{"id":1463,"date":"2011-12-06T23:12:45","date_gmt":"2011-12-06T22:12:45","guid":{"rendered":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=1463"},"modified":"2013-11-26T23:13:57","modified_gmt":"2013-11-26T22:13:57","slug":"la-decolonisation-de-la-republique-reste-a-lordre-du-jour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=1463","title":{"rendered":"\u00ab La d\u00e9colonisation de la R\u00e9publique reste \u00e0 l\u2019ordre du jour ! \u00bb"},"content":{"rendered":"<div class=\"entry-content\"><strong> <span style=\"color: #5d5d5d; font-family: Arial; font-size: x-small;\"> mardi 6 d\u00e9cembre 2011<\/span><\/strong><br \/>\n<span style=\"font-size: small;\"> <strong> \u00ab\u00a0La d\u00e9colonisation de la R\u00e9publique reste \u00e0 l\u2019ordre du jour\u00a0!\u00a0\u00bb Cinquante ans apr\u00e8s, l\u2019actualit\u00e9 de Fanon br\u00fble. <\/strong> <\/span><\/p>\n<table width=\"100%\" border=\"0\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"text-align: justify;\" colspan=\"2\">\n<div>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Fort-de-France, parti combattre les arm\u00e9es hitl\u00e9riennes en Europe, revenu bless\u00e9 (et d\u00e9cor\u00e9) de la guerre, \u00e9l\u00e8ve brillant au lyc\u00e9e puis \u00e9tudiant non moins brillant \u00e0 la facult\u00e9 de Lyon, m\u00e9decin-chef comp\u00e9tent \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de \u00ab\u00a0Joinville-Blida\u00a0\u00bb. Ainsi pr\u00e9sent\u00e9, l\u2019itin\u00e9raire de Frantz Fanon aurait pu \u00eatre celui d\u2019un Fran\u00e7ais, n\u00e9 dans les ann\u00e9es 1920, \u00e0la formation et \u00e0 la carri\u00e8re accomplies et qui aurait m\u00eame pu aspirer \u00e0 d\u2019importantes fonctions dites politiques. Pourtant, si on pr\u00e9sente ce m\u00eame parcours comme celui d\u2019un Noir, descendant d\u2019esclaves, qui a choisi d\u2019aller travailler en terre arabe et a fait sien le combat du peuple alg\u00e9rien pour l\u2019ind\u00e9pendance, au point de se sentir lui-m\u00eame pleinement alg\u00e9rien, alors cet itin\u00e9raire n\u2019a plus rien \u00e0 voir avec celui de notre Fran\u00e7ais. Encore moins avec celui de notre \u00ab\u00a0homme politique\u00a0\u00bb. La diff\u00e9rence, bien entendu, c\u2019est la race.<!--more--><\/p>\n<p>Durant toute son existence, Fanon a \u00e9t\u00e9 en prise directe et brutale avec le racisme. C\u2019est une \u00e9vidence qu\u2019il exprime notamment \u00e0 travers le r\u00e9cit d\u2019exp\u00e9riences v\u00e9cues tant en Martinique, que dans les rangs des arm\u00e9es \u00ab\u00a0alli\u00e9es\u00a0\u00bb, dans les rues de Paris ou Lyon aussi bien que dans celles de l\u2019Alg\u00e9rie occup\u00e9e. Rares pourtant sont celles et ceux, y compris parmi les non-Blancs, \u00e0 prendre au s\u00e9rieux la race dans les \u00e9crits de Fanon. La plupart des \u00e9v\u00e9nements organis\u00e9s autour du cinquantenaire de la mort du psychiatre martiniquais, et, dans une moindre mesure, l\u2019inflation \u00e9ditoriale qui a accompagn\u00e9 cet anniversaire, ont montr\u00e9 \u00e0 quel point il est presque impossible de mobiliser correctement Fanon dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 il est aussi difficile de traiter correctement de la race. David Macey a raison d\u2019affirmer que \u00ab\u00a0Fanon est (ou peut-\u00eatre), en France comme en Martinique, une source permanente d\u2019embarras politique\u00a0[<a title=\"[1] David Macey, Frantz Fanon, une vie, La D\u00e9couverte, 2011, p. 18. Nous (\u2026)\u00a0\u00bb name=\u00a0\u00bbnh1\u2033 href=\u00a0\u00bbhttp:\/\/www.indigenes-republique.fr\/imprimer.php3?id_article=1530#nb1\u2033&gt;&lt;\/a&gt;1]\u00a0\u00bb. Le racisme a beau structurer en profondeur le champ social, son d\u00e9ni, qui est l\u2019une des conditions de sa reproduction, le suit comme son ombre. Dans la r\u00e9publique color-blind, qui ne reconnait, dit-on, que des citoyens, le nom et l\u2019\u0153uvre de Fanon sont longtemps rest\u00e9s associ\u00e9s au d\u00e9clin du mouvement tiers-mondiste, cons\u00e9cutif au destin tragique que fut celui du Tiers Monde une fois les ind\u00e9pendances arrach\u00e9es ou advenues. C\u2019\u00e9tait la mani\u00e8re de \u00ab\u00a0convoquer\u00a0\u00bb Fanon pour dire \u00e0 quel point ses pr\u00e9dictions sur l\u2019av\u00e8nement d\u2019un \u00ab\u00a0homme nouveau\u00a0\u00bb se sont av\u00e9r\u00e9es fausses. Pour dire aussi \u00e0 quel point sa pens\u00e9e est dat\u00e9e \u2013 circonscrite \u00e0 la p\u00e9riode coloniale et au cycle des d\u00e9colonisations \u2013 et bien trop \u00e9loign\u00e9e g\u00e9ographiquement pour \u00eatre d\u2019une quelconque utilit\u00e9 dans la France de la V\u00e8me R\u00e9publique, celle de l\u2019 \u00ab\u00a0apr\u00e8s colonisation\u00a0\u00bb, justement. Au mieux, on veut bien conc\u00e9der qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, Fanon avait \u00e9t\u00e9 un brillant analyste du syst\u00e8me colonial. Le mouvement de d\u00e9colonisation de la seconde moiti\u00e9 du si\u00e8cle dernier ayant semble-t-il mis un terme au colonialisme, nombreux furent ceux qui s\u2019empress\u00e8rent de d\u00e9clarer la page Fanon d\u00e9finitivement tourn\u00e9e.&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;Apr\u00e8s une longue p\u00e9riode d\u2019oubli, qui contrastait scandaleusement avec l\u2019effervescence avec laquelle on lisait \u2013 de fa\u00e7on certes ambig\u00fce \u2013 Fanon sur les campus \u00e9tatsuniens et au sein des \u00ab\u00a0mouvements noirs\u00a0\u00bb, ce fut le temps d\u2019un certain renouveau, rendu notamment possible \u00e0 la faveur de colloques organis\u00e9s en langue fran\u00e7aise dans les (ex)colonies\u00a0: Fort-de-France (1982), Brazzaville (1984), puis Alger (1987). Un renouveau tr\u00e8s acad\u00e9mique, durant une d\u00e9cennie 1980 qui s\u2019ouvre en France avec la traduction de l\u2019\u0153uvre magistrale d\u2019Edward W. Sa\u00efd, L\u2019Orientalisme, qui bien que ne citant pas une seule fois Fanon, ouvre un champ de recherches qui participe lui-m\u00eame d\u2019un certain retour de Fanon, mais qui le range du coup et presque aussit\u00f4t \u00ab\u00a0au rayon des classiques sans liens visibles, sinon en palimpseste, avec les urgences en cours et \u00e0 venir\u00a0[&lt;a title=\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/%C2%A0%C2%BBhttp:\/\/www.indigenes-republique.fr\/imprimer.php3?id_article=1530#nb2%E2%80%B3\" name=\"\u00a0\u00bbnh2\u2033\"><\/a>2] .