasion des foires coloniales pour devenir les \u00ab objets \u00bb de l\u2019anthropom\u00e9trie raciale. Restituer l\u2019<span class=\"_4yxp\">historicit\u00e9<\/span> des vies humaines extermin\u00e9es et d\u00e9pec\u00e9es impose de penser cet enr\u00f4lement de la science moderne dans l\u2019entreprise coloniale \u00e0 partir des effets contemporains en termes de racismes, de discriminations et de subalternisations. Merci aux intervenantes du cercle <a class=\"_2u0z\" href=\"https:\/\/www.facebook.com\/binabiULB?eid=ARAkeWkXfZW55Jn94kARbRZbgysvhWCkft8uYw696EBysOzKcLbB_2WQ3JLdxm-ipvKsv7NlGWseaS0W\" data-hovercard=\"\/ajax\/hovercard\/user.php?id=100003194836982&amp;extragetparams=%7B%22eid%22%3A%22ARAkeWkXfZW55Jn94kARbRZbgysvhWCkft8uYw696EBysOzKcLbB_2WQ3JLdxm-ipvKsv7NlGWseaS0W%22%7D\" data-hovercard-prefer-more-content-show=\"1\">Binabi Ulb<\/a> et du Collectif M\u00e9moire Coloniale et Lutte contre les discriminations ainsi qu\u2019aux signataires de la carte blanche \u00ab Comment d\u00e9coloniser l\u2019universit\u00e9 ? \u00bb (Change ASBL, Caf\u00e9 Congo, Bamko, Collectif pr\u00e9sence noire, Galeries ArtD\u00e9Cycles, Nouveau syst\u00e8me artistique, Rumbacom, <a class=\"_2u0z\" href=\"https:\/\/www.facebook.com\/laura.nsengiyumva?eid=ARDl9kFfRj1v99Ln5Pz4YD_eXA40L9fiwMAJXxZFpaMzCyy5uMSLz7o_g30EeSvj6q8mmpRmwRvU7ah2\" data-hovercard=\"\/ajax\/hovercard\/user.php?id=100000782922047&amp;extragetparams=%7B%22eid%22%3A%22ARDl9kFfRj1v99Ln5Pz4YD_eXA40L9fiwMAJXxZFpaMzCyy5uMSLz7o_g30EeSvj6q8mmpRmwRvU7ah2%22%7D\" data-hovercard-prefer-more-content-show=\"1\">Laura Nsengiyumva<\/a>, etc.) d\u2019en avoir port\u00e9 l\u2019urgente n\u00e9cessit\u00e9 au c\u0153ur d\u2019un colloque qui sous le paradigme de la \u00ab gestion des collections \u00bb devait produire une d\u00e9sarticulation de ces enjeux.<\/div>\n<div><\/div>\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">En effet, les crimes coloniaux se sont doubl\u00e9s d\u2019\u00e9pist\u00e9micides, les sciences modernes comme l\u2019anthropom\u00e9trie et l\u2019anthropologie physique qui ont enr\u00f4l\u00e9s ces cr\u00e2nes et ossements en tant que \u00ab restes humains \u00bb ont prolong\u00e9s et d\u00e9plac\u00e9s ces crimes au profit d\u2019un positivisme sans alt\u00e9rit\u00e9, d\u2019un scientisme qui r\u00e9duit l\u2019humain (<span class=\"_4yxp\">anthropos<\/span>) \u00e0 des mesures de cr\u00e2nes et \u00e0 un code ADN. Si l\u2019<span class=\"_4yxp\">homo \u0153conomicus <\/span>est bien le produit du crime colonial, les passeports biom\u00e9triques constituent l\u2019h\u00e9ritage des fronti\u00e8res coloniales. Pour produire un savoir <span class=\"_4yxp\">pour<\/span> la restitution, il faudra provincilaliser les sciences modernes et apprendre \u00e0 dialoguer <span class=\"_4yxp\">avec<\/span> les savoirs produits, entre autre, par les communaut\u00e9s aborig\u00e8nes et les peuples premiers d\u2019Am\u00e9rique du nord. L\u2019\u00ab autonomie \u00bb moderne de l\u2019homme seul face au monde, axiologiquement neutre et affectivement d\u00e9tach\u00e9 nous rend incapable d\u2019un quelconque dialogue \u00e9pist\u00e8mique, elle ne fait que rejouer le soliloque du conquistador et du colonisateur. Cette <span class=\"_4yxp\">rupture \u00e9pist\u00e9mologique<\/span> avec les sciences coloniales se fera par le passage d\u2019un savoir produit depuis la prise de terres, d\u2019objets et d\u2019anc\u00eatres vers un savoir de la restitution. A rebours de ce sch\u00e8me colonial qui aujourd\u2019hui encore active le partage entre l\u2019expert neutre, d\u00e9tach\u00e9 et objectif et le militant ou l\u2019activiste engag\u00e9, subjectif et \u00e9motif, la question politique qui nous est pos\u00e9e par la restitution nous contraint \u00e0 d\u00e9coloniser les cat\u00e9gories de pens\u00e9e produites par le colonialisme. En effet, si les exigences de restitution se posent d\u00e8s le moment de l\u2019expansion coloniale (c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e8s le moment o\u00f9 les agents coloniaux belges ont commenc\u00e9 \u00e0 arracher des artefacts et \u00e0 d\u00e9capiter des chefs coutumiers) et sont rest\u00e9es vives au Congo, ces enjeux ont \u00e9t\u00e9 largement refoul\u00e9s, \u00e9vacu\u00e9s voir volontairement disqualifi\u00e9s en Belgique. La question de la restitution demeure inaboutie, c\u2019est une question pour laquelle il ne peut exister de sp\u00e9cialiste et pour laquelle il n\u2019existe aucune expertise endog\u00e8ne qui pourrait jouer un r\u00f4le d\u2019arbitrage dans les d\u00e9bats. Au contraire les sciences coloniales telle que l\u2019anthropom\u00e9trie ont particip\u00e9 \u00e0 cette entreprise de conqu\u00eates imp\u00e9riales dont l\u2019effet a \u00e9t\u00e9 et demeure toujours la contestation de l\u2019humanit\u00e9 des africains sur le plan juridique, scientifique, philosophique, th\u00e9ologique, \u00e9conomique, psychiatrique (Ajari, 2019 : 21). Pour penser une <span class=\"_4yxp\">politique de la restitution<\/span>, il faut commencer par sortir du paradigme de la \u00ab gestion des collections \u00bb articul\u00e9 autour droit de la propri\u00e9t\u00e9. M\u00e9thodologiquement, il faudra apprendre \u00e0 passer de la position du poss\u00e9dant, du propri\u00e9taire \u00e0 celle de l\u2019<span class=\"_4yxp\">observateur participant<\/span> au processus de restitution. Pas de restitution sans d\u00e9colonisation des savoirs, pas de restitution sans destitution des positions et savoirs h\u00e9g\u00e9moniques. Le dialogue et les n\u00e9gociations post-coloniales seront \u00e0 ce prix.