{"id":4081,"date":"2019-02-28T01:20:43","date_gmt":"2019-02-28T00:20:43","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=4081"},"modified":"2019-03-01T01:26:26","modified_gmt":"2019-03-01T00:26:26","slug":"quartiers-populaires-et-gilets-jaunes-memes-galeres-meme-combat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=4081","title":{"rendered":"\u00ab Quartiers Populaires \u00bb et Gilets Jaunes : m\u00eames gal\u00e8res m\u00eame combat ?"},"content":{"rendered":"<blockquote><p><em>Trop d\u2019choses nous s\u00e9parent, on n\u2019a pas la m\u00eame vie<\/em><br \/>\n<em>D\u00e8s le d\u00e9part, on n\u2019a pas la m\u00eame vie<\/em><br \/>\n<em>Pourquoi tu m\u2019compares, on n\u2019a pas la m\u00eame vie<\/em><br \/>\n<em>Ne me juge pas, on n\u2019a pas la m\u00eame vie<\/em><\/p>\n<p>Youssoupha<\/p><\/blockquote>\n<p>Depuis deux mois, la France conna\u00eet une p\u00e9riode d\u2019effervescence sociale avec des pics de tensions chaque samedi et alors que l\u2019ex\u00e9cutif esp\u00e9rait un essoufflement du mouvement, nous constatons plut\u00f4t qu\u2019il gagne en d\u00e9termination. Dans le m\u00eame temps les \u00e9crits portant sur cet \u00e9v\u00e9nement, d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 historique, se multiplient, qu\u2019ils soient journalistiques, militants ou bien universitaires. La raison principale \u00e0 ce floril\u00e8ge d\u2019articles est que le mouvement interroge tout le monde par sa forme innovante et insaisissable. Il est difficile de d\u00e9finir ce que sont les Gilets Jaunes (GJ), l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des profils et des revendications \u00e9tant accentu\u00e9e par des diff\u00e9rences entre les zones de mobilisations. Nous pouvons toutefois avancer que les Gilets Jaunes sont principalement des Gilets Blancs, autant dans leur composition sociale que dans leurs revendications ainsi que dans leurs modes d\u2019expression et d\u2019action. Si des non-Blancs ont pu endosser un gilet jaune (nous pouvons penser \u00e0 Priscilla Ludosky ou \u00e0 Abdelaziz Righi), ils sont loin de se mobiliser massivement. Les Indig\u00e8nes, en tant que cat\u00e9gorie sociale de m\u00eame que leurs revendications sp\u00e9cifiques sont absents.<!--more--><\/p>\n<p>Cette absence interroge une partie des GJ ainsi que la gauche blanche qui souhaitent proc\u00e9der une nouvelle fois \u00e0 la \u00ab\u00a0convergence des luttes\u00a0\u00bb. Malgr\u00e9 ses \u00e9checs pr\u00e9c\u00e9dents, dont le dernier en date est Nuit Debout, le mouvement social entretient toujours cet esprit \u00ab\u00a0convergiste\u00a0\u00bb tout en adoptant un autre discours. Plut\u00f4t que d\u2019en appeler \u00e0 une \u00ab\u00a0convergence\u00a0des luttes\u00bb abstraite, ils encouragent directement une alliance entre les habitants des quartiers populaires et ceux de la \u00ab\u00a0France p\u00e9riph\u00e9rique\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0monde rural\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire les GJ. Victimes de maux semblables, vivant les m\u00eames gal\u00e8res et domin\u00e9s par les m\u00eames responsables politiques, ils auraient un combat commun \u00e0 mener. Dans cet article, nous allons \u00e9tudier plus en d\u00e9tail cette affirmation, ainsi que le rapport entre les Indig\u00e8nes et les GJ \u00e0 travers plusieurs angles [1].<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/5c0284ee24000033008c10da.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-4010 aligncenter\" src=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/5c0284ee24000033008c10da.jpg\" alt=\"\" width=\"630\" height=\"405\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/5c0284ee24000033008c10da.jpg 630w, https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/5c0284ee24000033008c10da-300x193.jpg 300w, https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/5c0284ee24000033008c10da-600x386.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 630px) 100vw, 630px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>Les Gilets Jaunes et les quartiers populaires\u00a0: des int\u00e9r\u00eats communs<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Si l\u2019on en croit les discours politico-m\u00e9diatiques, les GJ mobilisent la \u00ab\u00a0France p\u00e9riph\u00e9rique\u00a0\u00bb, celle du p\u00e9riurbain et du monde rural, c\u2019est-\u00e0-dire les personnes vivant en dehors des grandes aires urbaines. Situ\u00e9s dans les classes populaires sup\u00e9rieures, ils se r\u00e9voltent contre la pr\u00e9carisation de leurs conditions de vie. D\u2019abord mobilis\u00e9 suite \u00e0 l\u2019augmentation des prix des carburants, ce mouvement a rapidement multipli\u00e9 ses griefs \u00e0 l\u2019encontre du gouvernement et s\u2019en prend tout autant \u00e0 certaines politiques n\u00e9olib\u00e9rales qu\u2019\u00e0 la classe politique dominante et \u00e0 la crise de la repr\u00e9sentation, d\u00e9fendant parfois des revendications contradictoires. La diversit\u00e9 des plaintes et exigences s\u2019explique par la forme du mouvement et sa constitution sociale. Il est un mouvement fluctuant qui persiste \u00e0 refuser tout porte-parole ou toute ing\u00e9rence des partis politiques quels qu\u2019ils soient. L\u2019\u00e9tablissement d\u2019une ligne id\u00e9ologique claire reposant sur des demandes pr\u00e9cises devient donc plus ardu. Une confusion politique est aliment\u00e9e par un contexte qui l\u2019est tout autant, marqu\u00e9 par une d\u00e9structuration des balises politiques classiques, l\u2019\u00e9clatement du \u00ab\u00a0bloc dominant\u00a0\u00bb et l\u2019affaiblissement du clivage gauche\/droite (au profit de l\u2019opposition europ\u00e9iste\/souverainiste) [2].