{"id":2744,"date":"2016-02-05T12:43:03","date_gmt":"2016-02-05T11:43:03","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=2744"},"modified":"2016-02-05T12:50:41","modified_gmt":"2016-02-05T11:50:41","slug":"conference-de-matthieu-renault-clr-james-la-vie-revolutionnaire-dun-platon-noir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=2744","title":{"rendered":"Conf\u00e9rence de Matthieu Renault : CLR James. La vie r\u00e9volutionnaire d\u2019un \u00ab\u00a0Platon noir\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<div class=\"cartouche\">\n<h5 style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/9782707181916.jpg\" rel=\"attachment wp-att-2745\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2745\" src=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/9782707181916.jpg\" alt=\"9782707181916\" width=\"558\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/9782707181916.jpg 558w, https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/9782707181916-209x300.jpg 209w\" sizes=\"auto, (max-width: 558px) 100vw, 558px\" \/><\/a><\/h5>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Conf\u00e9rence de Matthieu Renault\u00a0: CLR James. La vie r\u00e9volutionnaire d\u2019un \u00ab\u00a0Platon noir\u00a0\u00bb<\/h3>\n<h2 class=\"extrait\" style=\"text-align: center;\">Lundi\u00a022 f\u00e9vrier 2016\u00a0\/ 19h00<\/h2>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/png\" rel=\"attachment wp-att-2738\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2738\" src=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/png\" alt=\"\" width=\"641\" height=\"118\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/png 641w, https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/png-300x55. 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 641px) 100vw, 641px\" \/><\/a><\/p>\n<\/div>\n<p><i><span lang=\"FR\">{fr}Nous sommes heureux de recevoir Matthieu Renault pour son tout r\u00e9cent livre consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;immense philosophe et historien trinidadien CLR James, encore si m\u00e9connu en <\/span><\/i><i><span lang=\"FR\">France et Belgique<\/span><\/i><i><span lang=\"FR\">, comme du reste tous les autres intellectuels de la Cara\u00efbe anglophone. C&rsquo;est pourtant une \u0153uvre consid\u00e9rable que James, mort en 1989, a laiss\u00e9 derri\u00e8re lui, Les Jacobins noirs paru en 1938. Une \u0153uvre marqu\u00e9e par un intense engagement anticolonialiste d\u00e9ploy\u00e9 au long de toute une vie de militant politique marxiste et promotteur du panafricanisme. C&rsquo;est \u00e0 la d\u00e9couverte de cette \u0153uvre et de ce parcours que nous invite Matthieu Renault, dans cette premi\u00e8re biographie intellectuelle de celui que le London Times d\u00e9signait en 1980 comme le \u00ab\u00a0Platon noir\u00a0\u00bb du XXe si\u00e8cle. ( <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/events\/472022399671548\/\">Facebook<\/a> )<br \/>\n<\/span><\/i><\/p>\n<p>{nl} Het is onze eer en genoegen om Matthieu Renault te kunnen ontvangen in een avond gewijd aan zijn recent gepubliceerde biografie over de invloedrijke Trinidadiaanse filosoof en schrijver <b>CLR James<\/b>, overleden in 1989 en in Frankrijk en Franstalig Belgi\u00eb nog steeds even onbekend als de rest van de intelligentsia uit de Engelstalige Cara\u00efben. <span lang=\"FR\">James werd nochtans in 1980 al door de <i>London Times<\/i> beschreven als \u00ab\u00a0 De Plato van de 20<sup>e<\/sup> eeuw\u00a0\u00bb en <i> The Black Jacobins: Toussaint L&rsquo;Ouverture and the San Domingo Revolution<\/i> (1938), zijn magnum opus, \u00a0is een terecht invloedrijk werk. Het weerspiegelt ook het levenslange anti-koloniale engagement van James, gevoerd tijdens een leven dat in het teken stond van het marxisme en het panafrikanisme. Daarom geven we graag het woord aan Matthieu Renault, auteur van de eerste biografie over CLR James gepubliceerd in het franstalig gebied.<\/span><\/p>\n<p>REFLECHIR AVEC C. L. R. JAMES<\/p>\n<p>On ne conna\u00eet C. L. R. James (1901-1989) que comme l\u2019auteur du livre exceptionnel, Les Jacobins noirs, grand r\u00e9cit pr\u00e9sentant l\u2019histoire de Toussaint L\u2019ouverture et de la r\u00e9volution de Saint-Domingue. Mais au moment o\u00f9 des d\u00e9bats importants ont lieu dans la gauche radicale sur les revendications des minorit\u00e9s non blanches et le post-colonialisme, l\u2019\u0153uvre et le parcours politique de C. L. R. James m\u00e9rite toute notre attention. Il a eu le privil\u00e8ge de discuter longuement avec Trotski de la question d\u2019un parti noir aux \u00c9tats-Unis. Il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s proche de Nkrumah et de la r\u00e9volution au Ghana.<br class=\"autobr\" \/> Matthieu Renault a lu tous les textes de James. Il a aussi l\u2019avantage de bien conna\u00eetre le travail de Frantz Fanon, ce qui peut donner lieu \u00e0 des comparaisons utiles.<\/p>\n<p>Matthieu RenaulT EST MA\u00ceTRE DE CONF\u00c9RENCES EN PHILOSOPHIE \u00c0 L\u2019UNIVERSIT\u00c9 PARIS 8 VINCENNES-SAINT-DENIS ET CHERCHEUR ASSOCI\u00c9 AU LABORATOIRE LES AFRIQUES DANS LE MONDE (CNRS, SCIENCES-PO BORDEAUX). IL EST L\u2019AUTEUR DE\u00a0: FRANTZ FANON. DE L\u2019ANTICOLONIALISME \u00c0 LA CRITIQUE POSTCOLONIALE (\u00c9DITIONS AMSTERDAM, 2011)\u00a0; L\u2019AM\u00c9RIQUE DE JOHN LOCKE\u00a0: L\u2019EXPANSION COLONIALE DE LA PHILOSOPHIE EUROP\u00c9ENNE (PARIS\u00a0: \u00c9DITIONS AMSTERDAM, 2014)\u00a0; C .L. R. JAMES\u00a0: LA VIE R\u00c9VOLUTIONNAIRE D\u2019UN \u00ab\u00a0PLATON NOIR\u00a0\u00bb (LA D\u00c9COUVERTE, 2016).<\/p>\n<div class=\"text_exposed_show\">\n<blockquote><p>Lundi 22 F\u00e9vrier 2016 au Pianofabriek<br \/>\nRue du fort, 35<br \/>\nSt Gilles \/ Bruxelles<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Pr\u00e9sentation \u00e9diteur :<\/strong><\/p>\n<p>Qui, en France, conna\u00eet C. L. R. James ? N\u00e9 en 1901 \u00e0 Trinidad, alors colonie de la Couronne britannique, et mort \u00e0 Londres en 1989, celui que le Times d\u00e9nomma \u00e0 la fin de sa vie le \u00ab Platon noir de notre g\u00e9n\u00e9ration \u00bb est pourtant une figure intellectuelle et politique majeure d\u2019un si\u00e8cle qu\u2019il aura travers\u00e9 presque de part en part.