<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div class=\"l-container c-container t-gray-lighter\">\n<article class=\"o-post post-238798 post type-post status-publish format-standard has-post-thumbnail hentry category-societe tag-colonisation tag-crane-de-lusinga tag-lusinga\">\n<header class=\"o-post__hero\">\n<h4 class=\"c-title c-title--large entry-title\">Cr\u00e2ne de Lusinga : une premi\u00e8re demande de restitution congolaise<\/h4>\n<p class=\"c-post__author\"><strong class=\"author vcard\"> <a class=\"fn  byline author vcard\" href=\"https:\/\/parismatch.be\/author\/mbouffioux\" rel=\"author\"> Michel Bouffioux<\/a> <\/strong> | Publi\u00e9 le <time class=\"post-created-time date created\" datetime=\"2019-02-22T13:09:13+00:00\">22 f\u00e9vrier 2019<\/time> | <time class=\"post-updated-time date updated\" datetime=\"2019-02-26T16:10:26+00:00\"><\/time><\/p>\n<div class=\"c-post__resize\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"c-post__img c-post__img--hero wp-post-image\" src=\"https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/Lusinga-cover-1100x715.jpg\" alt=\"\" width=\"1100\" height=\"715\" \/><\/div>\n<div class=\"c-post__media grid has-gutter\">\n<p class=\"c-post__credit two-thirds\">Thierry Lusinga NGombe n&rsquo;est pas le seul \u00e0 souhaiter le retour du cr\u00e2ne au Congo. Des universitaires de Lubumbashi, tel le professeur Fernand Numbi Kanyepa pr\u00e9conisent plut\u00f4t une demande de restitution collective impliquant la communaut\u00e9 Tabwa. | \u00a9 Ronald Dersin<\/p>\n<\/div>\n<\/header>\n<div class=\"grid-2 grid-small-1 has-gutter\">\n<div class=\"two-thirds\">\n<div class=\"o-post__content \">\n<p><strong>Un homme r\u00e9sidant \u00e0 Lubumbashi affirme \u00eatre l\u2019un des descendants du chef Lusinga dont le cr\u00e2ne est conserv\u00e9 au Mus\u00e9e des sciences naturelles \u00e0 Bruxelles. Il r\u00e9clame le retour au Congo des restes de son anc\u00eatre pr\u00e9sum\u00e9 pour qu\u2019il b\u00e9n\u00e9ficie de \u00ab<em> fun\u00e9railles dignes et respectueuses<\/em> \u00bb. Thierry Lusinga NGombe accepte de prouver sa filiation par une analyse g\u00e9n\u00e9tique comme l\u2019avaient exig\u00e9 les autorit\u00e9s belges\u2026 Sauf que ces derni\u00e8res ne sont plus favorables \u00e0 la r\u00e9alisation d\u2019un tel test ADN. Par ailleurs, des scientifiques congolais de l\u2019Universit\u00e9 de Lubumbashi pr\u00e9parent une demande de restitution collective, impliquant la communaut\u00e9 Tabwa.<\/strong><\/p>\n<p>Dans une bo\u00eete qui se trouve \u00e0 l\u2019Institut Royal des Sciences naturelles de Belgique repose le cr\u00e2ne de Lusinga lwa NGombe. En d\u00e9cembre 1884, ce chef du peuple Tabwa qui vivait dans la r\u00e9gion du lac Tanganyika fut d\u00e9capit\u00e9 lors d\u2019une exp\u00e9dition punitive commandit\u00e9e par Emile Storms. En mars 2018, Paris Match Belgique avait publi\u00e9 <a class=\"external\" href=\"http:\/\/www.michelbouffioux.be\/lusinga\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">un important dossier<\/a> exposant les crimes commis par ce militaire belge qui dirigea la 4\u00e8me exp\u00e9dition de l\u2019Association Internationale Africaine, une entreprise priv\u00e9e pr\u00e9sid\u00e9e par le roi L\u00e9opold II. A son retour en Belgique, l\u2019officier fut d\u00e9cor\u00e9 et, aujourd\u2019hui encore, une statue lui rend hommage dans un square bruxellois, \u00e0 deux pas du si\u00e8ge de la Commission europ\u00e9enne. Storms est revenu de son s\u00e9jour de pr\u00e9dation en Afrique avec un \u00ab butin \u00bb. Il recelait notamment les cr\u00e2nes de 3 chefs qu\u2019il avait fait assassiner : Lusinga, Mpampa et Maribu. Mais aussi plusieurs statuettes et d\u2019autres artefacts qui, apr\u00e8s avoir s\u00e9journ\u00e9 dans la maison ixelloise de l\u2019officier, rejoignirent les collections du Mus\u00e9e du Congo (ancienne appellation de l\u2019actuel Mus\u00e9e Royal de l\u2019Afrique centrale). En 2019, certains de ces objets acquis en marge de crimes et d\u2019exactions d\u2019une violence inou\u00efe (villages ras\u00e9s par des mercenaires esclavagistes, pillages, viols, massacre de dizaines de personnes \u2026) sont toujours mis en exposition au Mus\u00e9e de Tervuren.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_241885\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-241885 size-large\" src=\"https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/AP.0.0.28705_PHOTO_01_SCAN_RECTO-721x1024.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 721px) 100vw, 721px\" srcset=\"https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/AP.0.0.28705_PHOTO_01_SCAN_RECTO-721x1024.jpg 721w, https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/AP.0.0.28705_PHOTO_01_SCAN_RECTO-211x300.jpg 211w, https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/AP.0.0.28705_PHOTO_01_SCAN_RECTO-768x1090.jpg 768w, https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/AP.0.0.28705_PHOTO_01_SCAN_RECTO-255x362.jpg 255w\" alt=\"\" width=\"721\" height=\"1024\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">Emile Storms. \u00a9MRAC<\/figcaption><\/figure>\n<p>En mai 1886, les cr\u00e2nes ramen\u00e9s en Belgique par Emile Storms ont \u00e9t\u00e9 l\u2019objet d\u2019un expos\u00e9 devant un auditoire de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Anthropologie de Bruxelles (SAB). Durant celui-ci le professeur Emile Houz\u00e9 p\u00e9rora sur l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 de certaines races humaines. Apr\u00e8s la mort de Storms, les 3 cr\u00e2nes