<\/p>\n<p>Toutefois il existe, entre toutes ces divergences et disparit\u00e9s, des pistes nous laissant entrevoir la possibilit\u00e9 d\u2019une unification des GJ et la formation d\u2019un bloc relativement homog\u00e8ne rassembl\u00e9 derri\u00e8re des exp\u00e9riences communes et des revendications majeures. Sur les questions \u00e9conomiques, quand bien m\u00eame cela peut para\u00eetre contradictoire, les revendications de baisse des taxes et d\u2019augmentation du SMIC rejoignent un m\u00eame but aux yeux des GJ\u00a0: stopper la d\u00e9gradation de leur niveau de vie et rompre avec les fins de mois difficiles. Mais c\u2019est davantage sur le th\u00e8me de la (non) repr\u00e9sentation et celui de la critique du personnel politique fran\u00e7ais que le mouvement parvient \u00e0 se f\u00e9d\u00e9rer. Malgr\u00e9 toutes les critiques que l\u2019on peut \u00e9mettre sur le R\u00e9f\u00e9rendum d\u2019Initiative Citoyenne, force est de constater qu\u2019il est devenu l\u2019une des principales revendications des GJ autant qu\u2019un symbole de leur col\u00e8re. Le RIC est la traduction de ce sentiment, partag\u00e9 par l\u2019ensemble des manifestants, de la d\u00e9possession de leur pouvoir politique au profit d\u2019une \u00ab\u00a0\u00e9lite\u00a0\u00bb de plus en plus d\u00e9tach\u00e9e des r\u00e9alit\u00e9s du \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb ou aveugle \u00e0 celles-ci. L\u2019hostilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard du champ politique et de ses repr\u00e9sentants, r\u00e9sum\u00e9e avec m\u00e9pris sous le terme de \u00ab\u00a0populisme\u00a0\u00bb, est un \u00e9l\u00e9ment essentiel \u00e0 prendre en compte pour saisir ce mouvement. Il faut rappeler que les GJ sont compos\u00e9s en grande partie de membres des classes populaires relativement exclues du champ politique officiel, rarement engag\u00e9es dans des partis\/associations politiques ou syndicats, et ayant une forte tendance \u00e0 l\u2019abstention du fait de leur m\u00e9fiance envers les repr\u00e9sentants politiques.<\/p>\n<p>A partir de ces principaux traits caract\u00e9ristiques d\u00e9gag\u00e9s, nous pouvons ais\u00e9ment consid\u00e9rer que les points de convergence avec les habitants des banlieues sont nombreux et qu\u2019une alliance para\u00eet tout aussi souhaitable que naturelle. Les difficult\u00e9s v\u00e9cues par les habitants de ces quartiers et partag\u00e9es avec les GJ paraissent m\u00eame plus importantes et graves. Concernant tout d\u2019abord leur pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique, les habitants des quartiers se trouvent au plus bas de l\u2019\u00e9chelle sociale, occupant des emplois subalternes et mal pay\u00e9s. L\u2019augmentation du SMIC est donc une revendication allant dans le sens de leurs int\u00e9r\u00eats, pour ceux qui sont \u00e9pargn\u00e9s par le ch\u00f4mage. En ce qui concerne la relation avec le champ politique, l\u00e0 encore nous pouvons remarquer des similitudes fortes. Les habitants des cit\u00e9s entretiennent la m\u00eame hostilit\u00e9 envers le syst\u00e8me politique et ses acteurs, et sont tout aussi distants puisque les taux d\u2019abstention sont particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9s dans ces quartiers [3]. Par ailleurs, un autre facteur pouvant contribuer \u00e0 une union entre les GJ et les banlieues a \u00e9merg\u00e9 durant les manifestations, \u00e0 savoir le rapport \u00e0 la police. Victimes d\u2019une r\u00e9pression habituellement dirig\u00e9e contre les Indig\u00e8nes, la majorit\u00e9 des manifestants a d\u00e9couvert la violence que la police est capable d\u2019exercer en toute impunit\u00e9. La donne semble changer alors que jusqu\u2019ici, face \u00e0 la r\u00e9pression polici\u00e8re des protestations des habitants des quartiers, le mutisme voire le soutien \u00e9tait la r\u00e8gle.<\/p>\n<p>Cependant, en d\u00e9pit de tous ces points et ces int\u00e9r\u00eats communs, l\u2019engagement des habitants des banlieues au sein des GJ est relativement limit\u00e9. Pour parvenir \u00e0 expliquer ce fait, il faut d\u2019abord rompre avec une vision m\u00e9caniciste et \u00e9conomiciste de la mobilisation collective. Les discours autour de la participation des banlieues sont centr\u00e9s sur l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019elles auraient \u00e0 participer aux GJ\u00a0; les individus sont consid\u00e9r\u00e9s comme de vulgaires homo-\u00e9conomicus proc\u00e9dant \u00e0 un calcul rationnel co\u00fbt\/profit. Or, nombreux sont les travaux mettant \u00e0 mal cette vision de l\u2019engagement. Surtout, la \u00ab\u00a0passivit\u00e9\u00a0\u00bb des quartiers vis-\u00e0-vis des GJ ne peut \u00eatre comprise tant que l\u2019on \u00e9ludera ou minorera un sujet pourtant majeur et que ces \u00e9v\u00e9nements mettent en relief\u00a0: la question raciale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les divergences et le rapport quartiers populaires\/France p\u00e9riph\u00e9rique<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La question de la division raciale, mise de c\u00f4t\u00e9 durant la r\u00e9volte des GJ, est pourtant primordiale. La crise des GJ et les analyses m\u00e9diatiques \u00e0 son sujet ont d\u00e9voil\u00e9 le caract\u00e8re h\u00e9g\u00e9monique de la th\u00e8se de la \u00ab\u00a0France p\u00e9riph\u00e9rique\u00a0\u00bb, th\u00e9oris\u00e9e et popularis\u00e9e en particulier par Christophe Guilluy. Ce dernier a donn\u00e9 un cr\u00e9dit pseudo-scientifique aux discours r\u00e9actionnaires et racistes sur les quartiers et l\u2019immigration. Il affirme qu\u2019une grande partie des classes populaires blanches, peu \u00e0 peu oubli\u00e9e par le personnel politique, a \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9e \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie des centres urbains par les populations immigr\u00e9es, sombrant dans la pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique [4], et tout