{"id":216,"date":"2013-07-15T00:00:55","date_gmt":"2013-07-14T23:00:55","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=216"},"modified":"2013-11-10T00:03:29","modified_gmt":"2013-11-09T23:03:29","slug":"la-voix-des-enterres-vivants-partie-1-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=216","title":{"rendered":"La voix des enterr\u00e9s vivants (partie 1 &#038; 2)"},"content":{"rendered":"<header><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright\" alt=\"illus_flute_haut\" src=\"http:\/\/www.egalite.be\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/illus_flute_haut.gif\" width=\"160\" height=\"142\" \/><\/header>\n<div>\n<h3 itemprop=\"name\">La voix des enterr\u00e9s vivants (partie 1)<\/h3>\n<div><a href=\"http:\/\/2.bp.blogspot.com\/-l4Ec0bY3Qs8\/UeP0rjW5HCI\/AAAAAAAACKA\/ee2MKrZpdKA\/s1600\/pelicanbaylivinghell.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/lh3.ggpht.com\/-l4Ec0bY3Qs8\/UeP0rjW5HCI\/AAAAAAAACKA\/ee2MKrZpdKA\/s320\/pelicanbaylivinghell.png\" width=\"320\" height=\"188\" border=\"0\" \/><\/a><\/div>\n<div><b>La plus grande gr\u00e8ve de la faim des prisonniers dans l\u2019histoire des \u00c9tats-Unis<\/b><sup><b><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a><\/b><\/sup><\/div>\n<div>Luk Vervaet<\/div>\n<p>Le lundi 8 juillet 2013, deux ans apr\u00e8s une premi\u00e8re gr\u00e8ve de la faim qui a attir\u00e9 l\u2019attention du monde entier, ceux qu\u2019on appelle \u00ab\u00a0<i>les enterr\u00e9s vivants<\/i>\u00a0\u00bb de la prison de Pelican Bay (situ\u00e9e dans l\u2019\u00c9tat am\u00e9ricain de Californie), ont relanc\u00e9 leur mouvement de protestation.<!--more--><br \/>\nCe lundi, le silence des tombes en b\u00e9ton a \u00e9t\u00e9 rompu par un mouvement de solidarit\u00e9 jamais vu dans l\u2019histoire de cet \u00c9tat. Selon les chiffres officiels des institutions p\u00e9nitentiaires am\u00e9ricaines, 30000 prisonniers ont rejoint l\u2019appel des d\u00e9tenus de Pelican Bay \u00e0 une nouvelle gr\u00e8ve de la faim. Le mercredi, ces m\u00eames sources officielles comptent encore 29000 participants. La r\u00e9pression de ce mouvement historique ne s\u2019est pas fait attendre. Un gr\u00e9viste \u00e0 New Folsom Prison t\u00e9moigne que la direction a menac\u00e9 les gr\u00e9vistes de \u00ab\u00a0<i>confisquer toutes nos affaires personnelles, de nous mettre tous en isolement et de nous nourrir de force<\/i>\u00a0\u00bb.<sup><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a><\/sup> Malgr\u00e9 ces menaces, le jeudi, l\u2019administration p\u00e9nitentiaire comptait toujours 12421 prisonniers dans 24 prisons de l\u2019\u00c9tat et 4 autres \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires qui avaient au moins refus\u00e9 neuf fois leur repas.<br \/>\nCe nombre d\u00e9passe toujours de loin celui des gr\u00e9vistes en 2011, o\u00f9 1035 des 1111 prisonniers enferm\u00e9s dans les cellules d\u2019isolement de la section de haute s\u00e9curit\u00e9 (Security Housing Unit) de Pelican Bay, avaient men\u00e9 une gr\u00e8ve de la faim durant trois semaines. Le mouvement avait \u00e9t\u00e9 suivi par 6.600 d\u00e9tenus dans 13 prisons. Une nouvelle gr\u00e8ve de la faim fut lanc\u00e9e en septembre 2011, suivie par 11.898 d\u00e9tenus. Les gr\u00e9vistes y ont mis fin apr\u00e8s que les autorit\u00e9s p\u00e9nitentiaires ont accept\u00e9 de n\u00e9gocier leurs cinq revendications centrales\u00a0: la fin des punitions collectives\u00a0; l\u2019abolition de la politique de \u00ab\u00a0d\u00e9briefing\u00a0\u00bb, qui consiste \u00e0 devoir d\u00e9noncer d\u2019autres d\u00e9tenus en \u00e9change de la sortie de l\u2019enfermement en isolement; l\u2019interdiction d\u2019un enfermement en isolement \u00e0 longue dur\u00e9e; une meilleure nourriture; des programmes positifs pour des d\u00e9tenus en isolement pour une p\u00e9riode ind\u00e9termin\u00e9e. Les n\u00e9gociations qui se d\u00e9roulaient une fois par mois entre des repr\u00e9sentants des prisonniers et les autorit\u00e9s n\u2019ont rien donn\u00e9. Les prisonniers ont d\u00e8s lors d\u00e9cid\u00e9 de pr\u00e9parer une nouvelle gr\u00e8ve, de reprendre leurs cinq demandes et d\u2019y ajouter une quarantaine d\u2019autres, dont le retrait de toutes les sanctions qui ont suivi la premi\u00e8re gr\u00e8ve de la faim, l\u2019interdiction de repr\u00e9sailles pour la participation \u00e0 la nouvelle gr\u00e8ve, l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie dans les SHU, des meilleures facilit\u00e9s pour les visites etc. Pour Phil Scratton, professeur en criminologie \u00e0 la Queens\u2019s University \u00e0 Belfast, \u00ab\u00a0<i>la lutte tenace des prisonniers de Pelican Bay (et dans de nombreux autres prisons am\u00e9ricaines) est \u00e0 la mesure de la violence de l\u2019incarc\u00e9ration dont ils sont victimes. Elle nous confronte au degr\u00e9 de violence que peuvent faire subir les \u00c9tats d\u00e9mocratiques \u00e0 leurs propres citoyens en prison. <\/i>\u00bb<\/p>\n<div><a href=\"http:\/\/1.bp.blogspot.com\/-R7Jp96YohxY\/UeP06_jjIrI\/AAAAAAAACKI\/Ddefw30-fTY\/s1600\/pr%C3%A9o+pelican+bay.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/lh3.ggpht.com\/-R7Jp96YohxY\/UeP06_jjIrI\/AAAAAAAACKI\/Ddefw30-fTY\/s320\/pr%C3%A9o+pelican+bay.jpg\" width=\"247\" height=\"320\" border=\"0\" \/><\/a><\/div>\n<div><b>\u00ab\u00a0Solitary confinement\u00a0\u00bb, l\u2019enfermement en isolement comme syst\u00e8me<\/b><\/div>\n<p>Le syst\u00e8me de \u00ab\u00a0solitary confinement\u00a0\u00bb, a (re)vu le jour aux \u00c9tats-Unis dans les ann\u00e9es 80 du si\u00e8cle pass\u00e9 \u00e0 la prison de Marion (Illinois). En mars 1983, l\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge fut d\u00e9clar\u00e9 dans cette prison et tous les prisonniers furent mis en isolement, 24 heures sur 24. Ce syst\u00e8me d\u2019enfermement s\u2019est propag\u00e9 de mani\u00e8re fulgurante \u00e0 travers les \u00c9tats-Unis pendant les ann\u00e9es 90 et puis dans le monde entier comme au P\u00e9rou, en Afrique du Sud ou en Australie. En construisant des prisons sp\u00e9ciales de haute s\u00e9curit\u00e9 ou en installant des unit\u00e9s super-s\u00e9curis\u00e9es au sein des prisons existantes, connues sous le nom de \u00ab\u00a0<i>special control unit\u00a0<\/i>\u00bb, \u00ab\u00a0<i>intensive management unit<\/i>\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0<i>security housing unit<\/i>\u00a0\u00bb, le syst\u00e8me d\u2019enfermement en isolement est devenu syst\u00e9mique. Le nom g\u00e9n\u00e9rique pour ce genre de prisons est \u00ab\u00a0<i>supermax\u00a0<\/i>\u00bb, prison pour\u00a0une super-maximum s\u00e9curit\u00e9. En 1997, 34 \u00c9tats am\u00e9ricains disposaient de ce genre de prisons. En 2004, il y en avait d\u00e9j\u00e0 44<sup><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a><\/sup>. Le professeur Avery Gordon avance le chiffre de 57 supermax prisons dans 40 \u00c9tats am\u00e9ricains<sup><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a><\/sup>. Le nombre de d\u00e9tenus qui s\u2019y trouvent d\u00e9passe les 80.000. Des centaines parmi eux y s\u00e9journent depuis des ann\u00e9es et m\u00eame depuis des d\u00e9cennies. Les noms qu\u2019on donne \u00e0 ces prisons ou \u00e0 ces unit\u00e9s varient, mais le r\u00e9gime qui y r\u00e8gne est presque partout identique. Enfermement, seul, dans une cellule de 6 \u00e0 8 m\u00b2, pendant 22 \u00e0 24 heures par jour. Promenade ou exercices, seul, dans une cage sans \u00e9quipement, pendant une heure par jour. Pas de contacts avec d\u2019autres d\u00e9tenus, pas d\u2019activit\u00e9s de groupe, pas de travail, peu ou pas de programmes d\u2019\u00e9ducation. Visites de famille limit\u00e9es et derri\u00e8re du verre, interdiction de contacts physiques. Le tout surveill\u00e9 par un syst\u00e8me \u00e9lectronique de haute technologie.