furent l\u00e9gu\u00e9s par l\u2019\u00e9pouse du militaire \u00e0 l\u2019incontournable Mus\u00e9e du Congo o\u00f9 ils rejoignirent une \u00ab<em> collection d\u2019anthropologie anatomique<\/em> \u00bb constitu\u00e9e de 289 cr\u00e2nes, de 12 f\u0153tus, de 8 squelettes ainsi que d\u2019autres ossements, des masques et des moulages. Nous avons relat\u00e9 une partie de <a href=\"https:\/\/parismatch.be\/actualites\/societe\/144577\/lusinga-et-300-autres-cranes-dafricains-conserves-a-bruxelles-partie-1-un-vieux-registre-du-musee-du-congo\">l\u2019histoire de ces restes humains<\/a> mais elle reste largement \u00e0 \u00e9crire alors que cette \u00ab collection Mus\u00e9e du Congo \u00bb est toujours conserv\u00e9e \u00e0 Bruxelles, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique (IRSNB) o\u00f9 elle fut transf\u00e9r\u00e9e en 1964. Malheureusement, les dossiers d\u2019acquisition, en d\u2019autres termes des archives qui permettraient d\u2019en savoir plus sur l\u2019histoire de ces restes humains, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9gar\u00e9s.<\/p>\n<h4>\u00ab Si une famille congolaise apparent\u00e9e devait les r\u00e9clamer, je serais favorable \u00e0 une \u00e9volution du cadre l\u00e9gal \u00bb,<\/h4>\n<p>Au printemps dernier, la publication de l\u2019enqu\u00eate de Paris Match Belgique avait cr\u00e9\u00e9 un certain malaise. C\u2019est peu de l\u2019\u00e9crire. Il est vrai que, parmi d\u2019autres constats, nous faisions celui d\u2019une communication \u00e9tonnement erron\u00e9e du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral belge. En ao\u00fbt 2016, lorsqu\u2019un s\u00e9nateur demanda au Secr\u00e9tariat d\u2019Etat \u00e0 la politique scientifique de lui faire un inventaire des restes humains pr\u00e9sents dans les \u00e9tablissements scientifiques f\u00e9d\u00e9raux (ESF), l\u2019ex\u00e9cutif \u00e9voqua les \u00ab collections \u00bb de l\u2019IRSNB en ces termes : \u00ab <em>les restes humains provenant d\u2019Afrique, d\u2019Asie, d\u2019Am\u00e9rique et d\u2019Oc\u00e9anie comptent environ 687 items. Il s\u2019agit principalement de cr\u00e2nes et fragments osseux, et de quelques squelettes fragmentaires ou complets, dont deux moulages. Nous ne connaissons pas le nom des individus.<\/em> \u00bb L\u2019histoire du cr\u00e2ne de Lusinga d\u00e9montre le contraire : le nom de cet \u00ab individu \u00bb \u00e9tait bel et bien \u00ab connu \u00bb, autrement dit le cr\u00e2ne \u00e9tait clairement identifi\u00e9 dans les collections du Mus\u00e9e et son histoire \u00e9tait m\u00eame connue pas plusieurs scientifiques belges en dehors du l\u2019IRSNB.<\/p>\n<p>La d\u00e9claration du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral belge en 2016 faisait aussi \u00e9tat d\u2019une intention : \u00ab <em>Les ESF (\u2026) seraient favorables \u00e0 l\u2019organisation du retour des restes humains correspondant \u00e0 des individus identifi\u00e9s et r\u00e9clam\u00e9s par des personnes apparent\u00e9es. Se pose alors la question de l\u2019inali\u00e9nabilit\u00e9 des collections de l\u2019\u00c9tat. (Cela) devra passer par l\u2019adoption d\u2019un cadre l\u00e9gal.<\/em> \u00bb En mars 2018, Camille Pisani, la directrice g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019IRSNB nous exprima <a class=\"external\" href=\"http:\/\/www.lusingatabwa.com\/2018\/03\/camille-pisani-irsnb-si-un-descendant-demandait-a-recuperer-ces-restes-humains-identifies-je-donnerais-un-avis-favorable.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">un point de vue similaire<\/a> alors que nous l\u2019interpellions \u00e0 propos du cr\u00e2ne de Lusinga : \u00ab <em>Si un descendant demandait \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer ces restes humains identifi\u00e9s, je donnerais un avis favorable. Il faudrait cependant des garanties en termes d\u2019identification, notamment via un test ADN. J\u2019ajoute que ces items font partie du patrimoine de l\u2019\u00c9tat et que s\u2019en s\u00e9parer impliquerait un travail l\u00e9gislatif car ce cas de figure se pr\u00e9senterait pour la premi\u00e8re fois en Belgique.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>En mars 2018, alors qu\u2019elle \u00e9tait encore la secr\u00e9taire d\u2019Etat \u00e0 la politique scientifique du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, Zuhal Demir (N-Va) <a href=\"https:\/\/parismatch.be\/actualites\/132376\/exclusif-crane-de-lusinga-le-gouvernement-belge-favorable-a-une-restitution-des-restes-humains\">abondait dans le m\u00eame sens<\/a> : \u00ab <em>Nous ne sommes pas responsables de ce qui s\u2019est pass\u00e9 il y a plus de cent ans, mais nous le sommes de ce que nous faisons de ces restes humains aujourd\u2019hui. Clairement, ces cr\u00e2nes ne sont pas des objets de mus\u00e9e. Ce sont des restes de personnes humaines identifi\u00e9es. Nous leur devons le respect. D\u00e8s lors, si une famille congolaise apparent\u00e9e devait les r\u00e9clamer, je serais favorable \u00e0 une \u00e9volution du cadre l\u00e9gal afin de permettre leur restitution<\/em> \u00bb. Plusieurs pr\u00e9sidents de partis politiques francophones ont exprim\u00e9 des <a href=\"https:\/\/parismatch.be\/actualites\/societe\/136912\/restes-humains-congolais-six-presidents-de-partis-politiques-belges-unanimes\">points de vue semblables<\/a>.