cela au profit d\u2019une politique de la ville centr\u00e9e sur les \u00ab\u00a0Zones Urbaines Sensibles\u00a0\u00bb (ZUS) et les Indig\u00e8nes. Les petits-Blancs seraient ainsi perdants dans le processus de la mondialisation et voteraient en masse pour le Rassemblement National, seul parti \u00e0 d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>Bon nombre de g\u00e9ographes se sont tr\u00e8s vite oppos\u00e9s \u00e0 ces th\u00e8ses de Guilluy. Brisant le mythe d\u2019une France coup\u00e9e entre m\u00e9tropole et \u00ab\u00a0monde rural\u00a0\u00bb et soulignant l\u2019impr\u00e9cision de l\u2019expression de \u00ab\u00a0France p\u00e9riph\u00e9rique\u00a0\u00bb, ils affirment que la fracture se situe plut\u00f4t \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame des territoires urbanis\u00e9s dans lesquels on peut observer les plus grandes in\u00e9galit\u00e9s. Les plus riches vivent en ville, mais c\u2019est aussi le cas des plus pauvres. Pire encore, contrairement aux \u00e9lucubrations r\u00e9actionnaires de Guilluy, les deux tiers des pauvres vivent en zone urbaine et non p\u00e9riurbaine [5]. La pauvret\u00e9 rurale des plus \u00e2g\u00e9s existe effectivement, mais elle est moindre que celle des jeunes vivant dans les banlieues. S\u2019il existe \u00ab\u00a0des grands perdants de la mondialisation\u00a0\u00bb, ce sont donc les habitants pauvres des villes et des quartiers [6]. Pour autant, il faut souligner que le territoire n\u2019est pas une variable explicative en tant que telle. En limitant le territoire \u00e0 un contenant vide sur lesquels se contenteraient d\u2019\u00e9voluer certains types de population (\u00ab\u00a0la France des quartiers populaires\u00a0\u00bb\/\u00ab\u00a0la France p\u00e9riph\u00e9rique\u00a0\u00bb), on en oublie que les contradictions raciales sont \u00e9galement produites spatialement. Mais si la visibilit\u00e9 de ces contradictions est exacerb\u00e9e dans les quartiers populaires, celles-ci s\u2019\u00e9tendent bien \u00e0 l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9. Parler en termes de \u00ab\u00a0quartiers populaires\u00a0\u00bb est une fa\u00e7on bien commode d\u2019appr\u00e9hender ces quartiers comme des lieux ferm\u00e9s sur eux-m\u00eames et non comme s\u2019inscrivant dans une logique raciale plus \u00e9tendue. Paradoxalement c\u2019est peut-\u00eatre la mani\u00e8re dont la probl\u00e9matique des \u00ab\u00a0quartiers\u00a0\u00bb est mobilis\u00e9e qui invisibilise la question raciale alors que, justement, c\u2019est dans ces quartiers qu\u2019elle est la plus explicite.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 de Guilluy, et des adh\u00e9rents \u00e0 sa th\u00e8se, la division entre \u00ab\u00a0la M\u00e9tropole\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0France p\u00e9riph\u00e9rique\u00a0\u00bb est surtout une division entre la France \u00ab\u00a0multiculturelle\u00a0\u00bb, celle avec une forte pr\u00e9sence de non-Blancs, et la \u00ab\u00a0vraie\u00a0\u00bb France, la France Blanche pure. La gauche, de son c\u00f4t\u00e9, minore l\u2019aspect racial en se limitant \u00e0 un vocabulaire centr\u00e9 sur le territoire, notamment en parlant simplement de \u00ab\u00a0quartiers populaires\u00a0\u00bb. Suivant cette conception, qu\u2019on soit Noir, Arabe ou Blanc importe peu puisque c\u2019est la zone d\u2019habitation qui s\u2019av\u00e8re d\u00e9terminante. Il arrive parfois \u00e0 cette gauche de nuancer la variable territoriale en expliquant que ce sont les classes populaires les plus pr\u00e9caires qui sont parqu\u00e9es dans ces zones sensibles et, dans le meilleur des cas, en ajoutant qu\u2019une partie d\u2019entre elles y subissent des violences polici\u00e8res et du racisme. Mais, dans tous les cas, le racisme est rel\u00e9gu\u00e9 au second plan, consid\u00e9r\u00e9 comme un dommage collat\u00e9ral pour des populations qui, en plus de faire partie des classes populaires, appartiennent aux groupes raciaux discrimin\u00e9s. Il s\u2019agit d\u2019une approche probl\u00e9matique lorsque l\u2019on sait, et Frantz Fanon l\u2019a d\u00e9montr\u00e9 dans <em>Les Damn\u00e9s de la Terre<\/em>, que la fracture coloniale <strong>s<\/strong>e transpose dans la configuration urbaine. C\u2019est justement ce qui conduit Sadri Khiari \u00e0 affirmer d\u2019une part que les quartiers sont surtout la \u00ab\u00a0traduction dans l\u2019espace d\u2019un rapport de force politique\u00a0\u00bb, d\u2019autre part que le \u00ab\u00a0quarti\u00e9risme\u00a0\u00bb, bien que conscient \u00ab\u00a0de la distribution et de la hi\u00e9rarchisation des populations au sein d\u2019espaces r\u00e9sidentiels diff\u00e9renci\u00e9s\u00a0\u00bb, reste aveugle \u00e0 la \u00ab\u00a0mat\u00e9rialisation dans le processus urbain de conflits socio-politiques dont la logique se construit en dehors des quartiers\u00a0\u00bb [7].<\/p>\n<p>Nous comprenons alors pourquoi le mouvement social appara\u00eet bien plus ouvert et entreprenant lorsqu\u2019il adopte la probl\u00e9matique des \u00ab\u00a0quartiers populaires\u00a0\u00bb plut\u00f4t que celle de la \u00ab\u00a0lutte des races sociales \u00bb. Cette probl\u00e9matique s\u2019incorpore bien plus ais\u00e9ment dans sa propre dialectique tout en s\u2019abstenant d\u2019adopter les analyses de l\u2019antiracisme politique auxquelles il reste, en effet, globalement r\u00e9ticent ou oppos\u00e9. Ainsi, quand la gauche radicale exprime son d\u00e9sir de voir des Indig\u00e8nes des quartiers populaires rejoindre les mobilisations des GJ, ce n\u2019est pas pour y voir int\u00e9grer leurs revendications et agendas politiques, mais pour casser la possibilit\u00e9 d\u2019une direction fasciste du mouvement. Nous resterons, \u00e0 leurs yeux, des instruments, tant qu\u2019ils n\u2019accepteront pas notre existence politique et sociale.