<\/p>\n<p>Intellectuel diasporique par excellence, militant panafricain de la premi\u00e8re heure, James a pris part aux grands mouvements de d\u00e9colonisation de son temps en Afrique et dans la Cara\u00efbe et fut un acteur de premier plan des luttes noires aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Fervent partisan de Trotski avant de rompre avec l\u2019h\u00e9ritage de ce dernier pour d\u00e9fendre la th\u00e8se de l\u2019auto-\u00e9mancipation des masses ouvri\u00e8res-populaires, James eut un destin \u00e9troitement imbriqu\u00e9 dans celui du marxisme au XXe si\u00e8cle. Pour ce \u00ab marxiste noir \u00bb, r\u00e9volution socialiste et luttes anticoloniales-antiracistes \u00e9taient intimement enchev\u00eatr\u00e9es : elles s\u2019inscrivaient dans l\u2019horizon d\u2019une \u00ab r\u00e9volution mondiale \u00bb dont la source et le centre ne pouvaient plus \u00eatre la seule Europe. C\u2019est \u00e0 celle-ci que James s\u2019est vou\u00e9 corps et \u00e2me pendant plus de cinq d\u00e9cennies, d\u00e9battant et collaborant avec ses contemporains aux quatre coins du monde.<\/p>\n<p>Dans une conjoncture o\u00f9 la gauche radicale \u00e9prouve de grandes difficult\u00e9s \u00e0 renouveler ses strat\u00e9gies face aux revendications des minorit\u00e9s non blanches et o\u00f9 la critique de l\u2019eurocentrisme bat de l\u2019aile, m\u00e9diter la vie et l\u2019\u0153uvre de James pourrait se r\u00e9v\u00e9ler essentiel dans la t\u00e2che de construction d\u2019une pens\u00e9e de l\u2019\u00e9mancipation qui soit, enfin, \u00e0 la mesure du monde.<\/p>\n<p><strong>Un extrait de \u00ab C. L. R. James. La vie r\u00e9volutionnaire d\u2019un \u00ab\u00a0Platon noir\u00a0\u00bb \u00bb de Matthieu Renault<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.editionsladecouverte.fr\/catalogue\/index-C__L__R__James_-9782707181916.html\"><em>C. L. R. James. <\/em><\/a><span class=\"courant\"><a href=\"http:\/\/www.editionsladecouverte.fr\/catalogue\/index-C__L__R__James_-9782707181916.html\"><em>La vie r\u00e9volutionnaire d\u2019un \u00ab Platon noir \u00bb<\/em><\/a>, Paris, La D\u00e9couverte, 2016, 232 p., 19,5\u20ac.<\/span><\/p>\n<h4><strong>Avant-Propos<\/strong><\/h4>\n<h4><strong>Pens\u00e9e du mouvement, pens\u00e9e en mouvement<\/strong><\/h4>\n<p>\u00ab\u00a0Le temps passerait, les anciens empires s\u2019effondreraient et de nouveaux prendraient leur place, les relations entre pays et entre classes se modifieraient avant que je ne d\u00e9couvre que ce n\u2019\u00e9tait pas la nature des biens ni leur utilit\u00e9 qui importait, mais le mouvement, non pas o\u00f9 vous \u00eates et ce que vous avez, mais d\u2019o\u00f9 vous venez, o\u00f9 vous vous rendez et \u00e0 quel rythme vous y allez.<a id=\"footnoteref1_mgy4871\" class=\"see-footnote\" title=\"C. L. R. James, Beyond a Boundary, Londres, Yellow Jersey Press, 2005 [1963], p. 3.\" href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault#footnote1_mgy4871\">1<\/a>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ces paroles sont grav\u00e9es sur la st\u00e8le fun\u00e9raire de C. L. R. James, historien et r\u00e9volutionnaire carib\u00e9en mort \u00e0 Londres en 1989 et inhum\u00e9 sur son \u00eele natale de Trinidad. Issues de l\u2019un de ses ouvrages majeurs, <em>Beyond a Boundary<\/em>, elles r\u00e9sument id\u00e9alement la trajectoire d\u2019un homme dont la vie et la pens\u00e9e auront \u00e9t\u00e9 intimement li\u00e9es au destin d\u2019un si\u00e8cle qu\u2019il aura travers\u00e9 presque de part en part. Comme bien d\u2019autres penseurs issus des colonies, tout particuli\u00e8rement des Antilles, James aura \u00e9t\u00e9 un intellectuel diasporique, en mouvement permanent, naviguant entre les marges et le centre des empires, parcourant les routes constitutives de cet espace charg\u00e9 d\u2019histoire qu\u2019est l\u2019Atlantique noir, circulant entre ses p\u00f4les carib\u00e9en, europ\u00e9en, nord\u2011am\u00e9ricain et africain. Au\u2011del\u00e0 de son itin\u00e9raire personnel, il concevait la vie m\u00eame comme mouvement, la formation de la personnalit\u00e9 comme un cheminement ; ainsi \u00e9crivait\u2011il \u00e0 la femme qu\u2019il aimait : \u00ab\u00a0Votre lettre [\u2026] montre que vous \u00eates arriv\u00e9e \u00e0 un tournant sur votre route. Soyez s\u00fbre de bien l\u2019examiner afin de d\u00e9couvrir d\u2019o\u00f9 vous venez et o\u00f9 vous vous rendez<a id=\"footnoteref2_2wudhg5\" class=\"see-footnote\" title=\"C. L. R. James, Special Delivery. The Letters of C. L. R. James to Constance Webb, 1939\u20111948 (dir. Anna Grimshaw),\u00a0 Cambridge,\u00a0 Blackwell\u00a0 Publishers,\u00a0 1996,\u00a0 lettre\u00a0 du 24 juillet 1945, p. 218\u2011219.\" href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault#footnote2_2wudhg5\">2<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour James, qui n\u2019aura cess\u00e9 d\u2019interroger les relations entre personnalit\u00e9 et soci\u00e9t\u00e9, toute histoire individuelle doit \u00eatre (re)saisie \u00e0 la lumi\u00e8re du \u00ab\u00a0mouvement de l\u2019histoire\u00a0\u00bb ; mouvement qu\u2019il s\u2019attacha sa vie durant non seulement \u00e0 \u00e9tudier, mais aussi \u00e0 \u00e9pouser de tout son \u00eatre. Enfant des colonies britanniques, son existence fut indissociable de l\u2019affirmation sur la sc\u00e8ne mondiale des peuples colonis\u00e9s d\u2019Asie, d\u2019Afrique et de la Cara\u00efbe, pr\u00e9lude \u00e0 la chute des grands empires coloniaux. M\u00eame si ces derniers ont peu \u00e0 peu c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 de nouvelles formes d\u2019imp\u00e9rialisme et d\u2019h\u00e9g\u00e9monie postcoloniale, la vague de d\u00e9colonisation amorc\u00e9e au lendemain de la Seconde Guerre mondiale fut la source d\u2019un d\u00e9centrement radical qui reste encore aujourd\u2019hui un enjeu politique et intellectuel majeur. C\u2019est ce dont t\u00e9moignent les efforts pour provincialiser l\u2019Europe (Chakrabarty) et\/ ou d\u00e9provincialiser le monde non europ\u00e9en<a id=\"footnoteref3_oepm9fw\" class=\"see-footnote\" title=\"Voir Gary Wilder, Freedom Time. Negritude, Decolonization, and the Future of the World, Durham et Londres, Duke University Press, 2015.