<\/p>\n<p>Fin septembre 2018,<a href=\"https:\/\/parismatch.be\/actualites\/societe\/178487\/collections-coloniales-de-restes-humains-le-gouvernement-encommissionne-lusinga\"> le discours gouvernemental \u00e9tait apparu en retrait<\/a>. Au parlement, Zuhal Demir d\u00e9clarait alors que \u00ab<em> le th\u00e8me du rapatriement de restes humains est une question sensible et complexe<\/em> \u00bb. Elle \u00e9voquait alors la cr\u00e9ation d\u2019un \u00ab<em> groupe de travail administratif<\/em> \u00bb promis \u00e0 l\u2019\u00e9tude d\u2019\u00ab <em>une approche globale concernant la possibilit\u00e9 de rapatrier des restes humains<\/em> \u00bb, \u00ab <em>tout en examinant si cela est souhaitable<\/em> \u00bb. Cela allait d\u00e9boucher, annon\u00e7ait-on, sur \u00ab <em>d\u2019\u00e9ventuelles proposition d\u2019adaptation du cadre juridique<\/em> \u00bb qui devaient \u00eatre soumises au gouvernement. Mais ensuite Mme Demir s\u2019en est all\u00e9e du gouvernement en compagnie de ses coll\u00e8gues de la droite nationaliste flamande et le groupe de travail n\u2019a pas\u2026 travaill\u00e9 pendant des mois. Toutefois, il vient de se reformer sous la houlette de la nouvelle Ministre de la Politique scientifique, Sophie Wilmes (MR) qui d\u00e9couvre le dossier. C\u2019est dans ce contexte belgo-belge un peu compliqu\u00e9 qu\u2019intervient la demande de restitution du cr\u00e2ne de Lusinga.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_241970\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-241970 size-large\" src=\"https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/Statuettes-dans-Storms-Jacques-1886num\u00ae\u00aerisation0001-recadr\u00ae2-1024x570.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" srcset=\"https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/Statuettes-dans-Storms-Jacques-1886num\u00ae\u00aerisation0001-recadr\u00ae2-1024x570.jpg 1024w, https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/Statuettes-dans-Storms-Jacques-1886num\u00ae\u00aerisation0001-recadr\u00ae2-300x167.jpg 300w, https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/Statuettes-dans-Storms-Jacques-1886num\u00ae\u00aerisation0001-recadr\u00ae2-768x428.jpg 768w, https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/Statuettes-dans-Storms-Jacques-1886num\u00ae\u00aerisation0001-recadr\u00ae2-255x142.jpg 255w\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"570\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">Plusieurs statuettes qui, apr\u00e8s avoir s\u00e9journ\u00e9 dans la maison ixelloise de l\u2019officier Storms, rejoignirent les collections du Mus\u00e9e de Tervuren. \u00a9MRAC<\/figcaption><\/figure>\n<h4>\u00ab Nous estimons que le droit de revendiquer sa d\u00e9pouille revient \u00e0 notre famille. \u00bb<\/h4>\n<p>Cette revendication a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e officiellement \u00e0 la fin du mois d\u2019octobre 2018 mais son cheminement a \u00e9t\u00e9 bien plus long. Quelques semaines apr\u00e8s la publication de notre enqu\u00eate en mars 2018, laquelle a connu un \u00e9cho consid\u00e9rable en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo via les r\u00e9seaux sociaux, un habitant de Lubumbashi nous a contact\u00e9. Thierry Lusinga Ngombe affirme \u00eatre l\u2019un des descendants du chef d\u00e9capit\u00e9. Fonctionnaire \u00e0 la division provinciale de l\u2019habitat, cet homme nous a prouv\u00e9 son identit\u00e9 civile en nous donnant copie de sa carte d\u2019identit\u00e9 et de son acte de naissance. Toutefois, vu le mode de transmission des patronymes au Congo, ces \u00e9l\u00e9ments ne sont pas en eux-m\u00eames des preuves de la l\u00e9gitimit\u00e9 du demandeur. D\u2019autre part, M. Lusinga fournit des donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9alogiques et, inform\u00e9 de la volont\u00e9 des autorit\u00e9s belges de proc\u00e9der \u00e0 une comparaison entre l\u2019ADN du cr\u00e2ne et celui de tout demandeur avant de proc\u00e9der \u00e0 une reconstitution, il s\u2019est d\u2019embl\u00e9e d\u00e9clar\u00e9 favorable \u00e0 la r\u00e9alisation d\u2019une telle expertise g\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<p>Vers la fin du mois d\u2019octobre 2018, l\u2019un de ses amis a s\u00e9journ\u00e9 en Belgique dans le cadre d\u2019un travail de recherche universitaire. A cette occasion, nous avons pu r\u00e9ceptionner une lettre de demande officielle r\u00e9dig\u00e9e par le demandeur. Celle-ci \u00e9tait adress\u00e9e au Roi \u2013 nous l\u2019avons d\u2019ailleurs transmise au Palais royal. Dans ce document dat\u00e9 du 10 octobre 2018, Monsieur Lusinga \u00e9crit : \u00ab<em> Nous avons l\u2019honneur de vous adresser cette lettre dont le sous-bassement est une plaie dans l\u2019histoire de notre arri\u00e8re-grand p\u00e8re qui avait oppos\u00e9 une r\u00e9sistance farouche \u00e0 l\u2019occupation belge durant la p\u00e9riode coloniale. Cette histoire nous avait \u00e9t\u00e9 racont\u00e9e de bouche \u00e0 oreille par nos parents, c\u2019est-\u00e0-dire de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. (\u2026) Nous estimons que le droit de revendiquer sa d\u00e9pouille ou le reste de sa d\u00e9pouille revient \u00e0 notre famille. Nous souhaitons que ce dossier se passe \u00e0 l\u2019amiable, dans des circonstances de pardon mutuel, afin d\u2019\u00e9crire une nouvelle page de l\u2019histoire. (\u2026) Nous sommes pr\u00eats \u00e0 nous soumettre \u00e0 toutes les exigences, aux conditions pour fournir les preuves de paternit\u00e9, afin d\u2019organiser le processus de rapatriement.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_241974\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-241974 size-full\" src=\"https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/T-Lusinga-IMG-20190127-WA0002-T-Lusinga-Revu.