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re \u00e9tape de cette acceptation serait de reconna\u00eetre la question raciale que le terme \u00ab\u00a0quartiers populaires\u00a0\u00bb sert trop souvent \u00e0 masquer. Car chacun sait que lorsque l\u2019on parle de banlieue, on parle, au fond, des Indig\u00e8nes. Certes, des Blancs y vivent aussi, mais nombre d\u2019entre eux ont \u00e9t\u00e9, d\u2019apr\u00e8s Sadri Khiari, \u00ab\u00a0indig\u00e9nis\u00e9s\u00a0\u00bb [8]. L\u2019indig\u00e9nisation des personnes blanches vivant dans les quartiers d\u00e9montre bien que ce sont des espaces marqu\u00e9s racialement puisqu\u2019ils sont avant tout les territoires des Indig\u00e8nes. Comme le disait Abdelmalek Sayad, \u00ab\u00a0la stigmatisation qui est, en apparence, le produit du territoire stigmatis\u00e9 finit toujours, en r\u00e9alit\u00e9, par produire un territoire propre, un territoire revendiqu\u00e9 comme territoire stigmatis\u00e9 et territoire de stigmatis\u00e9s\u00bb [9]. Par cons\u00e9quent, lorsque Guilluy et Cie parlent d\u2019une fracture entre la M\u00e9tropole et la \u00ab\u00a0France P\u00e9riph\u00e9rique\u00a0\u00bb, ils parlent d\u2019une certaine mani\u00e8re d\u2019une fracture raciale\u00a0; de m\u00eame, lorsque la gauche blanche d\u00e9sire une \u00ab\u00a0convergence\u00a0\u00bb avec les \u00ab\u00a0quartiers\u00a0\u00bb, elle appelle, sans le dire, \u00e0 une convergence entre Indig\u00e8nes et Blancs. Or celle-ci ne peut s\u2019\u00e9tablir en aucun cas ni sur des non-dits ni sur la base d\u2019une repr\u00e9sentation fauss\u00e9e et travestie de la r\u00e9alit\u00e9. Que les petits-Blancs vivent des situations pr\u00e9caires, nous ne l\u2019avons jamais ni\u00e9. Nous avons \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 poser les bases d\u2019une alliance entre les \u00ab\u00a0Beaufs\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0Barbares\u00a0\u00bb, dans le cadre d\u2019un projet d\u00e9colonial [10]. N\u00e9anmoins, tout effort vers une convergence sera forc\u00e9ment vain tant que seront ignor\u00e9es la fronti\u00e8re raciale qui persiste entre les deux, ainsi que la surrepr\u00e9sentation des Indig\u00e8nes dans les populations pauvres [11]. Cette r\u00e9alit\u00e9 doit \u00eatre reconnue et admise.<\/p>\n<p>Les Indig\u00e8nes subissent des injustices socio-\u00e9conomiques et symboliques, vivent dans des conditions mat\u00e9rielles pr\u00e9caires tout en \u00e9tant repr\u00e9sent\u00e9s comme des \u00ab\u00a0parasites\u00a0\u00bb vivant sur le dos de l\u2019\u00c9tat et des honn\u00eates travailleurs (Blancs). Les banlieusards appartiennent bien aux classes populaires, mais ils sont sacrifi\u00e9s au profit d\u2019autres membres de ces m\u00eames classes populaires, en l\u2019occurrence, les Blancs. Nous sommes donc bien devant un traitement racial. Les banlieues peuvent \u00eatre compl\u00e8tement d\u00e9laiss\u00e9es et stigmatis\u00e9es tout simplement parce qu\u2019elles sont habit\u00e9es par les Indig\u00e8nes. Leurs territoires ne sont pas consid\u00e9r\u00e9s comme faisant pleinement partie de la Nation en tant que \u00ab\u00a0zones de non-droit\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0territoires perdus de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb. La France, celle avec les vrais Fran\u00e7ais, se trouve l\u00e0 o\u00f9 habitent en grande majorit\u00e9 les Blancs. La campagne devient alors le symbole absolu de cette France \u00ab\u00a0pure\u00a0\u00bb. Les petits-Blancs peuvent conna\u00eetre des situations similaires en termes de pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique ou de non-repr\u00e9sentation, reste que leur blanchit\u00e9 leur accorde un immense privil\u00e8ge\u00a0: leur appartenance \u00e0 la Nation est assur\u00e9e. De ce fait, il appara\u00eet toujours plus ill\u00e9gitime et scandaleux d\u2019\u00eatre un Blanc pauvre qu\u2019un Indig\u00e8ne pauvre en France. Comprenez\u00a0: le Blanc est davantage chez lui que l\u2019Indig\u00e8ne. Que l\u2019Arabe ou le Noir soient pauvres ne d\u00e9range pas pour la simple raison qu\u2019une certaine logique et qu\u2019un certain ordre social sont respect\u00e9s. Ils restent des \u00ab\u00a0invit\u00e9s\u00a0\u00bb et \u00e0 ce titre doivent se contenter de ce qu\u2019ils ont. Mais pour le Blanc c\u2019est diff\u00e9rent puisque c\u2019est une h\u00e9r\u00e9sie que de le voir souffrir dans sa propre maison, alors m\u00eame que des Indig\u00e8nes profiteraient grassement des aides de l\u2019\u00c9tat. On pourrait nous r\u00e9torquer que nous entrons dans une comp\u00e9tition victimaire contre-productive, et que nous oublions nos int\u00e9r\u00eats communs. Certainement pas, nous nous interrogeons seulement sur l\u2019incapacit\u00e9 des Blancs \u00e0 consid\u00e9rer la condition seule des colonis\u00e9s de l\u2019int\u00e9rieur. Nous ne devons pas nous sentir oblig\u00e9s de faire des ponts avec la souffrance des petits-Blancs pour rendre l\u00e9gitime la cause Indig\u00e8ne, de m\u00eame que nous refusons de taire la question raciale. Nous affirmons aussi qu\u2019il existe une sp\u00e9cificit\u00e9 de la condition Indig\u00e8ne en France et qu\u2019elle persiste m\u00eame lorsque des Blancs semblent vivre dans des conditions mat\u00e9rielles similaires. Le traitement colonial et postcolonial des populations Indig\u00e8nes a cr\u00e9\u00e9 une scission entre les Indig\u00e8nes et les Blancs, et il ne suffit pas d\u2019avoir quelques int\u00e9r\u00eats communs pour la voir dispara\u00eetre. Le mouvement actuel des GJ en est une illustration flagrante.