\" href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault#footnote3_oepm9fw\">3<\/a>. Figure \u00e9minente du panafricanisme, James pensait les luttes anticoloniales en Afrique et aux Antilles comme partie int\u00e9grante d\u2019un mouvement international de \u00ab\u00a0r\u00e9voltes noires\u00a0\u00bb dont l\u2019autre point d\u2019\u00e9bullition se trouvait aux \u00c9tats\u2011Unis. Loin d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 au xx<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, ce mouvement s\u2019inscrit dans une histoire longue, aussi vieille que l\u2019esclavage transatlantique ; une histoire que James s\u2019attacha \u00e0 retracer afin d\u2019en tirer les enseignements \u00e0 m\u00eame de servir la lutte de la \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb opprim\u00e9e.<\/p>\n<p>Jamais James, cependant, \u00e0 la diff\u00e9rence de nombreux th\u00e9oriciens postcoloniaux, n\u2019a con\u00e7u cette histoire des marges comme irr\u00e9ductible \u00e0 l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0histoire du monde\u00a0\u00bb, quand bien m\u00eame celle\u2011ci e\u00fbt \u00e9t\u00e9 une \u00ab\u00a0histoire des vainqueurs\u00a0\u00bb faisant de l\u2019Occident la source d\u2019o\u00f9 jaillit <em>toute <\/em>histoire. Il n\u2019ambitionnait pas tant de contester le \u00ab\u00a0grand r\u00e9cit de la modernit\u00e9\u00a0\u00bb que de l\u2019arracher \u00e0 sa matrice europ\u00e9enne\u2011coloniale pour d\u00e9voiler le r\u00f4le central qu\u2019avaient jou\u00e9 les sujets racialis\u00e9s et colonis\u00e9s dans <em>une <\/em>histoire qui ne se disait encore pour lui qu\u2019au singulier. Selon lui, les luttes pour la d\u00e9colonisation \u00e9taient une composante cl\u00e9 de la \u00ab\u00a0r\u00e9volution mondiale\u00a0\u00bb. Cette derni\u00e8re, en l\u2019absence de laquelle la fin de l\u2019imp\u00e9rialisme \u00e9tait vou\u00e9e \u00e0 rester un songe creux, ne d\u00e9signait \u00e0 ses yeux rien d\u2019autre que la r\u00e9volution socialiste, n\u00e9cessairement internationale. C\u2019est \u00e0 elle qu\u2019il consacra tous ses efforts ; et il ne cessa jamais de la consid\u00e9rer comme in\u00e9luctable, et imminente. Depuis son premier s\u00e9jour en Angleterre dans les ann\u00e9es 1930 jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie, James ne se con\u00e7ut jamais autrement que comme un penseur et un r\u00e9volutionnaire marxiste. Figure majeure du mouvement trotskiste, il rompit plus tard avec l\u2019h\u00e9ritage du p\u00e8re de la Iv<sup>e <\/sup>Internationale et le mod\u00e8le du parti d\u2019avant\u2011garde pour d\u00e9fendre la th\u00e8se de l\u2019<em>auto\u00e9mancipation <\/em>des masses prol\u00e9tariennes, et plus largement des masses populaires. Cette rupture ne fut pourtant rien d\u2019autre \u00e0 ses yeux qu\u2019un geste de fid\u00e9lit\u00e9 aux principes fondamentaux du mat\u00e9rialisme historique et dialectique.<\/p>\n<p>S\u2019il est capital aujourd\u2019hui d\u2019\u00e9tudier la trajectoire et la pens\u00e9e de James, c\u2019est parce que, sans doute plus que celles de n\u2019importe quel autre penseur noir radical, elles permettent de r\u00e9examiner les conflits opposant depuis de nombreuses ann\u00e9es la th\u00e9orie marxiste \u00e0 la critique postcoloniale en interdisant tout recours \u00e0 des solutions de compromis telles que celles que l\u2019on observe dans les tentatives pour \u00ab\u00a0(re)marxiser\u00a0\u00bb les \u00e9tudes postcoloniales et\/ou \u00ab\u00a0d\u00e9seurocentriser\u00a0\u00bb le marxisme. Cet enjeu th\u00e9orique est indissociablement un enjeu politique \u00e9minemment actuel dans une conjoncture o\u00f9 la gauche radicale, pensant souvent \u00e0 tort avoir affaire \u00e0 un probl\u00e8me enti\u00e8rement in\u00e9dit, \u00e9prouve la plus grande peine \u00e0 (re)d\u00e9finir ses strat\u00e9gies face aux revendications des minorit\u00e9s (immigr\u00e9es, racialis\u00e9es, postcoloniales). Celles\u2011ci demandent en effet non seulement que leurs causes soient int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 l\u2019agenda politique des mouvements anticapitalistes, mais exigent aussi de parler et d\u2019agir en leur nom propre en d\u00e9fendant leur autonomie.<\/p>\n<p>S\u2019il fallait r\u00e9sumer la pens\u00e9e et la pratique politiques de James \u00e0 un seul objet, ce serait \u00e0 n\u2019en pas douter le \u00ab\u00a0mouvement des masses\u00a0\u00bb. Il en vint \u00e0 concevoir ce dernier, sur les bases de la dialectique h\u00e9g\u00e9lienne, comme automouvement \u00ab\u00a0par le bas\u00a0\u00bb qui, dans ses phases d\u2019\u00e9panouissement, est toujours mouvement r\u00e9volutionnaire. Pour James, les grands \u00e9pisodes r\u00e9volutionnaires (r\u00e9volution anglaise, R\u00e9volution fran\u00e7aise, r\u00e9volution sovi\u00e9tique), en tant que paroxysme de la lutte des classes, impriment \u00e0 l\u2019histoire son mouvement, lui <em>donnent (un) sens. <\/em>C\u2019est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce cadre \u00ab\u00a0universel\u00a0\u00bb que s\u2019inscrivent, sans reste, les mouvements d\u2019\u00e9mancipation des masses colonis\u00e9es et racialis\u00e9es. Il ne pouvait n\u00e9anmoins \u00eatre question pour lui de subordonner ces derniers \u00e0 la lutte des masses ouvri\u00e8res des pays occidentaux. Il fallait repenser de fond en comble les relations entre lib\u00e9ration des \u00ab nations opprim\u00e9es \u00bb et r\u00e9volution socialiste. C\u2019est \u00e0 cette t\u00e2che que s\u2019attela James de mani\u00e8re profond\u00e9ment originale, mais non sans tensions, voire contradictions, entre une perspective sur l\u2019\u00e9mancipation qui maintient la n\u00e9cessaire ant\u00e9c\u00e9dence de la r\u00e9volution en Occident et une conception (d\u00e9centr\u00e9e) de l\u2019ind\u00e9pendance, et de l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0avant\u2011gardisme\u00a0\u00bb, des luttes noires\u2011anticoloniales.