{"id":1660,"date":"2013-11-07T12:25:06","date_gmt":"2013-11-07T11:25:06","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=1660"},"modified":"2013-12-01T12:35:03","modified_gmt":"2013-12-01T11:35:03","slug":"chemin-de-fer-congo-ocean-spie-batignolles-doit-rendre-des-comptes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=1660","title":{"rendered":"Chemin de fer Congo-Oc\u00e9an: Spie-Batignolles doit rendre des comptes"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>L\u2019universitaire\u00a0<b>Olivier Le Cour Grandmaison<\/b> et le\u00a0pr\u00e9sident du Cran\u00a0<b>Louis-Georges Tin<\/b> demandent une commission d\u2019enqu\u00eate sur la mort de 17 000 <i>\u00ab\u00a0indig\u00e8nes\u00a0\u00bb<\/i> soumis au travail forc\u00e9 dans les ann\u00e9es 1920 par la compagnie dont Spie-Batignolles est issue. A l\u2019occasion de la Journ\u00e9e mondiale de l\u2019Afrique, le 25 mai, ils posent plus g\u00e9n\u00e9ralement <i>\u00ab\u00a0la question des crimes coloniaux perp\u00e9tr\u00e9s dans le cadre de la colonisation fran\u00e7aise\u00a0\u00bb<\/i>, qui <i>\u00ab\u00a0m\u00e9ritent r\u00e9paration\u00a0\u00bb<\/i>.<!--more--><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/construction_ligne_brazzaville-atlantique.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-1661 alignleft\" alt=\"construction_ligne_brazzaville-atlantique\" src=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/construction_ligne_brazzaville-atlantique-1024x559.jpg\" width=\"604\" height=\"329\" srcset=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/construction_ligne_brazzaville-atlantique-1024x559.jpg 1024w, https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/construction_ligne_brazzaville-atlantique-300x163.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>17\u00a0000 morts \u00ab\u00a0indig\u00e8nes\u00a0\u00bb pour 140 kilom\u00e8tres de voie ferr\u00e9e. Tel est, en 1929, le bilan de la construction du chemin de fer Congo-Oc\u00e9an destin\u00e9 \u00e0 relier Brazzaville, la capitale de l\u2019Afrique \u00e9quatoriale fran\u00e7aise, \u00e0 Pointe-Noire, situ\u00e9e sur la c\u00f4te Atlantique et que les autorit\u00e9s coloniales r\u00eavent de transformer en un port majeur. Essentielle \u00e0 la \u00ab\u00a0mise en valeur\u00a0\u00bb de cet immense territoire, comme on l\u2019\u00e9crit \u00e0 l\u2019\u00e9poque, la r\u00e9alisation de ce projet doit permettre d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer son d\u00e9veloppement \u00e9conomique et celui des villes concern\u00e9es. Dans sa th\u00e8se soutenue en 1934, l\u2019\u00e9conomiste Henriette Roussel, qui est parfaitement inform\u00e9e de la situation, affirme qu\u2019en agissant de la sorte, la France honore <i>\u00ab\u00a0ses devoirs\u00a0\u00bb<\/i> envers les races noires qu\u2019elle contribue \u00e0 civiliser en les arrachant \u00e0 leur primitivit\u00e9. Plus encore, cette auteure pr\u00e9cise que le travail obligatoire n\u2019est pas une <i>\u00ab\u00a0iniquit\u00e9\u00a0\u00bb<\/i> d\u00e8s lors qu\u2019il est soigneusement encadr\u00e9, motiv\u00e9 par des consid\u00e9rations d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, et con\u00e7u comme une <i>\u00ab\u00a0forme transitoire et \u00e9ducative\u00a0\u00bb<\/i> adapt\u00e9e \u00e0 la mentalit\u00e9 fruste des <i>\u00ab\u00a0indig\u00e8nes\u00a0\u00bb<\/i>. Admirable suppl\u00e9ment d\u2019\u00e2me, en effet.