{"id":3884,"date":"2018-09-27T12:57:51","date_gmt":"2018-09-27T11:57:51","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=3884"},"modified":"2018-09-26T23:12:07","modified_gmt":"2018-09-26T22:12:07","slug":"lassassinat-de-semira-adamu-au-prisme-de-lintersectionnalite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=3884","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0L&rsquo;assassinat de Semira Adamu au prisme de l&rsquo;intersectionnalit\u00e9\u00a0\u00bb."},"content":{"rendered":"<p>Bonsoir \u00e0 toutes et tous,<\/p>\n<p>Je remercie les organisateurs pour cette invitation.<\/p>\n<p>Je vais tenter de replacer la question de l\u2019assassinat de Semira Adamu et plus globalement la question des politiques migratoires dans une perspective d\u00e9coloniale. Il ne s\u2019agit bien \u00e9videmment pas de livrer ici une r\u00e9flexion exhaustive et aboutie, chose qui me serait impossible \u00e9tant donn\u00e9 le temps qui m\u2019est imparti. Il est plut\u00f4t question pour moi d\u2019esquisser un cadre de r\u00e9flexion et de lutte qui inscrit les politiques migratoires et leur dimension r\u00e9pressive dans le temps long des rapports globaux de domination et d\u2019exploitation du Nord \u00e0 l\u2019\u00e9gard du Sud ainsi que des processus de d\u00e9shumanisation qui sous-tendent ces rapports.<\/p>\n<p>Ces questions prennent place dans le contexte d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 post-coloniale qui est toujours en prise avec le syst\u00e8me-monde. Dans cette perspective, il est certains \u00e9v\u00e9nements qui jettent une lumi\u00e8re crue sur nos soci\u00e9t\u00e9s modernes lib\u00e9rales qui, \u00e0 premi\u00e8re vue, ont l\u2019air d\u2019\u00eatre pacifi\u00e9es mais en r\u00e9alit\u00e9 sont profond\u00e9ment violentes. Le drame de l\u2019assassinat de Semira Adamu fait assur\u00e9ment partie de ces \u00e9v\u00e9nements tant cette mort et le proc\u00e8s qui s\u2019en est suivi ont mis \u00e0 nu la froide m\u00e9canique du pouvoir, la force et la brutalit\u00e9 dont il est capable pour justifier et perp\u00e9tuer une situation d\u2019injustice et de domination, ainsi que la discordance manifeste qui existe entre les valeurs humanistes cens\u00e9es r\u00e9gir nos soci\u00e9t\u00e9s et l\u2019\u00e9preuve de la r\u00e9alit\u00e9 qui est une n\u00e9gation de ces principes.<!--more--><\/p>\n<p>20 ans exactement depuis l\u2019assassinat de Semira Adamu. 20 ans pourtant que la politique migratoire belge et europ\u00e9enne poursuit sa m\u00eame lanc\u00e9e mortif\u00e8re. 20 ans apr\u00e8s, nous avons assist\u00e9 impuissants \u00e0 la mort de Mawda Shawri, une enfant de deux ans abattue d\u2019une balle dans la t\u00eate par la police belge parce que ses parents \u00e9taient \u00e0 la recherche de conditions de vie dignes. 20 ans apr\u00e8s la mort violente de Semira, la M\u00e9diterran\u00e9e ne cesse de se remplir de cadavres sans noms et sans visages.<\/p>\n<p>Semira. Mawda. Une histoire qui se r\u00e9p\u00e8te inlassablement, m\u00e9caniquement. Parce qu\u2019il est bien question d\u2019une m\u00e9canique de la r\u00e9pression susceptible de conduire \u00e0 la mort. La technique du coussin, celle-l\u00e0 m\u00eame qui a \u00e9t\u00e9 fatale \u00e0 Semira, en t\u00e9moigne parfaitement. Les armes de la r\u00e9pression sont parfaitement aff\u00fbt\u00e9es et pourtant personne ne semble en porter enti\u00e8rement la responsabilit\u00e9 lorsqu\u2019il s\u2019agit de compara\u00eetre sur le banc des accus\u00e9s apr\u00e8s mort d\u2019homme, en l\u2019occurrence ici mort de femme et d\u2019enfant. Les responsabilit\u00e9s sont syst\u00e9matiquement dilu\u00e9es de sorte que l\u2019on ne sache plus vraiment \u00e0 qui elles incombent. Les gendarmes qui