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Les Indig\u00e8nes et les Blancs, des \u00e9conomies morales dissemblables<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Vis-\u00e0-vis des GJ, les Indig\u00e8nes sont dans une forme de soutien distant ou dans l\u2019indiff\u00e9rence et le mouvement social a du mal \u00e0 comprendre ce positionnement. Enferm\u00e9 dans ses cadres d\u2019analyse \u00e0 base de \u00ab\u00a0classe sociales\u00a0\u00bb et de marxisme orthodoxe, il est incapable de saisir cette \u00ab\u00a0passivit\u00e9\u00a0\u00bb vis-\u00e0-vis des GJ, surtout lorsqu\u2019il existe des int\u00e9r\u00eats communs. Il oublie toutefois de mentionner des divergences importantes entre les GJ et les Indig\u00e8nes \u2014 comme le th\u00e8me des migrants, le chauvinisme et le patriotisme, la d\u00e9nonciation des \u00ab assist\u00e9s\u00a0\u00bb (g\u00e9n\u00e9ralement Rroms, Noirs et Arabes dans l\u2019imaginaire collectif) etc. \u2014, mais aussi l\u2019absence des probl\u00e9matiques sp\u00e9cifiquement indig\u00e8nes, dont l\u2019antiracisme et l\u2019anti-imp\u00e9rialisme. L\u2019\u00e9pisode des GJ ne peut pas non plus faire oublier aux Indig\u00e8nes le climat raciste, et particuli\u00e8rement islamophobe, qui s\u00e9vit en France. D\u2019un point de vue racial, ils ont donc des raisons \u00e9videntes de ne pas se mobiliser et s\u2019ils le font, c\u2019est seulement par sentiment d\u2019appartenir au groupe des \u00ab\u00a0pauvres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9v\u00e9nement des GJ d\u00e9montre que, malgr\u00e9 des conditions mat\u00e9rielles plus ou moins proches, les Indig\u00e8nes et les Petits-Blancs ne vivent pas dans le m\u00eame espace-temps et sont habit\u00e9s par des int\u00e9r\u00eats diff\u00e9rents. Comme l\u2019a d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises Khiari, la clart\u00e9 th\u00e9orique et la conscience politique sont loin de suffire pour r\u00e9aliser une \u00ab\u00a0convergence\u00a0\u00bb. Si \u00e0 un certain niveau, les int\u00e9r\u00eats peuvent se confondre, \u00e0 d\u2019autres, ils s\u2019opposent, c\u2019est pour cette raison qu\u2019il ne s\u2019agit pas \u00ab\u00a0d\u2019articuler des champs de luttes \u201cnaturellement\u201d compl\u00e9mentaires mais de cheminer dans leurs contradictions. On lutte avec, s\u00e9par\u00e9ment et contre\u00a0\u00bb [12]. Afin de rendre compr\u00e9hensible ce propos que tient et d\u00e9fend le PIR avec constance et force depuis plus de dix ans, nous proposons de le retranscrire en recourant \u00e0 un langage et \u00e0 des r\u00e9f\u00e9rences qui appartiennent \u00e0 la gauche. Pour ce faire, nous nous appuierons sur le principe de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9conomie morale\u00a0\u00bb d\u00e9velopp\u00e9e par l\u2019historien Edward Palmer Thompson.<\/p>\n<p>\u00c9tudiant les \u00e9meutes dans l\u2019Angleterre du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, E.P Thompson affirme que c\u2019est une erreur de les r\u00e9duire \u00e0 une r\u00e9action m\u00e9canique \u00e0 une d\u00e9gradation des conditions mat\u00e9rielles, \u00e0 \u00ab\u00a0une r\u00e9action \u201cau stimulus\u201d de la faim\u00a0\u00bb [13] \u2014 comme le font g\u00e9n\u00e9ralement certains marxistes en se limitant \u00e0 une comparaison salaire\/prix \u2013 car sinon comment comprendre qu\u2019il n\u2019y aurait pas davantage de mouvements de col\u00e8re. Pour comprendre ces \u00e9meutes, il a d\u00e9velopp\u00e9 le concept de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9conomie morale\u00a0\u00bb qui lui permet de ne pas s\u2019int\u00e9resser seulement aux conditions mat\u00e9rielles objectives, mais aussi au processus de subjectivation en analysant les exp\u00e9riences v\u00e9cues, les \u00e9motions des individus face \u00e0 leur quotidien et \u00e0 la fa\u00e7on dont ils ressentent eux-m\u00eames leur place dans les rapports de production. Thompson montre ainsi que le syst\u00e8me \u00e9conomique est aussi r\u00e9gul\u00e9 par des principes normatifs, des valeurs et des obligations\u00a0; les individus \u00e9tablissent ainsi des r\u00e8gles de bonne conduite, de respect, de dignit\u00e9, de justice, de reconnaissance. L\u2019\u00e9conomie doit respecter une certaines \u00ab\u00a0moralit\u00e9\u00a0\u00bb pour ne pas para\u00eetre trop d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e au risque de conduire \u00e0 la r\u00e9volte. Cette moralit\u00e9 d\u00e9pendant du contexte socio-historique et du type de population, elle n\u2019est pas la m\u00eame pour un prol\u00e9taire au XIX<sup>e<\/sup> ou au XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Ce concept nous permet de mieux comprendre pourquoi des personnes vivant dans des situations tr\u00e8s pr\u00e9caires ne se r\u00e9voltent pas forc\u00e9ment de mani\u00e8re ouverte. Si les jugements de valeurs qui sont les leurs vis-\u00e0-vis du fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9 ne leur apparaissent pas transgress\u00e9s, elles n\u2019ont pas de raison d\u2019estimer que le syst\u00e8me \u00e9conomique ou que leurs dirigeants ont outrepass\u00e9 les normes et les principes moraux qui doivent r\u00e9genter l\u2019\u00e9conomie et\/ou leurs engagements.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomie morale est inscrite dans l\u2019activit\u00e9 sociale des individus en \u00e9tant le prolongement du social et du lien entre acteurs de la soci\u00e9t\u00e9. Elle entre ainsi en conflit avec l\u2019\u00e9conomie politique et l\u2019\u00e9thique capitaliste qui s\u2019autonomise de l\u2019espace social. Il y a alors conflit entre \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9thique du capitalisme et l\u2019\u00e9thos du pauvre\u00a0\u00bb. Cet ethos n\u2019est pas partag\u00e9 par tous les pauvres, d\u00e9pendant du groupe auquel ils se sentent appartenir. L\u2019esprit communautaire est un \u00e9l\u00e9ment important de l\u2019\u00e9conomie morale et la r\u00e9volte intervient seulement lorsque cette communaut\u00e9 pense que le lien qui la reliait avec ses dirigeants est bris\u00e9, quand ces derniers n\u2019ont pas respect\u00e9 le contrat, leurs devoirs et leurs obligations.