{"id":1880,"date":"2014-03-20T00:34:28","date_gmt":"2014-03-19T23:34:28","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=1880"},"modified":"2014-03-16T01:25:20","modified_gmt":"2014-03-16T00:25:20","slug":"lislamophobie-et-les-theories-critiques-du-racisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=1880","title":{"rendered":"L\u2019islamophobie et les th\u00e9ories critiques du racisme"},"content":{"rendered":"<p><strong><span class=\"userContent\">Lancement d&rsquo;une nouvelle revue en ligne de th\u00e9orie marxiste, P\u00e9riode.<\/span><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 class=\"entry-subtitle\"><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"entry-summary\">\n<div class=\"featured-image\"><a title=\"L\u2019islamophobie et les th\u00e9ories critiques du racisme\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/lislamophobie-et-les-theories-critiques-du-racisme\/\"> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"attachment-half-width wp-post-image alignright\" alt=\"tumblr_mzuap4OHGE1qgqv1io1_500\" src=\"http:\/\/revueperiode.net\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/tumblr_mzuap4OHGE1qgqv1io1_500-280x385.jpg\" width=\"280\" height=\"385\" \/> <\/a><\/div>\n<div class=\"excerpt\">\n<p>Dans cette contribution, Fanny M\u00fcller-Uri et Benjamin Opratko se proposent de passer le concept d\u2019islamophobie au crible de la riche tradition d\u2019analyse marxiste de la race. L\u2019islamophobie pose en effet un d\u00e9fi aux interpr\u00e9tations traditionnelles de la race et du racisme. L\u2019islamophobie invite \u00e0 davantage penser la race et le racisme comme des constructions sociales fortement sp\u00e9cifi\u00e9es historiquement, ainsi qu\u2019\u00e0 mieux cerner l\u2019intrication entre leurs dimensions \u00ab\u00a0biologiques\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0culturelles\u00a0\u00bb. Ces pr\u00e9cisions permettent de mieux situer la place de la race dans les luttes d\u2019h\u00e9g\u00e9monie et de contre-h\u00e9g\u00e9monie.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">L\u2019objet de cet article<sup><a class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" id=\"identifier_0_80\" title=\"Cette contribution a \u00e9t\u00e9\u00a0pr\u00e9sent\u00e9e une premi\u00e8re fois en 2013 \u00e0 Historical Materialism \u00e0 Londres puis dans une version modifi\u00e9e au colloque Penser l\u2019\u00e9mancipation 2014 \u00e0 Nanterre en f\u00e9vrier 2014.\u00a0Les parties III et IV de ce papier sont inspir\u00e9es par un ouvrage r\u00e9cemment paru en allemand\u00a0: M\u00dcLLER-URI, Fanny, Antimuslimischer Rassismus, Mandelbaumverlag, Vienne, 2014.\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/lislamophobie-et-les-theories-critiques-du-racisme\/#footnote_0_80\">1<\/a><\/sup>\u00a0est de r\u00e9fl\u00e9chir aux implications th\u00e9oriques et conceptuelles des \u00e9tudes et publications les plus r\u00e9centes sur le ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab\u00a0l\u2019islamophobie\u00a0\u00bb dans les pays du Nord, c\u2019est-\u00e0-dire principalement l\u2019Europe et les \u00c9tats-Unis. Notre propos suivra quatre \u00e9tapes\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><i>Premi\u00e8rement<\/i>, nous donnerons un court aper\u00e7u des d\u00e9veloppements contemporains au sein du champ universitaire \u00e9mergent que sont les \u00e9tudes sur l\u2019Islamophobie (<i>Islamophobia studies<\/i>). <i>Deuxi\u00e8mement<\/i>, nous discuterons des usages du terme \u00ab\u00a0d\u2019islamophobie\u00a0\u00bb dans certaines des contributions les plus importantes de ce champ de recherche. Nous examinerons ainsi les probl\u00e8mes produits par l\u2019absence syst\u00e9matique de confrontation avec les th\u00e9ories critiques du racisme. <i>Dans une troisi\u00e8me partie<\/i>, nous traduirons les cons\u00e9quences th\u00e9oriques du d\u00e9fi que repr\u00e9sente \u00ab\u00a0l\u2019islamophobie\u00a0\u00bb dans un cadre conceptuel alternatif plus \u00e0 m\u00eame de rendre compte du racisme anti-musulmans. Nous examinerons la mani\u00e8re dont celui-ci renvoie \u00e0 un ensemble de<b> <\/b>principes fondamentaux<b> <\/b>d\u2019une critique radicale et marxiste du racisme. <i>Nous conclurons enfin<\/i> par quelques suggestions sur la mani\u00e8re dont ces consid\u00e9rations th\u00e9oriques peuvent \u00eatre aujourd\u2019hui mobilis\u00e9es dans des strat\u00e9gies anti-racistes.<!--more--><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>I. \u00ab\u00a0Un concept parvenu \u00e0 maturit\u00e9\u00a0\u00bb<\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">L\u2019\u00e9tat actuel de la recherche sur le sujet a r\u00e9cemment et tr\u00e8s justement \u00e9t\u00e9 r\u00e9sum\u00e9 par Brian Klug dans un article ayant le statut de revue de la litt\u00e9rature. Selon lui, avec l\u2019\u00e9mergence d\u2019un nombre significatif de travaux universitaires sur la diversit\u00e9 des formes contemporaines de discriminations envers les musulmans, il est d\u00e9sormais temps \u00ab d\u2019enlever les guillemets\u00a0\u00bb lorsque l\u2019on traite d\u2019islamophobie (Klug 2012, 679). La raison en est simple\u00a0: depuis la premi\u00e8re occurrence du terme dans la litt\u00e9rature universitaire \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 et depuis sa perc\u00e9e publique dans le rapport \u00ab\u00a0Islamophobie\u00a0: un d\u00e9fi pour nous tous\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<i>Islamophobia\u00a0: a challenge for us all<\/i>\u00a0\u00bb), publi\u00e9 par le Runnymede Trust en 1997, ce concept est \u00ab\u00a0parvenu \u00e0 maturit\u00e9\u00a0\u00bb. Non seulement circule-t-il largement au sein des d\u00e9bats dans et en dehors du monde acad\u00e9mique, mais il fonctionne en outre et de mani\u00e8re encore plus significative, \u00ab\u00a0comme un principe structurant pour la recherche et le monde universitaire\u00a0\u00bb (Klug 2012, 666). L\u2019impressionnante prolif\u00e9ration d\u2019articles universitaires, d\u2019interventions et de comptes-rendus, d\u2019ouvrages et de volumes publi\u00e9s dans ce champ au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es atteste assur\u00e9ment de ce fait. L\u2019attention \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e dans de nombreuses disciplines universitaires, produisant une grande vari\u00e9t\u00e9 de d\u00e9finitions op\u00e9ratoires, d\u2019hypoth\u00e8ses et de r\u00e9sultats, fond\u00e9s sur des cadres th\u00e9oriques, \u00e9pist\u00e9mologiques et m\u00e9thodologiques divers \u2013 on peut \u00e9voquer la psychologie exp\u00e9rimentale (Echebarria-Echabe\/Guede 2007\u00a0; Lee et al. 2009), les enqu\u00eates quantitatives (Bleich 2011\u00a0; Clements 2013\u00a0; Field 2007\u00a0; 2012\u00a0; Zick\/K\u00fcpper 2009) et l\u2019analyse qualitative des discours et des m\u00e9dias (Joseph\/D\u2019Harlingue 2012\u00a0; Richardson 2004\u00a0; Yenigun 2004). En outre, des p\u00e9riodiques enti\u00e8rement consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019Islamophobie, tels que l\u2019<i>Islamophobia Studies Journal<\/i> de UC Berkeley, ou la revue en langue allemande <i>Jahrbuch f\u00fcr Islamophobieforschung<\/i> couvrant la recherche sur l\u2019islamophobie en Allemagne, en Autriche et en Suisse, ont r\u00e9cemment vu le jour.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Ceci ne signifie \u00e9videmment pas que le terme \u00ab\u00a0d\u2019islamophobie\u00a0\u00bb ne soit plus contest\u00e9. Lors de pol\u00e9miques politiques, et particuli\u00e8rement sur des forums en ligne, des blogs ou des commentaires, il reste fr\u00e9quemment raill\u00e9 comme une sorte d\u2019\u00e9cran de fum\u00e9e ou de slogan pr\u00e9tendument con\u00e7u par les islamistes et leurs alli\u00e9s na\u00effs, qu\u2019ils soient de gauche ou lib\u00e9raux, pour discr\u00e9diter la critique \u00ab\u00a0l\u00e9gitime\u00a0\u00bb de l\u2019Islam. De fait, le d\u00e9ni de l\u2019islamophobie est l\u2019une des pr\u00e9occupations principales des militants et intellectuels qui travaillent \u00e0 nourri des sentiments anti-musulmans. Ainsi, les militants et blogueurs anti-musulmans comme Robert Spencer et Pamela Gellar aux \u00c9tats-Unis, les journalistes britanniques comme Kenan Malik et Polly Toynbee ou les politiciens de droite comme Geert Wilders aux Pays-Bas et Heinz-Christian Strache en Autriche partagent tous le point de vue, significativement contradictoire, selon lequel a) l\u2019 islamophobie n\u2019existe pas et b) l\u2019islamophobie est une r\u00e9action parfaitement rationnelle face au danger que le jihadisme islamiste fait peser sur la civilisation occidentale (cf. Lean 2012). Il y a donc une multitude de mauvaises raisons de critiquer le concept d\u2019islamophobie et, inversement, de tr\u00e8s bonnes raisons d\u2019en d\u00e9fendre l\u2019utilisation face \u00e0 ceux qui nient l\u2019existence m\u00eame de discriminations et de d\u00e9nigrements des musulmans et de l\u2019Islam. En effet, les universitaires explorant le champ des \u00e9tudes sur l\u2019islamophobie ont produit, et continuent \u00e0 produire, une masse extr\u00eamement importante de savoirs, dont la pertinence ne se r\u00e9duit pas au d\u00e9bat acad\u00e9mique mais remplit au contraire une fonction cruciale dans la r\u00e9futation empiriquement \u00e9tay\u00e9e de tels arguments politiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Nous affirmons cependant que l\u2019institutionnalisation du concept d\u2019islamophobie pose un certain nombre de probl\u00e8mes que les chercheurs et militants critiques et anti-racistes ne devraient pas \u00e9luder. La n\u00e9cessit\u00e9 strat\u00e9gique de combattre le discours anti-musulmans de ceux qui nient l\u2019existence de l\u2019islamophobie n\u2019est pas un motif suffisant. Si nous prenons l\u2019observation de Brian Klug au s\u00e9rieux (comme nous le devrions), <i>i.e<\/i> si le terme \u00ab\u00a0islamophobie\u00a0\u00bb fonctionne effectivement comme un \u00ab\u00a0principe structurant pour la recherche et le monde universitaire\u00a0\u00bb, alors la d\u00e9cision d\u2019adopter et d\u2019utiliser ce terme ne saurait \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 une simple question de commodit\u00e9 et de convention. Nous soutenons, au contraire, que l\u2019insistance sur l\u2019utilisation du terme \u00abd\u2019islamophobie\u00a0\u00bb a eu, et a toujours, des r\u00e9percussions sur la mani\u00e8re dont l\u2019on con\u00e7oit la recherche et dont l\u2019on m\u00e8ne \u2013 ou esquive \u2013 les d\u00e9bats. La premi\u00e8re question qui guide notre travail est par cons\u00e9quent la suivante\u00a0: <i>comment le terme \u00ab\u00a0d\u2019islamophobie\u00a0\u00bb op\u00e8re-t-il dans les \u00e9tudes contemporaines sur ce sujet\u00a0?