<\/p>\n<p>Ces tensions ont le plus souvent \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9es comme l\u2019effet d\u2019un eurocentrisme dont James, qui aimait \u00e0 rappeler qu\u2019il \u00e9tait de \u00ab\u00a0formation occidentale\u00a0\u00bb, ne se serait jamais d\u00e9parti et que son adh\u00e9sion totale au marxisme aurait contribu\u00e9 \u00e0 ent\u00e9riner. Dans une version plus \u00e9labor\u00e9e, il a \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9 que, malgr\u00e9 ses efforts de d\u00e9centrement, James serait rest\u00e9 prisonnier du clivage \u00ab\u00a0pr\u00e9moderne\/moderne\u00a0\u00bb, autrement dit de la perspective historiciste fondatrice du partage binaire entre \u00ab\u00a0pays avanc\u00e9s\u00a0\u00bb (occidentaux) et \u00ab\u00a0pays arri\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb (non occidentaux)<a id=\"footnoteref4_cqnmo00\" class=\"see-footnote\" title=\"Henry Paget, Caliban\u2019s Reason. Introducing Afro\u2011Caribbean Philosophy, New York et Londres, Routledge, 2000, p. 48.\" href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault#footnote4_cqnmo00\">4<\/a>. Aussi l\u00e9gitimes soient\u2011elles, ces explications ont pour d\u00e9faut de ne jamais consid\u00e9rer les dilemmes internes \u00e0 l\u2019\u0153uvre jamesienne que n\u00e9gativement, comme r\u00e9sultant de la persistance (inconsciente) d\u2019un \u00ab\u00a0reste\u00a0\u00bb de vision imp\u00e9riale dont on pourrait <em>a posteriori <\/em>se d\u00e9barrasser sans alt\u00e9rer les fondements de sa th\u00e9orie de l\u2019\u00e9mancipation. D\u2019autres interpr\u00e8tes ont quant \u00e0 eux affirm\u00e9 que, quelles que soient ses limites, la pens\u00e9e de James s\u2019\u00e9tait d\u2019embl\u00e9e d\u00e9finie en rupture avec un \u00ab marxisme orthodoxe \u00bb largement aveugle \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019oppression coloniale\u2011raciale et aux conditions singuli\u00e8res de l\u2019\u00e9mancipation des peuples de couleur. S\u2019il y a l\u00e0 aussi une part de v\u00e9rit\u00e9, il ne faut pas oublier qu\u2019il existe au sein de la tradition marxiste tout un ensemble de probl\u00e9matisations des formes d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0exportation\u00a0\u00bb de la r\u00e9volution socialiste, et de la th\u00e9orie marxiste elle\u2011m\u00eame, dans le monde non occidental. Surtout, James, s\u2019il a continuellement fait preuve d\u2019h\u00e9t\u00e9rodoxie au sein des organisations r\u00e9volutionnaires, se concevait aussi comme le plus \u00ab\u00a0orthodoxe\u00a0\u00bb des h\u00e9ritiers de ses deux ma\u00eetres \u00e0 penser, Marx et L\u00e9nine.<\/p>\n<p>Comprendre le parcours et l\u2019\u0153uvre de James pr\u00e9suppose donc de se d\u00e9faire du postulat selon lequel tout son travail aurait consist\u00e9 \u00e0 importer, de l\u2019ext\u00e9rieur, des probl\u00e9matiques anticoloniales et antiracistes au sein d\u2019une pens\u00e9e marxiste originellement confin\u00e9e au sein des fronti\u00e8res du monde europ\u00e9en blanc et, r\u00e9ciproquement, \u00e0 greffer des th\u00e8ses marxistes\u2011socialistes sur des revendications et luttes panafricaines qui tendraient quant \u00e0 elles toujours naturellement vers le nationalisme\u2011particularisme noir. Il faut bien plut\u00f4t \u00e9lucider les inflexions et variations op\u00e9r\u00e9es par James <em>au sein <\/em>m\u00eame de la th\u00e9orie et de la pratique marxistes, ainsi que les r\u00e9sistances auxquelles cette entreprise de d\u00e9centrement s\u2019est heurt\u00e9e et les limites qu\u2019elle s\u2019est d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment impos\u00e9es. James ne s\u2019est pas attach\u00e9 \u00e0 provincialiser le marxisme, mais \u00e0 le <em>distendre <\/em>autant que faire se peut, dans l\u2019espoir que la r\u00e9volution \u00e0 venir serait r\u00e9ellement mondiale. Cette pratique de d\u00e9placement th\u00e9orique \u00e9manait de la conviction que, pour saisir et agir sur le mouvement de l\u2019histoire, la pens\u00e9e devait elle\u2011m\u00eame \u00eatre en mouvement permanent. Il y a selon James une ind\u00e9passable historicit\u00e9 de la connaissance \u00e0 laquelle le marxisme \u2013 non pas <em>e<\/em><em>n d\u00e9pit du fait <\/em>mais <em>parc<\/em><em>e qu<\/em>\u2019il s\u2019offrait comme universel\u2011universalisable \u2013 ne peut pr\u00e9tendre se soustraire qu\u2019au risque de d\u00e9p\u00e9rir \u00e0 petit feu. Cette temporalit\u00e9 fondamentale est indissociablement une spatialit\u00e9 : elle oblige \u00e0 repenser radicalement la <em>g\u00e9ographi<\/em><em>e du marxisme<\/em>, ses espaces de r\u00e9f\u00e9rence, ses lieux d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0application\u2011adaptation \u00bb, les modalit\u00e9s de sa traduction dans des contextes h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes \u00e0 celui qui l\u2019ont vu na\u00eetre. D\u2019o\u00f9 l\u2019effort permanent de James pour \u00e9tablir des connexions entre des espaces\u2011temps parfois situ\u00e9s aux antipodes les uns des autres \u2013 entre la Russie pr\u00e9r\u00e9volutionnaire et l\u2019Am\u00e9rique noire, entre la Cara\u00efbe et la Gr\u00e8ce antique. Cela supposait aussi de r\u00e9interroger