<\/p>\n<div><a href=\"http:\/\/4.bp.blogspot.com\/-YDA87ZQITRs\/UeP1KmSPWvI\/AAAAAAAACKQ\/bkCJpY8SdNU\/s1600\/mendez+on+solitary.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/lh3.ggpht.com\/-YDA87ZQITRs\/UeP1KmSPWvI\/AAAAAAAACKQ\/bkCJpY8SdNU\/s320\/mendez+on+solitary.jpg\" width=\"320\" height=\"320\" border=\"0\" \/><\/a><\/div>\n<p>Ce r\u00e9gime est destructeur pour un \u00eatre humain. Pour le docteur Terry Kupers, psychiatre et expert sur les effets psychologiques des conditions carc\u00e9rales\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Les 5 pour cent de la population carc\u00e9rale totale qui sont mis en isolement comptent pour pr\u00e8s de 50\u00a0% du taux de suicide dans les prisons. Chez ceux qui s\u2019en sortent et qui r\u00e9int\u00e8grent la soci\u00e9t\u00e9, souvent sans aucune p\u00e9riode de transition, les sympt\u00f4mes pourraient s\u2019att\u00e9nuer, mais ils sont incapables de s\u2019adapter. J\u2019ai appel\u00e9 \u00e7a la d\u00e9cimation des comp\u00e9tences de la vie\u00a0: la capacit\u00e9 d\u2019entamer des relations sociales, de travailler, de jouer, de garder un emploi ou de profiter de la vie est d\u00e9truite.\u00a0\u00bb<\/i><sup><i><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a><\/i><\/sup><br \/>\nCette forme d\u2019emprisonnement peut \u00eatre une punition due au comportement en prison. Des d\u00e9tenus peuvent y \u00eatre plac\u00e9s pour leur propre s\u00e9curit\u00e9 (d\u00e9linquants sexuels, informateurs de la police, des prisonniers qui pourraient \u00eatre victimes d\u2019autres d\u00e9tenus). Mais l\u2019\u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 du syst\u00e8me est la s\u00e9gr\u00e9gation et la mise en isolement pour des raisons administratives et de gestion des prisons. Des prisonniers sont mis en isolement, non pas pour leur comportement en prison ou pour leur protection, mais parce qu\u2019ils font partie des cat\u00e9gories, tax\u00e9es comme \u00ab\u00a0<i>the worst of the worst<\/i>\u00a0\u00bb, les pires parmi les pires. Faire partie d\u2019un groupe \u00e0 risque\u00a0: le risque de s\u2019\u00e9vader, d\u2019\u00eatre dangereux, de faire partie d\u2019un gang, et plus r\u00e9cemment de faire partie du groupe de d\u00e9tenus accus\u00e9s ou condamn\u00e9s pour terrorisme, est ainsi devenu le crit\u00e8re pour l\u2019incarc\u00e9ration dans une supermax prison.<\/p>\n<p><b>En Belgique aussi<\/b><\/p>\n<div><b><a href=\"http:\/\/2.bp.blogspot.com\/-vJzyz1PykCM\/UeP106uNSRI\/AAAAAAAACKc\/yiM0vGLVLJo\/s1600\/prison+Bruges.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/lh3.ggpht.com\/-vJzyz1PykCM\/UeP106uNSRI\/AAAAAAAACKc\/yiM0vGLVLJo\/s320\/prison+Bruges.jpg\" width=\"320\" height=\"209\" border=\"0\" \/><\/a><\/b><\/div>\n<p>La tendance actuelle n\u2019est pas \u00e0 la fermeture de ce genre de prisons ou d\u2019unit\u00e9s, mais bien \u00e0 sa propagation dans le monde entier. En Belgique aussi, malgr\u00e9 tous les obstacles que des d\u00e9tenus et les organisations des droits de l\u2019homme ont essay\u00e9 d\u2019\u00e9riger contre sa mise en place, le syst\u00e8me de d\u00e9tention en haute s\u00e9curit\u00e9 fraie son chemin.<br \/>\nPendant les ann\u00e9es 80 du si\u00e8cle pass\u00e9, il existait \u2018le bloc U\u2019 \u00e0 la prison de Lantin, une section de s\u00e9curit\u00e9 sp\u00e9ciale pour les d\u00e9tenus jug\u00e9s dangereux. Le bloc U a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9 par d\u00e9cision judiciaire d\u00e9clarant ce r\u00e9gime cellulaire ill\u00e9gal du fait qu\u2019il n\u2019y avait pas de base l\u00e9gale \u00e9tablie et que ce r\u00e9gime \u00e9tait contraire \u00e0 l\u2019article 3 de la Convention europ\u00e9enne des Droits de l\u2019Homme. Le gouvernement belge a ensuite d\u00e9cid\u00e9 de cr\u00e9er les QSR (Quartiers de S\u00e9curit\u00e9 Renforc\u00e9e) dans les prisons de Bruges et de Lantin en 1994. Cette fois, la base l\u00e9gale y \u00e9tait. Elle se trouvait dans un arr\u00eat\u00e9 royal de 1993, qui stipulait les crit\u00e8res \u00e0 remplir pour proc\u00e9der \u00e0 un transfert d\u2019un d\u00e9tenu vers un QSR. Tout en pr\u00e9cisant que le placement ne pouvait pas durer plus de six mois et que le s\u00e9jour dans le QSR devait faire l\u2019objet d\u2019une \u00e9valuation r\u00e9guli\u00e8re. Mais cette nouvelle tentative a elle aussi \u00e9t\u00e9 vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Un arr\u00eat du Conseil d\u2019Etat du 21 f\u00e9vrier 1996 obligeait l\u2019Etat \u00e0 fermer ces sections et \u00e0 abandonner ce projet. Parmi les raisons de cette fermeture, le Conseil d\u2019Etat stipulait qu\u2019il n\u2019y avait pas de r\u00e9gime distinct pour les condamn\u00e9s, les non-condamn\u00e9s et les mineurs. Dix ans plus tard, en 2008, le minist\u00e8re de la Justice et l\u2019Administration p\u00e9nitentiaire vont installer des nouvelles sections de haute s\u00e9curit\u00e9 AIBV\/QMPSI (<em>Quartiers<\/em> de Mesures de <em>S\u00e9curit\u00e9<\/em> Particuli\u00e8res <em>Individuelles) <\/em>\u00e0 la prison de Bruges et de Lantin. Cette fois-ci, tout \u00e9tait pr\u00e9vu : \u00ab <i>Contrairement aux anciens QSR, qui avaient pour but l\u2019h\u00e9bergement de pr\u00e9venus ou condamn\u00e9s r\u00e9put\u00e9s dangereux en raison du d\u00e9lit commis, du risque d\u2019\u00e9vasion, ou du comportement pendant la d\u00e9tention, les AIBV\/QMPSI sont sp\u00e9cifiquement destin\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00e9bergement de d\u00e9tenus masculins condamn\u00e9s difficilement ma\u00eetrisables, parce que pr\u00e9sentant des probl\u00e8mes comportementaux extr\u00eames et persistants, s\u2019accompagnant d\u2019agressivit\u00e9 envers les membres du personnel et\/ou les cod\u00e9tenus<\/i> \u00bb<sup><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a><\/sup>.<br \/>\nMais que constate le CPT lors de son inspection en 2009, c\u2019est-\u00e0-dire 18 mois apr\u00e8s l\u2019ouverture des AIBV\/QMPSI ? Que ces sections sont utilis\u00e9es exactement comme avant : \u00ab <i>Le projet initial \u2013 la cr\u00e9ation d\u2019unit\u00e9s sp\u00e9cialis\u00e9es pour le traitement des d\u00e9tenus pr\u00e9sentant une agressivit\u00e9 extr\u00eame\u2026- avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 largement d\u00e9tourn\u00e9 de son objectif.<\/i> \u00bb Pour prouver sa th\u00e8se, le CPT compte les hommes pr\u00e9sents dans cette section : \u00ab<i> en 2009, sur les 8 d\u00e9tenus se trouvant dans l\u2019AIBV de Bruges, seulement 3 r\u00e9pondent aux crit\u00e8res, et sur les 9 d\u00e9tenus dans le QMPSI \u00e0 Lantin, seulement 3 r\u00e9pondent aux crit\u00e8res <\/i>\u00bb<sup><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a><\/sup>. Et le CPT conclut : \u00ab <i>Le CPT recommande aux autorit\u00e9s belges de mettre imm\u00e9diatement fin au placement de d\u00e9tenus qui ne correspondent pas aux crit\u00e8res d\u2019admission pr\u00e9vus. A d\u00e9faut, le projet QMSPI sera, de l\u2019avis du CPT, vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec. <\/i>\u00bb<sup><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a><\/sup>. Cette recommandation n\u2019a servi \u00e0 rien. Au contraire.