\u00a0\u00bb Ce retour ne sera pas d\u00e9menti tout au long de la difficile \u00ab\u00a0introduction\u00a0\u00bb en France de ce que l\u2019on appelle les \u00e9tudes postcoloniales (postcolonial studies), qui \u00ab\u00a0sont un mouvement intellectuel conduit par une critique de l\u2019eurocentrisme et du patriarcat\u00a0\u00bb et dont le travail consiste, dans les grandes lignes, \u00ab\u00a0\u00e0 collecter et diss\u00e9miner l\u2019information, formuler des arguments, et \u00e9lucider des concepts dans le but d\u2019obtenir l\u2019\u00e9mancipation des minorit\u00e9s, des marginaux, et des peuples anciennement colonis\u00e9s\u00a0\u00bb (Thimothy Brennan). Si le courant r\u00e9volutionnaire qu\u2019on appelait tiers-mondiste trouvait dans Les damn\u00e9s de la terre son ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence, la nouvelle discipline des \u00e9tudes postcoloniales revenait plut\u00f4t au premier livre publi\u00e9 de Fanon, Peau noire, masques blancs, consid\u00e9r\u00e9 comme un texte majeur. Or\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le Fanon \u00ab\u00a0postcolonial\u00a0\u00bb est, \u00e0 bien des \u00e9gards, une image invers\u00e9e du Fanon \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb des ann\u00e9es 1960. Les lectures \u00ab\u00a0tiers-mondistes\u00a0\u00bb ont largement ignor\u00e9 le Fanon de Peau noire, masques blancs\u00a0; les lectures postcoloniales s\u2019int\u00e9ressent presque exclusivement \u00e0 ce texte et \u00e9vitent avec soin la question de la violence. Le Fanon tiers-mondiste \u00e9tait une cr\u00e9ature apocalyptique\u00a0; le Fanon postcolonial se pr\u00e9occupe de politique de l\u2019identit\u00e9, et souvent de son identit\u00e9 sexuelle, mais il n\u2019est plus en col\u00e8re. Et, pourtant, s\u2019il est une \u00e9motion v\u00e9ritablement fanonienne, c\u2019est bien celle-ci. La col\u00e8re de Fanon fut une r\u00e9action \u00e0 son exp\u00e9rience d\u2019homme noir dans un monde d\u00e9fini comme blanc, mais non pas au \u00ab\u00a0fait\u00a0\u00bb d\u2019\u00eatre noir. Ce fut une r\u00e9action \u00e0 la condition et \u00e0 la situation de ceux qu\u2019il a appel\u00e9s les \u00ab\u00a0damn\u00e9s de la terre\u00a0\u00bb. Les damn\u00e9s de la terre sont encore l\u00e0, mais pas dans les salles de s\u00e9minaire o\u00f9 l\u2019on parle de th\u00e9orie postcoloniale\u00a0[<a title=\"[3] David Macey, Frantz Fanon, une vie, op. cit.,p. 49.\u00a0\u00bb name=\u00a0\u00bbnh3\u2033 href=\u00a0\u00bbhttp:\/\/www.indigenes-republique.fr\/imprimer.php3?id_article=1530#nb3\u2033&gt;&lt;\/a&gt;3].\u00a0\u00bb&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;Pour \u00eatre pertinent, ce constat s\u2019applique pourtant davantage au monde anglophone qu\u2019au contexte fran\u00e7ais. Certes, l\u2019interdisciplinarit\u00e9 de ces \u00e9tudes \u00ab\u00a0postco\u00a0\u00bb ne sied gu\u00e8re aux compartimentations rigides du monde universitaire hexagonal. Mais ce n\u2019est pas tant au sein de ce dernier que surgira la question postcoloniale. Celle-ci sera avant tout le fait de l\u2019onde de choc que provoqueront les r\u00e9voltes de l\u2019automne 2005, et, par la suite et \u00e0 un degr\u00e9 moindre bien qu\u2019effectif, l\u2019Appel des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique, suivi de la cr\u00e9ation du Mouvement des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique (MIR, qui deviendra d\u00e9but 2010 le Parti des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique). Ce ne sont \u00e9videmment pas les auteurs de cet Appel, ni m\u00eame le MIR ou aucune des organisations ou mouvements politiques ou associatifs de l\u2019immigration et des quartiers populaires, qui sont \u00e0 l\u2019origine du soul\u00e8vement de 2005. D\u2019ailleurs,&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;\u00ab\u00a0Le Mouvement des indig\u00e8nes n\u2019a pas pour vocation d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0l\u2019expression\u00a0\u00bb des banlieues et ne pourrait, m\u00eame s\u2019il le voulait, organiser en son sein la multitude des \u00ab\u00a0mal-\u00eatre\u00a0\u00bb et des r\u00e9voltes des populations issues de l\u2019immigration. Celles-ci s\u2019expriment d\u2019elles-m\u00eames, s\u2019organisent n\u00e9cessairement d\u2019elles-m\u00eames, au moment ou elles le peuvent et nul n\u2019est en mesure de les impulser de l\u2019ext\u00e9rieur. Elles se d\u00e9ploient selon leurs propres revendications, selon les modalit\u00e9s et les rythmes qui sont les leurs. Elles s\u2019organisent comme elles veulent\/peuvent. Parfois elles br\u00fblent des voitures. Elles n\u00e9gocient leurs rapports au champ politique blanc en fonction de leurs propres imp\u00e9ratifs qu\u2019elles connaissent mieux que quiconque\u00a0[&lt;a title=\" href=\"http:\/\/www.egalite.be\/%C2%A0%C2%BBhttp:\/\/www.indigenes-republique.fr\/imprimer.php3?id_article=1530#nb4%E2%80%B3\" name=\"\u00a0\u00bbnh4\u2033\"><\/a>4].\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Comme souvent en pareilles circonstances, la cause imm\u00e9diate de ces r\u00e9voltes a \u00e9t\u00e9 la mort violente de deux habitants, \u00e0 Clichy-sous-Bois, Zied Benna et Bounna Traor\u00e9, que rendait encore plus insupportable l\u2019arrogance des forces de police et des responsables politiques qui s\u2019ensuivit. Les causes plus profondes mais tout aussi directes renvoient, quant \u00e0 elles, au traitement r\u00e9serv\u00e9 par la France aux Afro-descendants, aux immigr\u00e9s coloniaux et \u00e0 leurs descendants. Le soul\u00e8vement spectaculaire et bien r\u00e9el d\u2019une partie de la jeunesse, sp\u00e9cialement arabe et noire, des quartiers populaires aura pris de court beaucoup de monde. Il sera \u00e0 juste titre interpr\u00e9t\u00e9 comme un retour brutal du refoul\u00e9 colonial, la marque d\u2019un pass\u00e9 qui, selon l\u2019expression consacr\u00e9e, \u00ab\u00a0ne passe pas\u00a0\u00bb. Loin des discussions oiseuses sur le caract\u00e8re politique ou non de ces r\u00e9voltes, leur irruption \u00e9tait la manifestation claire et puissante que la France n\u2019en a pas fini avec son pass\u00e9 colonial, que celui-ci se conjugue bel et bien au pr\u00e9sent. Tout s\u00e9pare ces \u00ab\u00a0damn\u00e9s de la terre\u00a0\u00bb qui se sont soulev\u00e9s du public atone qui garnit habituellement les salles de conf\u00e9rences des s\u00e9minaires d\u2019\u00e9tudes postcoloniales. Heureusement.