la signification de l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0arri\u00e9ration\u00a0\u00bb et les projections historicistes en vertu desquelles l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 se donne \u00e0 lire synchroniquement, sur une carte du monde. Enfin, cela implique de red\u00e9finir les coordonn\u00e9es et r\u00e9imaginer le devenir de ce que James n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 appeler, toujours au singulier, la \u00ab\u00a0civilisation mondiale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On ne peut n\u00e9anmoins rendre compte de la mani\u00e8re dont James a relev\u00e9 ce d\u00e9fi colossal si l\u2019on ignore que sa pens\u00e9e et sa pratique politiques et historiographiques sont intimement entrem\u00eal\u00e9es avec une esth\u00e9tique et une th\u00e9orie de la culture qui n\u2019ont rien \u00e0 envier aux productions th\u00e9oriques des repr\u00e9sentants du \u00ab\u00a0marxisme occidental\u00a0\u00bb (Benjamin, Adorno, Gramsci, etc.). Jeune adulte, James, qui avait baign\u00e9 dans la litt\u00e9rature britannique durant toute son enfance \u00e0 Trinidad, se destina \u00e0 une carri\u00e8re litt\u00e9raire et signa plusieurs nouvelles et un roman. N\u2019abandonnant jamais son int\u00e9r\u00eat pour la critique litt\u00e9raire, il fut un fervent lecteur et interpr\u00e8te de l\u2019\u0153uvre de Herman Melville, auquel il d\u00e9dia un livre. Admirateur de Shakespeare, il s\u2019engagea dans des m\u00e9ditations sur la trag\u00e9die qui nourrirent sa pens\u00e9e de l\u2019histoire, et fut lui\u2011m\u00eame l\u2019auteur d\u2019une trag\u00e9die historique sur la r\u00e9volution ha\u00eftienne. Aux \u00c9tats\u2011Unis, il se livra \u00e0 une \u00e9tude passionn\u00e9e des \u00ab arts populaires \u00bb, au premier rang desquels le cin\u00e9ma, car ils manifestaient selon lui l\u2019entr\u00e9e des masses sur la sc\u00e8ne de l\u2019histoire ; similairement, la litt\u00e9rature africaine\u2011am\u00e9ricaine exprimait \u00e0 ses yeux les aspirations profondes des masses noires, leur potentiel r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>James n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 tracer des relations \u00e9troites entre les processus de cr\u00e9ation artistique et le processus r\u00e9volutionnaire, gouvern\u00e9s qu\u2019ils \u00e9taient par un m\u00eame mouvement intime, comme en t\u00e9moigne cette saisissante m\u00e9taphore musicale que lui inspira la figure de L\u00e9nine : \u00ab\u00a0Je pense depuis longtemps qu\u2019un tr\u00e8s grand r\u00e9volutionnaire est un grand artiste et qu\u2019il d\u00e9veloppe des id\u00e9es, des programmes, etc., comme Beethoven d\u00e9veloppe un mouvement<a id=\"footnoteref5_f2hr96k\" class=\"see-footnote\" title=\"C. L. R. James, Notes on Dialectics. Hegel, Marx, Lenin, Westport, Lawrence Hill &amp; Co., 1980 [1948], p. 153.\" href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault#footnote5_f2hr96k\">5<\/a>. \u00bb <em>Las<\/em><em>t<\/em><em>bu<\/em><em>t<\/em><em>no<\/em><em>t<\/em><em>least<\/em>, James fut d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge et jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie un analyste, au sens le plus strict, de ce sport et symbole de l\u2019imp\u00e9rialisme britannique qu\u2019\u00e9tait le cricket, le terrain de jeu s\u2019offrant \u00e0 ses yeux comme un miroir des grands conflits existentiels, sociaux\u2011raciaux et politiques \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale\u2011r\u00e9gionale (carib\u00e9enne et britannique) et internationale\u2011(post\u2011)imp\u00e9riale ; un sport en outre qui, en tant qu\u2019il fait na\u00eetre chez ses spectateurs une puissante image esth\u00e9tique du mouvement, devait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un art \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le pari biographique<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est par le biais de la biographie intellectuelle que les th\u00e8mes et probl\u00e8mes expos\u00e9s jusqu\u2019ici seront abord\u00e9s. Dans un travail ant\u00e9rieur sur Frantz Fanon<a id=\"footnoteref6_63bxnx1\" class=\"see-footnote\" title=\"Matthieu Renault, Frantz\u00a0 Fanon. De\u00a0 l\u2019anticolonialisme \u00e0 la\u00a0 critique postcoloniale, Paris, \u00c9ditions Amsterdam, 2011.\" href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault#footnote6_63bxnx1\">6<\/a>, dont le pr\u00e9sent livre prolonge et d\u00e9place les interrogations, le parti pris \u00e9tait celui d\u2019un \u00ab\u00a0pari de la non\u2011biographie\u00a0\u00bb. En effet, la multiplication, dans l\u2019espace francophone, des travaux centr\u00e9s sur la vie de Fanon, aussi instructifs fussent\u2011ils, risquait de masquer ce qui fait l\u2019irr\u00e9ductible originalit\u00e9 et la radicalit\u00e9 de sa pens\u00e9e, son sens pour le temps pr\u00e9sent. L\u2019enjeu \u00e9tait ainsi de poser, sur un mode hypoth\u00e9tique, l\u2019autonomie de cette pens\u00e9e par rapport au destin personnel de l\u2019auteur, sans pour autant la rendre strictement ind\u00e9pendante de sa subjectivit\u00e9. Ici, \u00e0 l\u2019inverse, le \u00ab pari de la biographie \u00bb a trois raisons principales.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re est qu\u2019en France James demeure une figure m\u00e9connue, dont le nom m\u00eame n\u2019\u00e9voque g\u00e9n\u00e9ralement, au mieux, qu\u2019un \u00ab c\u00e9l\u00e8bre \u00bb ouvrage sur la r\u00e9volution ha\u00eftienne, <em>Les Jacobins noirs<\/em>. De sa trajectoire personnelle et politique, le lecteur francophone sensible \u00e0 ces questions a aussi peu, et sans doute moins encore, entendu parler que de son \u0153uvre. Cette m\u00e9connaissance n\u2019est pas sp\u00e9cifique au cas de James ; elle continue peu ou prou d\u2019affecter l\u2019ensemble des intellectuels de la Cara\u00efbe anglophone au moment m\u00eame o\u00f9 les auteurs de la Cara\u00efbe francophone, avec lesquels ils partagent de fortes affinit\u00e9s, acc\u00e8dent peu \u00e0 peu \u00e0 la reconnaissance qui leur est due.