<br \/>\nLe gouvernement d\u00e9cide de se lib\u00e9rer de toutes les restrictions judiciaires et autres et de choisir ouvertement pour la construction d\u2019une prison de haute s\u00e9curit\u00e9 tout court. En juillet 2012, Margaux Donckier, porte-parole de la ministre de la Justice Annemie Turtelboom,\u00a0d\u00e9clare : \u00ab\u00a0<i>Nous r\u00e9fl\u00e9chissons \u00e0 la transformation d\u2019une prison existante en prison de haute s\u00e9curit\u00e9 o\u00f9 on pourrait enfermer les d\u00e9tenus \u00e0 risque. A quoi cela va ressembler et o\u00f9 elle va \u00eatre situ\u00e9e, nous ne le savons pas encore \u2026\u00a0<\/i>\u00bb<sup><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a><\/sup>. Un an plus tard, une liste de 230 prisonniers, consid\u00e9r\u00e9s comme dangereux, est \u00e9tablie\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Deux pour cent des 11.700 d\u00e9tenus emprisonn\u00e9s dans les \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires belges sont consid\u00e9r\u00e9s comme dangereux car ils pr\u00e9sentent un risque d\u2019\u00e9vasion. Ils sont maintenant repris dans une liste prenant les noms des 230 d\u00e9tenus dangereux, rapportent jeudi les quotidiens De Standaard et Le Soir. Cette liste, baptis\u00e9e Epirisk, est le r\u00e9sultat d\u2019un screening des 11.700 d\u00e9tenus du Royaume et a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e ces derniers mois par les directeurs des 33 prisons belges, \u00e0 la demande de la ministre de la Justice, Annemie Turtelboom (Open Vld)<\/i>\u00a0\u00bb<sup><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\"><sup>10<\/sup><\/a><\/sup>. Le 31 mai 2013, des articles paraissent dans la presse annon\u00e7ant la possible construction d\u2019une supermax prison de haute s\u00e9curit\u00e9 pour 120 d\u00e9tenus \u00e0 Ciney<sup><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\"><sup>11<\/sup><\/a><\/sup>. Un mois plus tard, \u00e7a devient encore plus concret. Le secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat pour les Finances, Servais Verherstraeten, d\u00e9clare que \u00ab\u00a0<i>la premi\u00e8re prison belge \u00e0 haute s\u00e9curit\u00e9 pour des d\u00e9tenus dangereux est pr\u00e9vue pour Ciney, accueillera 134 d\u00e9tenus et co\u00fbtera 60 millions d\u2019euros<\/i>\u00a0\u00bb<sup><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\"><sup>12<\/sup><\/a><\/sup>.<br \/>\n\u00c0 ceux qui pensent qu\u2019une prison de haute s\u00e9curit\u00e9 diminuera le taux de violence dans nos prisons, je dirai qu\u2019une violence suppl\u00e9mentaire n\u2019a jamais apport\u00e9 de solution \u00e0 quoi que ce soit. Bien au contraire. Une r\u00e9pression accrue ne produit jamais qu\u2019une violence accrue.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<div><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> Counterpunch July 12-14, 2013, One of the Most Important Strikes (of Any Kind) Ever, Solitary Resistance by Nancy Kurshan<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<div><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a>http:\/\/sfbayview.com\/<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<div><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a>Supermax, controlling risk through solitary confinement, Sharon Shalev, Willian Publishing 2009<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<div><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a>The United States military prison, Avery F. Gordon, publi\u00e9 dans \u00ab\u00a0The violence of incarceration\u00a0\u00bb, edited by Phil Scratton and Jude McCulloch, Routledge 2009<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<div><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a>http:\/\/solitarywatch.com\/2013\/07\/11\/what-solitary-confinement-does-to-the-brain\/<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<div><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a> Rapport du Comit\u00e9 pour la Pr\u00e9vention de la Torture sur la Belgique (CPT), publi\u00e9 en juillet 2010, page 42<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<div><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> Idem page 43<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<div><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a> Idem page 43<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<div><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a>http:\/\/www.demorgen.be\/dm\/nl\/989\/Binnenland\/article\/detail\/1470405\/2012\/07\/16\/Zwaarbeveiligde-gevangenis-voor-risicogedetineerden.dhtml<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<div><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a>http:\/\/www.7sur7.be\/7s7\/fr\/1502\/Belgique\/article\/detail\/1642541\/2013\/05\/30\/La-Justice-etablit-une-liste-des-detenus-dangereux.dhtml<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<div><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a>http:\/\/www.rtbf.be\/info\/regions\/detail_y-aura-t-il-bientot-une-prison-de-haute-securite-a-ciney?id=8007133<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote12\">\n<div><a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=1878323015139325311#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a>http:\/\/www.vandaag.be\/binnenland\/128845_gevangenis-voor-gevaarlijke-gedetineerden-kost-60-miljoen.html<\/div>\n<div>\n<h3 itemprop=\"name\">La voix des enterr\u00e9s vivants (partie II)<\/h3>\n<div><a href=\"http:\/\/3.bp.blogspot.com\/-jJXXMBHrzcE\/UehW8dkOm1I\/AAAAAAAACLE\/5Ez3X0ORP7U\/s1600\/JM+Mahy+III.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/lh3.ggpht.com\/-jJXXMBHrzcE\/UehW8dkOm1I\/AAAAAAAACLE\/5Ez3X0ORP7U\/s320\/JM+Mahy+III.jpeg\" width=\"320\" height=\"212\" border=\"0\" \/><\/a><\/div>\n<p><b>Un survivant du pays des morts : Jean-Marc Mahy, \u00a0<\/b><i><b>Un homme debout<\/b><\/i><\/p>\n<p><i><b>\u00a0<\/b><\/i>Luk Vervaet<\/p>\n<p>Comment un \u00eatre humain peut-il survivre \u00e0 l\u2019enfermement en isolement\u00a0? L\u2019isolement, beaucoup de sp\u00e9cialistes du monde carc\u00e9ral et des activistes pour les droits de l\u2019homme l\u2019appellent aussi \u00ab\u00a0<i>enterrement vivant\u00a0<\/i>\u00bb, \u00ab<i> torture blanche<\/i>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<i>usines de l\u2019exclusion<\/i>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<i>forme de guerre psychologique\u00a0<\/i>\u00bb, \u00ab\u00a0<i>tombes du silence\u00a0<\/i>\u00bb\u00a0?<br \/>\nLes prisons font partie d\u2019un monde cach\u00e9. Et ce monde est doublement cach\u00e9 quand il s\u2019agit des prisons ou sections supermax. Tr\u00e8s peu de gens de l\u2019ext\u00e9rieur savent ce qu\u2019est la vie dans ces puits de l\u2019oubli. Que ce soient les familles des d\u00e9tenus, les m\u00e9dias, les avocats ou les acad\u00e9miciens\u00a0: les contacts avec les unit\u00e9s supermax sont limit\u00e9s, r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 des endroits choisis et se passent derri\u00e8re du verre. Tr\u00e8s peu de t\u00e9moins ayant subi ce traitement inhumain peuvent ou veulent en t\u00e9moigner.<br \/>\nC\u2019est ce qui rend le t\u00e9moignage de Jean-Marc Mahy particuli\u00e8rement pr\u00e9cieux et unique.<\/p>\n<div><a href=\"http:\/\/1.bp.blogspot.com\/-INM01KKsnws\/UehXImnUDBI\/AAAAAAAACLM\/DkjjgFQW3kc\/s1600\/JM+Mahy.