<\/i><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">D\u00e8s ses premiers usages universitaires, le terme d\u2019islamophobie a bien s\u00fbr fait l\u2019objet de critiques. Trois objections majeures m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre bri\u00e8vement mentionn\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Une critique particuli\u00e8rement influente fut formul\u00e9e par Fred Halliday d\u00e8s 1999, lorsqu\u2019il affirma que dans la situation d\u2019alors, ce n\u2019\u00e9tait pas \u2013 ou plus \u2013 \u00ab\u00a0l\u2019Islam\u00a0\u00bb comme religion qui \u00e9tait la cible de pr\u00e9jug\u00e9s, mais bien \u00ab\u00a0les musulmans en tant que peuple\u00a0\u00bb (Halliday 1999, 898). Le terme d\u2019islamophobie sugg\u00e9rerait une continuit\u00e9 historique avec les discours pr\u00e9-modernes de rivalit\u00e9s inter-croyances, alors que nous sommes en r\u00e9alit\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne bien plus contemporain et contingent (Halliday 1999, 895). Le terme d\u2019islamophobie induirait donc en erreur et devrait \u00eatre remplac\u00e9 par celui d\u2019 \u00ab\u00a0hostilit\u00e9 anti-musulmans\u00a0\u00bb (<i>anti-Muslimism<\/i>) (Halliday 1999). Cet argument fut r\u00e9cemment mobilis\u00e9 en Allemagne, o\u00f9, pour des raisons similaires, la \u00ab\u00a0<i>Deutsche Islam Konferenz\u00a0<\/i>\u00bb, un organisme d\u2019\u00c9tat initi\u00e9 par le minist\u00e8re f\u00e9d\u00e9ral de l\u2019int\u00e9rieur, rejeta le terme \u00abd\u2019islamophobie\u00a0\u00bb en faveur du n\u00e9ologisme \u00ab\u00a0<i>Muslimfeindlichkeit<\/i>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0hostilit\u00e9 envers les Musulmans\u00a0\u00bb) (Deutsche Islam Konferenz 2011\u00a0; cf. Shooman 2011a).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Un second type de critiques se concentra plut\u00f4t sur le terme \u00ab\u00a0phobie\u00a0\u00bb. Celui-ci reviendrait \u00e0 pathologiser et individualiser un ph\u00e9nom\u00e8ne politique et social (Rattansi 2007, 108). L\u2019utilisation du terme \u00ab\u00a0islamophobie\u00a0\u00bb impliquerait ainsi que l\u2019hostilit\u00e9 envers l\u2019Islam et les musulmans constituerait une sorte de maladie mentale qui pourrait \u2013 de mani\u00e8re individuelle \u2013 \u00eatre trait\u00e9e ou soign\u00e9e. En effet, certaines approches dans le champ des \u00e9tudes sur l\u2019islamophobie conceptualisent litt\u00e9ralement l\u2019islamophobie comme \u00ab\u00a0caract\u00e9ris\u00e9e par la peur\u00a0\u00bb (Lee et al. 2009, 94\u00a0; Lee et al. 2013\u00a0; cf. Abbas 2004, 29\u00a0; Lean 2012, 13\u00a0; Sokolowsky 2009). L\u00e0 encore, ce type de critique a \u00e9t\u00e9 repris dans les d\u00e9bats germanophones, venant \u00e0 la fois d\u2019auteurs pr\u00e9f\u00e9rant utiliser le terme \u00ab\u00a0<i>Islamfeindlichkeit<\/i>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0hostilit\u00e9 contre l\u2019Islam\u00a0\u00bb) (B\u00fchl 2010, 287ff.\u00a0; Bielefeldt 2010, 188) et par ceux d\u00e9finissant ce ph\u00e9nom\u00e8ne comme du racisme anti-Musulmans (Attia 2007, 22\u00a0; Eickhof 2010, 42\u00a0; Klammer 2013, 22).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Enfin, et sans surprise, la d\u00e9finition la plus influente de l\u2019islamophobie, d\u00e9velopp\u00e9e en 1997 dans le rapport Runnymede, suscita examens et critiques particuli\u00e8rement scrupuleux. Dans la plupart des cas, ces critiques se concentrent sur les concepts de vision \u00ab\u00a0ouverte\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0ferm\u00e9e\u00a0\u00bb de l\u2019Islam qui soutiennent la d\u00e9finition de l\u2019islamophobie qui y est propos\u00e9e. La discussion la plus approfondie du \u00ab\u00a0mod\u00e8le Runnymede\u00a0\u00bb se trouve dans le livre de Chris Allen <i>Islamophobia.<\/i> Le probl\u00e8me, selon lui, est que qualifier d\u2019islamophobe les \u00ab\u00a0visions ferm\u00e9es\u00a0\u00bb de l\u2019Islam, c\u2019est sugg\u00e9rer qu\u2019il en existe des visions \u00ab\u00a0ouvertes\u00a0\u00bb objectivement correctes sur lesquelles pourrait et devrait se fonder un discours rationnel sur l\u2019Islam et les musulmans. N\u00e9anmoins, comme l\u2019\u00e9crit Allen\u00a0(Allen 2010, 79)\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Ce mod\u00e8le et ses concepteurs (\u2026) renforcent la construction d\u2019un musulman essentialis\u00e9, et l\u2019id\u00e9e selon laquelle un tel fondement id\u00e9alis\u00e9 serait n\u00e9cessaire au combat contre l\u2019islamophobie.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Ceci fait \u00e9cho \u00e0 des critiques ant\u00e9rieures du concept d\u2019islamophobie. Par exemple, Fred Halliday faisait valoir que ce concept \u00e9tait fond\u00e9 sur :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">l\u2019id\u00e9e biais\u00e9e [\u2026] qu\u2019il existerait quelque chose comme <i>un<\/i> Islam, contre lequel la phobie pourrait \u00eatre dirig\u00e9e (Halliday 1999, 898).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">M\u00eame si l\u2019on voit mal en quoi cet argument concernerait toutes les d\u00e9finitions existantes de l\u2019islamophobie (Klug 2012, 674), il vise juste lorsqu\u2019il est dirig\u00e9 contre le mod\u00e8le Runnymede et les d\u00e9finitions \u00e9labor\u00e9es sur la base d\u2019une distinction entre visions ouvertes et visions ferm\u00e9es de l\u2019Islam qui lui sont li\u00e9es (cf. Abbas 2004; Zuquete 2008).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>II. \u00ab\u00a0Deux choses totalement diff\u00e9rentes\u00a0\u00bb\u00a0?<\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Ceci \u00e9tant dit, nous voudrions nous concentrer sur un autre probl\u00e8me concernant la cat\u00e9gorie d\u2019islamophobie. Selon nous le \u00ab\u00a0paradigme de l\u2019islamophobie\u00a0\u00bb a engendr\u00e9 une distance probl\u00e9matique, et un manque de dialogue, entre les \u00e9tudes sur l\u2019islamophobie d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et les \u00e9tudes et th\u00e9ories critiques du racisme de l\u2019autre. En insistant sur l\u2019importance\u00a0, en tant qu\u2019objet de savoir d\u00e9termin\u00e9, d\u2019identifier et d\u2019enqu\u00eater sur les pratiques discriminatoires dirig\u00e9es contre les musulmans et l\u2019Islam, diverses contributions proc\u00e8dent \u00e0 une distinction entre l\u2019islamophobie et le racisme. Les deux ph\u00e9nom\u00e8nes, sont ainsi trait\u00e9s comme \u00ab\u00a0deux choses \u00e9videmment totalement diff\u00e9rentes\u00a0\u00bb (Allen 2010, 110). Ceci r\u00e9sulte selon nous de l\u2019isolement auto-inflig\u00e9 des \u00e9tudes sur l\u2019islamophobie \u00e0 l\u2019\u00e9gard des d\u00e9bats plus larges sur le racisme\u00a0; isolement qui m\u00e8ne \u00e0 deux probl\u00e8mes significatifs que nous aimerions \u00e0 pr\u00e9sent discuter.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Certaines d\u00e9finitions et conceptualisations de l\u2019islamophobie ignorent, implicitement ou explicitement, les th\u00e9ories critiques marxistes, ou inspir\u00e9es du marxisme, du racisme, et retombent en-de\u00e7\u00e0 des insuitions qu\u2019elles ont d\u00e9velopp\u00e9.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p align=\"JUSTIFY\">Lorsque l\u2019islamophobie est trait\u00e9e comme un exemple, ou un sous-ensemble, du racisme (culturel ou diff\u00e9rentialiste), le d\u00e9fi qu\u2019elle pose aux concepts et th\u00e9ories du racisme eux-m\u00eames est s\u00e9rieusement sous-estim\u00e9.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le premier probl\u00e8me peut \u00eatre illustr\u00e9 par les travaux les plus r\u00e9cents de Nathan Lean et Deepa Kumar. Le livre de Lean <i>Islamophobia Industry<\/i> et<i> Islamophobia and the Politics of Empire <\/i>de Kumar figurent parmi les contributions r\u00e9centes les plus largement discut\u00e9es dans ce champ de recherche. Ils visent \u00e0 porter le d\u00e9bat au-del\u00e0 des cercles universitaires et sont \u00e9crits \u00e0 des fins explicitement politiques, mettant en avant une position fermement anti-raciste (et dans le cas de Kumar\u00a0: r\u00e9volutionnaire-socialiste). En soulignant les faiblesses conceptuelles de leurs contributions, nous ne cherchons en aucun cas \u00e0 en minimiser l\u2019importance dans la discussion contemporaine. Cependant, eu \u00e9gard au probl\u00e8me soulev\u00e9, deux points points m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre examin\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Dans sa description de la production du discours anti-musulmans de droite, Lean r\u00e9duit largement l\u2019islamophobie \u00e0 un instrument consciemment d\u00e9ploy\u00e9 et forg\u00e9 par l\u2019\u00e9lite en vue de renforcer son pouvoir politique. Kumar pr\u00e9sente elle aussi l\u2019islamophobie comme la forme la plus r\u00e9cente de construction d\u2019un ennemi principal de l\u2019Occident, et les islamophobes de droite comme de \u00ab\u00a0nouveaux McCarthistes\u00a0\u00bb producteur d\u2019une \u00ab\u00a0peur verte\u00a0\u00bb [<i>green scare<\/i> par analogie avec le terme <i>red scare<\/i>, le communisme \u00e9rig\u00e9 en panique moral pendant les ann\u00e9es du McCarthisme NDLR] (Kumar 2012, 175ff.). Elle affirme \u00e9galement que l\u2019islamophobie a \u00e9t\u00e9 :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">consciemment construite et d\u00e9ploy\u00e9e par l\u2019\u00e9lite au pouvoir \u00e0 des moments bien particuliers (Kumar 2012, 3)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Et l\u00e0 encore comme Lean, elle retrace la mani\u00e8re dont un r\u00e9seau de n\u00e9oconservateurs belliqueux (<i>Neocon-hawks<\/i>) ont cr\u00e9e, avec la droite pro-isra\u00e9lienne, des chr\u00e9tiens conservateurs et \u00ab\u00a0d\u2019anciens Musulmans\u00a0\u00bb une atmosph\u00e8re d\u2019hyst\u00e9rie autour de la \u00ab\u00a0menace islamique\u00a0\u00bb dans le cadre de la strat\u00e9gie g\u00e9opolitique post-guerre froide des n\u00e9oconservateurs (Kumar 2012, 113ff.). Comment l\u2019islamophobie est-elle d\u00e9finie, ou utilis\u00e9e, dans ces travaux\u00a0? On ne trouve pas, dans l\u2019ouvrage de Lean, de d\u00e9finition explicite. Les quelques r\u00e9f\u00e9rences th\u00e9oriques et conceptuelles sont emprunt\u00e9es au paradigme psychologique du racisme comme pr\u00e9jug\u00e9 et st\u00e9r\u00e9otype qui remonte au positivisme de Fordon Allport \u00e9labor\u00e9 dans les ann\u00e9es 1950 (Lean 2012, 82f.). Mais dans le m\u00eame temps, Lean affirme clairement qu\u2019il voit l\u2019islamophobie comme un ph\u00e9nom\u00e8ne sp\u00e9cifique, bien que recoupant des formes vari\u00e9es de racisme ou de ce qu\u2019il appelle x\u00e9nophobie. D\u00e8s le d\u00e9but de son livre, Kumar introduit quant \u00e0 elle le concept d\u2019Islamophobie pour d\u00e9signer toute forme de \u00ab\u00a0peur\u00a0\u00bb (et de haine) face \u00e0 la \u00ab\u00a0menace musulmane\u00a0\u00bb (Kumar 2012, 3). Elle utilise, de mani\u00e8re quelque peu aga\u00e7ante, les termes d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0islamophobie\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0pr\u00e9jug\u00e9 anti-musulman\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0racisme anti-musulman\u00a0\u00bb comme des synonymes. Contrairement \u00e0 Lean, elle se r\u00e9f\u00e8re explicitement \u00e0 l\u2019islamophobie comme \u00e0 une forme de \u00ab\u00a0racisme culturel contre les Musulmans\u00a0\u00bb \u2013 h\u00e9las, elle ne revient jamais sur les questions th\u00e9oriques et conceptuelles qu\u2019implique une telle d\u00e9finition.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Lean et Kumar partagent une perspective totalement agentive et intentionnaliste sur le ph\u00e9nom\u00e8ne. En ce sens, il abordent l\u2019islamophobie comme quelque chose que des agents (relativement puissants) font (construisent, produisent, g\u00e9n\u00e8rent) en vue d\u2019atteindre un certain objectif en accord avec leurs int\u00e9r\u00eats politico-\u00e9conomiques. Cette conception \u00e9voque les premi\u00e8res conceptions marxistes du racisme comme instrument au service des classes dominantes afin de diviser les classes subalternes. De fait, Kumar utilise elle-m\u00eame l\u2019expression \u00ab\u00a0instrument au service de l\u2019\u00e9lite\u00a0\u00bb pour d\u00e9crire sa compr\u00e9hension de l\u2019islamophobie (Kumar 2012, 7).