ont \u00e9touff\u00e9 Semira auraient tout au plus commis un crime d\u2019ob\u00e9issance puisqu\u2019ils ne faisaient qu\u2019appliquer la proc\u00e9dure en vigueur et n\u2019avaient nullement l\u2019intention de tuer. De la m\u00eame fa\u00e7on, le policier qui a tir\u00e9 en direction de la camionnette transportant Mawda et ses parents ne faisait que r\u00e9pondre \u00e0 une urgence, arr\u00eater les passeurs qui seraient les seuls et uniques coupables. Pourtant, au-del\u00e0 des responsabilit\u00e9s individuelles, il y a bien une responsabilit\u00e9 politique qui est engag\u00e9e\u00a0: celle de l\u2019Etat et du gouvernement f\u00e9d\u00e9ral au regard de la politique migratoire promue et dont les cons\u00e9quences mortif\u00e8res sont bien connues. Un crime d\u2019Etat donc dans l\u2019un et l\u2019autre cas.<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9poque, la mort de Semira Adamu avait provoqu\u00e9 une onde de choc qui avait conduit \u00e0 la d\u00e9mission du Ministre de l\u2019Int\u00e9rieur Louis Tobback. Plus qu\u2019un aveu de responsabilit\u00e9, il s\u2019agissait plut\u00f4t de la n\u00e9cessit\u00e9 de faire un pas de c\u00f4t\u00e9 en raison de l\u2019\u00e9motion populaire. Cette d\u00e9mission n\u2019a ainsi pas permis une remise en cause fondamentale du syst\u00e8me d\u2019expulsion et de chasse aux migrants. Au contraire, la dimension r\u00e9pressive est aujourd\u2019hui assum\u00e9e de mani\u00e8re de plus en plus cynique et d\u00e9complex\u00e9e au prix de rafles et de l\u2019enfermement d\u2019enfants. Mais si la question migratoire semble se durcir au fil du temps, dans les faits le discours politique est marqu\u00e9 par une constante\u00a0: le fait d\u2019\u00e9riger l\u2019immigration en menace contre laquelle il faudrait se pr\u00e9munir, une menace qu\u2019il faudrait pouvoir neutraliser co\u00fbte que co\u00fbte. Cette position transcende les partis politiques, on la retrouve tant chez le tandem actuel de la NVA (Francken-Jambon) qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque chez les socialistes Tobback et Vande Lanotte. Elle est aussi largement commune aux Etats europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Ce discours sur l\u2019immigration contribue \u00e0 redessiner les fronti\u00e8res \u00e0 la fois physiques et symboliques \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te. Fronti\u00e8re entre l\u2019Europe forteresse et l\u2019Afrique d\u2019une grande richesse mais pourtant spoli\u00e9e et exsangue. Fronti\u00e8re entre le monde Blanc opulent et le monde non-Blanc vou\u00e9 \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 et \u00e0 la pauvret\u00e9. Fronti\u00e8re, enfin, entre les \u00eatres dignes de vivre dans la s\u00e9curit\u00e9 et l\u2019aisance mat\u00e9rielle et les sous-\u00eatres que l\u2019on peut presque impun\u00e9ment rejeter, d\u00e9porter, maltraiter voire tuer s\u2019ils cherchent \u00e0 fuir l\u2019espace qui leur a \u00e9t\u00e9 assign\u00e9. Cette ligne de d\u00e9marcation se mat\u00e9rialise dans les syst\u00e8mes administratifs complexes des Etats-nations occidentaux o\u00f9 passeports, visas et autres cartes de s\u00e9jour ont aussi comme fonction de distinguer d\u2019une part ceux qui ont droit de cit\u00e9 et qui peuvent circuler librement et d\u2019autre part ceux qui sont r\u00e9duits \u00e0 un statut de paria et pour lesquels ces m\u00eames droits sont purement et simplement d\u00e9ni\u00e9s.