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/lh3.ggpht.com\/-INM01KKsnws\/UehXImnUDBI\/AAAAAAAACLM\/DkjjgFQW3kc\/s320\/JM+Mahy.jpg\" width=\"320\" height=\"320\" border=\"0\" \/><\/a><\/div>\n<p>Ancien d\u00e9tenu, pendant 19 ans, devenu \u00e9ducateur, il a v\u00e9cu, \u00e0 partir de 1987, pendant 36 mois, dans ce qu\u2019il appelle \u00ab\u00a0le pays des morts\u00a0\u00bb. Cela s\u2019est pass\u00e9 dans une prison au Grand-Duch\u00e9 de Luxembourg. Il avait 19 ans. Apr\u00e8s son retour dans une prison normale, Jean-Marc d\u00e9posera plainte devant la justice contre ce genre d\u2019enfermement, comme contraire \u00e0 l\u2019article 3 de la Convention europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme. Une trentaine de d\u00e9tenus se sont joints \u00e0 sa plainte. Des parlementaires ont d\u00e9barqu\u00e9 pour inspecter la prison. Pendant deux ans, menac\u00e9 de mort par des gardiens, il vit une pression terrible. A ce moment-l\u00e0, une loi para\u00eet, qui lui permet d\u2019\u00eatre transf\u00e9r\u00e9 en Belgique. La Belgique ne voulant plus de lui, c\u2019est le Luxembourg qui met la pression pour qu\u2019elle accepte son transfert. En 1992, un comit\u00e9 d\u2019accueil de gendarmes l\u2019attend \u00e0 la fronti\u00e8re. Il est amen\u00e9 au palais de justice de Li\u00e8ge o\u00f9 le procureur du Roi l\u2019avertit\u00a0: \u00ab\u00a0<i>On ne voulait pas de vous ici, mais vous \u00eates l\u00e0. Je vais \u00eatre clair avec vous\u00a0: vous passez encore une fois le mur et on vous abat. Ce sera votre mort assur\u00e9e<\/i>\u00a0\u00bb. Jean-Marc lui r\u00e9pond qu\u2019il n\u2019a plus l\u2019intention de s\u2019\u00e9vader, qu\u2019il veut purger sa peine. En 1993, il commence une formation d\u2019\u00e9lectricien. Ce sera le premier d\u2019une s\u00e9rie de dipl\u00f4mes qu\u2019il obtient dans les sept ans qui vont suivre. Mais en m\u00eame temps, il cherchera une autre mani\u00e8re de s\u2019\u00e9vader\u00a0et d\u2019oublier : pendant sept ans, il deviendra d\u00e9pendant des drogues qui circulent en prison. De ce nouvel enfermement, il se lib\u00e9rera par ses propres forces en 2000.<\/p>\n<p><b>\u00ab\u00a0Un homme debout\u00a0\u00bb<\/b><\/p>\n<p>Sa lutte contre l\u2019isolement ne s\u2019arr\u00eatera pas l\u00e0. En libert\u00e9 conditionnelle depuis 2003, Jean-Marc r\u00e9alisera avec Jean-Michel Van den Eeyden, metteur en sc\u00e8ne et directeur du th\u00e9\u00e2tre de l\u2019Ancre (voir\u00a0: Portrait de Jean-Michel Van den Eeyden ) une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre bouleversante\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Un homme debout<\/i>\u00a0\u00bb. Ce monologue d\u2019une heure et demie, jou\u00e9 par lui-m\u00eame, sans masque, nous fait entrer dans la tombe silencieuse o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9 pendant 1.100 jours. Jean-Marc est seul sur sc\u00e8ne, sur un plateau vide d\u2019un noir oppressant, juste un tabouret dans une cellule dont il a d\u00e9limit\u00e9 les contours par un scotch blanc. En tourn\u00e9e en Belgique et en France depuis 2010, cette pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 jou\u00e9e pr\u00e8s de 170 fois, remplissant chaque fois les salles. Parmi eux, 1500 \u00e9l\u00e8ves des \u00e9coles secondaires de Charleroi. Lors de sa tourn\u00e9e, Jean-Marc a re\u00e7u plus de 6000 lettres relatant les r\u00e9actions et les impressions de jeunes. Une version sous-titr\u00e9e en n\u00e9erlandais de la pi\u00e8ce a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 jou\u00e9e \u00e0 Malines. Jean Marc et Jean-Michel ont maintenant l\u2019ambition de pr\u00e9senter leur pi\u00e8ce \u00e0 Londres.<\/p>\n<div><a href=\"http:\/\/4.bp.blogspot.com\/-7pzpqgrIEyk\/UehXZi3udnI\/AAAAAAAACLU\/NueR35Ugj9k\/s1600\/JMMahy+II.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/lh3.ggpht.com\/-7pzpqgrIEyk\/UehXZi3udnI\/AAAAAAAACLU\/NueR35Ugj9k\/s320\/JMMahy+II.jpeg\" width=\"320\" height=\"139\" border=\"0\" \/><\/a><\/div>\n<p>Avec l\u2019autorisation de son assistant de justice, Jean-Marc Mahy a pu se rendre \u00e0 Londres il y a quelques mois o\u00f9 il a commenc\u00e9 \u00e0 chercher des compagnies de th\u00e9\u00e2tres pouvant programmer la pi\u00e8ce. Le 16 septembre prochain, apr\u00e8s 10 ans de libert\u00e9 conditionnelle (de 2003 \u00e0 2013), Jean-Marc sera de nouveau un homme libre. Il aura pass\u00e9 trente ans de sa vie en prison ou sous contr\u00f4le judiciaire. A cette occasion, nous avons demand\u00e9 \u00e0 Jean-Marc de nous raconter son pass\u00e9. Un parcours de vie qui fut domin\u00e9 par la violence, physique ou psychologique, toujours sur le fil du rasoir, toujours entre la vie et la mort. Il l\u2019assume sans se chercher d\u2019excuses. Il ne demande pas le pardon. Il essaie de donner un sens \u00e0 la vie qui lui reste. De faire passer un message d\u2019humanit\u00e9. Et surtout d\u2019aider les jeunes en difficult\u00e9s \u00e0 r\u00e9aliser leur vie.<br \/>\nIl nous d\u00e9crit sa descente aux enfers et sa sortie comme homme debout.<\/p>\n<p><b>Jean-Marc Mahy\u00a0<\/b>: \u00ab\u00a0J\u2019ai 46 ans aujourd\u2019hui. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 17 ans, j\u2019ai v\u00e9cu \u00e0 Bruxelles. J\u2019y faisais partie d\u2019une bande de jeunes d\u00e9linquants \u00e0 Forest et Jette, des communes de Bruxelles. La famille, l\u2019amour, je les trouvais dans la rue. Je n\u2019ai pas choisi de devenir un d\u00e9linquant. Ce n\u2019\u00e9tait pas mon choix, comme \u00e7a l\u2019est pour certains. Et pourtant, je suis tomb\u00e9 dedans. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 16 ans pour avoir cass\u00e9 une \u00e9cole et pour avoir commis des petits vols. Mais encore rien de tr\u00e8s grave.<br \/>\nA 17 ans, je me suis pr\u00e9sent\u00e9 chez un juge de la jeunesse au Palais de Justice \u00e0 Bruxelles parce que j\u2019\u00e9tais en fugue. Je cherchais d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de l\u2019aide. Le juge de la jeunesse n\u2019avait pas le temps de me recevoir. Il m\u2019a mis pendant 24 heures dans une cellule. Le matin, je l\u2019ai vu pendant 5 minutes, il me disait que j\u2019\u00e9tais un mineur en danger et non un mineur d\u00e9linquant. Il m\u2019a dit de revenir avec mon p\u00e8re. Ce que j\u2019ai fait. Et mon p\u00e8re a dit\u00a0au juge : c\u2019est ok, je prends mon gamin avec moi. Mais mon p\u00e8re travaillait la nuit. Et moi, je n\u2019avais d\u00e9j\u00e0 plus de cadre ni de rep\u00e8re. J\u2019ai continu\u00e9 \u00e0 sortir la nuit. Puis, un jour, le 24 novembre 1984, ma copine n\u2019\u00e9tait pas venue au rendez-vous. J\u2019\u00e9tais assez \u00e9nerv\u00e9. Deux copains me proposent d\u2019aller voler un vieux monsieur. Ils l\u2019avaient d\u00e9j\u00e0 vol\u00e9 plusieurs fois auparavant. Pour moi, ce serait la premi\u00e8re fois. Le monsieur ne devait pas \u00eatre \u00e0 la maison. Mais il y \u00e9tait. Il a reconnu un de mes complices. Tout a mal tourn\u00e9. Il a voulu appeler la police, prendre son fusil au mur. On a paniqu\u00e9 et je l\u2019ai assomm\u00e9. Il n\u2019y avait pas une trace de sang, mais ces coups furent fatal. Les jours suivants, je l\u2019ai appel\u00e9 en esp\u00e9rant qu\u2019il allait r\u00e9pondre au t\u00e9l\u00e9phone, lui ou son petit-fils qui passait normalement le voir tous les dimanches. Sans succ\u00e8s. Le 30 novembre, j\u2019ai lu dans la presse qu\u2019il \u00e9tait mort \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Suite \u00e0 ce drame, un de mes complices et moi avons d\u00e9cid\u00e9 de nous enfuir. D\u2019abord en Hollande. Puis de l\u00e0, en Am\u00e9rique Latine. C\u2019\u00e9tait le genre de d\u00e9lires qu\u2019on avait dans nos t\u00eates. Le soir m\u00eame, Alain et Abdel, mes deux complices, et moi-m\u00eame sommes arr\u00eat\u00e9s. J\u2019ai d\u2019abord \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9 pendant quinze jours \u00e0 la prison de Saint-Gilles. A cette \u00e9poque-l\u00e0, il n\u2019y avait pas encore de loi qui interdisait de mettre les mineurs en prison. Ensuite, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9 dans un centre ortho-p\u00e9dagogique de l\u2019\u00e9tat pour mineurs, qui venait de s\u2019ouvrir. L\u00e0, j\u2019ai trouv\u00e9 une vie assez \u00e9quilibr\u00e9e, une bonne psychologue, de bons \u00e9ducateurs, le matin j\u2019allais \u00e0 l\u2019\u00e9cole, l\u2019apr\u00e8s-midi je faisais du sport. J\u2019\u00e9tais entour\u00e9 de personnes qui me prenaient en main. Mais mon proc\u00e8s au tribunal de la jeunesse \u00e0 commenc\u00e9 six mois plus tard. Le juge de la jeunesse s\u2019est dessaisi de l\u2019affaire et m\u2019a livr\u00e9 \u00e0 la justice pour adultes. Le 31 mai 1985, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la prison de Nivelles. L\u00e0, j\u2019ai fait une premi\u00e8re tentative de suicide. J\u2019ai perdu un litre de sang. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9 par des gardiens. Un an plus tard, le 25 avril 1986, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la prison de Forest, parce qu\u2019\u00e0 Nivelles, ils avaient des soup\u00e7ons que je voulais m\u2019\u00e9vader. A Forest, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 bourr\u00e9 de m\u00e9dicaments du matin au soir par un psychiatre qu\u2019on appelait l\u2019Indien, dont on recevait toutes les m\u00e9dicaments qu\u2019on demandait. Mon proc\u00e8s devant la cour d\u2019assisses de Bruxelles a commenc\u00e9 le 17 septembre 86. Nous n\u2019\u00e9tions pas du tout conscients de ce qui nous arrivait. On \u00e9tait vraiment encore des gamins. On \u00e9tait tr\u00e8s nerveux. On rigolait entre nous, en passant pr\u00e8s d\u2019une soixantaine de personnes dans une cour. Parmi eux tous les jur\u00e9s potentiels de notre proc\u00e8s. Je n\u2019ai pas voulu \u00eatre acteur \u00e0 mon proc\u00e8s. J\u2019engueulais les jur\u00e9s qui faisaient pleurer ma m\u00e8re. Ca me suffisait. Le 21 novembre 1986 j\u2019ai \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 18 ans de prison. Les autres \u00e0 10 et 12 ans. J\u2019\u00e9tais en rage. En janvier 87, alors que j\u2019avais demand\u00e9 mon transfert \u00e0 une des prisons o\u00f9 j\u2019avais de la famille tout pr\u00e8s, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la prison d\u2019Arlon, la plus lointaine en Belgique. Le directeur \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 au courant de ma mauvaise r\u00e9putation. A mon arriv\u00e9e, il m\u2019a dit que je devais me pr\u00e9parer \u00e0 faire les deux tiers de ma peine. Ils m\u2019ont mis dans une cellule \u00e0 quatre. Parmi eux, Tony, qui avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Je l\u2019avais connu dans le centre auto-p\u00e9dagogique des jeunes, o\u00f9 j\u2019avais \u00e9t\u00e9 auparavant. Lui aussi avait \u00e9t\u00e9 dessaisi par le juge de la jeunesse. Tony \u00e9tait l\u00e0 depuis deux ans. Je me souviens qu\u2019il avait re\u00e7u une lettre tr\u00e8s froide de son avocat lui disant qu\u2019en Belgique il n\u2019existait pas d\u2019appel et aller devant la cour de cassation \u00e9tait assez rare, donc il allait devoir assumer sa perp\u00e9tuit\u00e9. On a d\u00e9chir\u00e9 la lettre. Il n\u2019y avait plus d\u2019espoir. Tony et moi, on a d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019\u00e9vader. Et de trouver encore une troisi\u00e8me personne pour venir avec nous. Ce sera, et \u00e7a je l\u2019apprends par apr\u00e8s, un homme plus vieux que nous, un alcoolique, capable de boire une soixantaine de bi\u00e8res par jour, et une personne tr\u00e8s violente. Le 13 avril 1987, on s\u2019est \u00e9vad\u00e9 en prenant un agent p\u00e9nitentiaire en otage. Une fois dehors, on arr\u00eate une voiture, on jette le chauffeur dehors et on part. On ne savait pas o\u00f9 aller. Je ne savais pas conduire une voiture. Tony non plus. On d\u00e9pendait du troisi\u00e8me qui voulait aller voir sa famille et qui arrivait \u00e0 \u00e9viter les barrages de la police. On a travers\u00e9 la fronti\u00e8re avec le Grand-Duch\u00e9 du Luxembourg, qui n\u2019\u00e9tait pas loin. Ce qui devait se passer, s\u2019est pass\u00e9 dans un caf\u00e9 l\u00e0-bas. Deux gendarmes nous reconnaissent comme les \u00e9vad\u00e9s recherch\u00e9s. Ils veulent nous arr\u00eater. Ils n\u2019appellent pas de renfort, ils veulent faire le boulot eux-m\u00eames. Notre complice, qui avait l\u2019habitude de se rebeller contre la police quand il avait bu, se jette avec un couteau sur un des deux gendarmes. Sans \u00e7a, nous aurions \u00e9t\u00e9 tout simplement arr\u00eat\u00e9s. Il m\u2019a cri\u00e9 que je devais prendre l\u2019arme de l\u2019autre gendarme, ce que j\u2019ai fait dans la seconde. Moi, qui n\u2019avais jamais tir\u00e9 sur personne, je l\u2019ai fait, j\u2019ai tir\u00e9 deux fois sans m\u2019en rendre vraiment compte. Ce n\u2019est pas une excuse. C\u2019est \u00e9trange ce qui se passe \u00e0 des moments pareils. Des m\u00e9decins m\u2019ont expliqu\u00e9 que j\u2019\u00e9tais sous un stress surhumain. Que j\u2019avais eu une amn\u00e9sie partielle. Quand je sors du caf\u00e9, je ne sens pas que j\u2019ai une arme \u00e0 feu en main, et apr\u00e8s cent m\u00e8tres cette arme p\u00e8se une tonne. Le gendarme a succomb\u00e9 \u00e0 ses blessures. Nous sommes arr\u00eat\u00e9s dix minutes apr\u00e8s. Le 5 d\u00e9cembre 1988 a eu lieu le proc\u00e8s. Tout a \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9 en cinq heures de temps. C\u2019\u00e9tait en allemand et luxembourgeois. Des langues que je ne comprenais pas. Il n\u2019y avait que des gendarmes dans le public ainsi que la compagne et la fille du gendarme, cette derni\u00e8re provoquera un d\u00e9clic salvateur en moi. La seule chose qui a \u00e9t\u00e9 reconnue en ma faveur c\u2019est que je n\u2019ai pas voulu tuer le gendarme. Le 19 d\u00e9cembre 1988 j\u2019ai \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 en appel pour \u00e9viter un prolongement de mon isolement. Et parce qu\u2019ils me disaient que si j\u2019allais en appel, mon complice Tony n\u2019allait pas survivre \u00e0 sa d\u00e9tention.<\/p>\n<p><b>Pourquoi as-tu \u00e9t\u00e9 mis en isolement\u00a0? <\/b><\/p>\n<div><b><a href=\"http:\/\/1.bp.blogspot.com\/-S6_A3BVdixk\/UehX0VK_z7I\/AAAAAAAACLc\/qd1ActoB0Gw\/s1600\/JM+Mahy+IV.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/lh3.ggpht.com\/-S6_A3BVdixk\/UehX0VK_z7I\/AAAAAAAACLc\/qd1ActoB0Gw\/s320\/JM+Mahy+IV.jpg\" width=\"320\" height=\"213\" border=\"0\" \/><\/a><\/b><\/div>\n<p><b><br \/>\n<\/b><br \/>\nD\u00e8s mon arrestation, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 mis dans le bloc d\u2019isolement de la prison. Cette section d\u2019isolement venait seulement de s\u2019ouvrir depuis six mois. Ils l\u2019avaient ouvert sp\u00e9cialement pour une bande qu\u2019ils appelaient \u00ab\u00a0La Famille\u00a0\u00bb. Une bande, qui avait tu\u00e9 beaaucoup de personnes. Pour moi, ils m\u2019ont mis l\u00e0, parce qu\u2019ils ont cru que je n\u2019allais pas m\u2019en sortir. Pour ceux enferm\u00e9s dans ce bloc d\u2019isolement, c\u2019\u00e9tait comme si les autorit\u00e9s \u00e9taient arriv\u00e9es \u00e0 la conclusion que la prison ne pouvait plus rien faire. Qu\u2019on devait les an\u00e9antir. Tout \u00e9tait mis en \u0153uvre pour te d\u00e9shumaniser et pour te d\u00e9truire. Pour Tony, mon complice, qui s\u2019y trouvait aussi, ils ont r\u00e9ussi. Lui, qui ne savait ni lire ni \u00e9crire, y est devenu compl\u00e8tement fou apr\u00e8s 14 mois. J\u2019ai vu des gens qui ne savaient tout simplement plus parler pendant des mois apr\u00e8s avoir pass\u00e9 6 mois dans ces conditions. Neuf sur dix de ceux qui vont en isolement y deviennent fous ou y cr\u00e8vent. Dans le spectacle, je parle de Victor, un co-d\u00e9tenu, qui s\u2019est coup\u00e9 la langue dans ce cachot. Moi aussi, j\u2019y ai fr\u00f4l\u00e9 la mort. L\u2019isolement, la solitude, \u00eatre mis \u00e0 nu dans un couloir, les fouilles anales.., \u00e7a m\u2019a pouss\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 une tentative de suicide, que je raconte dans la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p><b>Dans ta pi\u00e8ce, tu nous montres, comment ta vie, apr\u00e8s cette tentative de suicide rat\u00e9e, va prendre un tournant\u00a0? <\/b><\/p>\n<div><b><a href=\"http:\/\/1.bp.blogspot.com\/-EioDmZKNEyQ\/UehYKcAD6eI\/AAAAAAAACLk\/jwjiSAh1N5c\/s1600\/Homme-debout-2-c-Luciana-Poletto.