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 516px) 100vw, 516px\" srcset=\"https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/T-Lusinga-IMG-20190127-WA0002-T-Lusinga-Revu.jpg 516w, https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/T-Lusinga-IMG-20190127-WA0002-T-Lusinga-Revu-300x300.jpg 300w, https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/T-Lusinga-IMG-20190127-WA0002-T-Lusinga-Revu-255x256.jpg 255w, https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/T-Lusinga-IMG-20190127-WA0002-T-Lusinga-Revu-75x75.jpg 75w\" alt=\"\" width=\"516\" height=\"518\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">Thierry Lusinga. \u00a9DR<\/figcaption><\/figure>\n<h4>\u00ab Le sc\u00e9nario que j\u2019avais envisag\u00e9 est en fait une impasse \u00bb<\/h4>\n<p>Le 31 octobre 2018, nous avons transmis la lettre \u00e0 la directrice du Mus\u00e9e des Sciences naturelles qui, elle-m\u00eame, a fait suivre cette demande au Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 la Politique scientifique. Afin de faciliter la r\u00e9alisation d\u2019un test g\u00e9n\u00e9tique, M. Lusinga nous avait fait parvenir diff\u00e9rents \u00e9chantillons : un pr\u00e9l\u00e8vement de salive sur un coton-tige, un mouchoir en papier impr\u00e9gn\u00e9 d\u2019une goutte de son sang, une m\u00e8che de cheveux avec racine. A la mi-novembre 2018, nous avons constat\u00e9 que ces \u00e9chantillons n\u2019\u00e9taient pas r\u00e9clam\u00e9s par les autorit\u00e9s. Le Mus\u00e9e des sciences naturelles nous alors signal\u00e9 que le demandeur devrait patienter parce que la comparaison g\u00e9n\u00e9tique impliquait un pr\u00e9l\u00e8vement sur le cr\u00e2ne et que ces \u00ab <em>analyses destructives<\/em> \u00bb devaient dont \u00eatre faites avec la plus grande prudence car \u00ab<em> on n\u2019a pas droit \u00e0 plusieurs essais<\/em> \u00bb. Quelques semaines plus tard, il nous a \u00e9t\u00e9 dit que les \u00e9chantillons donn\u00e9s par M. Lusinga ne pourraient pas \u00eatre utilis\u00e9s mais que le demandeur serait bient\u00f4t contact\u00e9 afin que d\u2019autres pr\u00e9l\u00e8vements puissent \u00eatre r\u00e9alis\u00e9s dans les r\u00e8gles de l\u2019art \u00e0 Lubumbashi.<\/p>\n<p>Les mois se sont \u00e9coul\u00e9s et c\u2019est en accord avec M. Lusinga que nous avons choisi de ne pas m\u00e9diatiser sa revendication avant de conna\u00eetre le r\u00e9sultat de la comparaison ADN. Toutefois, nous venons d\u2019apprendre que la directrice du Mus\u00e9e des sciences naturelles n\u2019est d\u00e9sormais plus favorable \u00e0 la r\u00e9alisation d\u2019un test g\u00e9n\u00e9tique. Lors d\u2019un entretien t\u00e9l\u00e9phonique, Camille Pisani nous l\u2019a expliqu\u00e9 en ces termes : \u00ab <em>Le scenario que j\u2019avais envisag\u00e9 est en fait une impasse. Je me suis renseign\u00e9e aupr\u00e8s de sp\u00e9cialistes en criminalistique. Lusinga a v\u00e9cu dans les ann\u00e9es 1880, ce qui dire veut qu\u2019il y a eu 4 ou 5 g\u00e9n\u00e9rations entre lui et la famille qui r\u00e9clame son cr\u00e2ne. On peut esp\u00e9rer arriver \u00e0 des rapprochements entre l\u2019ADN pr\u00e9lev\u00e9 sur le cr\u00e2ne et celui du demandeur mais certainement pas au point d\u2019\u00e9tablir une filiation certaine.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>On notera cependant que la m\u00e8re du demandeur, soit l\u2019arri\u00e8re-petite fille pr\u00e9sum\u00e9e du chef Lusinga est encore en vie, ce qui raccourci la \u00ab distance g\u00e9n\u00e9tique \u00bb entre le cr\u00e2ne et la famille qui le r\u00e9clame. En outre, le point de vue pessimiste du Mus\u00e9e belge sur les r\u00e9sultats que pourraient apporter l\u2019approche g\u00e9n\u00e9tique est relativis\u00e9 par des biologistes g\u00e9n\u00e9ticiens que nous avons consult\u00e9 en Suisse, en France et aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<h4>\u00ab \u00c9tablir un lien ancestral de 4 g\u00e9n\u00e9rations s\u2019inscrit parfaitement dans le cadre de la technologie moderne \u00bb<\/h4>\n<p>Selon Hocine Rekaik, l\u2019un des collaborateurs scientifiques du r\u00e9put\u00e9 g\u00e9n\u00e9ticien Denis Duboule (\u00c9cole Polytechnique f\u00e9d\u00e9rale de Lausanne), \u00ab i<em>l y a bien entendu une perte g\u00e9n\u00e9tique importante sur 3 ou 4 g\u00e9n\u00e9rations. Une analyse ne donnerait certes pas une filiation certaine, mais elle pourrait produire de l\u2019information conduisant \u00e0 cr\u00e9dibiliser ou \u00e0 invalider la demande. On ne peut pas savoir \u00e0 l\u2019avance ce que l\u2019on va trouver.<\/em> <em>Le r\u00e9sultat d\u00e9pend aussi de l\u2019investissement que l\u2019on met dans ce type de recherche. On peut aller tr\u00e8s loin \u00e0 notre \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on est capable de s\u00e9quencer le g\u00e9nome humain.<\/em>\u00bb. Depuis Brest, le professeur de g\u00e9n\u00e9tique Claude F\u00e9rec (INSERM) estime que \u00ab <em>si le cr\u00e2ne poss\u00e8de des marqueurs g\u00e9n\u00e9tiques tr\u00e8s sp\u00e9cifiques, cela peut donner de l\u2019information int\u00e9ressante. Mais quant \u00e0\u00a0 arriver \u00e0 une certitude ou \u00e0 une exclusion en termes de filiation, cela sera difficile <\/em>\u00bb. Ce n\u2019est cependant pas l\u2019avis de Mary-Claire King, la sommit\u00e9 dans le domaine. Cette g\u00e9n\u00e9ticienne a d\u00e9couvert en 1990 le g\u00e8ne BRCA1 responsable de la forme h\u00e9r\u00e9ditaire du cancer du sein. Elle est aussi sp\u00e9cialiste de l\u2019utilisation de la g\u00e9n\u00e9tique appliqu\u00e9e aux droits humain. Depuis Washington, cette chercheuse nous \u00e9crit qu\u2019\u00ab <em>il doit \u00eatre possible de d\u00e9terminer si le chef Tabwa tu\u00e9 en 1884 est li\u00e9 au descendant pr\u00e9sum\u00e9 qui r\u00e9clame la restitution de son cr\u00e2ne. \u00c9tablir un lien ancestral de 4 g\u00e9n\u00e9rations s\u2019inscrit parfaitement dans le cadre de la technologie moderne. Il existe certainement des laboratoires en Europe qui pourraient effectuer cette analyse.g\u00e9nomique.