<\/p>\n<p>Nous avons eu l\u2019occasion de le dire ailleurs\u00a0[<\/p>\n<p><a title=\"[5] Rafik Chekkat, Emmanuel Delgado Hoch (coord.), Race rebelle, Luttes (\u2026)\u00a0\u00bb name=\u00a0\u00bbnh5\u2033 href=\u00a0\u00bbhttp:\/\/www.indigenes-republique.fr\/imprimer.php3?id_article=1530#nb5\u2033&gt;&lt;\/a&gt;5], apr\u00e8s tant d\u2019autres \u00e9videmment, la France demeure un \u00c9tat colonial.Que ce soit par l\u2019entremise d\u2019une domination directe de territoires dits \u00ab\u00a0outre-mer\u00a0\u00bb, parmi lesquels la patrie d\u2019origine de Fanon, la Martinique, ou \u00e0 travers le maintien de relations coloniales vis-\u00e0-vis des populations des pays anciennement colonis\u00e9s, sp\u00e9cialement celles qui vivent aujourd\u2019hui sur le territoire fran\u00e7ais, la France reste embourb\u00e9e dans son histoire coloniale. \u00c0 bien des \u00e9gards, les d\u00e9colonisations formelles qui ont eu lieu apparaissent comme le meilleur moyen de perp\u00e9tuer la domination coloniale\u00a0: elles offrent l\u2019avantage de d\u00e9l\u00e9guer les co\u00fbteuses activit\u00e9s de gestion des colonis\u00e9s et de police \u00e0 leurs bourgeoisies nationales et son appareil r\u00e9pressif, tout en maintenant intacte la d\u00e9pendance \u00e9conomique vis-\u00e0-vis des anciennes \u00ab\u00a0m\u00e9tropoles\u00a0\u00bb. Trop souvent, la d\u00e9colonisation n\u2019aura \u00e9t\u00e9 que la perp\u00e9tuation du colonialisme sous d\u2019autres formes et par d\u2019autres moyens, moins ostensiblement coercitifs, mais tout aussi efficaces. On pourra nous objecter que les anciens pays colonis\u00e9s font d\u00e9sormais partie int\u00e9grante du \u00ab\u00a0concert des nations\u00a0\u00bb et sont ainsi souverains et libres de mener les politiques qu\u2019ils entendent en vue d\u2019assurer le bien-\u00eatre de leurs populations. Cette libert\u00e9 ch\u00e9rie, comme toujours, est toute relative. Et au demeurant bien abstraite. Que peut bien d\u2019ailleurs signifier la libert\u00e9 en dehors de l\u2019\u00e9valuation de ses conditions de possibilit\u00e9\u00a0? Sans justice ni \u00e9galit\u00e9, sans remise en cause radicale et brutale de l\u2019ordre colonial, cette libert\u00e9 bourgeoise n\u2019est rien d\u2019autre que le cache-mis\u00e8re d\u2019une comp\u00e9tition internationale dont les \u00ab\u00a0r\u00e8gles\u00a0\u00bb ne laissent aucune chance aux nations nouvellement ind\u00e9pendantes, condamn\u00e9es qu\u2019elles sont \u00e0 exporter tout ce qu\u2019elles peuvent (y compris leurs populations) pour esp\u00e9rer survivre. Et que l\u2019on ne nous parle pas des pays dits \u00ab\u00a0\u00e9mergentes\u00a0\u00bb, dont le mod\u00e8le \u00e9conomique et les pratiques \u00e0 l\u2019international n\u2019offrent aucune alternative au capitalisme agressif des riches \u00c9tats du Nord, qui y trouvent, par ailleurs, de juteux d\u00e9bouch\u00e9s \u00e0 leurs babioles inutiles.&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;Pour en revenir \u00e0 Fanon, celui-ci n\u2019a jamais cess\u00e9 d\u2019\u00eatre d\u2019actualit\u00e9, parce que le colonialisme n\u2019a jamais cess\u00e9 de l\u2019\u00eatre, sp\u00e9cialement en France. Et parce que ce mod\u00e8le capitaliste-colonial ne saurait exister sans un puissant et complexe m\u00e9canisme de hi\u00e9rarchisation raciale, l\u2019actualit\u00e9 de Fanon, c\u2019est avant tout celle du racisme et de la race. Soit les th\u00e8mes sur lesquels portent principalement ses premiers \u00e9crits politiques, tout d\u2019abord