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9conomie morale nous donne un \u00e9clairage tr\u00e8s int\u00e9ressant sur la r\u00e9volte des GJ. B\u00e2ti \u00e0 partir de l\u2019augmentation des prix des carburants, il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 que c\u2019\u00e9tait moins ces taxes en elles-m\u00eames qui \u00e9taient vis\u00e9es que l\u2019attitude de Macron depuis sa prise de pouvoir, ainsi que la politique n\u00e9olib\u00e9rale d\u00e9complex\u00e9e men\u00e9e avec un m\u00e9pris sans limite. Samuel Hayat le d\u00e9crit parfaitement dans son remarquable article sur l\u2019\u00e9conomie morale des GJ lorsqu\u2019il affirme que \u00ab\u00a0leur mobile \u00e9tait bien \u00e9conomique, mais pas au sens habituel\u00a0: ils n\u2019\u00e9taient pas mus par des int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels au sens strict, mais par des revendications morales sur le fonctionnement de l\u2019\u00e9conomie\u00a0\u00bb [14]. Les GJ se mobilisent bien \u00e0 partir de leur propre \u00e9conomie morale. Notre hypoth\u00e8se est que celle-ci n\u2019est pas universellement partag\u00e9e par tous les Fran\u00e7ais, mais appartient plus sp\u00e9cifiquement aux classes populaires blanches. De leur c\u00f4t\u00e9, du fait de leur traitement diff\u00e9renci\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise et de leur position de subalternes dans la hi\u00e9rarchie raciale en France, les Indig\u00e8nes d\u00e9veloppent un type d\u2019\u00e9conomie morale bien distinct vis-\u00e0-vis de l\u2019Etat, dans laquelle la question raciale prime. Cette diff\u00e9rence implique que les facteurs d\u2019une r\u00e9volte ou d\u2019une participation \u00e0 une manifestation ne sont pas identiques et que, dans les cas des Indig\u00e8nes dans le contexte actuel, quand bien m\u00eame leur situation socio-\u00e9conomique est pr\u00e9caire, les responsables n\u2019ont pas, de leur point de vue et vis-\u00e0-vis d\u2019eux, d\u00e9pass\u00e9 la ligne rouge au-del\u00e0 de laquelle ils se r\u00e9volteraient.<\/p>\n<p>Cette id\u00e9e peut surprendre et laisser entendre que les Indig\u00e8nes sont bien plus dociles en situation de domination. Ce serait une interpr\u00e9tation erron\u00e9e et les situations montrant leurs capacit\u00e9s de r\u00e9sistances ne manquent pas. Le dernier grand exemple en date, ce sont les \u00ab\u00a0\u00e9meutes de 2005\u00a0\u00bb. L\u2019examen des raisons de ces \u00ab\u00a0\u00e9meutes\u00a0\u00bb renseigne sur des \u00e9l\u00e9ments de l\u2019\u00e9conomie morale des Indig\u00e8nes. Subissant quotidiennement les r\u00e9pressions polici\u00e8res, celles-ci sont devenues presque \u00ab\u00a0normales\u00a0\u00bb\u00a0; si elles conduisent \u00e0 une hostilit\u00e9 envers les forces de l\u2019ordre et le gouvernement en g\u00e9n\u00e9ral, pour autant cette hostilit\u00e9 se manifeste rarement de mani\u00e8re ouverte, collective et violente. La mort tragique de Zyed et Bouna a \u00e9t\u00e9 le crime policier de trop et donc l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur de la r\u00e9volte. Le pacte moral d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s instable entre les Indig\u00e8nes et les pouvoirs publics a \u00e9t\u00e9 rompu, faisant exploser la col\u00e8re et la violence des habitants des quartiers. L\u2019exasp\u00e9ration a ensuite \u00e9t\u00e9 accentu\u00e9e par d\u2019autres outrages aux principes et valeurs Indig\u00e8nes, comme la grenade lacrymog\u00e8ne lanc\u00e9e dans une mosqu\u00e9e de Clichy-Sous-Bois, alors que de nombreux fid\u00e8les y \u00e9taient rassembl\u00e9s pendant le Ramadan. L\u2019usage de l\u2019\u00e9conomie morale propos\u00e9e ici peut \u00e9tonner car elle ne concerne pas directement le syst\u00e8me \u00e9conomique en tant que tel, mais le concept de Thompson permet justement de ne pas se restreindre aux conditions mat\u00e9rielles et d\u2019incorporer les normes et les valeurs du groupe pour appr\u00e9hender ses mobilisations. Sans cet \u00e9largissement de l\u2019analyse des r\u00e9voltes, il est impossible pour le champ politique Blanc de saisir les r\u00e9voltes propres aux Indig\u00e8nes ainsi que ses causes profondes qui se trouvent d\u2019avantage reli\u00e9es \u00e0 leur condition de race qu\u2019\u00e0 celle de classe.<\/p>\n<p>Les GJ se mobilisent principalement pour lutter contre la pr\u00e9carisation de plus en plus forte de leurs conditions de vie. Or, des conditions de vie pr\u00e9caires ne sont pas un ph\u00e9nom\u00e8ne nouveau pour les Indig\u00e8nes, ils se sont habitu\u00e9s \u00e0 \u00eatre la \u00ab\u00a0France d\u2019en dessous la France d\u2019en bas\u00a0\u00bb ou pour le dire autrement, cette stratification sociale est entr\u00e9e dans les normes et ils l\u2019ont int\u00e9gr\u00e9e en tant que telle. Le sentiment d\u2019un contrat rompu est alors absent. Il serait peut-\u00eatre m\u00eame possible d\u2019affirmer que sur la probl\u00e9matique \u00e9conomique, les Indig\u00e8nes ont d\u00e9velopp\u00e9 une plus forte r\u00e9silience. Toutefois, ce n\u2019est pas seulement parce que ces conditions de vie pr\u00e9caires sont devenues la \u00ab\u00a0norme\u00a0\u00bb pour les Indig\u00e8nes que le sentiment d\u2019injustice ou de r\u00e9volte se manifeste moins. Une autre raison cruciale explique que les Indig\u00e8nes ont tendance \u00e0 moins exprimer leur col\u00e8re publiquement et se dirigent vers des formes de r\u00e9sistance plus diffuses : les non-Blancs sont perp\u00e9tuellement renvoy\u00e9s \u00e0 leur statut d\u2019Indig\u00e8ne et donc d\u2019\u00e9tranger \u00e0 la Nation fran\u00e7aise, exclusion qu\u2019ils ont assimil\u00e9e.