<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>On l\u2019a vu, ce n\u2019est pas le point de vue actuel de la directrice du Mus\u00e9e qui estime par ailleurs que les informations g\u00e9n\u00e9alogiques sont difficilement v\u00e9rifiables dans un tel dossier au motif qu\u2019\u00ab<em> il n\u2019y avait d\u2019\u00e9tat civil au Congo en 1880<\/em> \u00bb. Partant, Camille Pisani a envoy\u00e9 une note au cabinet de la Secr\u00e9taire d\u2019Etat \u00e0 la Politique scientifique pr\u00e9conisant d\u2019abandonner la possibilit\u00e9 de restituer les cr\u00e2nes identifi\u00e9s dans le cadre de demandes individuelles. \u00ab <em>En cas de restitution de restes humains, cela devrait se faire d\u2019\u00c9tat \u00e0 \u00c9tat, c\u2019est d\u2019ailleurs comme cela que mes coll\u00e8gues des Mus\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tranger se sont aussi positionn\u00e9s quand ils ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 cette question.<\/em> \u00bb, nous dit-elle.<\/p>\n<h4>\u00ab Cette question ne concerne pas que le cas particulier de Monsieur Lusinga \u00bb<\/h4>\n<p>Au secr\u00e9tariat d\u2019Etat \u00e0 la Politique scientifique, le directeur de la communication nous livre ce commentaire qui, avec d\u2019autres mots, ne dit pas autre chose : \u00ab<em> Madame la Ministre a entam\u00e9 les d\u00e9marches n\u00e9cessaires pour avancer dans ce dossier. Depuis sa prise de fonction il y a quelques semaines, elle consulte afin d\u2019\u00e9laborer un groupe de r\u00e9flexion sur la probl\u00e9matique g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019origine des \u0153uvres d\u2019arts dans les mus\u00e9es, en coop\u00e9ration avec les \u00e9tablissements scientifiques et les pays d\u2019origine. Dans ce cadre-l\u00e0 sera abord\u00e9e la question du statut des restes humains mais aussi les aspects sp\u00e9cifiques aux proc\u00e9dures de demandes de restitution. Cette question ne concerne pas seulement le cas particulier de Monsieur Lusinga. Nous t\u00e2chons d\u2019avancer sur ce dossier de la fa\u00e7on la plus objective et \u00ab globale \u00bb possible ; le tout dans la limite du cadre des affaires courantes.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019une des mani\u00e8res d\u2019avancer dans ce dossier pourrait \u00eatre aussi de donner un accus\u00e9 de r\u00e9ception officiel au demandeur qui, \u00e0 ce jour, n\u2019a encore rien re\u00e7u de tel du Mus\u00e9e des sciences naturelles, du secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat ou du Palais royal. Dans ce contexte, il nous a demand\u00e9 de faire conna\u00eetre publiquement sa requ\u00eate. Communiquer \u00e0 propos de cette demande ne consiste \u00e9videmment pas \u00e0 lui donner un brevet de l\u00e9gitimit\u00e9. En effet, de nombreuses questions restent enti\u00e8res. En termes scientifiques mais aussi \u00e9thiques. Thierry Lusinga est-il le seul pr\u00e9tendant possible \u00e0 la restitution du cr\u00e2ne ? N\u2019y-a-t-il pas d\u2019autres descendants l\u00e9gitimes ? Doit-on rendre ce cr\u00e2ne \u00e0 un individu plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 une collectivit\u00e9 qui repr\u00e9senterait le peuple Tabwa dont le chef d\u00e9capit\u00e9 faisait partie ? Doit-on envisager la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019une demande de restitution au travers de seuls crit\u00e8res europ\u00e9ens : l\u2019acte d\u2019\u00e9tat civil \u00e9voqu\u00e9 par la directrice du Mus\u00e9e ?<\/p>\n<p>Lors de la sortie de notre enqu\u00eate en mars 2018, nous avions d\u00e9j\u00e0 discut\u00e9 de ces questions avec l\u2019anthropologue Martin Vander Elst (UCL). Il voyait dans la demande d\u2019un test ADN, une manifestation de \u00ab <em>la non-pr\u00e9paration des institutions mus\u00e9ales belges aux questions de restitution.<\/em> \u00bb A la lumi\u00e8re de l\u2019\u00e9volution de ce dossier, on ne peut \u00e9videmment pas lui donner tort. Ce scientifique ajoutait que, de toute mani\u00e8re, le test ADN tel qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9 n\u00e9cessitait \u00ab <em>une validation par la famille et la communaut\u00e9<\/em> \u00bb et son couplage \u00ab <em>\u00e0 d\u2019autres formes d\u2019interpr\u00e9tations et de constructions g\u00e9n\u00e9alogiques.<\/em> \u00bb Il estimait encore, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 des contacts avec des coll\u00e8gues congolais que \u00ab <em>la question pos\u00e9e en Belgique en termes de restitution se pose au Congo comme une question d\u2019h\u00e9ritage. Il s\u2019agit d\u2019un probl\u00e8me de succession complexe, car pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019action coloniale a eu des cons\u00e9quences importantes sur la transmission du pouvoir chez les Tabwa comme dans d\u2019autres r\u00e9gions du Congo.