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/lh3.ggpht.com\/-EioDmZKNEyQ\/UehYKcAD6eI\/AAAAAAAACLk\/jwjiSAh1N5c\/s320\/Homme-debout-2-c-Luciana-Poletto.jpg\" width=\"320\" height=\"213\" border=\"0\" \/><\/a><\/b><\/div>\n<p><b><br \/>\n<\/b><br \/>\nQuelques jours apr\u00e8s ma tentative de suicide, j\u2019ai pu lire des journaux. J\u2019y ai lu que la nuit de ma tentative rat\u00e9e, cinq personnes ont r\u00e9ussi leur suicide. Je me suis dit que j\u2019\u00e9tais un miracul\u00e9. J\u2019ai pris la d\u00e9cision que je devais vivre. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de puiser en moi, parce que de toute fa\u00e7on il n\u2019y avait plus personne qui allait m\u2019aider. Le seul qui peut t\u2019aider c\u2019est toi-m\u00eame. Je suis entr\u00e9 dans le bloc d\u2019isolement en lisant la phrase\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Vous entrez ici comme un lion, vous sortirez comme un mouton<\/i>\u00a0\u00bb. J\u2019en suis sorti comme un homme debout. Ou cette autre phrase : \u00ab\u00a0<i>Vous trouverez tout ici, sauf de l\u2019aide<\/i>\u00a0\u00bb. J\u2019ai d\u00fb la trouver en moi-m\u00eame. C\u2019est l\u00e0 que je suis devenu un autre homme. J\u2019ai pu d\u00e9couvrir mes qualit\u00e9s et mon potentiel, et aussi mes d\u00e9fauts que j\u2019ai toujours en moi. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de travailler la richesse qui \u00e9tait en moi, qui \u00e9tait l\u00e0 depuis que je suis n\u00e9 en fait.<\/p>\n<p><b>Dans la pi\u00e8ce, tu insistes sur la lecture, et plus tard, quand ils t\u2019ont donn\u00e9 une radio, sur toutes les \u00e9missions \u00e9ducatives que tu as suivies et qui t\u2019ont permis \u00e0 survivre.<\/b><br \/>\nOui, dans la pi\u00e8ce, je cite des titres de bandes dessin\u00e9es, de livres que j\u2019ai lu, m\u00eame plusieurs fois, parce qu\u2019ils me redonnaient souvent les m\u00eames livres. En jouant la pi\u00e8ce, je me suis r\u00e9alis\u00e9 que ce sont des titres que les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui ne connaissent plus. Ils ne connaissent pas Sidonie ou Simenon ou Papillon. Mais \u00e7a n\u2019a pas d\u2019importance. Ils comprennent que je m\u2019en suis sorti gr\u00e2ce \u00e0 la lecture. Cela a motiv\u00e9 certains jeunes dans des centres pour jeunes d\u00e9linquants, qui ne savaient ni lire ni \u00e9crire, de s\u2019y mettre.<br \/>\nSi je dois dire quel est le sentiment principal qui r\u00e8gne en prison, je dirais que c\u2019est le sentiment du temps perdu. C\u2019est peut-\u00eatre la plus grande violence qu\u2019on peut faire subir \u00e0 quelqu\u2019un. Tous ces jours qui se ressemblent. Je ne parviens pas \u00e0 retenir une date de ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es, tandis que toutes les dates des ann\u00e9es pass\u00e9es en prison, je les connais toutes par c\u0153ur, au jour pr\u00e8s. Le temps en prison passe trois fois moins vite que dehors. Dans ces conditions-l\u00e0, il faut d\u00e9cider de faire fonctionner son cerveau. Sinon tu deviens un l\u00e9gume, un objet, qui n\u2019\u00e9volue plus. Qui ne pense qu\u2019\u00e0 une chose\u00a0: fuir ce monde o\u00f9 il y a rien. Rien. Les plus grands bouquins qui m\u2019ont sauv\u00e9 en prison ce sont la Bible et le Coran. C\u2019est Soljenitsyne, sur les goulags. Ce sont tous les livres que j\u2019ai lu sur les camps de concentration. Le livre sur le pr\u00eatre Maximilien Kolbe, qui a pris la place d\u2019un p\u00e8re de famille dans un bunker de la mort \u00e0 Auschwitz. O\u00f9 les SS qui les surveillent seront traumatis\u00e9s \u00e0 vie en entendant les 300 personnes enferm\u00e9es dans ce bunker chanter et prier jusqu\u2019\u00e0 leur dernier moment. Le livre sur Nelson Mandela ou la trilogie d\u2019Edward Bunker. Sur la prison de Tazmamart au Maroc d\u2019Ahmet Marzouki. L\u00e0, tu d\u00e9couvres la capacit\u00e9 humaine de se d\u00e9passer par la solidarit\u00e9, par le chant ou la pri\u00e8re. Je faisais du dessin aussi. Quand ils m\u2019ont donn\u00e9 une radio, j\u2019ai \u00e9cout\u00e9 la musique. Tu dois pouvoir continuer \u00e0 t\u2019inventer des histoires. Continuer \u00e0 r\u00eaver.<\/p>\n<div><a href=\"http:\/\/3.bp.blogspot.com\/-EGysXCqZH2Y\/UehYaiSH-XI\/AAAAAAAACLs\/OdKNSqFgUsE\/s1600\/Homme-debout-3-c-Luciana-Poletto.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/lh3.ggpht.com\/-EGysXCqZH2Y\/UehYaiSH-XI\/AAAAAAAACLs\/OdKNSqFgUsE\/s320\/Homme-debout-3-c-Luciana-Poletto.jpg\" width=\"320\" height=\"213\" border=\"0\" \/><\/a><\/div>\n<p><b>La violence est un th\u00e8me omnipr\u00e9sent aussi bien dans ton pass\u00e9, qu\u2019en prison. Dans la pi\u00e8ce, tu arrives \u00e0 nous montrer le monde carc\u00e9ral comme un monde extr\u00eamement violent. Sans pour autant montrer une violence physique, \u00e0 part les fouilles et des moments o\u00f9 ils te frappent et te brutalisent.<\/b><br \/>\nOn n\u2019a pas voulu montrer les coups ou la violence physique en prison. On a voulu montrer en une heure et quart ce qu\u2019un \u00eatre humain peut subir en trois ans comme violence institutionnelle. Je suis convaincu que cette violence peut tuer une personne ou le transformer en une bombe humaine. Et en m\u00eame temps, on a voulu raconter toute ma vie et ce qui m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 une d\u00e9linquance violente. La pi\u00e8ce est ainsi une forme de catharsis, une purification. Le public est confront\u00e9 de mani\u00e8re brutale \u00e0 mon pass\u00e9, \u00e0 la prison, \u00e0 un monde qu\u2019ils ne connaissent pas. Et puis, il y a quatre moments forts\u00a0dans la pi\u00e8ce : le moment du miroir, o\u00f9 j\u2019apprends que j\u2019ai tu\u00e9 le gendarme. La conversation avec ma m\u00e8re, qui frappe beaucoup de jeunes. Le moment du suicide. Le moment de Victor, qui coupe sa langue. Vient le moment, le 27 mars 1990, o\u00f9 je quitte l\u2019isolement, comme un survivant. C\u2019est au moment o\u00f9 j\u2019ai quitt\u00e9 le pays des morts pour le pays des vivants, que je me suis dit\u00a0: \u00e0 partir d\u2019aujourd\u2019hui, si je peux faire quelque chose pour les autres, je vais le faire.<br \/>\nLa prison conditionne. Dix ans apr\u00e8s ma lib\u00e9ration conditionnelle, je garde toujours en moi des blessures de mes ann\u00e9es en prison. Des choses qui sont peut-\u00eatre anodines pour vous. Je dois toujours fermer la porte de la chambre dans laquelle je dors, chez moi ou chez des amis, parce que je ne me sens pas en s\u00e9curit\u00e9. La nuit en prison, c\u2019\u00e9tait bruyant, il y a les cris, la musique. Mais tu es seul dans ta cellule, enferm\u00e9, il n\u2019y a plus rien qui peut t\u2019arriver. Et puis, \u00e7a m\u2019arrive de rester seul pendant des jours sans voir personne, sans un appel de t\u00e9l\u00e9phone, sans aucun contact. C\u2019est comme si j\u2019ai \u00e9t\u00e9 conditionn\u00e9 \u00e0 \u00e7a. En isolement, \u00e0 la fin, il n\u2019y avait plus personne qui venait voir si tu \u00e9tais encore vivant. Je ne voyais personne, pas un gardien, pendant une semaine.Aujourd\u2019hui il m\u2019arrive parfois de revoir une psychologue pour y rem\u00e9dier. J\u2019ai besoin de \u00e7a.