<\/p>\n<p>En effet, si les classes populaires Blanches se r\u00e9voltent depuis plus deux mois c\u2019est aussi parce qu\u2019elles ont les moyens de le faire\u00a0: non pas les moyens mat\u00e9riels, mais les moyens symboliques. Nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 dit, il est plus injuste et ill\u00e9gitime d\u2019\u00eatre un pauvre Blanc qu\u2019un pauvre non-Blanc. \u00c9tant chez lui, le Blanc pauvre se verra attribuer une plus grande l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 contester son sort, et cela, y compris de mani\u00e8re violente. C\u2019est ainsi qu\u2019il faut comprendre les discours dans lesquels les Gilets Jaunes expliquent qu\u2019ils sont \u00ab\u00a0juste\u00a0\u00bb des \u00ab\u00a0Fran\u00e7ais normaux\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d\u2019honn\u00eates travailleurs\u00a0\u00bb ne parvenant plus \u00e0 boucler leur fin de mois. La signification de ce type de propos est simple\u00a0: ils m\u00e9ritent d\u2019autant moins d\u2019\u00eatre pauvres qu\u2019ils sont Fran\u00e7ais et travailleurs. Leur appartenance \u00e0 la Nation n\u2019est jamais remise en cause, et c\u2019est parce qu\u2019ils se sentent pleinement Fran\u00e7ais et sont consid\u00e9r\u00e9s comme tels qu\u2019ils pensent \u00eatre l\u00e9gitimes \u00e0 r\u00e9clamer justice, \u00e0 r\u00e9clamer leur d\u00fb et \u00e0 contester. Leur blanchit\u00e9 leur garantit \u00e9galement un large soutien dans la population, quand bien m\u00eame ils ont recours \u00e0 des actions violentes et qu\u2019ils d\u00e9gradent des lieux hautement symboliques comme l\u2019Arc de Triomphe. L\u2019Indig\u00e8ne, au contraire, porte encore le statut de l\u2019invit\u00e9. Depuis sa naissance, on lui fait comprendre qu\u2019il n\u2019est pas vraiment chez lui, qu\u2019il reste un \u00e9tranger \u2014 m\u00eame l\u2019enfant d\u2019immigr\u00e9 n\u00e9 en France, l\u2019immigr\u00e9 qui n\u2019a immigr\u00e9 de nulle part, selon la formule de Sayad \u2014 et n\u2019a donc pas la m\u00eame l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 se plaindre. Les \u00e9meutes de 2005 ainsi que leur r\u00e9ception dans l\u2019opinion fran\u00e7aise le lui ont rappel\u00e9.<\/p>\n<p>Finalement, la fronti\u00e8re raciale est toujours pr\u00e9sente et persiste m\u00eame lorsque des individus partagent des conditions mat\u00e9rielles communes. On ne peut esp\u00e9rer que cette fronti\u00e8re disparaisse en omettant de la nommer, ou en la limitant \u00e0 quelques traitements sp\u00e9ciaux comme les violences polici\u00e8res. Le statut Indig\u00e8ne ne se limite ni au rapport avec la police, ni au territoire dans lequel il vit, mais formate toute sa vie. Il est le produit d\u2019un traitement racial sp\u00e9cifique qui conditionne toute sa socialisation, et donc son identit\u00e9. Les appels \u00e0 une \u00ab\u00a0convergence \u00bb ne peuvent effacer d\u2019un seul coup cette fronti\u00e8re. Une \u00ab\u00a0alliance\u00a0\u00bb ne se proclame pas, pas plus qu\u2019elle n\u2019est le produit de quelques individus volontaires. Elle r\u00e9sulte d\u2019un processus long, constitu\u00e9 d\u2019actions concr\u00e8tes, de dialogues, d\u2019\u00e9changes et de compr\u00e9hensions des int\u00e9r\u00eats objectifs et sp\u00e9cifiques de chaque groupe \u2014 avec leurs autonomies propres \u2014 mais aussi des conflictualit\u00e9s entre des int\u00e9r\u00eats divergents. La gauche Blanche ne peut esp\u00e9rer mobiliser les \u00ab\u00a0quartiers\u00a0\u00bb seulement lorsqu\u2019elle le d\u00e9sire, et continuer le reste du temps \u00e0 adopter une attitude au mieux passive, au pire hostile, envers toutes les luttes propres aux Indig\u00e8nes et \u00e0 l\u2019anti-racisme politique. Si elle souhaite vraiment parvenir \u00e0 la \u00ab\u00a0convergence\u00a0\u00bb dont elle r\u00eave tant, le premier pas \u00e0 faire est donc d\u2019accepter et de respecter l\u2019espace-temps Indig\u00e8ne, tout en apportant un soutien \u00e0 ses combats sp\u00e9cifiques. Mais surtout, le pr\u00e9-requis absolu \u00e0 toute volont\u00e9 \u00ab\u00a0d\u2019alliance\u00a0\u00bb est la constitution d\u2019une organisation Indig\u00e8ne forte, autonome, mobilisatrice et repr\u00e9sentant les int\u00e9r\u00eats de l\u2019immigration en France. Une organisation capable, le moment venu, de jouer le r\u00f4le d\u2019interlocuteur lorsque l\u2019occasion d\u2019un front commun avec des organisations de gauche se pr\u00e9sentera. Pour le moment, les Indig\u00e8nes sont par rapport aux GJ tout autant \u00ab\u00a0avec, s\u00e9par\u00e9ment et contre\u00a0\u00bb\u00a0: avec les GJ et leur contestation d\u2019un ordre social injuste\u00a0; \u00ab\u00a0s\u00e9par\u00e9ment\u00a0\u00bb en ne se mobilisant pas massivement\u00a0; et \u00ab\u00a0contre\u00a0\u00bb les dangers de voir les GJ pencher vers l\u2019extr\u00eame-droite.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/quartiers-populaires-et-gilets-jaunes-memes-galeres-meme-combat\/\">Wissam Xelka, membre du PIR<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[1] L\u2019analyse se limite ici au cas des GJ en France m\u00e9tropolitaine, le cas des GJ dans des territoires comme la R\u00e9union n\u00e9cessite une autre analyse, men\u00e9e par les acteurs locaux, car c\u2019est un cas particulier de r\u00e9volte sociale dans un cadre colonial.<\/p>\n<p>[2] <a href=\"https:\/\/www.nonfiction.fr\/article-8839-entretien-lillusion-du-bloc-bourgeois-avec-bruno-amable-et-stefano-palombarini.htm\">Jean Bastien, \u00ab\u00a0Entretien \u2013 L\u2019illusion du bloc bourgeois, avec Bruno Amable et Stefano Palombarini\u00a0\u00bb, <em>Nonfiction.fr<\/em>, 12 avril 2017.<\/a><\/p>\n<p>[3] <a href=\"https:\/\/www.monde-diplomatique.fr\/2014\/05\/BRACONNIER\/50381\">C\u00e9cile Braconnier et Jean-Yves Dormagen, \u00ab\u00a0Ce que s\u2019abstenir veut dire\u00a0\u00bb, <em>Le Monde Diplomatique<\/em>, Mai 2014.