<\/p>\n<p>Quelle est l\u2019entreprise charg\u00e9e de ces travaux\u00a0? La Soci\u00e9t\u00e9 de construction des Batignolles, en vertu d\u2019une convention sign\u00e9e le 23 juillet 1922 avec les pouvoirs publics du Congo fran\u00e7ais. Bien connue en m\u00e9tropole et dans certaines colonies, cette soci\u00e9t\u00e9 a d\u00e9j\u00e0 \u00e0 son actif le chemin de fer r\u00e9alis\u00e9 entre B\u00f4ne et Guelma en Alg\u00e9rie (1876) et celui entre Dakar et Saint-Louis du S\u00e9n\u00e9gal (1880). Plus tard, elle a obtenu des contrats majeurs dans plusieurs territoires de l\u2019empire o\u00f9 elle s\u2019est vue confier l\u2019\u00e9dification de nombreuses infrastructures portuaires \u00e0 Tamatave (1929-1936), Abidjan (1929-1938) et Djibouti (1929-1938), notamment.<\/p>\n<p>Au Congo fran\u00e7ais, elle emploie des <i>\u00ab\u00a0indig\u00e8nes\u00a0\u00bb<\/i> soumis au travail forc\u00e9 et souvent requis dans des r\u00e9gions tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es pour pallier l\u2019insuffisance de la main-d\u2019\u0153uvre locale. Regroup\u00e9s pr\u00e8s de Brazzaville, apr\u00e8s avoir franchi parfois pr\u00e8s de deux mille kilom\u00e8tres dans des conditions mat\u00e9rielles et sanitaires d\u00e9sastreuses, les \u00ab\u00a0Noirs\u00a0\u00bb sont ensuite regroup\u00e9s dans des <i>\u00ab\u00a0camps ferroviaires\u00a0\u00bb<\/i> situ\u00e9s pr\u00e8s du chantier. Des \u00ab\u00a0documents officiels\u00a0\u00bb r\u00e9v\u00e8lent que des \u00ab\u00a0dizaines de milliers de Saras\u00a0\u00bb, par exemple, ont \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9s de force au Tchad, puis achemin\u00e9s \u00e0 pied et en chalands sur les lieux de travail. Les \u00e9preuves d\u2019un tel p\u00e9riple, marqu\u00e9 par la fatigue et la sous-alimentation, jointes \u00e0 des travaux extr\u00eamement durs ont eu des cons\u00e9quences dramatiques.<\/p>\n<p>En 1929, le c\u00e9l\u00e8bre journaliste Albert Londres soutient qu\u2019un <i>\u00ab\u00a0d\u00e9tachement\u00a0\u00bb<\/i>, venu de la r\u00e9gion de \u00ab\u00a0Gribingui\u00a0\u00bb, a perdu <i>\u00ab\u00a0soixante-quinze pour cent de son effectif\u00a0\u00bb<\/i> et celui de <i>\u00ab\u00a0Likouala-Mossaka, comprenant mille deux cent cinquante hommes, n\u2019en vit revenir que quatre cent vingt-neuf\u00a0\u00bb<\/i>. Exag\u00e9ration li\u00e9e \u00e0 la volont\u00e9 de susciter le scandale, comme certains contemporains l\u2019ont affirm\u00e9 pour d\u00e9fendre <i>\u00ab\u00a0cette grande r\u00e9alisation\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0? Nullement. En 1933, le lieutenant-colonel Muraz, du Corps de sant\u00e9 coloniale, dresse un bilan similaire qu\u2019il attribue \u00e0 <i>\u00ab\u00a0l\u2019insuffisance de l\u2019encadrement et \u00e0 l\u2019organisation d\u00e9ficiente des magasins de vivres\u00a0\u00bb<\/i>. Quant aux \u00e9l\u00e9ments rassembl\u00e9s par la Commission de l\u2019Alg\u00e9rie et des Colonies de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s publi\u00e9s au <i>Journal Officiel<\/i> en 1928, ils \u00e9tablissent que la mortalit\u00e9 sur ce chantier s\u2019est \u00e9lev\u00e9e \u00e0 \u00ab\u00a057%\u00a0\u00bb des effectifs\u00a0! L\u2019imp\u00e9ritie et le racisme des responsables, conjugu\u00e9s \u00e0 des travaux harassants o\u00f9 l\u2019emploi des \u00ab\u00a0indig\u00e8nes\u00a0\u00bb, surnomm\u00e9s <i>\u00ab\u00a0moteurs \u00e0 banane\u00a0\u00bb<\/i>, suppl\u00e9e l\u2019absence notoire de moyens m\u00e9caniques, explique cette situation, selon Albert Londres.