Peau noire, masques blancs, r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 Lyon dans les ann\u00e9es 1951-1952, puis l\u2019article intitul\u00e9 Racisme et culture, texte remarquable de son intervention au 1er Congr\u00e8s des Ecrivains et Artistes Noirs, qui s\u2019est tenu \u00e0 Paris en septembre 1956. \u00c0 travers l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue de la race puis l\u2019exploration de la nature syst\u00e9mique du racisme et de ses \u00e9volutions au regard des transformations sociales et \u00e9conomiques, ces deux textes pr\u00e9parent et annoncent les th\u00e8mes qui seront d\u00e9velopp\u00e9s dans ses \u0153uvres ult\u00e9rieures\u00a0: L\u2019An V de la r\u00e9volution alg\u00e9rienne, et bien entendu, Les damn\u00e9s de la terre. La premi\u00e8re est un texte souvent sous-estim\u00e9, dans lequel le combat du peuple alg\u00e9rien pour l\u2019ind\u00e9pendance permet \u00e0 Fanon de mettre \u00e0 jour ce que Walter Benjamin n\u2019aurait pas manqu\u00e9 d\u2019appeler la \u00ab\u00a0tradition des opprim\u00e9s\u00a0\u00bb. La seconde demeure une \u0153uvre \u00e0 ce jour ind\u00e9pass\u00e9e, qui synth\u00e9tise en m\u00eame temps qu\u2019elle approfondit toutes les intuitions du jeune Fanon.&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;Mais Fanon n\u2019a pas eu le \u00ab\u00a0loisir\u00a0\u00bb de vieillir. Mort \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 36 ans des suites d\u2019une leuc\u00e9mie, il n\u2019aura laiss\u00e9 au final que peu d\u2019\u00e9crits politiques\u00a0: trois livres et un quatri\u00e8me constitu\u00e9 en fait d\u2019articles parus en France dans la revue Esprit, puis dans le journal alg\u00e9rien El Moudjahid. Le silence qui a longtemps entour\u00e9 ces \u0153uvres a au moins eu l\u2019avantage \u2013 non n\u00e9gligeable \u2013 de les laisser \u00ab\u00a0intactes\u00a0\u00bb\u00a0: relativement ignor\u00e9e, la pens\u00e9e du psychiatre martiniquais n\u2019a pas eu \u00e0 subir le sort de l\u2019organisation politique qui s\u2019en serait trop ostensiblement pr\u00e9valu. Aujourd\u2019hui, comme hier, il est \u00e9vident que \u00ab\u00a0sur Fanon, tout reste \u00e0 dire\u00a0\u00bb (Sartre). Du point de vue du militantisme indig\u00e8ne, son \u0153uvre constitue une source pr\u00e9cieuse d\u2019inspiration, qui nous renseigne sur l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue des non-Blancs et, le plus important, ouvre de nombreuses perspectives pour poursuivre aujourd\u2019hui le combat d\u00e9colonial.&lt;\/p&gt;\n&lt;p&gt;\u00ab\u00a0La d\u00e9colonisation de la R\u00e9publique reste \u00e0 l\u2019ordre du jour\u00a0!\u00a0\u00bb clamait l\u2019Appel des indig\u00e8nes. Il n\u2019est pas de meilleure formule pour rendre hommage \u00e0 notre fr\u00e8re et camarade Frantz Fanon.&lt;\/p&gt;\n&lt;hr size=\">[<\/a><a href=\"http:\/\/www.indigenes-republique.fr\/imprimer.php3?id_article=1530#nh1\" name=\"nb1\"><\/a>1] David Macey, Frantz Fanon, une vie, La D\u00e9couverte, 2011, p. 18. Nous tenons \u00e0 rendre hommage \u00e0 la m\u00e9moire de David Macey qui nous a quitt\u00e9s le 7 octobre 2011, soit quelques jours seulement avant la parution en France de son excellente biographie de Fanon<\/p>\n<p>[<a href=\"http:\/\/www.indigenes-republique.fr\/imprimer.php3?id_article=1530#nh2\" name=\"nb2\"><\/a>2] F\u00e9lix Boggio \u00c9wanj\u00e9-\u00c9p\u00e9e, Rafik Chekkat et Stella Magliani-Belkacem, Le souffle de Fanon (pr\u00e9sentation du dossier consacr\u00e9 \u00e0 Frantz Fanon), Contretemps n\u00b010, Syllepse, p. 12.