<\/em> \u00bb<\/p>\n<h4>\u00ab Il faut impliquer la communaut\u00e9 Tabwa \u00bb<\/h4>\n<p>D\u2019ailleurs, dans l\u2019Est du Congo, Thierry Lusinga n\u2019est pas le seul \u00e0 porter un int\u00e9r\u00eat au retour du cr\u00e2ne Lusinga. Un groupe de r\u00e9flexion informel s\u2019est cr\u00e9\u00e9 sur la question au sein de l\u2019Universit\u00e9 de Lubumbashi. L\u2019un de ses participants, Fernand Numbi Kanyepa, professeur de sociologie, est originaire des environs du village de Lusinga. Il est aussi le neveu de Kyeupe, l\u2019actuelle cheffe Lusinga. Est-elle alors l\u2019h\u00e9riti\u00e8re toute d\u00e9sign\u00e9e ? Pas s\u00fbr, non plus. Comme nous l\u2019explique Fernand Numbi Kanyepa, \u00ab <em>le chef Lusinga qui fut d\u00e9capit\u00e9 appartenait \u00e0 la m\u00eame famille que le chef Kansabala, le clan des bena-Kansanga qui s\u2019\u00e9tablirent dans les ann\u00e9es 1870 pr\u00e8s de salines sur la Lufuko, \u00e0 l\u2019ouest de Mpala. Apr\u00e8s la mort de Lusinga, Kansabala s\u2019empara de son pouvoir et nomma un nouveau chef Lusinga sous son autorit\u00e9. Une configuration hi\u00e9rarchique qui persiste aujourd\u2019hui et qui fait de Kyeupe, une sous-cheffe par rapport au chef Kansabala actuel.<\/em> \u00bb Tragique co\u00efncidence, un r\u00e9cent chef Kansabala, Albert Kisimba Kabonde, a lui-m\u00eame \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 par un groupe arm\u00e9 en juin 2018. Un <a class=\"external\" href=\"https:\/\/acturdc.com\/province-tanganyika-a-moba-linsecurite-refait-surface\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">site d\u2019information congolais<\/a> rapportant que \u00ab <em>ses assaillants l\u2019ont d\u00e9capit\u00e9 et ont circul\u00e9 avec sa t\u00eate comme troph\u00e9e.<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_241975\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-241975 size-full\" src=\"https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/Fernand-20915327_1676621199075831_5005180945476026827_n.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 720px) 100vw, 720px\" srcset=\"https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/Fernand-20915327_1676621199075831_5005180945476026827_n.jpg 720w, https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/Fernand-20915327_1676621199075831_5005180945476026827_n-300x300.jpg 300w, https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/Fernand-20915327_1676621199075831_5005180945476026827_n-255x255.jpg 255w, https:\/\/parismatch.be\/app\/uploads\/2019\/02\/Fernand-20915327_1676621199075831_5005180945476026827_n-75x75.jpg 75w\" alt=\"\" width=\"720\" height=\"720\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">Fernand Numbi Kanyepa. \u00a9Facebook<\/figcaption><\/figure>\n<p>Sans se prononcer sur la validit\u00e9 de la demande de Thierry Lusinga, le professeur Kanyepa souhaite qu\u2019il soit \u00ab <em>associ\u00e9 \u00e0 une demande de restitution collective<\/em> (ndlr : des d\u00e9marches en ce sens sont actuellement men\u00e9es). <em>Il faut impliquer la communaut\u00e9 Tabwa afin qu\u2019au jour du retour, l\u2019ensevelissement du cr\u00e2ne du chef Lusinga se fasse \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 reposent les autres chefs coutumiers qui lui sont apparent\u00e9s.<\/em> \u00bb Selon lui, le lieu idoine est la localit\u00e9 de Kayobwe, sur le territoire de Moba, dans la collectivit\u00e9 de Kansabala. M. Kanyepa pr\u00e9cise que la r\u00e9gion o\u00f9 vit l\u2019actuel chef Kansabala est difficile d\u2019acc\u00e8s. Avec des coll\u00e8gues scientifiques, il travaille donc \u00e0 la mise sur pied d\u2019un voyage d\u2019\u00e9tude sur le territoire de Moba afin d\u2019informer toutes les personnes qui pourraient se sentir concern\u00e9es par le retour du cr\u00e2ne du chef d\u00e9capit\u00e9. Le sociologue congolais estime \u00e0 cet \u00e9gard qu\u2019\u00ab <em>il serait tr\u00e8s positif que les autorit\u00e9s belges d\u00e9signent l\u2019un ou l\u2019autre expert pour participer aux d\u00e9marches que nous entreprenons depuis Lubumbashi. De mani\u00e8re telle que ce processus de restitution se fasse dans le cadre d\u2019un dialogue constructif<\/em> \u00bb. Il ajoute qu\u2019\u00ab <em>outre la chefferie actuelle, l\u2019association socioculturelle Bunvuano bwa Batabwa qui rassemble les Tabwa originaires du territoire de Moba, pourrait aussi vouloir prendre part \u00e0 ce d\u00e9bat sur la restitution du cr\u00e2ne<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>On le voit, le dossier est complexe. Mais tous nos interlocuteurs congolais se rejoignent sur un m\u00eame souhait : que la restitution du cr\u00e2ne se fasse via la famille ou des repr\u00e9sentants de la communaut\u00e9 Tabwa, plut\u00f4t que d\u2019\u00c9tat \u00e0 \u00c9tat. \u00ab <em>La c\u00e9r\u00e9monie du retour du cr\u00e2ne de ce r\u00e9sistant pr\u00e9sente des enjeux symboliques et rituels tr\u00e8s importants. Ce cr\u00e2ne ne doit pas passer par Kinshasa et il serait encore plus malheureux qu\u2019il y demeure \u00e0 la suite d\u2019une restitution d\u2019\u00c9tat \u00e0 \u00c9tat. Le chef Lusinga doit revenir dans la r\u00e9gion o\u00f9 il vivait. Il doit \u00eatre enterr\u00e9 avec le respect d\u00fb \u00e0 son rang, pr\u00e8s des autres chefs coutumiers. Cela n\u2019emp\u00eache pas d\u2019associer l\u2019\u00c9tat congolais \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie qui aura lieu lors de son retour.<\/em> \u00bb On l\u2019a compris ce n\u2019est pas vraiment la pr\u00e9sente position de la ministre de la Politique scientifique mais divers contacts avec son cabinet nous ont laiss\u00e9 entendre que rien n\u2019\u00e9tait fig\u00e9. L\u2019un des enseignements clairs du moment est en tous les cas que les responsables politiques belges doivent enfin plancher s\u00e9rieusement sur la question de cette restitution ; Un dossier \u00e9videmment connexe \u00e0 celui de la restitution de biens culturels mal acquis pendant l\u2019\u00e9poque coloniale et proto-coloniale, comme en t\u00e9moignent les statuettes vol\u00e9es \u00e0 Lusinga qui sont expos\u00e9es au Mus\u00e9e de Tervuren.