<\/p>\n<p>Il en est ainsi des sans-papiers qui sont dans les faits des sans-droits. Mais cette ligne de d\u00e9marcation entre zone d\u2019humanit\u00e9 et zone de sous-humanit\u00e9 est \u00e9galement apparente dans les diff\u00e9rentes formes de citoyennet\u00e9 qui prennent place subrepticement au c\u0153ur des Etats europ\u00e9ens. Tel est le cas des binationaux en Belgique (au premier rang desquels se trouvent les Belgo-Marocains et les Belgo-Turcs) ramen\u00e9s en pratique \u00e0 un statut de sous-citoyennet\u00e9 lorsque leur est d\u00e9ni\u00e9e par voie l\u00e9gale l\u2019assistance consulaire qui est en th\u00e9orie un droit acquis pour tout citoyen belge. Tel est encore le cas des populations Rroms qui n\u2019ont, apr\u00e8s la Seconde guerre mondiale, jamais \u00e9t\u00e9 totalement r\u00e9int\u00e9gr\u00e9es au sein des nations europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Cette ligne de d\u00e9marcation op\u00e8re donc pour dessiner les fronti\u00e8res ext\u00e9rieures de la zone de l\u2019\u00eatre mais \u00e9galement en son sein, au c\u0153ur des espaces urbains des pays occidentaux o\u00f9 les descendants des immigrations post-coloniales continuent de subir in\u00e9galit\u00e9s, discriminations et r\u00e9pression des forces de l\u2019ordre. Ces espaces o\u00f9 la repr\u00e9sentation du Noir, qui est infantilis\u00e9 et renvoy\u00e9 \u00e0 des formes d\u2019invisibilit\u00e9 sociale et politique qui tranchent avec sa couleur de peau, est encore fortement impr\u00e9gn\u00e9e de l\u2019imaginaire colonial. La r\u00e9pression \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ces populations se fait d\u2019autant plus dure lorsqu\u2019elles tentent d\u2019organiser leurs luttes de mani\u00e8re autonome.<\/p>\n<p>Cette ligne de d\u00e9marcation entre \u00eatre et non-\u00eatre comme le disait Fanon n\u2019est pleinement visible qu\u2019au regard de la dimension coloniale et imp\u00e9riale qui a structur\u00e9 (et structure encore) l\u2019Occident et en particulier l\u2019Europe \u00e0 une grande partie du monde\u00a0: un rapport de domination, d\u2019exploitation, de spoliation, d\u2019accumulation unilat\u00e9rale des richesses par le biais des syst\u00e8mes institu\u00e9s de l\u2019esclavage, du colonialisme et du n\u00e9o-colonialisme. Ce rapport n\u2019a pu s\u2019\u00e9tablir qu\u2019au prix d\u2019une d\u00e9shumanisation massive des peuples qui ont \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9s et\/ou r\u00e9duits en esclavage. Les processus de d\u00e9colonisation formelle n\u2019ont pas permis de gommer ce rapport de domination et d\u2019en venir \u00e0 bout tant et si bien qu\u2019il persiste aujourd\u2019hui encore des formes plus ou moins s\u00e9v\u00e8res de colonialit\u00e9 du pouvoir et de l\u2019\u00eatre du Nord global vers le Sud global mais aussi, comme je le disais il y a un instant, \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Sud pr\u00e9sents au Nord.<\/p>\n<p>Nous vivons une p\u00e9riode marqu\u00e9e par la circulation de plus en plus rapide des biens et services. Alors que les fronti\u00e8res s\u00e9parant les \u00eatres humains ne cessent de s\u2019\u00e9riger, elles tombent dans le m\u00eame temps pour permettre \u00e0 une \u00e9conomie pr\u00e9datrice qui fait montre d\u2019une avidit\u00e9 toujours plus grande, de se d\u00e9ployer. Dans ce contexte, les migrants en provenance des pays du Sud constituent une main-d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9 \u00e0 disposition dans les pays du Nord. Leur force de travail alimente le march\u00e9 de l\u2019emploi secondaire, flexible et peu r\u00e9mun\u00e9rateur. Les femmes migrantes (notamment celles originaires de l\u2019Afrique sub-saharienne) subissent un ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9qualification professionnelle dans des secteurs tels que celui des soins et des services \u00e0 la personne. Elles permettent notamment de combler les t\u00e2ches domestiques et de soin laiss\u00e9es vacantes en raison de l\u2019acc\u00e8s des femmes occidentales \u00e0 l\u2019emploi.