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">C\u2019est justement cette vision instrumentaliste qui fut critiqu\u00e9e et d\u00e9pass\u00e9e par ceux qui contribu\u00e8rent au d\u00e9veloppement de la th\u00e9orie critique du racisme dans les ann\u00e9es 1980 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 en Grande-Bretagne et en France. Malgr\u00e9 certaines diff\u00e9rences d\u2019accentuations, Robert Miles, Stuart Hall, \u00c9tienne Balibar, Colette Guillaumin et d\u2019autres ont tous soutenu qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire d\u2019aller au-del\u00e0 des conceptions fonctionnalistes et instrumentalistes du racisme. De mani\u00e8re significative, ils tent\u00e8rent d\u2019int\u00e9grer le ph\u00e9nom\u00e8ne du racisme \u2013 ou plut\u00f4t diff\u00e9rents types de racismes historiquement sp\u00e9cifiques \u2013 dans une th\u00e9orie plus large de l\u2019id\u00e9ologie et de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie, se fondant largement sur les travaux d\u2019Antonio Gramsci et de Louis Althusser. Ils cherchaient ainsi \u00e0 int\u00e9grer conceptuellement les aspects structurels et discursifs du racisme, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 th\u00e9oriser la mani\u00e8re dont les st\u00e9r\u00e9otypes, les images et les m\u00e9taphores racistes \u2013 la totalit\u00e9 du racisme en tant qu\u2019id\u00e9ologie au sens fort \u2013 sont reproduits socialement et institutionnalis\u00e9s comme faisant partie de la superstructure d\u2019une formation sociale\u00a0; ils s\u2019attachaient \u00e9galement \u00e0 d\u00e9terminer la mani\u00e8re dont cette superstructure est r\u00e9troactivement li\u00e9e \u00e0 des pratiques d\u2019exclusion et \u00e0 comprendre la fa\u00e7on dont le racisme, entendu non comme un instrument mais un rapport social, produit des identit\u00e9s racialis\u00e9es. S\u2019appuyant sur la th\u00e9orie althusserienne de l\u2019id\u00e9ologie, Stuart Hall et ses coll\u00e8gues du Birmingham CCCS soutinrent th\u00e9oriquement et d\u00e9montr\u00e8rent empiriquement que le racisme fonctionnait comme un syst\u00e8me d\u2019interpellations id\u00e9ologiques produisant ce que Stuart Hall appelait d\u00e8s 1980 des \u00ab\u00a0modalit\u00e9s [racialis\u00e9es] \u00e0 travers lesquelles la classe est v\u00e9cue\u00a0\u00bb (Hall 1980, 55).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Malheureusement, ces discussions sont largement absentes de la plupart des contributions r\u00e9centes sur l\u2019islamophobie. Alors m\u00eame que l\u2019islamophobie est parfois <i>d\u00e9crite<\/i> comme une id\u00e9ologie, elle n\u2019est pas proprement <i>analys\u00e9e<\/i> en tant qu\u2019id\u00e9ologie, ce qui impliquerait de montrer comment les id\u00e9es de la classe dominante deviennent effectivement les id\u00e9es dominantes dans le contexte politique et culturel actuel. Si une telle entreprise irait bien au-del\u00e0 des objectifs du livre de Lean, une marxiste comme Kumar \u2013 qui contribue fr\u00e9quemment \u00e0 l\u2019<i>International Socialist Review<\/i> et \u00e0 la <i>Monthly Review<\/i> \u2013 aurait en revanche d\u00fb aborder ce point. Apr\u00e8s tout, dans une perspective marxiste, que la classe dirigeante ait recours \u00e0 diverses formes de racisme pour asseoir sa domination est moins surprenant que l\u2019emprise de cette forme particuli\u00e8re de racisme sur le \u00ab\u00a0sens commun\u00a0\u00bb des subalternes, admise par Kumar elle-m\u00eame (Kumar 2012, 41f.). D\u00e9crire l\u2019islamophobie comme un \u00ab\u00a0instrument au service de l\u2019\u00e9lite\u00a0\u00bb (Kumar 2012, 3) n\u2019est pas d\u2019une grande aide dans ce contexte.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Le second probl\u00e8me concerne les contributions dans lesquelles l\u2019islamophobie est interpr\u00e9t\u00e9e comme une variante du racisme, et plus concr\u00e8tement comme la forme la plus r\u00e9cente et la plus virulente d\u2019un nouveau racisme culturalis\u00e9. Ceci inclut, encore une fois, le travail de Deepa Kumar, mais \u00e9galement, par exemple, celui de Liz Fekete et de l\u2019<i>Institute of Race Relations<\/i> (IRR) en Grande-Bretagne, ainsi que d\u2019importantes contributions au d\u00e9bat germanophone, comme celle propos\u00e9es par Iman Attia ou Yasemin Shooman. Ici, le probl\u00e8me est que le ph\u00e9nom\u00e8ne du racisme anti-musulmans est bien trop rapidement int\u00e9gr\u00e9 au cadre conceptuel d\u2019un nouveau racisme diff\u00e9rentialiste ou culturel d\u00e9velopp\u00e9 dans les ann\u00e9es 1980 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 dans un contexte bien diff\u00e9rent de la situation actuelle. L\u00e0 encore, deux d\u00e9fauts distincts quoique reli\u00e9s sont \u00e0 examiner.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Il importe tout d\u2019abord de noter que ces d\u00e9bats sur l\u2019\u00e9mergence de nouvelles formes de racisme en Europe \u2013 qu\u2019on les nomme \u00ab\u00a0nouveau racisme\u00a0\u00bb (Barker 1982), \u00ab\u00a0n\u00e9o-racisme\u00a0\u00bb (Balibar 1991), \u00ab\u00a0racisme diff\u00e9rentialiste\u00a0\u00bb (Taguieff 201), racisme culturel (Hall 2000, 11) ou x\u00e9no-racisme (A. Sivanandan, in\u00a0: Fekete 2009, 20) \u2013 ont fait leur apparition dans le contexte historiquement sp\u00e9cifique des nouveaux sch\u00e9mas migratoires de l\u2019\u00e8re postcoloniale (Balibar 1991, 21\u00a0; Hall 2000, 12). Ces nouvelles formes de racisme \u00e9taient alors dirig\u00e9es contre les cat\u00e9gories de migrants ou \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9trangers\u00a0\u00bb qui n\u2019\u00e9taient pas principalement marqu\u00e9s par la \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb. Cet \u00ab\u00a0ancien nouveau racisme\u00a0\u00bb (<i>old new racism<\/i>) des ann\u00e9es 1980 et 1990 fut essentiellement analys\u00e9 comme un \u00e9l\u00e9ment des strat\u00e9gies modernisatrices de la droite \u2013 du n\u00e9oconservatisme thatch\u00e9rien \u00e0 la nouvelle droite populiste. Ces th\u00e9ories fournissent quelques aper\u00e7us cruciaux pour l\u2019\u00e9tude des formes contemporaines de racisme \u2013 en premier lieu, le rappel fait Etienne Balibar que \u00ab\u00a0la culture peut \u00e9galement fonctionner comme une nature, et [qu&rsquo;] elle peut en particulier fonctionner comme une mani\u00e8re d\u2019enfermer a priori des individus et des groupes dans une g\u00e9n\u00e9alogie, une d\u00e9termination originellement immuable et intangible\u00a0\u00bb (Balibar 1991). Toutefois, aborder l\u2019islamophobie comme l\u2019exemple le plus r\u00e9cent d\u2019un racisme culturel, c\u2019est passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de certains aspects extr\u00eamement importants. Le recours aux valeurs des Lumi\u00e8res, la cooptation d\u2019une partie des mouvements f\u00e9ministes et <i>queer<\/i>, et la mani\u00e8re dont il est partiellement d\u00e9crit comme une \u00ab\u00a0critique progressiste de la religion\u00a0\u00bb, rendent le racisme anti-musulmans irr\u00e9ductible \u00e0 une strat\u00e9gie de modernisation droiti\u00e8re. L\u2019islamophobie devrait plut\u00f4t \u00eatre comprise comme une forme de racisme lib\u00e9ral (Encke 2010) ou \u00ab\u00a0post-lib\u00e9ral\u00a0\u00bb (Pieper et al. 2011) soutenant une large alliance inter-classe fond\u00e9e sur des m\u00e9canismes d\u2019exclusion sp\u00e9cifiques. Nous y reviendrons dans les troisi\u00e8me et quatri\u00e8me sections de cet article.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Par ailleurs, la description de l\u2019islamophobie comme un \u00ab\u00a0racisme culturel\u00a0\u00bb implique souvent une sorte de p\u00e9riodisation historique, localisant l\u2019\u00e9mergence de cette forme sp\u00e9cifique de racisme dans une s\u00e9quence temporelle particuli\u00e8re. Elle repose sur un r\u00e9cit de transition allant d\u2019un vieux racisme proprement biologique, socialement discr\u00e9dit\u00e9 apr\u00e8s l\u2019Holocauste et la d\u00e9colonisation, \u00e0 un racisme qui substitue la culture \u00e0 l\u2019ancienne cat\u00e9gorie de \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb. Cependant, le ph\u00e9nom\u00e8ne du racisme anti-Musulmans contemporain va au-del\u00e0 de cette p\u00e9riodisation et interroge la s\u00e9quence historique du \u00ab\u00a0d\u2019abord biologique \u2013 puis culturel\u00a0\u00bb qu\u2019implique ce type d\u2019argument. Ce qui caract\u00e9rise le racisme anti-Musulman, c\u2019est la mani\u00e8re dont la quantit\u00e9 prodigieuse de m\u00e9taphores, de st\u00e9r\u00e9otypes et d\u2019images h\u00e9rit\u00e9s de la longue histoire de l\u2019orientalisme est r\u00e9articul\u00e9e et politis\u00e9e, offrant ainsi un cadre id\u00e9ologique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel les sujets contemporains peuvent donner sens \u00e0 leur pr\u00e9sent. Ils peuvent, en d\u2019autres termes, traduire ces archives en modalit\u00e9s \u00e0 travers lesquelles, pour paraphraser Stuart Hall, la classe et le genre sont exp\u00e9riment\u00e9s et v\u00e9cus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>III. Les th\u00e9ories critiques d\u2019analyse du racisme\u00a0: la \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb en tant qu\u2019effet du discours raciste.<\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Parler de <i>racisme<\/i> anti-Musulmans au lieu d\u2019islamophobie n\u2019est donc pas juste une question de lutte politique. Cela se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la <i>longue dur\u00e9e <\/i>((NdT\u00a0: en fran\u00e7ais dans le texte)) des racismes qui ont op\u00e9r\u00e9 dans l\u2019histoire et qui op\u00e8rent encore aujourd\u2019hui. Comme l\u2019affirme Wulf D. Hund (2012), ils op\u00e8rent avec et sans le concept de \u00ab\u00a0races\u00a0\u00bb, avant et apr\u00e8s. Mais compte tenu que ce terme n\u2019est pas largement accept\u00e9 dans ce type de d\u00e9bats, nous devons clarifier les concepts que nous utilisons\u00a0: ce n\u2019est que lorsque nous aurons une image appropri\u00e9e de ce que nous entendons par racisme que nous pourrons significativement nous pencher sur le probl\u00e8me du racisme anti-Musulmans, et en tirer des conclusions politiques et pratiques. Comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9, nous affirmons que les \u00e9laborations th\u00e9oriques les plus importantes pour approfondir les recherches critiques sur le racisme autant que pour fonder th\u00e9oriquement des politiques anti-racistes se trouvent dans les travaux d\u2019auteurs comme Colette Guillaumin, Robert Miles, Stuart Hall ou encore \u00c9tienne Balibar.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Il devrait \u00eatre clair que le concept de \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb n\u2019est pas une cat\u00e9gorie scientifique. C\u2019est pourquoi les recherches critiques sur le racisme posent que le racisme ne se r\u00e9f\u00e8re pas \u00e0 la \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb en tant que fait naturel qui serait ensuite connect\u00e9 \u00e0 des valeurs n\u00e9gatives, mais qu\u2019il faudrait plut\u00f4t saisir la \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb en tant qu\u2019<i>effet discursif<\/i> et <i>construction sociale<\/i> (voir Guillaumin 1995\u00a0; Hall 1994\u00a0; Balibar 1991). Il s\u2019en suit que le racisme ne commence pas uniquement l\u00e0 o\u00f9 il y a :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">de\u00a0profondes diff\u00e9rences entre divers groupes de personnes (\u2026) qui sont \u00e9tablies de mani\u00e8re absolue (\u2026) et sont utilis\u00e9es \u00e0 des fins d\u2019agitation, comme Immanuel Geiss le montre dans sa d\u00e9finition classique du racisme (Geiss 1988\u00a0: 20, cit. n. Hund 1999\u00a0: 16)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Au lieu de cela, la construction de \u00ab\u00a0profondes diff\u00e9rences\u00a0\u00bb doit \u00eatre elle-m\u00eame identifi\u00e9e comme un <i>effet du discours raciste.