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me raison r\u00e9side dans l\u2019importance que rev\u00eat l\u2019analyse des conditions mat\u00e9rielles, individuelles et collectives de production des \u0153uvres politiques, non seulement dans un but de contextualisation des id\u00e9es, mais aussi pour l\u2019interpr\u00e9tation de la logique proprement th\u00e9orique qui les anime. L\u2019analyse de la pens\u00e9e de James pr\u00e9suppose l\u2019\u00e9criture d\u2019une <em>biographie de son \u0153uvre<\/em>. Tel est l\u2019objet de ce livre, avec cette id\u00e9e corr\u00e9lative que le sens de l\u2019\u0153uvre \u00e9claire le sens de la vie aussi bien que le contraire. James lui\u2011m\u00eame l\u2019\u00e9crivait \u00e0 propos de son \u00e9tude sur Melville : \u00ab\u00a0La pure biographie ici peut \u00eatre trompeuse. [\u2026] Je ne lis pas ces lettres et sa vie pour comprendre son \u0153uvre ; je lis plut\u00f4t son \u0153uvre pour comprendre ses lettres et sa vie<a id=\"footnoteref7_u4u08bl\" class=\"see-footnote\" title=\"C. L. R. James, \u00ab Letters to Literary Critics \u00bb, in The C. L. R. James Reader (dir. Anna Grimshaw), Cambridge, Blackwell Publishers, 1992, lettre \u00e0 Jay Leyda (7 mars 1953), p. 236\u2011237.\" href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault#footnote7_u4u08bl\">7<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me raison, enfin, la plus importante, tient \u00e0 la place centrale qu\u2019occupe l\u2019\u00e9criture biographique, mais aussi autobiographique, dans l\u2019\u0153uvre de James. Chantre de l\u2019activit\u00e9 r\u00e9volutionnaire autonome des masses \u00ab anonymes \u00bb, James, poursuivant en cela une longue tradition, n\u2019aura cependant eu de cesse de th\u00e9matiser le r\u00f4le des individus dans l\u2019histoire. Retracer la vie des \u00ab\u00a0grands hommes\u00a0\u00bb \u00e9tait pour lui une mani\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9e d\u2019\u00e9crire l\u2019histoire. En effet, cette derni\u00e8re trouve \u00e0 se r\u00e9fracter dans le destin, souvent tragique et s\u2019apparentant en cela \u00e0 celui des grands personnages litt\u00e9raires, d\u2019individus exceptionnels. C\u2019est dans cette m\u00eame perspective que James s\u2019est attach\u00e9 \u00e0 retracer, sous la forme de fragments autobiographiques et de notes diss\u00e9min\u00e9es dans ses \u00e9crits, son histoire personnelle. Il a continuellement cherch\u00e9 \u00e0 se situer dans l\u2019histoire, non seulement dans son pr\u00e9sent, mais aussi par rapport \u00e0 ce qui survit en lui du pass\u00e9 et du futur qu\u2019il annonce. C\u2019est sur le plan le plus personnel qu\u2019il a \u00e9prouv\u00e9 l\u2019entrelacement des temps historiques, en quoi la narration jamesienne est litt\u00e9ralement <em>intempestive<\/em>. En outre, une biographie de James se doit aussi d\u2019\u00eatre une <em>g\u00e9o\u2011biographie <\/em>attentive aux rapports entre d\u00e9placements\u2011circulations physiques d\u2019un c\u00f4t\u00e9, transitions\u2011ruptures intellectuelles de l\u2019autre ; les migrations successives de James, dont la structure de ce livre adopte le rythme, sont autant de seuils dans la gen\u00e8se de sa pens\u00e9e.<\/p>\n<p>N\u2019y a\u2011t\u2011il pas n\u00e9anmoins quelque ambigu\u00eft\u00e9 \u00e0 faire la biographie <em>intellectuelle <\/em>d\u2019un homme qui, poussant jusqu\u2019\u00e0 ses ultimes limites la critique marxienne de la division du travail intellectuel et du travail manuel, aura \u00e9t\u00e9 l\u2019un des plus virulents critiques de la caste des intellectuels qu\u2019a connus la tradition marxiste au xx<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Cette ambigu\u00eft\u00e9 est sans doute redoubl\u00e9e par le sous\u2011titre de ce livre, qui reprend une formule employ\u00e9e en 1980 dans le <em>London Times <\/em>pour d\u00e9signer James : le \u00ab\u00a0Platon noir de notre g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb. Pour James en effet, Platon repr\u00e9sentait l\u2019arch\u00e9type m\u00eame de ce \u00ab\u00a0type d\u2019homme\u00a0\u00bb qu\u2019est l\u2019intellectuel, chez lequel la sp\u00e9culation sur la forme id\u00e9ale de gouvernement se fonde invariablement sur la pr\u00e9misse que l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0homme ordinaire\u00a0\u00bb est incapable de (se) gouverner (lui\u2011m\u00eame)<a id=\"footnoteref8_6h98ymj\" class=\"see-footnote\" title=\"C. L. R. James, Every Cook can Govern. A Study in Democracy in Ancient Greece, its Meaning for Today [1956], in A New Notion. Two Works, Oakland, PM Press, 2010, p. 150.\" href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault#footnote8_6h98ymj\">8<\/a>. Qui plus est, ce type de d\u00e9signation o\u00f9 la comparaison vaut \u00e9loge menace de reproduire l\u2019id\u00e9e (coloniale) selon laquelle les sujets de l\u2019empire seraient condamn\u00e9s \u00e0 se conformer au mod\u00e8le de leurs \u00ab\u00a0a\u00een\u00e9s\u00a0\u00bb blancs. Ils accuseraient donc toujours un certain retard et ne pourraient au fond rien esp\u00e9rer de mieux que d\u2019\u00eatre des \u00ab\u00a0copies en couleur\u00a0\u00bb de ce que l\u2019Occident a produit de meilleur. Si ces comparaisons sont prises pour argent comptant, elles interdisent pr\u00e9cis\u00e9ment de comprendre le geste de <em>d\u00e9connexion <\/em>qui caract\u00e9rise, \u00e0 divers degr\u00e9s, les \u00e9crits de tous les grands th\u00e9oriciens non europ\u00e9ens de la d\u00e9colonisation.