<\/p>\n<p>A Bruxelles, les femmes migrantes jouent ainsi un r\u00f4le-cl\u00e9 dans l\u2019\u00e9conomie r\u00e9gionale. La p\u00e9nurie structurelle en mati\u00e8re d\u2019accueil de la petite enfance et de personnes \u00e2g\u00e9es qui caract\u00e9rise la ville est report\u00e9e sur ces femmes souvent issues des classes les plus pr\u00e9caires. Elles sont charg\u00e9es de la garde de nos enfants, qu\u2019ils soient malades ou en bonne sant\u00e9, et de la garde de nos a\u00een\u00e9s, alors qu\u2019elles-m\u00eames sont souvent contraintes de confier leurs proches aupr\u00e8s d\u2019autres femmes dans leur pays d\u2019origine. De cette fa\u00e7on, le racisme nourrit \u00e0 la fois le capitalisme et le sexisme en contribuant \u00e0 figer des r\u00f4les sp\u00e9cifiques pour ces femmes migrantes au sein de l\u2019organisation globale du travail. En s\u2019int\u00e9ressant aux fondements \u00e9conomiques du f\u00e9monationalisme (\u00e0 savoir l\u2019instrumentalisation de la rh\u00e9torique sur l\u2019\u00e9galit\u00e9 hommes-femmes \u00e0 des fins racistes), la sociologue Sarra Farris dit\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Le Premier Monde endosse le r\u00f4le traditionnellement d\u00e9volu \u00e0 l\u2019homme dans la famille \u2013 g\u00e2t\u00e9, dot\u00e9 de tous les droits, incapable de cuisiner, de nettoyer ou de trouver ses chaussettes. Les pays pauvres se comportent comme la femme traditionnelle \u2013 patiente, nourrici\u00e8re et effac\u00e9e. Une division des t\u00e2ches que les f\u00e9ministes critiquaient lorsqu\u2019elle \u00e9tait \u00ab locale \u00bb mais qui, maintenant, m\u00e9taphoriquement, est devenue globale.\u00a0\u00bb<\/em> Les femmes non-Blanches, les femmes musulmanes, les femmes noires, en particulier dans les classes populaires et laborieuses, ainsi que les femmes sans papiers, croulent sous la dimension de l\u2019oppressions raciale \u00e0 laquelle se superposent les oppressions sexistes et de classe.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, un constat s\u2019impose\u00a0: la promesse de progr\u00e8s contenue dans la Modernit\u00e9 ne s\u2019est pas r\u00e9alis\u00e9e. Au contraire, guerres et mis\u00e8re prolif\u00e8rent et le d\u00e9r\u00e8glement climatique est annonciateur de nouvelles catastrophes \u00e0 venir. Les peuples du Sud sont les premiers impact\u00e9s par cette violence\u00a0; mais lorsqu\u2019ils essayent de fuir \u00e0 la recherche de conditions de vie dignes, ils se heurtent au mur d\u2019inhumanit\u00e9 que l\u2019Occident a dress\u00e9 devant eux. La D\u00e9claration universelle des Droits de l\u2019Homme n\u2019a pas suffi \u00e0 ralentir cette marche fr\u00e9n\u00e9tique vers un progr\u00e8s suppos\u00e9 qui, en r\u00e9alit\u00e9, ne sert qu\u2019une poign\u00e9e au d\u00e9triment de l\u2019Humanit\u00e9 et de sa diversit\u00e9. Adopt\u00e9e \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le monde \u00e9tait encore officiellement r\u00e9gi par le colonialisme, la D\u00e9claration universelle des Droits de l\u2019Homme est elle-m\u00eame l\u2019expression d\u2019un regard se consid\u00e9rant comme central\u00a0; un regard surplombant tous les points de vue. Face \u00e0 tant d\u2019auto-satisfaction morale affich\u00e9e, les migrants, les sans-papiers viennent bousculer de mani\u00e8re ent\u00eatante notre bonne conscience blanche. Le traitement qui leur est r\u00e9serv\u00e9 dans nos contr\u00e9es infirme de mani\u00e8re implacable et spectaculaire le caract\u00e8re universel de ces droits. L\u2019article 1er de la D\u00e9claration qui proclame que \u00ab\u00a0Tous les \u00eatres humains naissent libres et \u00e9gaux en dignit\u00e9 et en droits\u00a0\u00bb suffit \u00e0 lui seul \u00e0 creuser le gouffre existant entre les p\u00e9titions de principe \u00e0 vis\u00e9e morale et la r\u00e9alit\u00e9 marqu\u00e9e par un enchev\u00eatrement inextricable d\u2019in\u00e9galit\u00e9s dont la race constitue un soubassement majeur et d\u00e9terminant.