<\/i> La \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb est l\u2019objet du discours raciste, en dehors duquel elle n\u2019a aucun sens\u00a0; c\u2019est une construction id\u00e9ologique et non pas une cat\u00e9gorie empirique au sein de la soci\u00e9t\u00e9. En tant que telle, elle pointe une s\u00e9rie de caract\u00e9ristiques imaginaires en lien avec l\u2019h\u00e9ritage g\u00e9n\u00e9tique, par lesquels les positions de domination sociale et d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 sont perp\u00e9tu\u00e9es et l\u00e9gitim\u00e9es de facto, par la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la g\u00e9n\u00e9alogie des diff\u00e9rences au sein des esp\u00e8ces (Cohen 1990\u00a0: 97). Frantz Fanon l\u2019a not\u00e9 de mani\u00e8re poignante en 1952\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est le raciste qui produit l\u2019inf\u00e9rieur\u00a0\u00bb (cit. in Terkessidis 2004\u00a0: 96). Si la diff\u00e9rence raciste est d\u00e8s lors imaginaire et construite, cela ne la rend pas pour autant moins r\u00e9el. En effet, c\u2019est un principe structurant de la soci\u00e9t\u00e9 qui a des effets mat\u00e9riels bien r\u00e9els, qui est inscrit dans les pratiques sociales de la discrimination et qui se m\u00eale \u00e0 une compr\u00e9hension de soi-m\u00eame et du monde orient\u00e9e vers l\u2019action au moyen de la \u00ab\u00a0connaissance culturelle\u00bb. En fait, la \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb n\u2019a rien de fictif, comme le remarque justement Colette Guillaumin (1995: 107)\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">La race n\u2019existe pas. Mais elle tue tout de m\u00eame des personnes.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">C\u2019est l\u2019argument central des th\u00e9ories critiques du racisme. Comme le rel\u00e8ve John Solomos, la \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb est \u00ab\u00a0un produit et un effet du racisme et ne lui pr\u00e9existe pas.\u00a0\u00bb (Solomos 2002, 160). Deuxi\u00e8mement, le racisme structure et r\u00e9gule les relations sociales de mani\u00e8re sp\u00e9cifique\u00a0: en tant que discours id\u00e9ologique, le racisme utilise des marqueurs symboliques afin de construire des diff\u00e9rences entre les groupes sociaux (Hall 1980). Par cons\u00e9quent, des caract\u00e9ristiques sp\u00e9cifiques sont attribu\u00e9es \u00e0 ces groupes qui s\u2019expriment principalement \u00e0 travers des dispositions intellectuelles, \u00e9motionnelles, sexuelles, etc. Ce processus de production de la diff\u00e9rence fut nomm\u00e9 \u00ab\u00a0racialisation\u00a0\u00bb par Robert Miles, bien qu\u2019aujourd\u2019hui on lui pr\u00e9f\u00e8re le terme postcolonial d\u2019\u00ab\u00a0alt\u00e9risation\u00bb. En termes g\u00e9n\u00e9raux, cela signifie que la construction raciste de la diff\u00e9rence, les marqueurs sp\u00e9cifiques de la diff\u00e9rence et les cat\u00e9gories, signifiants et attributions racistes varient toujours selon les contextes et l\u2019histoire. Ils amalgament ainsi les \u00e9l\u00e9ments sociaux, culturels et les \u00e9l\u00e9ments \u00ab\u00a0naturels\u00a0\u00bb. Le point nodal ici est que cet argument sur le caract\u00e8re construit de la race a une structure sp\u00e9cifique que nous devons expliciter\u00a0: alors que le discours raciste clame qu\u2019il peut d\u00e9duire des caract\u00e9ristiques culturelles de traits naturels, la l\u00e9gitimation de cet argument pointe en r\u00e9alit\u00e9 exactement dans la direction oppos\u00e9e. Le racisme d\u00e9bute par l\u2019affirmation de diff\u00e9rences culturelles qui devraient \u00eatre exprim\u00e9es par des traits corporels\/naturels\/biologiques ou identifiables \u00e0 travers ceux-ci. Ce n\u2019est pas la diff\u00e9rence biologique qui est \u00ab\u00a0culturalis\u00e9e\u00a0\u00bb mais bien, au contraire, la diff\u00e9rence construite culturellement qui est \u00ab\u00a0biologis\u00e9e\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire inscrite dans les corps \u2013 dans la \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb \u2013 des acteurs sociaux. Il s\u2019en suit qu\u2019il y a toujours un pan culturel dans chaque forme de racisme\u00a0: historiquement, la construction de la diff\u00e9rence raciste a toujours tourn\u00e9 autour de l\u2019essentialisation de diff\u00e9rences socio-culturelles qui exprimeraient soi-disant en elles-m\u00eames des caract\u00e9ristiques biologiques, mais uniquement de mani\u00e8re instable. Cela nous am\u00e8ne \u00e0 constater que bien que ces diff\u00e9rences culturelles doivent de mani\u00e8re tendancielle \u00eatre li\u00e9es aux marqueurs corporels, les discriminations ne s\u2019arr\u00eatent pas lorsque cela n\u2019est plus permis. Cela peut \u00eatre illustr\u00e9 \u00e0 travers de nombreux exemples historiques et contemporains dans lesquels des strat\u00e9gies de visibilit\u00e9 artificielle sont n\u00e9cessaires. Ainsi en va-t-il pour l\u2019\u00e9toile jaune de l\u2019antis\u00e9mitisme. D\u00e8s lors, le point nodal du racisme n\u2019est pas plus la notion de <i>race<\/i> elle-m\u00eame que la notion de <i>race<\/i> comme construction sociale (racialisation), mais d\u00e9ploie diverses strat\u00e9gies de l\u00e9gitimation pour lesquelles la <i>\u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb est l\u2019une des options possibles<\/i>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Il r\u00e9sulte de ceci que nous pourrions nous demander ce qu\u2019ont en commun les diverses formes d\u2019expression racistes si l\u2019on pense le racisme comme une relation sociale\u00a0: la mani\u00e8re dont il op\u00e8re dans une soci\u00e9t\u00e9 bas\u00e9e sur les rapports de classes (au-del\u00e0 d\u2019une perspective fonctionnaliste). Une notion g\u00e9n\u00e9rale de racisme peut \u00eatre d\u00e9riv\u00e9e de ses effets dans le processus de socialisation dans une soci\u00e9t\u00e9 de classes. La socialisation d\u00e9signe le processus d\u2019inclusion et d\u2019exclusion que le sociologue allemand Wulf D. Hund a appel\u00e9 la \u00ab\u00a0socialisation n\u00e9gative\u00a0\u00bb (Hund 2006, 2010). Celle-ci a deux aspects : d\u2019une part la d\u00e9limitation (binaire) imaginaire entre NOUS (<i>US<\/i>) et EUX (<i>THEM<\/i>) \u00e0 travers laquelle les divisions sociales sont r\u00e9solues dans un ENSEMBLE (<i>WE<\/i>). D\u2019autre part, cela se r\u00e9f\u00e8re aux pratiques d\u2019exclusion et d\u2019inclusion \u00e0 un niveau mat\u00e9riel. C\u2019est cela que nous pointons lorsque nous \u00e9voquons le discours id\u00e9ologique o\u00f9 l\u2019id\u00e9ologie ne fonctionne pas pour d\u00e9clarer une \u00ab\u00a0fausse conscience\u00a0\u00bb mais o\u00f9 elle op\u00e8re au sens o\u00f9 la notion d\u2019id\u00e9ologie d\u00e9signe ce qui produit la mat\u00e9rialit\u00e9 du discours de l\u2019appareil, des institutions et des pratiques (r\u00e9pressives) d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Ici, la question de l\u2019intersectionnalit\u00e9 entre en jeu, puisque le racisme ne peut pas simplement \u00eatre d\u00e9fini comme une fonction des formes de production capitalistes mais doit \u2013 dans le m\u00eame temps \u2013 \u00eatre analys\u00e9 en tenant compte des sp\u00e9cificit\u00e9s historiques des soci\u00e9t\u00e9s capitalistes, de leurs modalit\u00e9s et formes d\u2019articulations sp\u00e9cifiques : quelques unes des caract\u00e9ristiques\/principes structurels particuliers de ce mode de production\u00a0: l\u2019exploitation capitaliste, l\u2019\u00c9tat-Nation moderne, les nouveaux mouvements migratoires, les syst\u00e8mes de fronti\u00e8re, les biopolitiques, etc. \u2013 en r\u00e9sum\u00e9, les traits structurants de la modernit\u00e9 capitaliste et, plus concr\u00e8tement, le contexte de la crise actuelle du capitalisme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>IV. Le racisme sans races, le racisme sans racistes.<\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Bien que ces remarques restent tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rales, \u00e0 propos des th\u00e9ories critiques du racisme, elles n\u2019en sont pas moins importantes compte tenu des manques et insuffisances analytiques et th\u00e9oriques dans les d\u00e9bats sur le racisme anti-Musulman. Mais elles sont \u00e9galement importantes du fait des incertitudes et des h\u00e9sitations politiques des mouvements antiracistes lorsqu\u2019on en vient \u00e0 traiter la question du racisme anti-Musulmans.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Nous avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 certains des traits distinctifs du racisme anti-Musulmans. Ceux-ci sont li\u00e9s aux d\u00e9bats sur l\u2019immigration, l\u2019int\u00e9gration et l\u2019identit\u00e9 europ\u00e9enne dans laquelle les strat\u00e9gies culturalistes de d\u00e9marcations et de calculs concernant l\u2019utilit\u00e9 \u00e9conomique des personnes sont englu\u00e9es et dans lesquelles les discours racistes et les pratiques discriminatoires s\u2019expriment souvent \u00e0 travers la langue de l\u2019\u00e9mancipation et des Lumi\u00e8res. Il est important de rappeler que ce n\u2019est pas seulement un probl\u00e8me de l\u2019extr\u00eame-droite. Dans ces discours, les Musulmans servent souvent de code pour d\u00e9signer \u00ab\u00a0l\u2019immigration non-voulue\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0le refus d\u2019int\u00e9gration\u00a0\u00bb. Pour ces raisons, nous ne parlons pas seulement de racisme anti-Musulmans comme d\u2019un racisme sans \u00ab\u00a0races\u00a0\u00bb mais \u00e9galement comme d\u2019un racisme sans racistes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Cela renvoie aux strat\u00e9gies de d\u00e9fense des racistes eux-m\u00eames, qui bien-\u00e9videmment rejettent en bloc l\u2019accusation de racisme. \u00c9coutons plut\u00f4t Thilo Sarrazin<sup><a class=\"footnote-link footnote-identifier-link\" id=\"identifier_1_80\" title=\"Politicien allemand (SPD) dont le livre Deutschland schafft sich ab (l\u2019Allemagne dispara\u00eet) a provoqu\u00e9 un d\u00e9bat virulent sur l\u2019immigration en Allemagne. Sarrazin voit dans la baisse de la d\u00e9mographie allemande, la hausse de l\u2019immigration (musulmane en particulier) et le \u00ab\u00a0refus d\u2019int\u00e9gration\u00a0\u00bb de ces musulmans, un danger pour l\u2019Allemagne, dont la population se verrait peu-\u00e0-peu remplac\u00e9e par l\u2019immigration musulmane (turque notamment). \" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/lislamophobie-et-les-theories-critiques-du-racisme\/#footnote_1_80\">2<\/a><\/sup>\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Je ne suis pas raciste. Si vous avez bien lu mon livre, vous savez que j\u2019affirme que le probl\u00e8me des immigr\u00e9s musulmans avec l\u2019int\u00e9gration est en rapport avec leur origine culturelle islamique (Sarrazin 2010).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Necla Kelek une c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0ex-musulmanne\u00a0\u00bb allemande a employ\u00e9 le m\u00eame registre dans sa d\u00e9fense de Sarrazin\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Sarrazin ne peut pas \u00eatre raciste\u00a0\u00bb, affirme-t-elle, \u00ab\u00a0car l\u2019Islam n\u2019est pas une race, mais une culture et une religion.