<\/p>\n<p>Les faits d\u00e9nonc\u00e9s par ce journaliste \u00e9taient de notori\u00e9t\u00e9 publique. Dans son <i>Voyage au Congo<\/i>, adress\u00e9 \u00e0 L\u00e9on Blum, et publi\u00e9 par la NRF en 1927, Andr\u00e9 Gide avait lui aussi t\u00e9moign\u00e9 de la brutalit\u00e9 des grandes compagnies et de l\u2019administration coloniale. Plus de vingt ans apr\u00e8s, les morts du Congo-Oc\u00e9an \u00e9taient encore pr\u00e9sents \u00e0 la m\u00e9moire d\u2019Aim\u00e9 C\u00e9saire, quand il \u00e9crivit en 1950 le <i>Discours sur le colonialisme<\/i> en critiquant (d\u00e9j\u00e0) ceux qui mettaient en avant le pr\u00e9tendu r\u00f4le positif de la colonisation\u00a0: <i>\u00ab\u00a0On me lance \u00e0 la t\u00eate des faits, des statistiques, des kilom\u00e9trages de routes, de canaux, de chemins de fer. Moi, je parle de milliers d\u2019hommes sacrifi\u00e9s au Congo-Oc\u00e9an. Je parle de ceux qui, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 j\u2019\u00e9cris, sont en train de creuser le port d\u2019Abidjan. Je parle de millions d\u2019hommes arrach\u00e9s \u00e0 leurs dieux, \u00e0 leur terre, \u00e0 leurs habitudes, \u00e0 leur vie, \u00e0 la vie, \u00e0 la danse, \u00e0 la sagesse.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Ce 25 mai 2013 est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e la Journ\u00e9e mondiale de l\u2019Afrique. Cinquante ans jour pour jour apr\u00e8s la signature des accords qui donn\u00e8rent naissance \u00e0 l\u2019Organisation de l\u2019unit\u00e9 africaine (OUA), nous croyons n\u00e9cessaire de poser la question des crimes coloniaux perp\u00e9tr\u00e9s dans le cadre de la colonisation fran\u00e7aise. Le cas embl\u00e9matique du Congo-Oc\u00e9an m\u00e9rite d\u2019\u00eatre examin\u00e9. Les travaux parlementaires des ann\u00e9es 1920 sur cette affaire n\u2019ayant pas abouti, nous demandons qu\u2019une nouvelle commission d\u2019enqu\u00eate soit mise en place et que les autorit\u00e9s se saisissent de ce dossier. En effet, l\u2019entreprise Spie-Batignolles, n\u00e9e de la fusion, en 1968, de la Soci\u00e9t\u00e9 de construction des Batignolles et de la Soci\u00e9t\u00e9 parisienne pour l\u2019industrie \u00e9lectrique (Spie), existe toujours. Il faut qu\u2019elle ouvre ses archives, que le public soit inform\u00e9 de son pass\u00e9 criminel et que justice soit faite. La question de l\u2019esclavage dans les colonies d\u2019Am\u00e9rique a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e le 10 mai dernier en des termes nouveaux, avec la plainte d\u00e9pos\u00e9e par le Cran contre la Caisse des d\u00e9p\u00f4ts et consignations. Les travaux forc\u00e9s impos\u00e9s par la France dans ses possessions africaines au XIX<sup>e<\/sup> et au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle doivent \u00eatre \u00e9galement abord\u00e9s. Eux aussi m\u00e9ritent r\u00e9paration.<\/p>\n<p><b>Olivier Le Cour Grandmaison<\/b>, universitaire, auteur d\u2019un blog sur Mediapart<br \/>\n<b>Louis-Georges Tin<\/b>, pr\u00e9sident du Conseil repr\u00e9sentatif des associations noires de France (Cran).<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/blogs.mediapart.fr\/edition\/les-invites-de-mediapart\/article\/240513\/chemin-de-fer-congo-ocean-spie-batignolles-doit-rendre-des-comptes\" target=\"_blank\">Source<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; L\u2019universitaire\u00a0Olivier Le Cour Grandmaison et le\u00a0pr\u00e9sident du Cran\u00a0Louis-Georges Tin demandent une commission d\u2019enqu\u00eate sur la mort de 17 000 \u00ab\u00a0indig\u00e8nes\u00a0\u00bb soumis au travail forc\u00e9 dans les ann\u00e9es 1920 par la compagnie dont Spie-Batignolles est issue. 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