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019une des questions essentielles qui se posent \u00e0 notre \u00e9poque est celle d\u2019un suppos\u00e9 \u00ab\u00a0racisme sans races\u00a0\u00bb. Cette vision irrigue en particulier tout le spectre de la gauche (des partis politiques aux syndicats). Une gauche qui, tout englu\u00e9e dans ses consid\u00e9rations universalistes, rechigne \u00e0 voir l\u2019\u00e9vidence de la hi\u00e9rarchisation raciale de l\u2019Humanit\u00e9. Comment d\u00e8s lors pr\u00e9tendre lutter efficacement contre les bouleversements du monde qui sont nourris par cette racialisation de pans entiers de l\u2019Humanit\u00e9 \u00e0 des fins d\u2019exploitation et d\u2019accumulation toujours plus grande des richesses\u00a0? Peut-on vraiment continuer \u00e0 parler des Droits de l\u2019Homme alors qu\u2019ici et ailleurs des \u00eatres humains sont per\u00e7us \u00e0 travers le prisme d\u00e9formant de cat\u00e9gories telles que la n\u00e9grophobie, l\u2019islamophobie, la Rromophobie ou l\u2019antis\u00e9mitisme\u00a0? Peut-on imaginer que cette \u00e9galit\u00e9 soit effective lorsqu\u2019au sein de nos Etats dits d\u00e9mocratiques des dispositifs l\u00e9gaux, institutionnels et administratifs permettent de rel\u00e9guer des groupes entiers dans des formes de sous-citoyennet\u00e9 voire de sous-humanit\u00e9\u00a0? De toute \u00e9vidence, la r\u00e9ponse est non.<\/p>\n<p>Seule une critique fondamentale de la civilisation moderne, seule une remise en cause en profondeur du racisme et de ses interactions avec le capitalisme et le sexisme nous permettra d\u2019y arriver. Le chemin est encore long tant l\u2019inculture est grande en mati\u00e8re de logiques de domination raciale. Il y a peu, la Belgique semblait \u00e0 peine d\u00e9couvrir, timidement, hypocritement dirais-je m\u00eame, l\u2019ampleur du racisme en son sein, avec le t\u00e9moignage de C\u00e9cile Djunga. Si le d\u00e9fi reste important, les luttes s\u2019organisent n\u00e9anmoins, de plus en plus fortes, de plus en plus structur\u00e9es, port\u00e9es par celles et ceux\u00a0 qui subissent de plein fouet les cons\u00e9quences de ce syst\u00e8me raciste d\u2019oppression. Dans nos villes, des collectifs s\u2019activent sur les questions \u00e0 la fois sp\u00e9cifiques et concordantes de l\u2019islamophobie, du traitement in\u00e9galitaire r\u00e9serv\u00e9 aux binationaux, des repr\u00e9sentations coloniales des populations noires, de la restitution des biens et tr\u00e9sors mal acquis au cours de la p\u00e9riode coloniale, de la d\u00e9colonisation de l\u2019espace public ou encore sur la question des f\u00e9minismes d\u00e9coloniaux.<\/p>\n<p>Sur la question migratoire, la Coordination des Sans Papiers lutte pour que cessent les rafles et les centres ferm\u00e9s et pour que tous les sans-papiers soient r\u00e9gularis\u00e9s afin qu\u2019ils puissent, en tant que citoyens, disposer des m\u00eames droits que les autres travailleurs, d\u2019un logement et de revenus d\u00e9cents. Le Comit\u00e9 des Femmes Sans Papiers lutte \u00e9galement \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience du parcours d\u2019exil conjugu\u00e9 au f\u00e9minin qui est, pour les femmes, jalonn\u00e9 d\u2019\u00e9preuves et de violences sur toute la route migratoire depuis le pays d\u2019origine jusqu\u2019au pays d\u2019accueil. Dans une perspective d\u00e9coloniale, nous ne pouvons qu\u2019adh\u00e9rer \u00e0 ces revendications et leur donner \u00e9cho.