<br \/>\nLe th\u00e8me de la violence est aussi important pour les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui. Je ne suis plus un homme violent, mais j\u2019ai toujours de la col\u00e8re en moi. Mais c\u2019est une col\u00e8re qui est saine et positive. C\u2019est pour \u00e7a que je dis aux jeunes\u00a0: vous pouvez avoir de la violence et de la col\u00e8re en vous. Mais ne la gardez pas en vous. Parlez-en. Communiquez. La col\u00e8re et la violence, elles peuvent te faire grandir. Mais si tu les gardes en toi, un jour, pour un d\u00e9tail, pour une b\u00eatise, \u00e7a se d\u00e9clenchera comme un ouragan, comme un cyclone. Le th\u00e9\u00e2tre a \u00e9t\u00e9 salvateur pour moi. Cette cellule sur sc\u00e8ne, c\u2019est comme un ring. La violence et la col\u00e8re en moi, j\u2019arrive \u00e0 l\u2019exprimer de mani\u00e8re non violente.<br \/>\nApr\u00e8s des repr\u00e9sentations \u00e0 Villeneuve, un jeune m\u2019a \u00e9crit en me disant\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Je vous admire, pour votre courage d\u2019avoir \u00e9voqu\u00e9 votre vie devant un public que vous ne connaissez m\u00eame pas. Sans pour autant avoir voulu donner une r\u00e9ponse \u00e0 mes probl\u00e8mes. Cela m\u2019a incit\u00e9 \u00e0 t\u00e9moigner aussi. Et je me sens soulag\u00e9 d\u2019un poids. Rien que d\u2019en parler, m\u00eame si on ne m\u2019a pas aid\u00e9. Cela m\u2019a fait du bien<\/i>\u00a0\u00bb.<br \/>\nDes jeunes viennent souvent me parler apr\u00e8s la pi\u00e8ce. Parmi eux, ceux qui viennent me dire que leur p\u00e8re est en prison. Et qui me disent\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Ce que vous m\u2019avez montr\u00e9, mon p\u00e8re ne me le dira jamais<\/i>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div><a href=\"http:\/\/2.bp.blogspot.com\/-ZVKAV2xd_g0\/UehYsvX6RMI\/AAAAAAAACL0\/e1DNceLPk18\/s1600\/Homme-debout-5-c-Luciana-Poletto.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/lh3.ggpht.com\/-ZVKAV2xd_g0\/UehYsvX6RMI\/AAAAAAAACL0\/e1DNceLPk18\/s320\/Homme-debout-5-c-Luciana-Poletto.jpg\" width=\"320\" height=\"213\" border=\"0\" \/><\/a><\/div>\n<p><b>J\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 plusieurs conf\u00e9rences que tu as donn\u00e9es pour des jeunes. Ce qui m\u2019a frapp\u00e9, c\u2019est que tu n\u2019es pas moralisateur. Tu me donnes l\u2019impression que tu veux seulement les avertir.<\/b><br \/>\nApr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 mis en lib\u00e9ration conditionnelle, et en rencontrant des jeunes en difficult\u00e9s, je me suis demand\u00e9\u00a0: mais, si, au moment o\u00f9 j\u2019ai mal tourn\u00e9, j\u2019avais su ce qui m\u2019attendait en prison, est-ce que j\u2019aurais vraiment choisi ce chemin-l\u00e0\u00a0? Le message que je veux faire passer \u00e0 travers ma pi\u00e8ce est tr\u00e8s simple. C\u2019est vrai, il n\u2019est pas moralisateur. Je leur dis tout simplement\u00a0: deviens l\u2019acteur de ta vie. Je ne te dis pas que ta vie sera belle ou facile. Mais tu dois la vivre en dehors d\u2019une prison, parce que l\u00e0, m\u00eame tes r\u00eaves seront dehors. Il n\u2019y a pas de morale dans la pi\u00e8ce, pas de jugement. J\u2019essaie de montrer que tout \u00eatre humain est une histoire sacr\u00e9e. Elle a le choix d\u2019aller \u00e0 gauche ou \u00e0 droite. Dans le public, il y a de tout. Il y a ceux qui viennent voir une pi\u00e8ce comme un fait divers, comme une sorte de film polcier. Ceux qui veulent voir un meurtrier de tout pr\u00e8s. Il y a les jeunes qui arrivent avec leur capuchon sur la t\u00eate, lunettes noires, au grand sourire, et qui se disent, oui, oui, on conna\u00eet la prison, prison break, les vacances\u2026 Je leur dis\u00a0: si vous choisissez d\u2019aller vers ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, ne me dites pas que vous n\u2019\u00e9tiez pas au courant de ce qui vous y attendait. On vit de plus en plus avec les gratifications qu\u2019on a aujourd\u2019hui. Demain c\u2019est un autre jour. Il y a un aspect de ne plus vouloir entendre parler du pass\u00e9, de ne pas penser \u00e0 l\u2019avenir. Dans les lettres des jeunes ce qui revient souvent c\u2019est\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Vous nous avez montr\u00e9 quelque chose que personne ne nous a jamais montr\u00e9\u00a0<\/i>\u00bb. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 \u00e7a.<\/p>\n<p><b>Comment t\u2019est venue l\u2019id\u00e9e de faire une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre\u00a0?<\/b><br \/>\nLe 16 septembre 2003 j\u2019ai \u00e9t\u00e9 mis en libert\u00e9 conditionnelle.<br \/>\nJ\u2019ai commenc\u00e9 un travail comme plongeur dans une cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision priv\u00e9e. Le troisi\u00e8me mois de ma lib\u00e9ration, on m\u2019a propos\u00e9 une premi\u00e8re fois d\u2019aller t\u00e9moigner aupr\u00e8s des jeunes. Tr\u00e8s vite j\u2019ai compris que je voulais devenir soit \u00e9ducateur, soit assistant social. J\u2019ai entam\u00e9 des \u00e9tudes d\u2019\u00e9ducateur. A partir de l\u00e0 et depuis presque dix ans, j\u2019ai fait un travail d\u2019\u00e9ducateur totalement atypique, sans pour autant avoir \u00eatre valoris\u00e9 pour \u00e7a ou avoir obtenu un statut professionnel. J\u2019ai rencontr\u00e9 Jean-Fran\u00e7ois Levain, un enseignant catholique engag\u00e9. Pendant cinq ans, j\u2019ai travaill\u00e9 avec lui b\u00e9n\u00e9volement dans des \u00e9coles souvent les plus difficiles. Puis j\u2019ai voulu voler de mes propres ailes. Un des plus beaux boulots que j\u2019ai fait, c\u2019\u00e9taient les visites guid\u00e9es \u00e0 la prison-mus\u00e9e de Tongres pour quelques milliers de jeunes. J\u2019\u00e9tais fait pour \u00e7a. C\u2019\u00e9tait ma vocation. En trois ans, cette prison mus\u00e9e a accueilli en tout pr\u00e8s de 300.000 personnes. Ces gens ont vu ce que c\u2019\u00e9tait une prison. Ils ont vu l\u2019envers du d\u00e9cor. Que les prisons, ce ne sont pas des h\u00f4tels cinq \u00e9toiles comme le disent parfois les m\u00e9dias. Puis, le gouvernement a d\u00e9cid\u00e9 de fermer le mus\u00e9e et d\u2019en faire une nouvelle prison pour jeunes. Nous avons men\u00e9 une campagne pour emp\u00eacher \u00e7a. Mais cela n\u2019a pas abouti. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s d\u00e9\u00e7u. Je me suis dit que si je ne pouvais plus entrer et amener des jeunes dans une prison, j\u2019allais les inviter dans ma cellule. J\u2019ai rencontr\u00e9 Jean-Michel Van den Eeyden. J\u2019ai pu int\u00e9gr\u00e9 l\u2019\u00e9quipe de sa pi\u00e8ce Stone. Elle traite d\u2019un fait divers, qui se passait en Australie. Deux jeunes qui n\u2019allaient plus \u00e0 l\u2019\u00e9cole, qui se d\u00e9fiaient jusqu\u2019au point de lancer une pierre d\u2019un pont au-dessus d\u2019une autoroute et qui ont fini par tuer quelqu\u2019un. Dans les d\u00e9bats sur la pi\u00e8ce qui ont suivi, j\u2019ai racont\u00e9 mon histoire. Cela a interpell\u00e9 Jean-Michel. Et on s\u2019est dit qu\u2019on allait travailler ensemble. Au d\u00e9part, ce n\u2019\u00e9tait pas moi qui devais jouer le r\u00f4le. Mais je ne voulais que quelqu\u2019un d\u2019autre le joue. Et Jean-Michel a relev\u00e9 le d\u00e9fi. Il a pris le risque de le faire avec moi, m\u00eame si beaucoup dans son entourage artistique le d\u00e9claraient fou. Au d\u00e9part c\u2019\u00e9tait pr\u00e9vu qu\u2019on allait jouer dix fois. Aujourd\u2019hui on est \u00e0 170 repr\u00e9sentations et il y en a encore 30 de pr\u00e9vues l\u2019ann\u00e9e prochaine.<\/p>\n<div><a href=\"http:\/\/4.bp.blogspot.com\/-e_mRZxWIUwI\/UehZQjJeLpI\/AAAAAAAACL8\/8eKaw0z5W0Y\/s1600\/unhommedebout.