<\/a><\/p>\n<p>[4] Les travaux de Violaine Girard contredisent cette vision des classes populaires blanches repouss\u00e9es contre leur gr\u00e9 dans le p\u00e9riurbain. Au contraire, cela repr\u00e9sente, \u00e0 leurs yeux,\u00a0 \u00ab\u00a0une promotion sociale\u00a0\u00bb. <a href=\"http:\/\/ses.ens-lyon.fr\/articles\/le-vote-fn-au-village-trajectoires-de-menages-populaires-du-periurbain#1\">Violaine Girard et Anne Ch\u00e2teauneuf-Malcl\u00e8s, \u00ab\u00a0Le vote FN au village. Trajectoires de m\u00e9nages populaires du p\u00e9riurbain\u00a0\u00bb, <em>ENS Lyon<\/em>, 29 juin 2018.<\/a><\/p>\n<p>[5] 64\u00a0% des pauvres vivent en zones urbaines, 17\u00a0% dans les communes p\u00e9riurbaines, 13,4\u00a0% dans les petites et moyennes agglom\u00e9rations et enfin, 5,4\u00a0% dans les communes rurales isol\u00e9es. 57\u00a0% des pauvres vivent dans des communes de plus de 50\u00a0000 habitants et 21\u00a0% dans des communes rurales qui sont en grande partie des territoires p\u00e9riurbains tr\u00e8s proches des grandes villes. <a href=\"https:\/\/www.lagazettedescommunes.com\/311993\/ou-vivent-les-pauvres-linsee-infirme-definitivement-la-these-de-la-france-peripherique\/?fbclid=IwAR3xWeUZ0QLNVKEaX9gXV6TjvLvDn5mUSBbvJMwXRqu-M2Npqua0ZNhBwYs\">\u00ab\u00a0O\u00f9 vivent les pauvres\u00a0? L\u2019Insee infirme d\u00e9finitivement la th\u00e8se de la France p\u00e9riph\u00e9rique\u00a0\u00bb, <em>La Gazette.fr<\/em>, 09 janvier 2015.<\/a><\/p>\n<p>[6] \u00c0 titre d\u2019exemple, si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re au rapport 2018 de l\u2019Observatoire Nationale de la Politique de la Ville, le revenu fiscal moyen par UC est de 11\u00a0431 euros dans les quartiers populaires, alors qu\u2019il est deux fois plus lev\u00e9 dans le reste de la France M\u00e9tropolitaine (23\u00a0440 euros). Les ZUS sont ainsi les territoires fran\u00e7ais les plus d\u00e9favoris\u00e9s tr\u00e8s loin devant les autres, le taux de pauvret\u00e9 y atteint en moyenne 42,6\u00a0% de la population, contre 14,5\u00a0% dans la France M\u00e9tropolitaine.<\/p>\n<p>[7] Sadri Khiari<em>, La contre-r\u00e9volution coloniale en France. De de Gaulle \u00e0 Sarkozy<\/em>, \u00e9ditions La fabrique, Paris, 2009. p 193-194<\/p>\n<p>[8] Sadri Khiari, \u00ab\u00a0Les Blancs indig\u00e9nis\u00e9s des cit\u00e9s populaires\u00a0\u00bb, <em>Parti des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique<\/em>, 28 septembre 2013\u00a0: http:\/\/indigenes-republique.fr\/les-blancs-indigenises-des-cites-populaires\/<\/p>\n<p>[9] Sayad Abdelmalek, <em>La double absence. Des illusions de l\u2019\u00e9migr\u00e9 aux souffrances de l\u2019immigr\u00e9<\/em>, Editions du Seuil, Paris, 1999. p365<\/p>\n<p>[10] <a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/les-beaufs-et-les-barbares-sortir-du-dilemme\/\">Houria Bouteldja, \u00ab\u00a0Les Beaufs et les Barbares\u00a0: sortir du dilemme\u00a0\u00bb, <em>Parti des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique<\/em>, 21 juin 2018<\/a><\/p>\n<p>[11] <a href=\"https:\/\/www.inegalites.fr\/Quel-est-le-taux-de-pauvrete-dans-ma-commune?id_theme=25\">\u00ab\u00a0Quel est le taux de pauvret\u00e9 dans ma commune\u00a0?\u00a0\u00bb, <em>Observatoire des in\u00e9galit\u00e9s<\/em>, 13 avril 2018<\/a>\u00a0et <a href=\"https:\/\/www.inegalites.fr\/Qui-sont-les-pauvres-en-France?fbclid=IwAR1B8vhNaCZzlUX_ssu61eTMQYVLIiD0NSOTrpJ-ZeZa3C4Ij0UWwuEGHKI\">\u00ab\u00a0Qui sont les pauvres en France\u00a0?\u00a0\u00bb, <em>Observatoire des in\u00e9galit\u00e9s<\/em>, 16 octobre 2017\u00a0<\/a><\/p>\n<p>[12] <a href=\"http:\/\/indigenes-republique.fr\/lindigene-discordant\/\">Sadri Khiari, \u00ab\u00a0L\u2019Indig\u00e8ne discordant\u00a0\u00bb, <em>Parti des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique<\/em>, 10 mai 2005<\/a><\/p>\n<p>[13] <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-annales-2009-6-page-1237.htm?fbclid=IwAR3pc8DyjnnzErq859EwcyflcmfKPJKu_qQx0h74tifMwi6Q0xO4aLPf5-s\">Fassin\u00a0Didier, \u00ab\u00a0Les \u00e9conomies morales revisit\u00e9es\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Annales. Histoire, Sciences Sociales<\/em>, 2009\/6 (64e ann\u00e9e), p. 1237-1266<\/a>.<\/p>\n<p>[14] <a href=\"https:\/\/samuelhayat.wordpress.com\/2018\/12\/05\/les-gilets-jaunes-leconomie-morale-et-le-pouvoir\/\">Samuel Hayat, \u00ab\u00a0Les Gilets Jaunes, l\u2019\u00e9conomie morale et le pouvoir\u00a0\u00bb, <em>SamuelHayat<\/em>, 05 d\u00e9cembre 2018<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trop d\u2019choses nous s\u00e9parent, on n\u2019a pas la m\u00eame vie D\u00e8s le d\u00e9part, on n\u2019a pas la m\u00eame vie Pourquoi tu m\u2019compares, on n\u2019a pas la m\u00eame vie Ne me juge pas, on n\u2019a pas la m\u00eame vie Youssoupha Depuis deux mois, la France conna\u00eet une p\u00e9riode d\u2019effervescence sociale avec des pics de tensions chaque &#8230; <a title=\"\u00ab Quartiers Populaires \u00bb et Gilets Jaunes : m\u00eames gal\u00e8res m\u00eame combat ?\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=4081\" aria-label=\"En savoir plus sur \u00ab Quartiers Populaires \u00bb et Gilets Jaunes : m\u00eames gal\u00e8res m\u00eame combat ?\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3201,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-4081","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4081","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4081"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4081\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4083,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4081\/revisions\/4083"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3201"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4081"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4081"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4081"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}