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, pour qui consid\u00e8re aujourd\u2019hui l\u2019\u0153uvre foisonnante de James, ce dernier ne peut appara\u00eetre que comme un intellectuel total. Sa critique des intellectuels, aussi acerbe f\u00fbt\u2011elle, n\u2019en cache pas moins une autre repr\u00e9sentation, \u00e0 laquelle il s\u2019identifiait, celle d\u2019un intellectuel qui devait selon lui \u00eatre aussi un artiste, c\u2019est\u2011\u00e0\u2011dire un \u00eatre chez lequel la pure expression de l\u2019individualit\u00e9 et la manifestation des courants sociaux et politiques les plus profonds ne faisaient qu\u2019un. Par ailleurs, James, bien qu\u2019ayant r\u00e9tabli au rang de sujets de l\u2019histoire les masses colonis\u00e9es\u2011racialis\u00e9es syst\u00e9matiquement exclues des r\u00e9cits europ\u00e9ens, \u00e9tait convaincu que sa pens\u00e9e s\u2019inscrivait enti\u00e8rement dans une g\u00e9n\u00e9alogie occidentale marqu\u00e9e par les figures classiques (Aristote, Rousseau, Hegel, Marx, etc.) d\u2019une tradition intellectuelle et politique remontant \u00e0 la Gr\u00e8ce antique et au sein de laquelle il se sentait \u00ab\u00a0chez lui\u00a0\u00bb. Si l\u2019on ne part pas de cette apparente ambivalence, il est impossible de saisir les torsions auxquelles il a soumis l\u2019historiographie et la th\u00e9orie europ\u00e9ennes de la r\u00e9volution. C\u2019est pourquoi \u00ab\u00a0Platon noir\u00a0\u00bb ne doit pas \u00eatre entendu ici comme le nom d\u2019un individu, mais comme celui d\u2019un probl\u00e8me, voire d\u2019un paradoxe.<\/p>\n<p>Afin de reconstituer l\u2019itin\u00e9raire intellectuel de James, il faut s\u2019appuyer principalement sur son \u0153uvre, soit pas moins d\u2019une quinzaine d\u2019ouvrages et de nombreux recueils d\u2019articles, sans compter les in\u00e9dits et textes diss\u00e9min\u00e9s dans la presse r\u00e9volutionnaire de l\u2019\u00e9poque. Une attention sp\u00e9cifique sera \u00e9galement port\u00e9e \u00e0 ses esquisses et remarques autobiographiques, non par d\u00e9faut, par manque de sources plus \u00ab\u00a0objectives\u00a0\u00bb, mais par m\u00e9thode, dans la mesure o\u00f9 il est essentiel d\u2019int\u00e9grer au r\u00e9cit biographique la mani\u00e8re dont James a narr\u00e9, et \u00e0 bien des \u00e9gards r\u00e9invent\u00e9, sa trajectoire r\u00e9volutionnaire. Ce livre, enfin, n\u2019aurait pu \u00eatre \u00e9crit sans les efforts de ceux qui, dans le monde anglophone, se sont attach\u00e9s \u00e0 retracer, dans son ensemble ou en partie, le parcours de James en usant de sources primaires difficilement accessibles (en particulier Kent Worcester, Paul Buhle, Christian H\u00f8gsbjerg et Frank Rosengarten<a id=\"footnoteref9_dmjidq1\" class=\"see-footnote\" title=\"Ibid.\" href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault#footnote9_dmjidq1\">9<\/a>). Si ce travail ne s\u2019en veut pas moins original, c\u2019est par la probl\u00e9matique qui constitue son fil rouge, \u00e0 savoir les connexions et divergences entre r\u00e9volution \u00ab\u00a0au centre\u00a0\u00bb et luttes anticoloniales\u2011antiraciales \u00ab\u00a0aux marges\u00a0\u00bb, entre histoire de l\u2019Europe et histoire du monde non europ\u00e9en, telles qu\u2019elle s\u2019expriment \u00e0 travers la vie et la pens\u00e9e de James ; avec pour interrogation sous\u2011jacente les conditions d\u2019une \u00ab\u00a0d\u00e9soccidentalisation\u00a0\u00bb des th\u00e9ories critiques\u2011r\u00e9volutionnaires qui, cela n\u2019a rien d\u2019\u00e9vident <em>a priori<\/em>, soit r\u00e9ellement synonyme d\u2019approfondissement de leur potentiel de radicalit\u00e9 et, osons le mot, de leur <em>v\u00e9rit\u00e9 <\/em>elle\u2011m\u00eame.<\/p>\n<p>Ce livre ne pr\u00e9tend pourtant pas \u00eatre autre chose qu\u2019une introduction \u00e0 la vie et \u00e0 l\u2019\u0153uvre de James. \u00c9tant donn\u00e9 l\u2019immense \u00e9tendue couverte par cette derni\u00e8re, bien des probl\u00e8mes abord\u00e9s par son auteur ne recevront pas le traitement qu\u2019ils m\u00e9ritent ; de m\u00eame ne sera\u2011t\u2011il pas toujours possible de rendre compte de l\u2019\u00e9paisseur historique et politique des situations dans lesquelles il s\u2019est engag\u00e9. Mais l\u2019enjeu de ce livre est aussi de contribuer au renouvellement d\u2019une critique de l\u2019eurocentrisme qui, si elle demeure plus que jamais n\u00e9cessaire en raison m\u00eame des r\u00e9sistances que continue de soulever toute remise en question de l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0universel\u00a0\u00bb \u2013 occidental s\u2019entend \u2013, ne se doit pas moins \u00e0 pr\u00e9sent de tester ses propres limites et d\u2019identifier les \u00e9cueils qui ont jusque\u2011l\u00e0 tram\u00e9 son d\u00e9veloppement. C\u2019est \u00e0 cette condition qu\u2019elle d\u00e9montrera qu\u2019elle est indispensable \u00e0 la gen\u00e8se d\u2019une pens\u00e9e de l\u2019\u00e9mancipation qui soit, enfin, \u00e0 la mesure du monde.<\/p>\n<ul class=\"footnotes\">\n<li id=\"footnote1_mgy4871\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault#footnoteref1_mgy4871\">1.<\/a> C. L. R. James, <em>Beyond a Boundary<\/em>, Londres, Yellow Jersey Press, 2005 [1963], p. 3.<\/li>\n<li id=\"footnote2_2wudhg5\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault#footnoteref2_2wudhg5\">2.<\/a> C. L. R. James, <em>Special Delivery. The Letters of C. L. R. James to Constance Webb, 1939\u20111948<\/em> (dir. Anna Grimshaw),\u00a0 Cambridge,\u00a0 Blackwell\u00a0 Publishers,\u00a0 1996,\u00a0 lettre\u00a0 du 24 juillet 1945, p. 218\u2011219.<\/li>\n<li id=\"footnote3_oepm9fw\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault#footnoteref3_oepm9fw\">3.<\/a> Voir Gary Wilder, <em>Freedom Time. Negritude, Decolonization, and the Future of the World<\/em>, Durham et Londres, Duke University Press, 2015.<\/li>\n<li id=\"footnote4_cqnmo00\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault#footnoteref4_cqnmo00\">4.<\/a> Henry Paget, <em>Caliban\u2019s Reason. Introducing Afro\u2011Caribbean Philosophy<\/em>, New York et Londres, Routledge, 2000, p. 48.