<\/p>\n<p>Pour terminer, une image. Celle de Semira. Assise sur son si\u00e8ge d\u2019avion entre deux gendarmes, elle chantonnait calmement quelques instants \u00e0 peine avant que ne s\u2019abatte sur elle une r\u00e9pression f\u00e9roce et inhumaine. Sa voix, m\u00eame lointaine, nous parvient encore aujourd\u2019hui comme gage d\u2019une volont\u00e9 inflexible \u00e0 faire gagner la vie sur toutes les tentatives de d\u00e9shumanisation. A nous de continuer \u00e0 faire vivre ce chant de la dignit\u00e9.<\/p>\n<p>Merci de votre attention.<\/p>\n<p><strong>Khadija Senhadji<\/strong> socio-anthropologue et militante d\u00e9coloniale. Elle s\u2019int\u00e9resse plus particuli\u00e8rement aux enjeux li\u00e9s \u00e0 la pr\u00e9sence des populations issues des immigrations post-coloniales au Nord, aux ressorts du racisme structurel ainsi qu\u2019aux m\u00e9canismes de domination raciale \u00e0 l\u2019\u00e9chelle globale.<\/p>\n<p>Cette intervention a eu lieu durant une conf\u00e9rence de <a href=\"https:\/\/www.semiraadamu2018.be\/programme\/\">\u00ab Tribute to Semira Adamu \u00bb<\/a>, dans le panel : \u00ab\u00a0L&rsquo;assassinat de Semira Adamu au prisme de l&rsquo;intersectionnalit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3729\" aria-describedby=\"caption-attachment-3729\" style=\"width: 950px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/33045694_1796180223773251_7678369642175266816_n.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3729 size-full\" src=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/33045694_1796180223773251_7678369642175266816_n.jpg\" alt=\"\" width=\"960\" height=\"482\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-3729\" class=\"wp-caption-text\">Contribution de Manu Scordia pour Mawda http:\/\/manu-scordia.blogspot.com\/<\/figcaption><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bonsoir \u00e0 toutes et tous, Je remercie les organisateurs pour cette invitation. Je vais tenter de replacer la question de l\u2019assassinat de Semira Adamu et plus globalement la question des politiques migratoires dans une perspective d\u00e9coloniale. Il ne s\u2019agit bien \u00e9videmment pas de livrer ici une r\u00e9flexion exhaustive et aboutie, chose qui me serait impossible &#8230; <a title=\"\u00ab\u00a0L&rsquo;assassinat de Semira Adamu au prisme de l&rsquo;intersectionnalit\u00e9\u00a0\u00bb.\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=3884\" aria-label=\"En savoir plus sur \u00ab\u00a0L&rsquo;assassinat de Semira Adamu au prisme de l&rsquo;intersectionnalit\u00e9\u00a0\u00bb.\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3703,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,35,21,36,4,7,8,28,18,39,5],"tags":[250,346,245],"class_list":["post-3884","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe","category-amerique-du-sud","category-anti-imperialisme","category-europe","category-islamophobie","category-negrophobie","category-prisons","category-racismes","category-resistance-bruxelles","category-sans-papier","category-violence-policiere","tag-khadija-senhadji","tag-mawda","tag-semira-adamu"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3884","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3884"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3884\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3886,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3884\/revisions\/3886"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3703"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3884"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3884"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3884"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}