\u00a0\u00bb (cit. in Shooman 2011b\u00a0: 59).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Ces pr\u00e9textes simplistes clarifient certaines choses \u00e0 travers l\u2019affirmation explicite que l\u2019<i>Islam<\/i> n\u2019est pas une \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb \u2013 tout comme il n\u2019y a pas d\u2019autres \u00ab\u00a0races\u00a0\u00bb. Ce sont des constructions sociales, comme nous l\u2019avons montr\u00e9 plus haut. Ce qui est le plus important cependant, c\u2019est l\u2019id\u00e9e que le racisme ne peut pas \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 la construction de \u00ab\u00a0races\u00a0\u00bb. Comme nous l\u2019avons montr\u00e9, le noyau de l\u2019id\u00e9ologie raciste repose sur la naturalisation d\u2019in\u00e9galit\u00e9s sociales, qui s\u2019organisent principalement autour des imaginaires de la diff\u00e9rence culturelle. Ainsi, nous pouvons identifier l\u2019explication de Sarrazin du \u00ab\u00a0probl\u00e8me que les immigr\u00e9s ont avec l\u2019int\u00e9gration\u00a0\u00bb qui r\u00e9sulterait de leur \u00ab\u00a0origine culturelle islamique\u00a0\u00bb comme une strat\u00e9gie discursive raciste, dans laquelle une conception essentialiste de la culture sert \u00e0 dresser une barri\u00e8re entre <i>nous<\/i> et <i>eux<\/i>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Mais est-ce vraiment aussi simple\u00a0? H\u00e9las non, car m\u00eame certaines recherches critiques actuelles sur le racisme tergiversent encore sur le fait de consid\u00e9rer le racisme anti-Musulmans du <i>racisme<\/i>. Ainsi Ali Rattansi, dans son texte introductif au \u00ab\u00a0racisme\u00a0\u00bb \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">\u00c9tant donn\u00e9 que les Musulmans recoupent tous types de couleurs de peau, d\u2019ethnicit\u00e9 et de nationalit\u00e9s, il est difficile d\u2019affirmer de mani\u00e8re simpliste que m\u00eame si l\u2019Islamophobie existe, elle soit une forme de racisme. (Rattansi 2007\u00a0: 109)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Robert Miles et Malcom Brown le pense \u00e9galement en termes obscurs et confus :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Lorsque les Musulmans deviennent un groupe racialis\u00e9, un amalgame de nationalit\u00e9 (\u00ab Arabe \u00bb ou \u00ab Pakistanais \u00bb par exemple), de religion (Islam) et de politiques (extr\u00e9misme, fondamentalisme, terrorisme) est fr\u00e9quemment produit dans les discours orientalistes, Islamophobes et racistes. (\u2026) Cependant, comme d\u2019autres religions des Autres, le caract\u00e8re pr\u00e9tendument distinct des Musulmans n\u2019est pas vu comme biologique ou somatique, ainsi l\u2019Islamophobie ne doit pas \u00eatre regard\u00e9e comme une instance du racisme. Quoiqu\u2019il en soit, cela interagit tout de m\u00eame avec le racisme, et (\u2026) il y a ainsi eu une quasi-racialisation anachronique des Musulmans (comme \u00ab\u00a0Sarrasin\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Turcs\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Maure\u00a0\u00bb) au Moyen \u00c2ge. (Miles\u00a0; Brown 2003\u00a0: 164).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Les impasses d\u2019une conception du racisme exclusivement bas\u00e9e sur les formes de racismes prenant leurs sources dans la sp\u00e9cificit\u00e9 historique coloniale ou alors reli\u00e9es \u00e0 la couleur obscurcissent notre ici notre perspective. C\u2019est pour cela que nous r\u00e9p\u00e9tons encore les conclusions esquiss\u00e9es dans les consid\u00e9rations th\u00e9oriques du racisme comme nous les avons d\u00e9velopp\u00e9es plus haut, les reliant aux exemples concrets du racisme anti-Musulmans\u00a0: le racisme anti-Musulmans fonctionne par essentialisation de la diff\u00e9rence culturelle, c\u2019est-\u00e0-dire par la construction de l\u2019 <i>Islam<\/i> comme une culture statique, homog\u00e8ne et sp\u00e9cifiquement diff\u00e9rente. Les Musulmans et les personnes consid\u00e9r\u00e9es comme telles sont en quelque sorte d\u00e9s-individualis\u00e9es, r\u00e9duites \u00e0 leur pr\u00e9tendue appartenance \u00e0 l\u2019<i>Islam.<\/i> Toutes les autres caract\u00e9ristiques sociales passent au second plan. L\u2019incarnation de la diff\u00e9rence peut d\u2019une certaine mani\u00e8re \u00eatre marqu\u00e9e comme \u00ab\u00a0musulmane\u00a0\u00bb \u00e0 travers un habit ou un voile, ou un nom qui enclenchent tout un arsenal d\u2019images ou d\u2019associations que l\u2019on projette sur les individus ou les groupes consid\u00e9r\u00e9s comme musulmans (Shooman 2020\u00a0: 104). C\u2019est pour cela que les personnes affect\u00e9es par le racisme anti-Musulman sont constamment somm\u00e9s de prendre position face \u00e0 tous les \u00e9v\u00e9nements consid\u00e9r\u00e9s comme reli\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0Islam\u00a0\u00bb. Car c\u2019est \u00ab\u00a0leur culture\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Chaque Musulman est rendu responsable pour les sourates auxquelles il ne croit m\u00eame pas, pour le dogmatisme orthodoxe qu\u2019il ne conna\u00eet pas, pour les terroristes violents qu\u2019il rejette ou pour le r\u00e9gime brutal qui s\u00e9vit dans un pays qu\u2019il a lui-m\u00eame fuit.\u00a0\u00bb (Emcke 2010). L\u2019injonction \u00e0 constamment se d\u00e9clarer en faveur de la d\u00e9mocratie ou des droits de l\u2019Homme et de prendre ses distances avec les fondamentalismes prennent une dimension quasi-conspirationniste, particuli\u00e8rement lorsque cette injonction est pleine de soup\u00e7ons \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la suppos\u00e9e doctrine de la<i> taqiyya<\/i>, qui permettrait aux Musulmans de mentir aux non-Musulmans.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Ce processus d\u2019alt\u00e9risation, de construction de l\u2019Islam et des Musulmans en tant qu\u2019Autres, contribue comme par un jeu de miroir \u00e0 la compr\u00e9hension que le christianisme ou la \u00ab\u00a0culture occidentale\u00a0\u00bb s\u00e9culaires ont d\u2019elles-m\u00eames. Ces derni\u00e8res se d\u00e9crivent comme le lieu des Lumi\u00e8res, de la d\u00e9mocratie et de l\u2019\u00e9mancipation. C\u2019est en ce sens que le racisme anti-Musulman sert \u00e0 la fois \u00e0 d\u00e9limiter un en-dehors et \u00e0 d\u00e9limiter les effets de l\u2019int\u00e9gration par rapport \u00e0 un en-dedans. Dans ce contexte, la \u00ab\u00a0religion\u00a0\u00bb repr\u00e9sente la dimension essentialiste de la culture\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">La lecture souvent s\u00e9lective et litt\u00e9rale du livre saint des Musulmans, le Coran, entra\u00eene des conclusions syst\u00e9matiques concernant le comportement social de cette communaut\u00e9 religieuse, clamant que leurs actions sont principalement d\u00e9termin\u00e9es par leur religion (Shooman 2010\u00a0: 108).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des citations du Coran sont ainsi mobilis\u00e9es pour \u00ab\u00a0expliquer\u00a0\u00bb les traits et dispositions des \u00ab\u00a0Musulmans\u00a0\u00bb \u2013 ind\u00e9pendamment du r\u00f4le que joue effectivement la religion pour chaque individu et ce que l\u2019identit\u00e9 musulmane peut signifier individuellement, subjectivement et contextuellement dans chaque cas et ind\u00e9pendamment du fait de savoir si les personnes concern\u00e9es se d\u00e9finissent elles-m\u00eames comme musulmanes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Le racisme anti-Musulmans ne concerne en rien la religiosit\u00e9 personnelle. En ce sens, l\u2019affirmation selon laquelle le racisme n\u2019entrerait pas en jeu puisque la religion est toujours un choix personnel (r\u00e9versible) et non pas une attribution essentialiste, est fausse. Nasar Meer s\u2019oppose \u00e0 cette strat\u00e9gie discursive qui diff\u00e9rencie l\u2019essentialisation raciste et la religiosit\u00e9 librement choisie en vue de d\u00e9l\u00e9gitimer les discriminations envers les Musulmans <i>en tant que Musulmans<\/i> par l\u2019argument que :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">le terme \u00a0\u00bbMusulman\u00a0\u00bb est utilis\u00e9 comme un moyen pour cat\u00e9goriser certains agents et cr\u00e9er des formations et d\u00e9finitions sociales sur lesquelles ces m\u00eames agents n\u2019ont pas de contr\u00f4le. (Meer 2008\u00a0: 68)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Meer se r\u00e9f\u00e8re notamment aux d\u00e9bats britanniques concernant la loi sur les rapports de race <i>(race relations act<\/i>) et au fait de savoir jusqu\u2019\u00e0 quel degr\u00e9 la protection contre les discriminations racistes qu\u2019elle garantie peut s\u2019appliquer aux Musulmans. L\u2019argument central contre son application \u00ab\u00a0\u00e9tait bas\u00e9 sur la dichotomie entre les identit\u00e9s raciales et religieuses\u00a0: puisque l\u2019ancienne \u00e9tait involontaire ou \u00a0\u00bbnaturelle\u00a0\u00bb, elle engendrait une certaine protection alors que la nouvelle est volontaire et d\u00e9l\u00e9gitime donc la protection.\u00a0\u00bb (ibid\u00a0: 63). Les Musulmans sont ainsi collectivement isol\u00e9s par des pratiques discursives de signification et des pratiques mat\u00e9rielles d\u2019exclusion \u00e0 cause de l\u2019<i>attribution d\u2019une islamit\u00e9<\/i> (<i>muslimness<\/i>) <i>pr\u00e9sum\u00e9e<\/i>. C\u2019est pourquoi Meer et d\u2019autres parlent de \u00ab\u00a0racialisation\u00a0\u00bb de la religion et de la culture dans le racisme anti-Musulmans (voir eg. Meer\u00a0; Modood 2009\u00a0; Rana 2007\u00a0; Shooman 2011b). Cette naturalisation de la culture et de la religion devient plus \u00e9vidente dans le contexte de \u00ab\u00a0guerre contre le terrorisme\u00a0\u00bb et des pratiques de <i>profilage racial<\/i> qui en r\u00e9sultent, qui :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">perp\u00e9tuent une logique exigeant une comp\u00e9tence sp\u00e9cifique pour savoir \u00e0 quoi ressemble un Musulman gr\u00e2ce \u00e0 des signes visuels ou physiques. Cela ne se base pas uniquement sur des marqueurs culturels superficiels comme la pratique religieuse, les habits, le langage ou l\u2019identification. La notion de \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb joue un r\u00f4le dans le profilage des Musulmans (Rana 2007\u00a0: 149).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Nous avons cependant d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 que le concept de \u00ab\u00a0racialisation\u00a0\u00bb est probl\u00e9matique en cela qu\u2019il explique les approches qui tentent d\u2019expliquer les racismes contemporains bas\u00e9s sur la culture \u00e0 travers l\u2019analogie des racismes bas\u00e9es sur la race. La pertinence d\u2019une notion du racisme plus large devient ici manifeste, elle identifie la sp\u00e9cificit\u00e9 des diff\u00e9rentes strat\u00e9gies racistes de l\u00e9gitimation et les cat\u00e9gories de l\u00e9gitimation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Le racisme anti-Musulmans demeure moins dans la racialisation que dans la culturalisation, la diabolisation, la barbarisation \u2013 donc dans l\u2019actualisation de vieux mod\u00e8les d\u2019exclusion raciste qui sont en effet plus vieux que le concept de \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb lui-m\u00eame. Il n\u2019en demeure pas moins une forme de racisme, au motif de sa fonction \u00ab\u00a0au sein du processus de sociabilisation sp\u00e9cifiquement classiste.