<\/li>\n<li id=\"footnote5_f2hr96k\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault#footnoteref5_f2hr96k\">5.<\/a> C. L. R. James, <em>Notes on Dialectics. Hegel, Marx, Lenin<\/em>, Westport, Lawrence Hill &amp; Co., 1980 [1948], p. 153.<\/li>\n<li id=\"footnote6_63bxnx1\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault#footnoteref6_63bxnx1\">6.<\/a> Matthieu Renault, <em>Frantz\u00a0 Fanon. De\u00a0 l\u2019anticolonialisme \u00e0 la\u00a0 critique postcoloniale<\/em>, Paris, \u00c9ditions Amsterdam, 2011.<\/li>\n<li id=\"footnote7_u4u08bl\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault#footnoteref7_u4u08bl\">7.<\/a> C. L. R. James, \u00ab Letters to Literary Critics \u00bb, in <em>The C. L. R. James Reader <\/em>(dir. Anna Grimshaw), Cambridge, Blackwell Publishers, 1992, lettre \u00e0 Jay Leyda (7 mars 1953), p. 236\u2011237.<\/li>\n<li id=\"footnote8_6h98ymj\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault#footnoteref8_6h98ymj\">8.<\/a> C. L. R. James, <em>Every Cook can Govern. A Study in Democracy in Ancient Greece, its Meaning for Today <\/em>[1956], in A New Notion. Two Works, Oakland, PM Press, 2010, p. 150.<\/li>\n<li id=\"footnote9_dmjidq1\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault#footnoteref9_dmjidq1\">9.<\/a> <em>Ibid.<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p><a href=\"http:\/\/www.contretemps.eu\/lectures\/%C3%A0-lire-extrait-%C2%AB-c-r-james-vie-r%C3%A9volutionnaire-platon-noir-%C2%BB-matthieu-renault\">Source<\/a><\/p>\n<p><strong>Table des mati\u00e8res<\/strong><br class=\"autobr\" \/> Avant-propos<br class=\"autobr\" \/> Pens\u00e9e du mouvement, pens\u00e9e en mouvement<br class=\"autobr\" \/> Le pari biographique<\/p>\n<p><strong>1. L\u2019enfant de Trinidad<\/strong><br class=\"autobr\" \/> De l\u2019esclavage \u00e0 la classe moyenne<br class=\"autobr\" \/> Cricket et litt\u00e9rature\u00a0: l\u2019\u00e9ducation d\u2019un \u00ab\u00a0intellectuel britannique\u00a0\u00bb<br class=\"autobr\" \/> \u00c1 l\u2019ecole de l\u2019Empire\u00a0: la race invisible<\/p>\n<p><strong>2. \u00c1 la d\u00e9couverte du peuple antillais<\/strong><br class=\"autobr\" \/> Pr\u00e9mices d\u2019une carri\u00e8re litt\u00e9raire\u00a0: la vie des barrack-yards<br class=\"autobr\" \/> The beacon\u00a0: culture et politique \u00e0 Trinidad<br class=\"autobr\" \/> Le capitaine Cipriani\u00a0: vers l\u2019autonomie des Antilles<\/p>\n<p><strong>3. Devenir marxiste en Angleterre<\/strong><br class=\"autobr\" \/> Nelson, Lancashire\u00a0: la classe ouvri\u00e8re anglaise<br class=\"autobr\" \/> Une \u00e9toile montante du trotskisme<br class=\"autobr\" \/> Pour la r\u00e9volution mondiale<\/p>\n<p><strong>4. Pr\u00e9face \u00e0 la r\u00e9volution africaine<\/strong><br class=\"autobr\" \/> Le mouvement panafricain londonien<br class=\"autobr\" \/> Toussaint Louverture\u00a0: histoire et trag\u00e9die<br class=\"autobr\" \/> Les Jacobins noirs\u00a0: faire de l\u2019histoire pour faire l\u2019histoire<\/p>\n<p><strong>5. Sur la \u00ab\u00a0question noire\u00a0\u00bb aux \u00c9tats-Unis<\/strong><br class=\"autobr\" \/> Un pionnier du \u00ab\u00a0marxisme noir\u00a0\u00bb<br class=\"autobr\" \/> L\u2019ind\u00e9pendance des luttes noires\u00a0: politique et litt\u00e9rature<br class=\"autobr\" \/> Histoires r\u00e9volutionnaires<\/p>\n<p><strong>6. La r\u00e9volution am\u00e9ricaine \u00e0 venir<\/strong><br class=\"autobr\" \/> Au-del\u00e0 du trotskisme\u00a0: sur le capitalisme d\u2019\u00c9tat<br class=\"autobr\" \/> L\u2019autonomie des masses ouvri\u00e8res<br class=\"autobr\" \/> Hegel et la fin du parti d\u2019avant-garde<\/p>\n<p><strong>7. La civilisation am\u00e9ricaine ou la lutte pour le bonheur<\/strong><br class=\"autobr\" \/> Amour, art et politique\u00a0: la \u00ab\u00a0question feminine\u00a0\u00bb<br class=\"autobr\" \/> Traduire le marxisme\u00a0: sur les arts populaires am\u00e9ricains<br class=\"autobr\" \/> Melville\u00a0: le futur ant\u00e9rieur<\/p>\n<p><strong>8. Trag\u00e9die et d\u00e9mocratie<\/strong><br class=\"autobr\" \/> L\u2019art des masses\u00a0: de Hollywood \u00e0 Shakespeare<br class=\"autobr\" \/> La r\u00e9volution hongroise ou l\u2019auto-\u00e9mancipation en acte<br class=\"autobr\" \/> Chaque cuisinier peut gouverner<\/p>\n<p><strong>9. En route vers l\u2019Ind\u00e9pendance<\/strong><br class=\"autobr\" \/> Le ghana a l\u2019avant-garde de la revolution mondiale<br class=\"autobr\" \/> Retour au pays natal<br class=\"autobr\" \/> Les dilemmes de l\u2019emancipation en \u00ab\u00a0pays arriere\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>10. La renaissance carib\u00e9enne<\/strong><br class=\"autobr\" \/> Cricket\u00a0: apr\u00e8s l\u2019Empire<br class=\"autobr\" \/> La culture des <i>outsiders<\/i><br class=\"autobr\" \/> Le d\u00e9centrement de l\u2019histoire<\/p>\n<p><strong>11. Professeur James<\/strong><br class=\"autobr\" \/> Marxiste toujours<br class=\"autobr\" \/> Black power<br class=\"autobr\" \/> Postface au panafricanisme<\/p>\n<p><strong>Conclusion\u00a0: un h\u00e9ritage en partage<\/strong><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conf\u00e9rence de Matthieu Renault\u00a0: CLR James. La vie r\u00e9volutionnaire d\u2019un \u00ab\u00a0Platon noir\u00a0\u00bb Lundi\u00a022 f\u00e9vrier 2016\u00a0\/ 19h00 {fr}Nous sommes heureux de recevoir Matthieu Renault pour son tout r\u00e9cent livre consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;immense philosophe et historien trinidadien CLR James, encore si m\u00e9connu en France et Belgique, comme du reste tous les autres intellectuels de la Cara\u00efbe anglophone. &#8230; <a title=\"Conf\u00e9rence de Matthieu Renault : CLR James. La vie r\u00e9volutionnaire d\u2019un \u00ab\u00a0Platon noir\u00a0\u00bb\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=2744\" aria-label=\"En savoir plus sur Conf\u00e9rence de Matthieu Renault : CLR James. 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