<\/p>\n<p>[<a href=\"http:\/\/www.indigenes-republique.fr\/imprimer.php3?id_article=1530#nh3\" name=\"nb3\"><\/a>3] David Macey, Frantz Fanon, une vie, op. cit.,p. 49.<\/p>\n<p>[<a href=\"http:\/\/www.indigenes-republique.fr\/imprimer.php3?id_article=1530#nh4\" name=\"nb4\"><\/a>4] Sadri Khiari, Pour une politique de la racaille\u00a0: Immigr\u00e9-es, indig\u00e8nes et jeunes de banlieues, Textuel, 2006, p. 127.<\/p>\n<p>[<a href=\"http:\/\/www.indigenes-republique.fr\/imprimer.php3?id_article=1530#nh5\" name=\"nb5\"><\/a>5] Rafik Chekkat, Emmanuel Delgado Hoch (coord.), Race rebelle, Luttes dans les quartiers populaires des ann\u00e9es 1980 \u00e0 nos jours, Syllepse, 2011, p. 15.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/>\n<\/div>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\"><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<pre><span style=\"color: #5d5d5d;\">Copyright \u00a9 2011 Mouvement des Indig\u00e8nes de la r\u00e9publique URL de cette page : <span style=\"text-decoration: underline;\">http:\/\/www.indigenes-republique.fr\/article.php3?id_article=1530 <\/span><\/span><\/pre>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>mardi 6 d\u00e9cembre 2011 \u00ab\u00a0La d\u00e9colonisation de la R\u00e9publique reste \u00e0 l\u2019ordre du jour\u00a0!\u00a0\u00bb Cinquante ans apr\u00e8s, l\u2019actualit\u00e9 de Fanon br\u00fble. N\u00e9 \u00e0 Fort-de-France, parti combattre les arm\u00e9es hitl\u00e9riennes en Europe, revenu bless\u00e9 (et d\u00e9cor\u00e9) de la guerre, \u00e9l\u00e8ve brillant au lyc\u00e9e puis \u00e9tudiant non moins brillant \u00e0 la facult\u00e9 de Lyon, m\u00e9decin-chef comp\u00e9tent \u00e0 &#8230; <a title=\"\u00ab La d\u00e9colonisation de la R\u00e9publique reste \u00e0 l\u2019ordre du jour ! \u00bb\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/?p=1463\" aria-label=\"En savoir plus sur \u00ab La d\u00e9colonisation de la R\u00e9publique reste \u00e0 l\u2019ordre du jour ! \u00bb\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1318,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[21,36,28,18],"tags":[31,46,15],"class_list":["post-1463","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-anti-imperialisme","category-europe","category-racismes","category-resistance-bruxelles","tag-belgique","tag-esclavage","tag-resistance"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1463","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1463"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1463\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1464,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1463\/revisions\/1464"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1318"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1463"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1463"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bruxelles-panthere.thefreecat.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1463"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}