<\/p>\n<h4>\u00ab Relier le pass\u00e9 au pr\u00e9sent \u00bb<\/h4>\n<p>En octobre 2018, le Parlement bruxellois a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 toutes les assembl\u00e9es du pays en organisant un <a href=\"https:\/\/parismatch.be\/actualites\/societe\/189003\/restitution-des-biens-africains-spolies-lamorce-dun-dialogue-en-belgique\">colloque sur la restitution des biens culturels africains et des restes humains<\/a>. Initi\u00e9 par l\u2019asbl afro-descendante <a class=\"external\" href=\"https:\/\/www.bamko.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Bamko-Cran<\/a>, sous la pr\u00e9sidence de Julie De Groote (CDH) et avec la participation engag\u00e9e de d\u00e9put\u00e9es telles que Simone Suskind (PS) et Zo\u00e9 Genot (Ecolo), cette d\u00e9marche vient de d\u00e9boucher sur un projet de r\u00e9solution soutenu \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9. Ce texte demande \u00e0 la Chambre et au S\u00e9nat de se pencher \u00e0 leur tour sur la question de \u00ab <em>l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019un retour des biens culturels africains et, en priorit\u00e9 et par respect pour la dignit\u00e9 humaine, la restitution des restes de personnes humaines identifi\u00e9es<\/em> \u00bb. On remarquera que l\u2019un des consid\u00e9rant de cette r\u00e9solution qui engage aussi le MR, parti auquel appartient l\u2019actuelle Ministre de la Politique scientifique ent\u00e9rine l\u2019id\u00e9e que par \u00ab<em> respect pour la dignit\u00e9 humaine<\/em> \u00bb, il y a \u00ab <em>n\u00e9cessit\u00e9 de restituer les restes de personnes humaines identifi\u00e9es \u00e0 leur famille ou \u00e0 l\u2019\u00c9tat, qui en ferait la demande<\/em> \u00bb. En outre, une proposition de r\u00e9solution concernant l\u2019optimisation de la coop\u00e9ration entre l\u2019autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale et les entit\u00e9s f\u00e9d\u00e9r\u00e9es en mati\u00e8re de biens culturels et patrimoniaux africains a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9e \u00e0 la chambre par des \u00e9lus PS. Ces derniers insistent pour que \u00ab <em>le statut des ossements humains et l\u2019hypoth\u00e8se de leurs \u00ab restitutions \u00bb soient consid\u00e9r\u00e9s en priorit\u00e9 par respect pour la dignit\u00e9 humaine.<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Le 15 f\u00e9vrier dernier, c\u2019est l\u2019Universit\u00e9 Libre de Bruxelles, dans le prolongement de <a href=\"https:\/\/parismatch.be\/actualites\/societe\/144771\/lusinga-et-300-autres-cranes-dafricains-conserves-a-bruxelles-partie-2-le-pauvre-diable-de-lulb\">l\u2019enqu\u00eate publi\u00e9e par Paris Match Belgique<\/a> qui s\u2019est pench\u00e9e sur ses collections coloniales de restes humains dans le cadre d\u2019un grand colloque intitul\u00e9 \u00ab De l\u2019ombre \u00e0 la lumi\u00e8re \u00bb. A cette occasion, le recteur Yvon Englert d\u00e9clara : \u00ab<em> Notre d\u00e9fi n\u2019est pas seulement de trouver une issue d\u00e9cente au probl\u00e8me que pose la pr\u00e9sence en nos murs de cr\u00e2nes issus de la colonisation. Il est aussi (\u2026) de relier le pass\u00e9 au pr\u00e9sent et d\u2019interroger la mani\u00e8re dont le pass\u00e9 colonial inspire les pratiques discriminatoires qui persistent dans notre soci\u00e9t\u00e9.<\/em> \u00bb Ce d\u00e9fit est aussi celui de toute la soci\u00e9t\u00e9 belge.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/parismatch.be\/actualites\/societe\/238798\/crane-de-lusinga-une-premiere-demande-de-restitution-du-congo?fbclid=IwAR3-88-VUBjcxuyVN9GHk3NJ_dJfdhpqoo5vJkCUSjiWIsJySjHps0sm8BQ\">Source<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/article>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des cr\u00e2nes de Congolais sont conserv\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 libre de Bruxelles[1], ils sont issus de la conqu\u00eate coloniale, extorqu\u00e9s pour certains \u00e0 l&rsquo;occasion des violences corporelles inflig\u00e9es par des Belges aux populations congolaises. Les r\u00e9cents d\u00e9bats sur la restitution des biens culturels et des restes humains ont amen\u00e9 l&rsquo;ULB \u00e0 organiser une conf\u00e9rence sur le &#8230; <a title=\"Comment d\u00e9coloniser nos universit\u00e9s ?\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=4084\" aria-label=\"En savoir plus sur Comment d\u00e9coloniser nos universit\u00e9s ?\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3975,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[80,331],"class_list":["post-4084","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","tag-congo","tag-michel-bouffioux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4084","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4084"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4084\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4087,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4084\/revisions\/4087"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3975"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4084"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4084"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4084"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}