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/lh3.ggpht.com\/-e_mRZxWIUwI\/UehZQjJeLpI\/AAAAAAAACL8\/8eKaw0z5W0Y\/s320\/unhommedebout.jpg\" width=\"320\" height=\"215\" border=\"0\" \/><\/a><\/div>\n<p><b>Est-ce humainement possible de replonger \u00e0 chaque fois dans ton pass\u00e9 et dans la prison\u00a0?<\/b><br \/>\nQuand je joue la pi\u00e8ce, je suis souvent au bord des larmes. Il y aura toujours un de ces moments-cl\u00e9s dans la pi\u00e8ce o\u00f9 j\u2019aurai difficile \u00e0 jouer. Je suis sorti plusieurs fois en pleurs de la sc\u00e8ne. En m\u00eame temps, je me suis dit, au moment o\u00f9 je ne ressens plus rien, o\u00f9 je ne ressens plus ces \u00e9motions, si je joue la pi\u00e8ce comme si on appuie sur un bouton, j\u2019arr\u00eate.<br \/>\nDes journalistes qui ont \u00e9crit des critiques sur la pi\u00e8ce se sont \u00e9tonn\u00e9s sur le fait que je joue mon propre r\u00f4le. Ils ont demand\u00e9 \u00e0 Jean-Michel : ce n\u2019est pas un acteur qui joue le r\u00f4le de quelqu\u2019un d\u2019autre. C\u2019est \u00e0 chaque fois lui qui joue sa propre vie. Est-ce possible\u00a0? Jean Michel leur a r\u00e9pondu\u00a0: c\u2019est un funambule. Il peut toujours se produire quelque chose.<br \/>\nJ\u2019aime jouer. Et j\u2019ai beaucoup appris en tant qu\u2019acteur. Au d\u00e9but, cela posait probl\u00e8me que je jouais tous les personnages. Les jeunes d\u00e9crochaient parfois en se disant, mais putain, il est juge, il est flic, il est cur\u00e9. J\u2019ai appris \u00e0 am\u00e9liorer mon jeu d\u2019acteur pour mieux typer le personnage du juge ou du flic. Comme sur tant d\u2019autres aspects.<\/p>\n<p><b>La pi\u00e8ce a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 traduite en n\u00e9erlandais. Le pas suivant c\u2019est une version en anglais. Pourquoi aller jouer \u00e0 Londres\u00a0?<\/b><br \/>\nIl y a plusieurs raisons. Je ne veux pas me limiter \u00e0 la Belgique. Je veux dire, qu\u2019en toute modestie, \u00ab\u00a0<i>Un homme debout<\/i>\u00a0\u00bb peut devenir un message au niveau europ\u00e9en contre la mise en isolement. Dans le temps, le film et la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre \u00ab\u00a0<i>Le baiser de la femme araign\u00e9e<\/i>\u00a0\u00bb, m\u2019ont marqu\u00e9. C\u2019\u00e9tait une pi\u00e8ce universelle. Dans les temps actuels, on en revient \u00e0 des pratiques de torture du moyen-\u00e2ge mais sous une forme moderne. Je veux qu\u2019un homme debout puisse devenir un message europ\u00e9en contre la mise en isolement. Et t\u00e9moigner comment un \u00eatre humain, qui a \u00e9t\u00e9 dans les profondeurs de l\u2019enfer, a \u00e9t\u00e9 capable de remonter l\u2019escalier qui l\u2019a amen\u00e9 vers la vie. Comme l\u2019a dit Martin Luther King\u00a0: \u00ab\u00a0I have a dream\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div lang=\"en-US\"><\/div>\n<div><a href=\"http:\/\/4.bp.blogspot.com\/-pRRqiuqjsPE\/UehZm6JwdyI\/AAAAAAAACME\/Z_iAOmIlq58\/s1600\/Jean+-Michel+Van+den+Eeyden+Luciana_Poletto.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/lh3.ggpht.com\/-pRRqiuqjsPE\/UehZm6JwdyI\/AAAAAAAACME\/Z_iAOmIlq58\/s320\/Jean+-Michel+Van+den+Eeyden+Luciana_Poletto.jpg\" width=\"213\" height=\"320\" border=\"0\" \/><\/a><\/div>\n<div><i><b>Portrait de Jean-Michel Van den Eeyden<\/b><\/i><\/div>\n<div><\/div>\n<div><i>Metteur en sc\u00e8ne, acteur et p\u00e9dagogue, Jean-Michel Van den Eeyden est directeur artistique du th\u00e9\u00e2tre de L\u2019Ancre (Charleroi, Belgique) depuis 2008. <\/i><\/div>\n<div><\/div>\n<div><i>En tant que metteur en sc\u00e8ne, il porte un regard aiguis\u00e9 sur le monde. \u00ab\u00a0Stone\u00a0\u00bb, cr\u00e9\u00e9 en 2005 avec le Th\u00e9\u00e2tre de la Guimbarde et inspir\u00e9 d\u2019un fait divers, interroge la place de la justice dans les d\u00e9lits des mineurs et leur responsabilit\u00e9 dans la port\u00e9e de leurs actes.<\/i><\/div>\n<div><\/div>\n<div><i>En 2006, il cofonde avec Yannick Duret, actrice, et Olivier Hespel, dramaturge, le Kollectif Barakha. \u00ab\u00a0Push up\u00a0\u00bb, de l\u2019auteur allemand Roland Schimmelpfennig est le premier projet de la compagnie. Cette cr\u00e9ation interroge le monde du travail et les relations entre des jeunes cadres \u00abdynamiques \u00bb, pr\u00eats \u00e0 tout pour sauver leurs places et monter activement dans l\u2019\u00e9chelle sociale.<\/i><\/div>\n<div><\/div>\n<div><i>En 2007, Jean-Michel Van den Eeyden est charg\u00e9 d\u2019ateliers dans diff\u00e9rentes \u00e9coles sup\u00e9rieures de th\u00e9\u00e2tre en Communaut\u00e9 fran\u00e7aise. La m\u00eame ann\u00e9e, il est invit\u00e9 par La Charge du Rhinoc\u00e9ros \u00e0 collaborer au Festival de Th\u00e9\u00e2tre des 4 chemins \u00e0 Ha\u00efti. Il cr\u00e9e en 2009 M\u00e8re Sauvage d\u2019apr\u00e8s la nouvelle \u00e9ponyme de Guy de Maupassant dans une adaptation de Paul Pourveur.<\/i><\/div>\n<div><\/div>\n<div><i>En 2009, il cr\u00e9e au th\u00e9atre de l\u2019Ancre \u00ab\u00a0Un homme debout\u00a0\u00bb. Une pi\u00e8ce qu\u2019 il \u00e9crit et met en sc\u00e8ne d\u2019apr\u00e8s le r\u00e9cit de vie de Jean-Marc Mahy. La pi\u00e8ce fut pr\u00e9sent\u00e9e au festival d\u2019Avignon \u00e0 la Manufacture en 2011 et a \u00e9t\u00e9 jou\u00e9 plus de 165 fois \u00e0 ce jour. <\/i><\/div>\n<div><\/div>\n<div><i>En 2012, il cr\u00e9e \u00ab\u00a0Garuma\u00a0\u00bb d\u2019apr\u00e8s le texte de Ad de Bondt. La pi\u00e8ce parle de l\u2019\u00e9pop\u00e9e d\u2019un enfant des rues du Br\u00e9sil qui devient une star du ballon rond, v\u00e9ritable dieu vivant. La pi\u00e8ce parle des \u00e9carts entre extr\u00eame pauvret\u00e9 et richesse d\u00e9bordante. La pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9e en lien avec la compagnie Marocaine Daha Wassa et fut pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 Rabat, F\u00e8s et Cassablanca ainsi que dans diff\u00e9rentes villes belges et Fran\u00e7aises.<\/i><\/div>\n<div><\/div>\n<div lang=\"en-US\"><i>En 2013, il cr\u00e9e la pi\u00e8ce \u00ab\u00a0N\u00e9s Poumon Noir\u00a0\u00bb avec le po\u00e8te urbain Moch\u00e9lan. La pi\u00e8ce est pr\u00e9sent\u00e9e en cr\u00e9ation au festival d\u2019Avignon \u00e0 la manufacture 2013.<\/i><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La voix des enterr\u00e9s vivants (partie 1) La plus grande gr\u00e8ve de la faim des prisonniers dans l\u2019histoire des \u00c9tats-Unis1 Luk Vervaet Le lundi 8 juillet 2013, deux ans apr\u00e8s une premi\u00e8re gr\u00e8ve de la faim qui a attir\u00e9 l\u2019attention du monde entier, ceux qu\u2019on appelle \u00ab\u00a0les enterr\u00e9s vivants\u00a0\u00bb de la prison de Pelican Bay &#8230; <a title=\"La voix des enterr\u00e9s vivants (partie 1 &#038; 2)\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=216\" aria-label=\"En savoir plus sur La voix des enterr\u00e9s vivants (partie 1 &#038; 2)\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":40,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,18,5],"tags":[],"class_list":["post-216","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-prisons","category-resistance-bruxelles","category-violence-policiere"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/216","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=216"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/216\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":217,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/216\/revisions\/217"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/40"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=216"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=216"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=216"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}