\u00a0\u00bb (Hund 2006). En des temps o\u00f9 les r\u00e9seaux de solidarit\u00e9 institutionnelle sont d\u00e9mantel\u00e9s, o\u00f9 l\u2019exp\u00e9rience de la pr\u00e9carit\u00e9 se g\u00e9n\u00e9ralise et o\u00f9 la d\u00e9mocratie parlementaire s\u2019\u00e9rode, le racisme \u2013 et en particulier le racisme anti-Musulmans \u2013 repr\u00e9sente un mode de stabilisation des rapports sociaux de domination, et une mani\u00e8re autoritaire de faire face \u00e0 la crise. Il contribue, en effet, \u00e0 \u00ab\u00a0un d\u00e9tournement de l\u2019attention sur d\u2019autres questions sociales, transformant un ensemble de contradictions en un autre\u00a0\u00bb (M\u00fcller-Uri 201\u00a0; vgl. Elfferding 2000).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">La d\u00e9marcation de l\u2019<i>Autre musulman<\/i> et la construction d\u2019une \u00ab\u00a0culture et de valeurs\u00a0\u00bb communes offrent une opportunit\u00e9 d\u2019identification et de construction d\u2019<i>un \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb collectif <\/i>m\u00eame pour ceux qui font en g\u00e9n\u00e9ral figure de \u00ab\u00a0classe sociale subordonn\u00e9e\u00a0\u00bb dans la soci\u00e9t\u00e9 ou sont victimes de la gestion politique de l\u2019\u00c9tat en tant que \u00ab\u00a0classes dangereuses\u00a0\u00bb. Dans le m\u00eame temps, cela permet un d\u00e9placement du d\u00e9saveu social comme induit par le processus social de transformation en un terrain de \u00ab\u00a0conflit culturel\u00a0\u00bb, \u00e9vacuant ainsi les questions sociales du d\u00e9bat politique\u00a0: la culturalisation des crises sociales \u00e0 travers le racisme anti-Musulman entraine leur d\u00e9politisation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Ceci prend forme \u00e0 travers la collusion d\u2019int\u00e9r\u00eats de diff\u00e9rentes classes en une alliance fragile\u00a0: pour les classes subalternes, le racisme anti-Musulman offre une possibilit\u00e9 de transformer les exp\u00e9riences de la pr\u00e9carisation en \u00ab\u00a0certitudes partag\u00e9es sur la diff\u00e9rence culturelle d\u2019avec les Musulmans\u00a0\u00bb. C\u2019est ainsi \u00ab\u00a0qu\u2019ils ne sont pas uniquement certains qu\u2019il s\u2019agit d\u2019eux, mais \u00e9galement que le syst\u00e8me politique fonctionne en vue de d\u00e9fendre les biens sociaux auxquels ils ont droit\u00a0\u00bb (Gruppe Soziale K\u00e4mpfe 2010). Un tel \u00ab\u00a0capital symbolique raciste\u00a0\u00bb se traduit en r\u00e9alit\u00e9 en des avantages mat\u00e9riels bien r\u00e9els \u2013 comme lorsque les \u00ab\u00a0personnes qui ne sont pas d\u2019origine immigr\u00e9e\u00a0\u00bb ont des traitements pr\u00e9f\u00e9rentiels dans leur recherche d\u2019appartements ou d\u2019emplois \u2013 alors que dans le m\u00eame temps celui-ci autorise l\u2019expansion des mesures \u00e9tatiques de surveillance, de contr\u00f4le et de discipline via le consentement populaire, qui s\u2019\u00e9tablit en r\u00e9f\u00e9rence au danger du \u00ab\u00a0terrorisme islamiste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Pour les classes moyennes, le racisme anti-Musulman sert \u00e0 s\u00e9curiser leur propre position en temps de crise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">L\u2019exemple fr\u00e9quemment mentionn\u00e9 selon lequel on se moque que la femme de m\u00e9nage porte le foulard mais que cela devient un \u00a0\u00bbprobl\u00e8me\u00a0\u00bb lorsque c\u2019est le m\u00e9decin, l\u2019avocate, ou l\u2019institutrice qui le porte, peut-\u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme un indice quant aux possibilit\u00e9s \u00e0 l\u2019acc\u00e8s social qui sont n\u00e9goci\u00e9es ici. (Wagner 2010: 16).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Ainsi, le d\u00e9bat autour du voile et de l\u2019\u00e9mancipation des femmes peut \u00e9galement \u00eatre mis en relation avec l\u2019ascension d\u2019une classe moyenne f\u00e9minine aux d\u00e9pens de la vague de travailleurs immigr\u00e9s. Tant que les \u00ab\u00a0immigr\u00e9s\u00a0\u00bb se cantonnaient au travail pr\u00e9caire dans les secteurs \u00e0 bas salaire, il n\u2019y avait pas de probl\u00e8me. Ce n\u2019est que lorsque les \u00ab\u00a0luttes de l\u2019immigration\u00a0\u00bb r\u00e9clamaient le droit \u00e0 une plus large participation \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 et acc\u00e9daient \u00e0 une possible ascension sociale que leur \u00ab\u00a0concurrence\u00a0\u00bb fut formul\u00e9e en termes racistes. Ce racisme fut compl\u00e9t\u00e9 par les figures argumentatives du racisme et du m\u00e9pris de classe du discours n\u00e9olib\u00e9ral sur l\u2019utilit\u00e9. Il est dirig\u00e9 contre ceux qui devraient \u00eatre exclus de \u00ab\u00a0l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019aide publique\u00a0\u00bb \u00e0 cause de leur suppos\u00e9e non-productivit\u00e9 (ch\u00f4meurs, b\u00e9n\u00e9ficiaires d\u2019allocations, etc.).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Les politiques sociales et migratoires peuvent se ressaisir sur ces figures et les utiliser pour g\u00e9rer la crise. Le discours raciste de classe sur \u00ab\u00a0l\u2019abandon\u00a0\u00bb autorise la construction d\u2019une \u00ab\u00a0communaut\u00e9 de travailleurs\u00a0\u00bb et d\u00e9place le discours vers \u00ab\u00a0l\u2019abus de l\u2019aide publique\u00a0\u00bb, arguant que la \u00ab\u00a0faiblesse sociale\u00a0\u00bb serait responsable de la crise. Parall\u00e8lement \u00e0 ceci, le racisme anti-immigr\u00e9 et anti-Musulmans permet \u00e0 ces \u00ab\u00a0sous-classes convenables\u00a0\u00bb de s\u2019int\u00e9grer par leur identit\u00e9, par l\u2019indexation culturelle des probl\u00e8mes sociaux au \u00ab\u00a0refus d\u2019int\u00e9gration\u00a0\u00bb des \u00ab\u00a0immigr\u00e9s\u00a0\u00bb. Ce double mouvement \u2013 la d\u00e9limitation respectueuse vis-\u00e0-vis \u00e0 la fois d\u2019un \u00ab\u00a0ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb et d\u2019un \u00ab\u00a0inf\u00e9rieur\u00a0\u00bb \u2013 est un trait central du racisme dans la modernit\u00e9 capitaliste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Ainsi, le champ discursif ouvert \u00e0 travers ce lien avec les discours \u00e9conomiques de l\u2019utilit\u00e9 et les d\u00e9bats culturels sur l\u2019immigration et l\u2019int\u00e9gration permet aux strat\u00e9gies des diff\u00e9rentes fractions de la bourgeoisie et \u00e0 la dialectique inclusion\/exclusion de se configurer et de s\u2019ajuster avec une grande flexibilit\u00e9 politique. Cela favorise la distinction entre \u00ab\u00a0l\u2019immigration non-d\u00e9sir\u00e9e\u00a0\u00bb et celle qui est \u00ab\u00a0d\u00e9sir\u00e9e\u00a0\u00bb et le recrutement de travailleurs \u00e9trangers \u00ab\u00a0hautement qualifi\u00e9s\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0assimilables\u00a0\u00bb. Dans le m\u00eame temps, cela traduit les conflits sociaux en \u00ab\u00a0conflits culturels\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0refus d\u2019int\u00e9gration et d\u2019efforts\u00a0\u00bb qui concerneraient parall\u00e8lement les soci\u00e9t\u00e9s migratoires. Aucune m\u00e9tropole europ\u00e9enne qui se respecte ne peut se passer d\u2019un quartier \u00ab\u00a0immigr\u00e9\u00a0\u00bb gentrifi\u00e9 et d\u2019un marketing de la <i>diversit\u00e9<\/i>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">La tendance g\u00e9n\u00e9rale semble \u00eatre au renforcement des politiques d\u2019int\u00e9gration culturalistes, comme en t\u00e9moigne le slogan \u00ab\u00a0l\u2019int\u00e9gration par l\u2019effort\u00a0\u00bb (voir Friedrich 2011). Cela devient particuli\u00e8rement manifeste \u00e0 travers la figure de \u00ab\u00a0l\u2019immigr\u00e9 entrepreneur\u00a0\u00bb qui sait comment mobiliser ses ressources humaines en lien avec le sujet n\u00e9olib\u00e9ral du \u00ab moi entrepreneur\u00bb. Ainsi, le secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat autrichien, Sebastien Kurz, d\u00e9clarait\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">L\u2019int\u00e9gration passe par l\u2019effort. Ce n\u2019est pas l\u2019origine ou la religion d\u2019une personne qui comptent, c\u2019est son caract\u00e8re et sa volont\u00e9 \u00e0 faire des efforts au travail et dans sa vie sociale et ainsi obtenir une certaine reconnaissance (Kurz 2011)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Ceci implique que :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">la situation sociale de certains immigr\u00e9s (\u2026) peut passer comme un \u00e9chec individuel, alliant ainsi des comportements racistes \u00e0 des interpr\u00e9tations plus classiques. Le postulat est le suivant\u00a0: si tous les immigr\u00e9s faisaient des efforts dans la m\u00eame direction pour \u00a0\u00bbfaire de leur mieux\u00a0\u00bb, les probl\u00e8mes disparaitraient. (Friedrich 2011\u00a0: 26)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Ce diagnostic individualiste des probl\u00e8mes est \u00e9galement associ\u00e9 \u00e0 la culturalisation raciste par l\u2019association de la <i>r\u00e9ticence<\/i> \u00e0 r\u00e9ussir par une <i>incapacit\u00e9<\/i> culturelle \u00e0 r\u00e9ussir. Dans ce contexte, une signification particuli\u00e8re est accord\u00e9e \u00e0 la construction raciste de l\u2019<i>Autre musulman<\/i>, renforc\u00e9 par un marquage culturel de celui-ci comme traditionaliste, pr\u00e9moderne et anti-individualiste et dans le m\u00eame temps comme symbole de la non-adaptation et la non-suj\u00e9tion \u00e0 la marchandisation du \u00ab\u00a0moi entrepreneur\u00a0\u00bb (<i>entrepreneurial self<\/i>). La culturalisation de m\u00eame que l\u2019\u00e9conomisation des ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux se rejoignent dans la figure du \u00ab\u00a0Musulman\u00a0\u00bb. C\u2019est en cela que le racisme anti-Musulmans devrait \u00eatre analys\u00e9 comme une dimension centrale de la structure h\u00e9g\u00e9monique des soci\u00e9t\u00e9s occidentales, comportant des implications essentielles pour la contre-strat\u00e9gie antiraciste.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Le d\u00e9fi central pour les mouvements antiracistes consiste \u00e0 f\u00e9d\u00e9rer les luttes autour de l\u2019exclusion raciste et des droits sociaux. De tels pactes et alliances n\u2019apparaissent pas ex-nihilo, ils doivent \u00eatre <i>politiquement<\/i> produits \u2013 ce qui entraine in\u00e9vitablement des tensions, des frictions et des conflits, puisque les int\u00e9r\u00eats, les objectifs, les strat\u00e9gies et les tactiques ne peuvent pas \u00eatre d\u00e9duits de certaines positions sociales \u00ab\u00a0objectives\u00a0\u00bb des concern\u00e9s (en appeler \u00e0 la classe ouvri\u00e8re \u00ab\u00a0en tant que telle\u00a0\u00bb, elle qui n\u2019a \u00ab\u00a0pas de patrie\u00a0\u00bb, peut difficilement nous aider ici). C\u2019est ici que repose la difficult\u00e9, mais \u00e9galement la force de \u00ab\u00a0l\u2019antiracisme politique\u00a0\u00bb \u2013 \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de \u00ab\u00a0l\u2019antiracisme moral\u00a0\u00bb qui n\u2019a plus lieu d\u2019\u00eatre \u00e0 partir du moment o\u00f9 l\u2019on accorde un espace \u00e0 la pol\u00e9mique, \u00e0 la m\u00e9sentente, \u00e0 l\u2019indignation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Il existe de fortes limites similaires aux strat\u00e9gies antiracistes qui r\u00e9duisent le racisme \u00e0 des attitudes individuelle, des pr\u00e9jug\u00e9s et des peurs et clament que l\u2019on peut rem\u00e9dier \u00e0 celles-ci par l\u2019\u00e9l\u00e9vation de la conscience. De telles approches pourraient ainsi facilement faire appel \u00e0 l\u2019\u00c9tat en tant \u00ab\u00a0qu\u2019agent antiraciste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Reconna\u00eetre le danger d\u2019une \u00ab\u00a0islamisation des d\u00e9bats\u00a0\u00bb est particuli\u00e8rement important lorsque l\u2019on parle du racisme anti-Musulmans. Ceux qui placent leur argumentation sur le terrain de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se coranique, pour r\u00e9pondre aux critiques de l\u2019Islam en invoquant d\u2019autres versets du Coran, sont d\u2019embl\u00e9e perdants. Comme Stuart Hall l\u2019a remarqu\u00e9, les strat\u00e9gies qui tentent de remplacer les images n\u00e9gatives par d\u2019autres plus positives \u00e9chouent car elles \u00ab\u00a0gardent les oppositions intactes\u00a0\u00bb (Hall 2004\u00a0: 163). Ce qui est en jeu, ce ne sont pas de \u00ab\u00a0<i>fausses<\/i> images qui doivent \u00eatre remplac\u00e9es par de <i>meilleures<\/i>, mais un ensemble de rapports hi\u00e9rarchisants\u00a0; ce sont les rapports de pouvoir qui d\u00e9pendent des int\u00e9r\u00eats racistes qui sont en jeu.\u00a0\u00bb (Attia 1994\u00a0: 221).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"CENTER\"><strong><em><span style=\"font-size: small;\">Traduit de l\u2019anglais par Selim Nadi.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"CENTER\"><b>Bibliographie\u00a0<\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"CENTER\"><b>Abbas, Tahir<\/b> (2004)\u00a0: \u00ab\u00a0After 9\/11\u00a0: British South Asian Muslims, Islamophobia, Multiculturalism, and the State\u00a0\u00bb In\u00a0: <i>American Journal of Islamic Social Sciences<\/i> 21 (3), 26-38.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>Allen, Christopher<\/b> (2010)\u00a0: <i>Islamophobia<\/i>. Farnham\u00a0: Ashgate.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>Attia, Iman<\/b> (1994)\u00a0: \u00ab\u00a0Antiislamischer Rassismus. Stereotype \u2013 Erfahrungen \u2013 Machtverh\u00e4ltnisse\u00a0\u00bb In\u00a0: J\u00e4ger, Siegfried (ed.)\u00a0:<i> Aus der Werkstaat\u00a0: Anti-rassistische Praxen. Konzepte \u2013 Erfahrungen \u2013 Forschung<\/i>. Duisburg\u00a0: DISS, 210-228.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>Attia Iman<\/b> (2007)\u00a0: Kulturrassismus und Gesellschaftkritik. In\u00a0: Attia, Iman (ed.)\u00a0: <i>Orient- und Islambilder. Interdisziplin\u00e4re Beitr\u00e4ge zu Orientalismus und antimuslimischem Rassismus<\/i>. M\u00fcnster\u00a0: Unrast, 5-30.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>Balibar, \u00c9tienne <\/b>(1991)\u00a0: \u00ab\u00a0Is There a \u2018Neo-Racism\u2019\u00a0?\u00a0\u00bb In\u00a0: Balibar, \u00c9tienne\/Wallerstein, Immanuel\u00a0: <i>Race, Nation, Class. Ambiguous Identities<\/i>. London\u00a0: Verso, 17-28.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>Barker, Martin<\/b> (1982)\u00a0: <i>The new racism. Conservatives and the ideology of the tribe<\/i>. Frederick, Md\u00a0: Aletheia Books.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>Bielefeldt, Heiner<\/b> (2010)\u00a0: \u00ab\u00a0Das Islambild in Deutschland. Zum \u00f6ffentlichen Umgang mit der Angst vor dem Islam.\u00a0\u00bb In\u00a0: Schneiders, Thorsten Gerald (ed.)\u00a0: <i>Islamfeindlichkeit. Wenn die Grenzen der Kritik verschwimmen. 2., aktualisierte und erweiterte Auflage<\/i>. Wiesbaden\u00a0: VS Verlag, 173-206.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>Bleich, Erik<\/b> (2011)\u00a0: \u00ab\u00a0What is Islamophobia and How uch Is There\u00a0? Theorizing and Measuring an Emerging Comparative Concept\u00a0\u00bb In <i>American Behavioral Scientist<\/i> 55 (12), 1581-1600.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>B\u00fchl, Achim<\/b> (2010)\u00a0: <i>Islamfeindlichkeit in Deutschland. Urspr\u00fcnge \u2013 Akteure \u2013 Stereotype<\/i>. Hamburg\u00a0: VSA.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>Clements, Ben<\/b> (2013)\u00a0: \u00ab\u00a0Explaining Public Attitudes towards the Integration of Muslims in British Society\u00a0: The \u00a0\u00bbSolidarity of the Religious\u00a0\u00bb\u00a0?\u00a0\u00bb In\u00a0: <i>Journal of Contemporary Religion<\/i> 28 (1), 49-65.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>Cohen, Philip<\/b> (1990)\u00a0: \u00ab\u00a0Gef\u00e4hrliche Erbschaften. Studien zur Entstehung einer multirassistischen Kultur in Gro\u00dfbritannien\u00a0\u00bb In\u00a0: Kalpaka, Annita\u00a0; R\u00e4thzel, Nora (eds.)\u00a0: <i>Die Schwierigkeit, nicht rassistisch zu sein<\/i>. 2., v\u00f6llig \u00fcberarb. Aufl. Leer\u00a0: Mundo, 81-143.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>Deutsche Islam Konferenz<\/b> (2011)\u00a0: <i>Zwischenbericht \u00fcber die Arbeit der Arbeitsgruppe, \u00a0\u00bbPr\u00e4ventionsarbeit mit Jugendlichen\u00a0\u00bb<\/i>. Berlin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>Echebarria-Echabe, Agustin\/Guede, Emilia Fernandez<\/b> (2007)\u00a0: \u00ab\u00a0A New Measure of Anti-Arab Prejudice\u00a0: Reliability and Validity Evidence.\u00a0\u00bb In\u00a0: <i>Journal of Applied Social Psychology<\/i> 37 (5), 1077-1091.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>Eickhof, Ilka<\/b> (2010)\u00a0: <i>Antimuslimischer Rassismus in Deutschland\u00a0: theoretische \u00dcberlegungen<\/i>. Berlin\u00a0: wvb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>Elfferding, Wieland<\/b> (2000)\u00a0: \u00ab\u00a0Funktion und Struktur des Rassismus.\u00a0\u00bb In\u00a0: R\u00e4thzel, Nora (ed.)\u00a0: <i>Theorien \u00fcber Rassismus<\/i>. Hamburg\u00a0: Argument, 43-54.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>Emcke, Carolin<\/b> (2010b)\u00a0: \u00ab\u00a0Liberaler Rassismus\u00a0\u00bb. En ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.zeit.de\/2010\/09\/Rassismus\">http:\/\/www.zeit.de\/2010\/09\/Rassismus<\/a> (Mars 2013)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>Fekete, Liz<\/b> (2009)\u00a0: <i>A suitable enemy. Racism, Migration and Islamophobia in Europe<\/i>. London\u00a0: Pluto.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>Field, Clive D.<\/b> (2007)\u00a0: \u00ab\u00a0Islamophobia in Contemporary Britain\u00a0: The Evidence of the Opinion Polls, 1988-2006\u00a0\u00bb In\u00a0: <i>Islam and Christian-Muslim Relations<\/i> 18 (4), 447-477.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\">Field, Clive D. (2012)\u00a0: \u00ab\u00a0Revisiting Islamophobia in contemporary Britain, 2007-10\u00a0\u00bb In\u00a0: <b>Helbling, Marc<\/b> (ed.)\u00a0: <i>Islamophobia in the West. Measuring and explaining individual attitudes<\/i>. London\u00a0: Routledge, 147-161.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><b>Friedrich, Sebastian <\/b>(2011)\u00a0: \u00ab\u00a0Rassismus in der Leistungsgesellschaft. Einleitung\u00a0\u00bb In\u00a0: Friedrich, Sebastian (ed.)\u00a0: <i>Rassismus in der Leistungsgesellschaft. Analysen und kritische Perspektiven zu den rassistischen Normalisierungsprozessen der \u00a0\u00bbSarrazindebatte\u00a0\u00bb<\/i>. M\u00fcnster\u00a0: edition assemblage, 8-38.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Gruppe Soziale Ka\u0308mpfe<\/b> (2010): Die Kulturalisierung von Ungleichheit; in: Kulturrisse. Zeitschrift fu\u0308r radikaldemokratische Kulturpolitik 4\/2010. Online : http:\/\/kulturrisse.at\/ausgaben\/042010\/oppositionen\/die-kulturalisierung-von-ungleichheit (March 2013) <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Guillaumin, Colette<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span> (1995): Racism, Sexism, Power and Ideology. London: Routledge. Hall, Stuart (1980): Race, articulation and societies structured in dominance. In: UNESCO: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>Sociological Theories: Race and Colonialism. <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>Paris: UNESCO, 305-345. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Hall, Stuart<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span> (2000): Rassismus als ideologischer Diskurs. In: Ra\u0308thzel, Nora (ed.): <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>Theorien u\u0308ber Rassismus. <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>Hamburg: Argument, 7-16. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Hall, Stuart<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span> (2004): Das Spektakel des \u201eAnderen\u201c. In: Hall, Stuart: Ideologie, Identita\u0308t, Repra\u0308sentation. Ausgewa\u0308hlte Schriften Bd. 4. Hamburg: Argument, 108-166. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Halliday, Fred<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span> (1999): \u2018Islamophobia\u2019 reconsidered. In: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>Ethnic and Racial Studies <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>22(5), 892-902. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Hund, Wulf D. <\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>(1999): Rassismus. Die soziale Konstruktion natu\u0308rlicher Ungleichheit. Mu\u0308nster: Westfa\u0308lisches Dampfboot, 15-38. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Hund, Wulf D<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>. (2006): Negative Vergesellschaftung. Dimensionen der Rassismusanalyse. Mu\u0308nster: Westfa\u0308lisches Dampfboot. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Hund, Wulf D.<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span> (2007): Rassismus. Bielefeld: transcript. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Hund, Wulf D.<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span> (2010): Negative Societalization. Racism and the Constitution of Race. In: Hund, Wulf D.\/Krikler, Jeremy\/Roediger, David (eds): Wages of Whiteness &amp; Racist Symbolic Capital. Berlin: Lit, 57-96. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Hund, Wulf D. <\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>(2012): Vor, mit, nach und ohne \u203aRassen\u2039. Reichweiten der Rassismusforschung. In: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>Archiv fu\u0308r Sozialgeschichte <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>(52), 723-761. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Joseph, Suad\/D\u2019Harlingue, Benjamin<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span> (2012): The Wall Street Journal\u2019s Muslims: Representing Islam in American Print News Media. In: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>Islamophobia Studies Journal <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>1(1), 131-162. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Klammer, Carina <\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>(2013): <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>Imaginationen des Untergangs. Zur Konstruktion antimuslimischer Framdbilder im Rahmen der Identita\u0308tspolitik der FPO\u0308. <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>Wien: LIT Verlag. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Klug, Brian<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span> (2012): Islamophobia: A concept comes of age. In: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>Ethnicities <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>12(5), 665-681. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Kumar, Deepa<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span> (2012): <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>Islamophobia and the Politics of Empire. <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>Chicago: Haymarket. Kurz, Sebastian (2011): Online: http:\/\/www.integration.at\/wir_ueber_uns\/staatssekretaer\/ (March 2013) <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Lean, Nathan Chapman <\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>(2012): <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>The Islamophobia industry. How the right manufactures fear of Muslims. <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>London: Pluto Press. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Lee, Sherman A.\/Gibbons, Jeffrey A.\/Thompson, John M.\/Timani, Hussam S.<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span> (2009): The Islamophobia Scale: Instrument Development and Initial Validation. In: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>International Journal for the Psychology of Religion <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>19(2), 92-105. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Lee, Sherman A. et al.<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span> (2013): Fear of Muslims: Psychometric evaluation of the Islamophobia Scale. In: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>Psychology of Religion and Spirituality <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>5(3), 157-171. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Meer, Nasar<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span> (2008): The politics of voluntary and involuntary identities: are Muslims in Britain an ethnic, racial or religious minority? In: Patterns of Prejudice 42:1, 61-81. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Meer, Nasar; Modood, Tariq<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span> (2009): Refutations of racism in the <\/span><\/span>\u201e<span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>Muslim question\u201c. In: Patterns of Prejudice 43:3-4, 335-354. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Miles, Robert; Brown, Malcolm<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span> (2003): Racism. Secon Edition. London, New York: Routledge. Mu\u0308ller-Uri, Fanny (2010): C-A-F-F-E-E \u2026 . In: IG Kultur O\u0308sterreich (Hg.): Antimuslimischer Rassismus: Konjunkturen und Aktualita\u0308ten. Kulturrisse. Zeitschrift fu\u0308r radikalpolitische Kulturpolitik. 4\/2010, 20-23. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Pieper, Marianne\/Panagiotidis, Efthimia\/Tsianos, Vassilis <\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>(2011): Konjunkturen der egalita\u0308ren Exklusion: Postliberaler Rassismus und verko\u0308rperte Erfahrung in der Prekarita\u0308t. In: Pieper, Marianne\/ Atzert, Thomas\/ Karakayali, Serhat\/Tsianos, Vasilis (eds.): <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>Biopolitik \u2013 in der Debatte. <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>Wiesbaden: VS Verlag, 193-226. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Rana, Junaid (<\/b>2007): The story of Islamophobia. In: Souls. A Critical Journal of Black Politics, Culture, and Society 9:2, 148-162. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Rattansi, Ali<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span> (2007): <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>Racism. A very short introduction. <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>Oxford: Oxford University Press. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Richardson, John E.<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span> (2004): <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>(Mis)representing Islam : the racism and rhetoric of British broadsheet newspapers. <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>Amsterdam ; Philadelphia, PA: John Benjamins Pub. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Sarrazin, Thilo <\/b>(2010): Thilo Sarrazin: \u201eIch bin kein Rassist\u201c. Im Interview mit Seibel, Andrea;\u037e Fahrun, Joachim; Schumacher, Hajo. Online: http:\/\/www.welt.de\/regionales\/berlin\/article9258118\/Thilo- Sarrazin-Ich-bin-kein-Rassist.html (March 2013) <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Shooman, Yasemin (<\/b>2010): \u201e\u2026weil ihre Kultur so ist\u201c \u2013 Der neorassistische Blick auf MuslimInnen. In: Sir Peter Ustinov Institut (ed.): \u201eRasse\u201c \u2013 eine soziale und politische Konstruktion. Strukturen und Pha\u0308nomene des Vorurteils Rassismus. Wien: Braumu\u0308ller, 100-111. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Shooman, Yasemin <\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: Calibri;\"><span>(<\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>2011a): <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>Islamophobie, antimuslimischer Rassismus oder Muslimfeindlichkeit? Kommentar zu der Begriffsdebatte der Deutschen Islam Konferenz<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>. http:\/\/www.migration- boell.de\/web\/integration\/47_2956.asp (abgerufen am 10.03.2013). <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Shooman, Yasemin<\/b> (2011b): Keine Frage des Glaubens. Zur Rassifizierung von \u201eKultur\u201c und \u201eReligion\u201c im antimuslimischen Rassismus. In: Friedrich, Sebastian (ed.): Rassismus in der Leistungsgesellschaft. Analysen und kritische Perspektiven zu den rassistischen Normalisierungsprozessen der \u201eSarrazindebatte\u201c. Mu\u0308nster: edition assemblage, 59-76. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Sokolowsky, Kay (<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>2009): <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>Feindbild Moslem. <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>Berlin: Rotbuch. Solomos, John (2002): Making Sense of Racism. Aktuelle Debatten und politische Realita\u0308ten. In: Demirovic\u0301, Alex;\u037e Bojadz\u030cijev, Manuela (eds.): Konjunkturen des Rassismus. Mu\u0308nster: Westfa\u0308lisches Dampfboot, 157-172. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Taguieff, Pierre-Andre\u0301 <\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>(2001): <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>The Force of Prejudice. On Racism and Its Doubles. <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>Minneapolis: University of Minnesota Press. Terkessidis, Mark (2004): Die Banalita\u0308t des Rassismus. Migranten zweiter Generation entwickeln eine neue Perspektive. Bielefeld: transcript. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Wagner, Constantin <\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>(2010): Wem nutzt antimuslimischer Rassismus? Soziale Funktion des Diskurses u\u0308ber Islam und MuslimInnen. In: ZAG. Antirassistische Zeitschrift 56 (Islambilder. Antimuslimische Ressentiments in Europa), 15-17. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Yenigun, Halil Ibrahim (2004):<\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span> Muslims and the Media after 9\/11: A Muslim Discourse in the American Media? In: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>American Journal of Islamic Social Sciences <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>21(3), 39-69. Zick, Andreas\/Ku\u0308pper, Beate (2009): <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>Meinungen zum Islam und Muslimen in Deutschland und Europa. Ausgewa\u0308hlte Ergebnisse der Umfrage Gruppenbezogene Menschenfeindlichkeit in Europe (GFE- Europe)<\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>. Bielefeld: Universita\u0308t Bielefeld. <\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span><b>Zu\u0301quete, Jose\u0301 Pedro <\/b><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>(2008): The European extreme-right and Islam: New directions? In: <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times;\"><span><i>Journal of Political Ideologies <\/i><\/span><\/span><span style=\"font-family: TimesNewRomanPSMT;\"><span>13(3), 321-344.<\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/lislamophobie-et-les-theories-critiques-du-racisme\/#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">\u00a0<\/a><\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol class=\"footnotes\">\n<li class=\"footnote\" id=\"footnote_0_80\">Cette contribution a \u00e9t\u00e9\u00a0pr\u00e9sent\u00e9e une premi\u00e8re fois en 2013 \u00e0 Historical Materialism \u00e0 Londres puis dans une version modifi\u00e9e au colloque Penser l\u2019\u00e9mancipation 2014 \u00e0 Nanterre en f\u00e9vrier 2014.\u00a0Les parties III et IV de ce papier sont inspir\u00e9es par un ouvrage r\u00e9cemment paru en allemand\u00a0: M\u00dcLLER-URI, Fanny, <i>Antimuslimischer Rassismus, Mandelbaumverlag<\/i>, Vienne, 2014. [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/lislamophobie-et-les-theories-critiques-du-racisme\/#identifier_0_80\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<li class=\"footnote\" id=\"footnote_1_80\">Politicien allemand (SPD) dont le livre <i>Deutschland schafft sich ab <\/i>(<i>l\u2019Allemagne dispara\u00eet<\/i>) a provoqu\u00e9 un d\u00e9bat virulent sur l\u2019immigration en Allemagne. Sarrazin voit dans la baisse de la d\u00e9mographie allemande, la hausse de l\u2019immigration (musulmane en particulier) et le \u00ab\u00a0refus d\u2019int\u00e9gration\u00a0\u00bb de ces musulmans, un danger pour l\u2019Allemagne, dont la population se verrait peu-\u00e0-peu remplac\u00e9e par l\u2019immigration musulmane (turque notamment). [<a class=\"footnote-link footnote-back-link\" href=\"http:\/\/revueperiode.net\/lislamophobie-et-les-theories-critiques-du-racisme\/#identifier_1_80\">\u21a9<\/a>]<\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: right;\"><a href=\"http:\/\/revueperiode.net\/lislamophobie-et-les-theories-critiques-du-racisme\/\">SOURCE<\/a><\/p>\n<p><a dir=\"ltr\" style=\"font-size: 16px; font-family: serif; left: 86.8px; top: 73.8666px; transform: rotate(0deg) scale(1.12477, 1); transform-origin: 0% 0% 0px;\" name=\"7\" data-angle=\"0\" data-font-name=\"g_font_36_0\" data-canvas-width=\"116.97600348615646\"><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lancement d&rsquo;une nouvelle revue en ligne de th\u00e9orie marxiste, P\u00e9riode. &nbsp; &nbsp; &nbsp; Dans cette contribution, Fanny M\u00fcller-Uri et Benjamin Opratko se proposent de passer le concept d\u2019islamophobie au crible de la riche tradition d\u2019analyse marxiste de la race. L\u2019islamophobie pose en effet un d\u00e9fi aux interpr\u00e9tations traditionnelles de la race et du racisme. L\u2019islamophobie &#8230; <a title=\"L\u2019islamophobie et les th\u00e9ories critiques du racisme\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=1880\" aria-label=\"En savoir plus sur L\u2019islamophobie et les th\u00e9ories critiques du racisme\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":742,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21,36,4,28],"tags":[32,23,75,15,9],"class_list":["post-1880","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-anti-imperialisme","category-europe","category-islamophobie","category-racismes","tag-culture","tag-discrimination","tag-femmes","tag-resistance","tag-voile"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1880","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1880"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1880\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1881,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1880\/revisions\/1881"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/742"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1880"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1880"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1880"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}